Chapitre 385
Traducteur : FenrirTL
Révision/Contrôle qualité/Notes : Saphartlantis
Chapitre 385 : Aujourd’hui, les chefs de division sont les plus jeunes
Enfin, le jour de la réunion arriva.
Jo Chunbae, qui avait commencé ses préparatifs plus tôt que d’habitude, écrivit quelques mots sur une feuille et l’afficha en grand à l’entrée.
Fermé aujourd’hui. Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée.
En contemplant l’avis qu’il venait lui-même d’accrocher, Jo Chunbae prit une grande inspiration. Enfin, le grand jour ! Tu peux le faire, Chunbae.
« Il se passe quelque chose, aujourd’hui ? »
M. Yang, le propriétaire de la boutique de tissus voisine, lui posa la question d’un air inquiet.
« Le Culte tient une réunion à la taverne, aujourd’hui. »
Il avait gardé le secret jusqu’à ce jour, mais il pouvait enfin le révéler.
Naturellement, M. Yang en resta stupéfait.
« Une réunion du Culte dans votre taverne ? »
— C’est bien ça.
— Félicitations, félicitations !
Tout le monde savait déjà que Jo Chunbae était proche du Jeune chef du Culte du Démon Céleste et que les Suprêmes Démoniaques du Culte, voire le Démon Céleste en personne, venaient parfois lui rendre visite. Il n’était donc pas étonnant qu’une réunion s’y tienne.
« Je pourrais passer tout à l’heure, juste pour jeter un coup d’œil ? »
— Si vous aviez ce genre de courage, vous porteriez les vêtements martiaux que vous vendez.
M. Yang éclata de rire, reconnaissant que c’était vrai.
— Bonne chance.
— Merci.
Songyi, qui travaillait en cuisine, arriva elle aussi plus tôt que d’habitude. À vrai dire, il ne restait pas grand-chose à préparer. Jo Chunbae avait tout prévu à l’avance. Même si une commande arrivait sur-le-champ, les plats pouvaient être servis immédiatement.
« Vous n’avez pas peur, maître ? »
Songyi était visiblement nerveuse à l’idée de la réunion.
— Qu’est-ce qui pourrait bien nous faire peur ?
— Il va y avoir plein de démons, aujourd’hui, non ?
— N’aie pas peur. Le Jeune chef du Culte du Démon Céleste est avec nous. La personne la plus digne de confiance au monde est de notre côté ; qu’est-ce qu’on aurait à craindre ? Et puis, seuls les petits s’en prennent aux gens. Les vrais maîtres ont de la dignité.
Après avoir rassuré Songyi, Jo Chunbae sortit par la porte arrière de la cuisine.
En vérité, il était tout aussi nerveux. Servir des clients qui débarquaient sans prévenir et accueillir une assemblée officiellement organisée n’avaient rien à voir en matière de pression.
À cet instant, un vieil homme entra par la porte arrière.
« Monsieur, nous sommes fermés aujourd’hui. Et vous ne pouvez pas entrer par ici. »
— Vous êtes le propriétaire ?
— Oui, c’est bien moi.
— J’ai une ou deux questions à vous poser, et j’ai mal aux jambes. Laissez-moi me reposer un peu avant de repartir.
Le vieil homme s’assit sur un petit banc dans la cour.
À en juger par les rides de son visage, il avait beaucoup vécu, mais sa carrure était solide. Ses yeux perçants, semblables à ceux d’un tigre, laissaient penser qu’il avait dû être un sacré boutefeu dans sa jeunesse. 1
À part cela, il avait l’air ordinaire. Fort de l’intuition et du sens de l’observation aiguisés par des années de commerce, Jo Chunbae l’examina. Il n’avait pas l’air d’un artiste martial. Pas non plus d’un homme malveillant.
— Je ne crois pas vous avoir déjà vu.
— Je viens du Hubei.
— Oh là là, vous avez fait un long voyage ! Qu’est-ce qui vous amène si loin ?
— Je suis venu voir quelqu’un.
— Un homme de votre âge a dû trouver le trajet pénible. Je vous apporte un verre d’eau ?
— Ce n’est pas la peine.
— Qui êtes-vous venu voir de si loin ?
— Si vous dites que c’est un ennemi, alors oui. Mais si vous dites que nous sommes proches, c’est vrai aussi.
Jo Chunbae hésita avant de lui demander :
« Vous êtes venu voir votre enfant, par hasard ? » 2
L’espace d’un instant, le visage du vieil homme se figea, une ombre impossible à dissimuler l’assombrissant.
Jo Chunbae sentit qu’il avait deviné juste. Ce genre de chose arrivait souvent. Il arrivait que des personnes âgées, séparées de leurs enfants, fassent un long voyage dans l’espoir de voir le visage de leur fils ou de leur fille, ou celui d’un petit-enfant, au moins une fois avant de mourir. 3
— Ça fait combien de temps que vous ne l’avez pas vu ?
— Plus de dix ans, peut-être.
Jo Chunbae sentit une compassion discrète s’éveiller en lui. Après tout, il venait lui-même de traverser une épreuve difficile avec sa famille.
— Vous aviez prévu de le retrouver où ?
— Dans cette taverne.
— Oh non ! Il a fallu que vous choisissiez ce jour-là ! La taverne est fermée aujourd’hui. À quelle heure deviez-vous vous retrouver ?
— J’avais un peu de temps, alors je suis venu en avance. Je me demande aussi quelle combine les a poussés à choisir cet endroit.
Le simple mot « combine » suffisait à comprendre que les relations entre le vieil homme irascible et son enfant n’étaient pas au beau fixe.
— Pourquoi ne pas faire la paix, maintenant ?
— Vous croyez ?
— Quand on tient un commerce comme celui-ci, on rencontre toutes sortes de gens. Des gens qui se détestent à mort, qui se disputent et se battent. Mais plus tard, ils finissent tous par le regretter. Il suffit de se retenir un instant, de se montrer un peu plus indulgent, et ils se demandent pourquoi ils ont tant tenu à leur fierté. Vous et moi, vieux camarade, nous avons passé l’âge d’aiguiser nos lames, vous ne trouvez pas ? Non, c’est le moment de les jeter.
Le vieil homme fixa Jo Chunbae en silence.
— Si vous ne cessez de remettre ça à plus tard, un jour, il sera vraiment trop tard. Quand vous le verrez, commencez par reconnaître que vous avez eu tort. N’est-ce pas cela, être un aîné ? Calmez un peu votre tempérament.
— Qu’est-ce qui vous fait croire que j’ai du tempérament ?
— Ça se voit rien qu’à votre visage. Vous n’étiez pas un peu soupe au lait, autrefois ?
Le vieil homme eut un sourire singulier, à peine esquissé.
— Si.
« Je sais plutôt bien cerner les gens. » 5
Un instant, Wang Sooksoo, qu’il avait mal jugé une fois, lui traversa l’esprit, mais il chassa vite cette pensée.
— Quoi qu’il en soit, nous sommes fermés aujourd’hui. Allez attendre à l’auberge, en bas. Si quelqu’un vient vous chercher, je lui dirai d’aller là-bas.
Vu les circonstances, même transmettre ce message risquait de ne pas être facile. Devait-il demander de l’aide à l’un des démons qui gardaient l’entrée ? Il craignait un peu qu’ils se manquent et ne se revoient jamais. 6
Le vieil homme lui posa soudain une question :
— J’ai entendu dire que le quartier général du Culte démoniaque se trouvait dans les environs. Avez-vous déjà vu le Démon Céleste ?
Ce vieil homme était-il fou ?
— Comment osez-vous parler ainsi du Culte ? Si vous tenez de tels propos à la légère dans le village de Maga, vous ne mourrez pas de vieillesse.
— Désolé.
Jo Chunbae songea à le mettre immédiatement dehors, mais il eut pitié de cet aîné qui avait fait tout ce chemin pour voir son enfant et lui répondit :
— Je l’ai vu. Le chef du Culte du Démon Céleste est même venu dans notre taverne.
— Quel genre d’homme est-ce ? Est-il aussi terrifiant que le prétend le monde des arts martiaux ?
— Il peut inspirer la peur aux factions orthodoxes et non orthodoxes, mais pour nous, c’est un homme bienveillant. Et c’est celui que je respecte le plus.
— Parce qu’il vous protège des factions orthodoxes et non orthodoxes ?
— Eh bien, ça compte aussi.
Jo Chunbae ajouta alors, à la surprise générale :
— Mais surtout parce qu’il est le père du Jeune chef du Culte du Démon Céleste.
C’était la première fois qu’il disait une chose pareille. Jusqu’à cet instant, il ne s’était même pas rendu compte qu’il le pensait.
Mais pourquoi ce vieil homme me regarde-t-il comme s’il savait quelque chose ? Que savez-vous du Jeune chef du Culte du Démon Céleste ?
À cet instant, la voix de Songyi retentit depuis l’intérieur :
— Monsieur, un client est arrivé !
— J’arrive.
Jo Chunbae se leva.
— Vous devriez partir. Si vous restez dans les parages aujourd’hui, il pourrait vous arriver quelque chose. Attendez à l’auberge, en bas, d’accord ?
— Merci. À tout à l’heure.
— Je vous ai dit que vous ne me verriez pas aujourd’hui !
Jo Chunbae se hâta de rentrer dans le bâtiment.
Le client qui venait d’arriver était un visiteur inattendu.
« Oh ? Monseigneur. »
Ce n’était autre que Jangho, le Commandant de l’Armée démoniaque. Contrairement à d’habitude, où il venait boire vêtu de simples habits martiaux, il portait aujourd’hui l’uniforme officiel de l’Armée démoniaque.
À la vue du sinistre emblème démoniaque brodé sur sa poitrine, Jo Chunbae sentit l’angoisse l’envahir et se rappela : ah oui, c’est le redoutable chef de l’Armée démoniaque.
— Commandant Jang, que nous vaut votre visite ?
— Je viens préparer la disposition des sièges pour la réunion d’aujourd’hui.
— Vous n’avez qu’à me dire ce qu’il faut faire, je m’en occuperai.
— Non, non, je vais m’en charger moi-même.
Jangho monta à l’étage.
Là-haut, il disposa les tables et les chaises de façon que trois personnes puissent se faire face, en triangle.
Jo Chunbae s’interrogea en silence.
Ils ne seront que trois à la réunion ?
Il avait pensé qu’il s’agirait d’une grande assemblée. Apparemment, ce n’était pas le cas. Et pourtant, pour une réunion de trois personnes seulement, Wang Sooksoo était venu inspecter la cuisine, et le Commandant de l’Armée démoniaque s’était déplacé en personne pour disposer les sièges ?
Oh ! Impossible… Le chef du Culte du Démon Céleste va venir ?
Mais il secoua aussitôt la tête. Si c’était le cas, les sièges ne seraient pas disposés ainsi. Celui du chef du Culte du Démon Céleste aurait été placé en bout de table. Or, les trois sièges étaient à égalité, tournés les uns vers les autres.
— Mais pourquoi vous en occuper vous-même, monseigneur ? Pourquoi ne pas laisser faire vos subordonnés ?
— Mes subordonnés ne viendront pas ici aujourd’hui.
Jo Chunbae l’ignorait, mais aucun artiste martial d’un rang inférieur à celui de chef de division n’était autorisé à mettre les pieds à la Taverne du Vent Flottant aujourd’hui. Parmi les personnes réunies ici, les chefs de division étaient les « moins gradés ».
Les chefs de division de chaque organisation avaient été déployés dans tout le marché, comme s’ils n’étaient que de simples artistes martiaux.
« Personne d’autre ne sera autorisé à entrer dans la taverne. » 7
Jo Chunbae allait mentionner le vieil homme, mais se ravisa. Celui-ci était déjà parti, de toute façon. S’il disait quelque chose d’inutile et que les cultivateurs démoniaques l’interrogeaient, il risquait de ne plus jamais revoir son enfant.
À cet instant, quelqu’un entra dans la taverne.
À sa grande surprise, il s’agissait du Roi Démon du Poing. À la vue de son visage terrifiant, Jo Chunbae sentit son cœur s’emballer.
Le Roi Démon du Poing aussi semble participer à l’assemblée.
Dan Woo-gang échangea des salutations avec Jangho.
Quand ils se tinrent côte à côte, la taverne sembla soudain pleine à craquer. N’étaient-ils pas les deux hommes à l’air le plus effrayant de tout le Culte du Démon Céleste ? À les voir ainsi réunis, Jo Chunbae n’osait même pas les regarder en face.
Après avoir brièvement discuté avec Jangho, le Roi Démon du Poing s’approcha de Jo Chunbae.
Ah, j’aurais dû rentrer dans la cuisine plus tôt.
Dan Woo-gang s’avança jusqu’à lui et lui posa une question inattendue :
« Tout se passe bien pour la préparation des plats ? »
Le Roi Démon du Poing lui demandait des nouvelles du repas ?
Jo Chunbae leva les yeux, stupéfait, puis s’inclina rapidement. Il était trop effrayant pour qu’on le regarde droit dans les yeux.
« Ne soyez pas si surpris. On m’a chargé d’assurer la sécurité de la réunion d’aujourd’hui. »
Le Roi Démon du Poing s’occupait de la sécurité ? Il ne participait donc pas à l’assemblée ? Pourquoi ?
— Les plats ne posent aucun problème. Je peux les servir dès qu’on me le demandera.
— Avant de les servir, l’un des artistes martiaux de notre Culte les examinera pour vérifier qu’ils ne sont pas empoisonnés. Ce n’est pas que nous vous soupçonnions ; c’est simplement la procédure. Je vous prie de nous comprendre. 8
— Bien sûr.
Jo Chunbae retourna dans la cuisine. Il avait déjà les jambes qui flageolaient.
Pourquoi un Suprême Démoniaque, surtout quelqu’un d’aussi terrifiant que le Roi Démon du Poing, prendrait-il la peine de tout expliquer à un simple tavernier ? En temps normal, il ne l’aurait pas fait. Jamais. Sans le Jeune chef du Culte du Démon Céleste.
Jo Chunbae fixait le bouillon frémissant quand cela arriva.
Un autre Suprême Démoniaque entra dans la taverne.
C’était le Démon Lame du Ciel de Sang, un immense sabre sanglé dans le dos. Lui aussi était vêtu autrement qu’à l’accoutumée.
Il portait une robe cramoisie qui symbolisait le ciel couleur de sang. Ce n’était plus le même Gu Cheonpa qui échangeait des plaisanteries avec Geom Mugeuk en lisant de la poésie.
Son regard était perçant et inflexible, et une aura glaciale émanait de lui, comme du givre.
Jo Chunbae avait l’impression d’étouffer. Il détourna vite les yeux et se mit à hacher des légumes qui n’avaient même pas besoin de l’être.
Songyi l’interrogea du regard.
Tu n’as toujours pas peur ?
Si. Une peur bleue.
Mais sa fierté l’empêcha de l’avouer.
Le vieux Démon Lame demanda à Dan Woo-gang :
— Avez-vous vu le Jeune chef du Culte du Démon Céleste ?
— Il était dans la salle du chef du Culte du Démon Céleste.
— Je vois.
Le Démon Lame repartit lentement. Le Sabre qui éteint le Ciel qu’il portait dans le dos brillait d’un éclat plus froid que jamais.
Après avoir vu le Démon Lame du Ciel de Sang suivre le Roi Démon du Poing, Jo Chunbae se sentit écrasé par la pression. L’aura des Suprêmes Démoniaques était différente de celle qu’ils dégageaient d’habitude. Ils échangeaient simplement quelques mots d’un ton calme et restaient immobiles, mais quelque chose en eux avait changé.
Ouf, reprends-toi. Pour le Jeune chef du Culte du Démon Céleste, il faut que je garde la tête froide.
Il ouvrit une petite fenêtre de la cuisine donnant sur la rue principale et prit une grande inspiration.
Alors qu’il se calmait en contemplant le ciel, il aperçut quelqu’un.
Une personne se tenait les bras croisés sur le toit du bâtiment d’en face. Impossible de se tromper sur son identité. Son masque blanc brillait au soleil. 9
Peut-être était-ce parce qu’il se tenait seul, sans rien d’autre qu’un masque, qu’il paraissait si mélancolique. Ou peut-être était-ce les pétales de cerisier, emportés par la brise printanière devant le Démon au Sourire Maléfique, qui rendaient la scène si belle. Jo Chunbae le contempla, comme envoûté.
À cet instant, le regard de Soma se tourna lentement vers Jo Chunbae.
« Ah ! »
Surpris, Jo Chunbae se baissa vivement sous la fenêtre. Leurs regards s’étaient-ils croisés ?
Il risqua un coup d’œil dehors, mais le Démon au Sourire Maléfique avait disparu.
Il soupira et marmonna :
« Ouf. Après le Roi Poison, Maître Soma est le plus effrayant. »
Comme Songyi ne répondait pas, Jo Chunbae se retourna machinalement.
« Hii ! » 10
Il sursauta encore plus que tout à l’heure.
Le Roi Poison était entré on ne savait comment dans la cuisine. Accroupi près de Songyi, il observait une bestiole qui rampait parmi les légumes qu’elle préparait. On aurait dit un escargot. Songyi s’était figée, la main plaquée sur la bouche.
Le Roi Poison portait lui aussi une tenue de cérémonie. Vêtu d’une robe raffinée où le vert et le blanc s’harmonisaient avec élégance, il avait tout du jeune noble séduisant.
Malgré sa stupeur, Songyi ne put s’empêcher de trouver mignons les douze animaux du zodiaque brodés sur la bourse à poison du Roi Poison. Pourtant, il suffisait de penser à ce qu’elle contenait pour imaginer sans peine les yeux de ces adorables bêtes virer au rouge sang, avant qu’elles ne bondissent dehors sous forme de monstres.
Le Roi Poison déposa délicatement la bestiole sur une feuille et la porta dehors. 11
Une fois qu’il fut parti, Jo Chunbae laissa enfin échapper le souffle qu’il retenait.
— Bon, je l’avoue. Moi aussi, j’ai peur.
Songyi, qui fixait toujours l’endroit où le Roi Poison s’était trouvé, répondit :
— Moi, je n’ai plus peur.
— Quoi ?
— Il est classe. 12
Jo Chunbae secoua la tête, incrédule.
À cet instant, ils sentirent quelqu’un entrer dans la taverne. Jo Chunbae jeta un coup d’œil par la petite fenêtre de la cuisine pour voir de qui il s’agissait.
La nouvelle venue portait une robe martiale d’un blanc immaculé : c’était la Suprême de l’Épée Tranchante. Par une journée pareille, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle se maquille, pour une fois, mais elle était venue le visage nu. Les marques naturelles de l’âge étaient visibles.
Son teint hâlé par un entraînement rigoureux contrastait avec sa tenue d’un blanc pur.
Pourtant, Jo Chunbae la trouvait plus belle ainsi que lorsqu’elle portait un maquillage sophistiqué. Il aurait voulu s’approcher et le lui dire. Il aurait aimé avoir le courage de lui dire qu’elle était plus élégante et plus remarquable maintenant. Bien sûr, il n’osa pas.
Heureusement, quelqu’un le dit à sa place.
« Vous êtes la plus belle Suprême de l’Épée que j’aie jamais vue. »
Quand elle se retourna, le Grand Démon Ivrogne venait d’entrer.
Lui aussi était habillé convenablement pour l’occasion. Sa robe représentait le Dieu de l’Ivresse, affichant un large sourire. Parmi toutes les robes à son effigie, on se serait attendu à ce qu’il porte celle où le dieu apparaissait déchaîné, emporté par la rage. Mais pas aujourd’hui. 13
« J’ai entendu dire qu’une brise printanière soufflait depuis quelque temps sur la Tour des Rêves d’Ivresse. »
— Vous savez garder un secret, pour quelqu’un qui est destiné à devenir le prochain chef du Culte du Démon Céleste.
Song Sa-Hyuk esquissa un sourire, déboucha une bouteille, en huma longuement le parfum, puis la reboucha.
Est-ce vraiment un jour si important que même le Grand Démon Ivrogne renonce à boire ? se demanda Jo Chunbae, impressionné.
À cet instant, une lumière dorée se déversa dans la taverne depuis l’extérieur. Le petit géant, le Démon Bouddha, était arrivé, impossible à dissimuler tant sa présence était écrasante.
Sa robe kesa représentait des hommes et des esprits malfaisants suppliciés dans les flammes de l’enfer. La lumière dorée qui émanait de lui donnait l’impression que le feu les dévorait pour de bon.
Puis, comme si elle avait toujours été là, le Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes apparut. Sa présence se fondait dans le décor avec une telle aisance qu’on aurait dit qu’elle avait fait partie de la scène depuis le début. Ses yeux, plus mûrs que la dernière fois que Jo Chunbae l’avait vue, étaient chargés d’une énergie spectrale glaciale. Elle arpentait l’étroit sentier entre le monde des vivants et celui des morts.
Pour Jo Chunbae, c’était une première : voir les huit Suprêmes Démoniaques réunis au même endroit. Tous vêtus de leurs tenues de cérémonie dans une même pièce, ils offraient un spectacle saisissant.
Le fait qu’ils se soient rassemblés dans un lieu aussi banal qu’une taverne ordinaire rendait la scène d’autant plus inoubliable.
S’il avait été peintre, il aurait à coup sûr immortalisé cet instant sur une toile.
Alors, c’est donc ça, le Rassemblement des huit Suprêmes démoniaques !
Une question s’imposait naturellement.
Le regard de Jo Chunbae glissa vers le deuxième étage. Puisque tous les Suprêmes Démoniaques étaient là, pourquoi n’avait-on préparé que trois sièges ?
Pourquoi personne ne s’assoit là ? 14
1 : Jin Paecheon, donc ^^
2 : Bwahahahaha, et ce n’est même pas une blague XDXDXD
3 : La vie est trop courte pour la gâcher en querelles rancunières. Ça me rappelle surtout la scène de 2012 où Tony appelle son fils et sa petite-fille au Japon… Mais c’était trop tard. F.
4 : La sagesse se trouve dans les petites choses, dans les moments tranquilles du quotidien ; ce sont eux qui comptent le plus. Tout le monde devrait prendre le temps de se reposer et de respirer. Parce que respirer, c’est important, et s’arrêter un instant permet de sortir de sa vision en tunnel pour mieux voir ce qui nous entoure.
5 : Oui, c’est le moins qu’on puisse dire XDXDXD
6 : Franchement, j’aimerais bien voir une intrigue de ce genre. Le trope du barman confident et les histoires du quotidien dans les auberges et les pubs sont populaires pour une bonne raison.
7 : Et la jeune génération ? Peut-être qu’ils mangeront à un stand de rue.
8 : S’il y avait du poison dans la nourriture, je soupçonnerais le fournisseur des ingrédients plutôt que Jo Chunbae ^^
9 : Pauvre propriétaire, il ne peut pas souffler XDXDXD
10 : Insérer un bruit de canard en plastique XDXDXD
11 : Awww, c’est mignon ^^ Je fais pareil avec les bestioles qui entrent dans ma chambre.
12 : Ooooh, c’est un navire ? Ou juste de l’admiration ?
13 : Il nous montre sa nouvelle paix intérieure ^^ La prochaine fois, il débarquera avec un tee-shirt hippie XDXDXD
14 : Héhé ^^