Chapitre 378
Traducteur : FenrirTL
Éditeur / relecteur : Saphartlantis
Chapitre 378 : Nous vivons dans le même monde martial
« Dame Jin, je vous en prie, acceptez les sentiments que j’éprouve sincèrement pour vous. »
Le jeune homme lui fit sa déclaration d’une voix suppliante, les yeux emplis de sincérité.
Face à ce jeune homme épris, Jin Haryeong resta indifférente. C’était un effet secondaire courant de l’Assemblée des volontés posthumes, chaque fois que la Beauté du Hubei en prenait la tête.
« Jeune Maître Im. »
« Dame Jin. »
Comment peut-il me connaître assez pour me faire une déclaration pareille ? Nous avons des choses à faire. Pour moi, le travail passe avant l’amour. J’ai essayé différentes méthodes, et celle-ci était la plus rapide et la plus sûre.
« J’aime déjà quelqu’un. » 1
Le jeune homme fut surpris. En général, les gens réagissaient de deux façons à cette réponse : certains renonçaient et s’en allaient, tandis que d’autres, comme lui, s’accrochaient jusqu’au bout. 2
« Qui est-ce ? »
« Et si vous le découvriez ? Vous iriez le voir pour essayer de l’en empêcher ? »
Même dans ce cas, il y avait deux sortes de personnes. Certaines comprenaient qu’elles étaient allées trop loin et reculaient ; d’autres, comme lui, tentaient encore de forcer le passage jusqu’au bout.
« Si je le peux, oui. Même si c’est le seul moyen, je veux vous montrer à quel point je tiens à vous, Dame Jin. » 3
Quelqu’un lui avait peut-être conseillé un jour de se montrer audacieux pour conquérir une femme. Cette méthode avait peut-être marché une ou deux fois dans sa vie. Mais avec elle, en tout cas, elle ne prendrait pas.
« Et si quelqu’un venait maintenant vous empêcher d’aimer Dame Jin ? »
« Je ne resterais pas les bras croisés. »
« Moi non plus. »
Le regard de Jin Haryeong se glaça. S’il ne renonçait pas maintenant, elle devrait libérer son énergie interne.
Heureusement, il était arrivé au bout de ses forces. Il baissa la tête et s’excusa.
« Pardonnez mon impudence. Je ne suis pas comme ça d’habitude. »
Alors seulement, Jin Haryeong adoucit elle aussi son regard.
« À la prochaine assemblée. »
Après s’être incliné avec respect, le jeune homme s’en alla.
Choo Ho, le garde du corps de Jin Haryeong, qui se tenait à distance, s’avança alors et prit la parole.
« Dois-je veiller à ce qu’il ne participe plus aux assemblées ? »
Après s’être conduit aussi grossièrement, il prétendait ne pas être comme ça ? Choo Ho aurait voulu le traiter avec fermeté, mais Jin Haryeong se montra plus indulgente.
« Laisse-le. Si nous faisons ça, sa vie ne fera que s’assombrir davantage. »
À force de recevoir des déclarations, elle avait appris à gérer ce genre de personnes.
« On ne cesse pas d’aimer quelqu’un juste parce qu’on le veut. Lui aussi a besoin de temps. Qu’il revienne ou non, ce sera à lui de choisir. » 4
Choo Ho avait fini par trouver que Jin Haryeong avait beaucoup mûri. Et il savait précisément quand ce changement avait commencé.
« Au fait, est-ce qu’il y a vraiment quelqu’un qui te plaît ? »
Jin Haryeong le regarda d’un air qui disait : « Pourquoi tu me demandes ça ? »
« Tu te sers toujours de cette excuse pour repousser les gens. Je me demandais si c’était juste un prétexte ou si, peut-être… »
« Il y a quelqu’un. »
Choo Ho feignit la surprise, et elle lui retourna la question :
« Tu le savais déjà, alors pourquoi me poser la question ? Pourquoi faire semblant de ne pas savoir ? On est entre nous. »
« Je vous prie de m’excuser. Je pensais simplement que vous auriez peut-être envie de parler de lui à quelqu’un. »
Choo Ho le savait. Il savait que Geommugeuk avait pris racine dans le cœur de Jin Haryeong.
Elle ne révélait jamais ses sentiments à qui que ce soit. Si elle pouvait les laisser échapper dans une déclaration comme celle du jeune homme, elle se sentirait peut-être un peu plus légère.
Choo Ho s’inquiétait. Et si tout cela finissait par lui causer une maladie liée au stress ? Voilà pourquoi il espérait qu’elle se confierait au moins à lui.
« Tu t’inquiètes pour moi ? »
« Non. »
« Il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Il me manque, parfois. Les jours comme celui-ci, un peu plus que d’habitude. Il m’arrive, très rarement, de le voir en rêve. C’est tout. »
Et un jour comme celui-ci, où pas un nuage ne venait troubler le ciel…
— Tu vois cette couleur, là-haut ? C’est celle de mon aura d’épée.
Elle se souvint de ses paroles.
Jin Haryeong repensa à ce que Geommugeuk lui avait dit avant de partir.
— Près du quartier général du culte, il y a une taverne où l’on sert de bons alcools et dont la propriétaire est charmante. Je t’y inviterai un jour.
Menteur.
Cela dit, Geommugeuk n’était pas un menteur. Le problème venait sans doute simplement du lieu où il était né.
Jin Haryeong affirma que ce n’était pas assez grave pour s’en inquiéter.
Elle l’aime comme un homme. Voilà ce qui se passe.
Mais Choo Ho garda cette pensée pour lui. Ces deux-là ne pourraient jamais être ensemble, et Jin Haryeong le savait sans doute parfaitement. 5
« Un jour, il va débarquer sans prévenir et nous surprendre. »
C’est à cet instant précis que…
Quelqu’un prit la parole derrière eux.
« Peut-être que ce jour, c’est aujourd’hui. »
Tous deux se retournèrent, surpris. À quelque distance se tenait Geommugeuk.
« Comment vas-tu ? »
Jin Haryeong lui posa la question, le visage étonné.
« Depuis quand es-tu là ? »
« À l’instant. »
Heureusement, il ne semblait pas avoir entendu sa conversation avec Choo Ho. 6
Elle se tourna vers Choo Ho et lui dit :
« Va découvrir où se trouve mon frère. »
« Compris. »
Choo Ho obéit aussitôt. Il savait que ce n’était pas seulement un ordre, mais aussi une manière discrète de leur laisser un peu d’intimité. En temps normal, il n’aurait pas dû s’éloigner d’elle, mais Geommugeuk faisait exception. Après tout, si Geommugeuk avait eu de mauvaises intentions, sa présence n’y aurait rien changé. Le fait qu’il n’ait même pas remarqué que Geommugeuk se tenait derrière eux avant qu’il ne parle le prouvait assez.
« On va boire un verre ? »
« Avec plaisir. »
Jin Haryeong se sentait d’humeur joyeuse. La rencontre avec Geommugeuk faisait naître en elle une excitation qu’elle ne ressentait qu’avec lui.
Ils se rendirent à la même auberge que celle où ils s’étaient rencontrés pour la première fois, longtemps auparavant, et commandèrent des nouilles et de l’alcool.
Geommugeuk ne se pressa pas. Convaincre le chef de l’Alliance du Murim était une tâche importante, mais sa relation avec Jin Haryeong l’était tout autant.
Manger avec elle, boire avec elle, plaisanter ensemble… Voilà ce qu’était sa vie. C’était tout aussi important que de tuer ses ennemis. 7
« Comment vas-tu ? »
À la question de Jin Haryeong, Geommugeuk prit un air exagérément accablé.
« Ne m’en parle même pas. Tu ne croirais pas tout ce qui m’est arrivé ! »
« Raconte-moi tout. »
Geommugeuk la regarda. Il s’était attendu à ce qu’elle ricane en le traitant de vantard, mais elle avait vraiment l’air de vouloir tout entendre.
« Mon frère m’a dit que tu étais allé à l’Alliance des voies démoniaques avec son jeune dirigeant. Tu n’imagines pas à quel point notre Alliance était sur ses gardes, hein ? »
C’était pour cela qu’il était venu. L’Alliance du Murim surveillait de près chacun des mouvements du Culte du Démon Céleste et de l’Alliance des voies démoniaques.
« Tu ne le savais pas ? Dès que tu bouges, c’est tout le monde martial qui s’agite. »
« Ils craignent simplement qu’un poisson-chat ne trouble l’eau. »
Jin Haryeong comprit enfin.
Ce qui préoccupait réellement son grand-père et l’Alliance du Murim, ce n’était pas seulement de voir ce dragon s’envoler dans le ciel, mais de savoir si la perle qu’il saisirait entre ses griffes serait d’un bleu céleste ou baignée de sang. *
« Tout va bien, du côté de l’Alliance des voies démoniaques ? »
Geommugeuk acquiesça d’un signe de tête.
Une pensée lui traversa alors l’esprit.
Après tout, tu t’y es rendu toi-même.
C’était ainsi qu’elle voyait Geommugeuk.
« Je suis la petite-fille du chef de l’Alliance, et voilà que je suis soulagée d’apprendre que l’Alliance des voies démoniaques va bien ! »
À cette plaisanterie autodérisoire, Geommugeuk sourit et répondit :
« C’est aussi l’inquiétude d’une amie. »
« Une amie ? »
« L’ami d’un ami est un ami. »
« Si grand-père entendait ça, il s’évanouirait. Toi tout seul, c’est déjà bien assez. Et maintenant, tu es ami avec le jeune dirigeant de l’Alliance des voies démoniaques ? »
Jin Haryeong pouvait parler de tout avec Geommugeuk. Du destin du monde martial ou du fait que les nouilles étaient trop salées ce jour-là, peu importait. Il comprendrait et accepterait tout ce qu’elle dirait. Il était capable de lui offrir un nouveau point de vue. 8
« Au fait, comment va Lee Ahn ? »
« Elle a été très occupée ces derniers temps. Elle est partie s’occuper de certaines affaires. »
Lee Ahn était partie tenter de recruter Seo Jin, la sœur cadette du Maître spirituel Seo Gong, comme cheffe d’escouade du Corps des Ombres hantées. Pour la première fois de sa vie, elle traçait seule sa propre voie dans les Plaines centrales.
« Elle me manque, Lee Ahn. » 9
« Alors va la voir. »
« Plus facile à dire qu’à faire. »
« Qu’est-ce qu’il y a de si difficile ? Si tu veux la voir, vas-y quand tu veux. Ou bien on peut y aller ensemble. »
« C’est comme ça que ça marche dans ton monde martial, pas dans le mien. »
« Pourtant, nous vivons dans le même monde martial. »
Jin Haryeong regarda Geommugeuk sans rien dire.
Était-ce vraiment le même monde martial ? À ses yeux, Geommugeuk ressemblait toujours à un rêve : il apparaissait soudain, puis s’évanouissait comme de la fumée.
« En fait, je suis venu vous demander un service, à toi et au Commandant Jin. »
« Quel genre de service ? »
« Il y a quelque chose dont je dois absolument convaincre le chef de l’Alliance. Si je n’y parviens pas moi-même, il me faut une deuxième solution de repli, puis une troisième. »
« Je suis la deuxième solution de repli ? »
« Le Commandant Jin est la troisième. »
« Mais qu’est-ce que c’est, au juste, ce service ? »
« Parlons-en tous ensemble quand nous retrouverons ton frère. »
Jin Haryeong rencontrait chaque mois des dizaines de candidats à l’Assemblée des volontés posthumes, mais ces rencontres se révélaient toujours frustrantes et épuisantes. Pourtant, il ne s’était même pas écoulé un quart d’heure depuis qu’elle avait revu Geommugeuk que son cœur s’était déjà mis à battre plus vite.
À cet instant, elle aperçut Choo Ho qui entrait dans l’auberge. Geommugeuk se leva le premier.
« Très bien. Allons rencontrer la troisième solution de repli. »
* * *
Jin Hagun s’entraînait sur le terrain d’entraînement.
Son énergie ardente avait réchauffé tout l’endroit.
Depuis quelque temps, il repoussait ses limites jusqu’à leur extrême.
Il ressentait une urgence, la certitude qu’il n’aurait aucune chance contre Geommugeuk s’il restait tel qu’il était. Et il n’y avait pas que Geommugeuk. Même dans le regard de Bih Sa-in, son rival de fait, il sentait clairement cette intensité.
Son entraînement n’était pas la seule chose qui avait changé.
Comme il l’avait déjà dit à Geommugeuk, il avait commencé à prêter davantage attention à la façon dont il traitait les autres. Des choses qu’il aurait autrefois balayées d’un revers de main le faisaient désormais hésiter. Au lieu de juger selon ses propres critères, il essayait de se mettre à la place d’autrui. 10
Cela s’était passé peu de temps auparavant.
Un artiste martial de la Brigade de l’Extermination des Démons avait demandé un congé. Même si celui-ci coïncidait avec une mission, Jin Hagun l’avait accepté sans hésiter. Autrefois, il se serait arrêté là.
Mais Jin Hagun l’avait fait venir en personne pour lui demander la raison de son absence. Il s’était avéré qu’un conflit familial avait éclaté au sujet du choix de l’héritier. Comme la plupart des membres de la Brigade de l’Extermination des Démons étaient issus de familles prestigieuses, ce genre de problème n’avait rien d’inhabituel.
Jin Hagun ne s’était pas contenté de lui demander pourquoi.
— Si jamais tu as besoin de mon aide, dis-le-moi. N’importe quand.
L’homme avait décliné l’offre, mais le geste l’avait profondément touché.
Personne ne lui avait jamais dit une chose pareille.
Bien sûr, Jin Hagun l’avait toujours ressenti au fond de lui. Ils avaient combattu ensemble ; comment aurait-il pu ne pas se soucier de lui ? Pourtant, il ne le lui avait jamais dit à voix haute.
Cette occasion lui avait permis de comprendre à nouveau à quel point les mots pouvaient compter entre les gens.
— Je croyais que tu savais déjà ce que je ressentais.
Dire ça une fois que tout était terminé, ce n’était qu’une excuse.
— Pourquoi faudrait-il qu’on mette des mots sur ce qui nous lie ?
Non. Il fallait le dire clairement, sinon l’autre ne pouvait pas le savoir.
Et quand il s’y était essayé, il avait compris. Parce qu’il avait l’habitude de tenir parole, il ne lui était pas facile de dire les choses à la légère.
Et si son subordonné lui demandait vraiment de l’aide ? Et s’il lui demandait de faire pression sur un membre de sa famille pour qu’il se retire ?
Il fallait être prêt à aller jusque-là pour pouvoir prononcer ces mots. Alors seulement, on pouvait répondre sans hésiter : « Très bien, laisse-moi m’en occuper. »
Soudain, Geommugeuk lui vint à l’esprit.
Il disait toutes sortes de choses. Était-il prêt à assumer chacune de ses paroles ?
Mais il était incapable d’imaginer Geommugeuk chercher des excuses absurdes ou fuir ses responsabilités…
Toi aussi, tu as une vie bien pesante, hein.
Après avoir essayé lui-même, il avait enfin compris à quel point c’était difficile. Il en était même venu à se demander si son propre stoïcisme n’avait pas été une forme de fuite. 11
À cet instant, on vint l’avertir que des visiteurs étaient arrivés. Deux personnes entrèrent : Geommugeuk et Jin Haryeong.
« Ça faisait un moment. »
Comme il venait justement de penser à Geommugeuk, comment aurait-il pu ne pas être surpris ?
« Ça ne fait pas si longtemps, et tu es déjà gêné ? C’est moi, ton ami. »
Il était si heureux de le revoir qu’il lui était encore plus difficile d’exprimer sa joie. 12
« Qu’est-ce que tu fais là ? »
« Quel accueil glacial ! À ton avis ? Je suis venu te voir, évidemment. »
Alors Jin Haryeong, qui se tenait à côté de lui, le dénonça sans la moindre honte.
« C’est faux. Il est venu parce qu’il a besoin de notre aide. »
Jin Hagun s’inquiétait déjà pour sa sœur, manifestement ravie. Mais, à vrai dire, il était tout aussi enthousiaste.
« De quoi s’agit-il ? »
« J’ai invité le chef de l’Alliance des voies démoniaques dans notre taverne habituelle, près du quartier général du culte. »
Pendant un instant, Jin Hagun crut qu’il parlait de Bih Sa-in. Il pensa qu’ils étaient venus lui dire : « Nous avons invité Bih Sa-in, alors tu devrais venir, toi aussi. »
« Je n’irai pas. »
Geommugeuk et Jin Haryeong le dévisagèrent, comprenant qu’il s’était mépris. Décontenancé par leurs regards, Jin Hagun demanda :
« Qui as-tu dit avoir invité ? »
« Le chef de l’Alliance des voies démoniaques. »
Les yeux de Jin Hagun s’écarquillèrent enfin.
Il connaissait clairement ses propres limites. Tout comme il avait mal compris à l’instant, l’idée d’inviter le chef de l’Alliance des voies démoniaques dans une taverne située devant le quartier général de l’Alliance du Murim ne lui avait même jamais traversé l’esprit.
Mais Geommugeuk franchissait toujours ce genre de limites. Il les dépassait sans effort et avançait des raisons que Jin Hagun n’aurait jamais osé invoquer lui-même.
« Je voulais simplement lui offrir un verre. »
Dans la bouche de n’importe qui d’autre, cela aurait ressemblé à un mensonge absurde. Mais à présent, Jin Hagun savait bien quel genre d’homme était Geommugeuk. Quand il s’était rendu récemment à l’Alliance des voies démoniaques, il avait dû faire une telle impression sur son chef qu’il pouvait se permettre de l’inviter.
Jin Haryeong, elle non plus, n’avait pas manqué d’être surprise.
« Quelle drôle de plaisanterie, après toutes ces années sans nous voir ! »
« Ce n’est pas une plaisanterie. »
Elle savait bien que ce n’en était pas une. C’était tellement lui. 13
Jin Hagun demanda encore :
« Le chef de l’Alliance des voies démoniaques a accepté l’invitation ? »
« Il a dit qu’il viendrait si le chef de l’Alliance du Murim acceptait la rencontre de bonne foi. »
« De bonne foi ? Comment peut-on considérer de bonne foi une rencontre secrète entre le culte et l’Alliance des voies démoniaques ? »
« Une rencontre secrète ? Quelle sorte de rencontre secrète a lieu aussi ouvertement ? »
« Peu importe ! Le chef de l’Alliance ne l’autorisera jamais. »
Il savait mieux que quiconque à quel point son grand-père craignait et détestait le culte et l’Alliance des voies démoniaques. Si Geommugeuk avait réussi à nouer des liens avec eux, c’était uniquement grâce à la relation étroite qu’il entretenait avec ses petits-enfants, et au fait qu’il leur avait même sauvé la vie. C’était vraiment une exception.
« C’est justement pour ça que je suis venu demander votre aide. Je veux que vous m’aidiez à le convaincre. »
« Tu aurais pu l’inviter sans nous en parler, non ? »
À la question suspicieuse de Jin Hagun, Jin Haryeong regarda Geommugeuk avec le même air soupçonneux.
« Ça n’aurait pas été correct. »
« Pourquoi ? »
« Parce que vous êtes mes amis, non ? » 14
En invitant Baek Jagang, Geommugeuk voulait avant tout empêcher une éventuelle guerre. Mais si l’Alliance du Murim interprétait cette invitation comme un pacte secret conclu dans son dos par le Culte du Démon Céleste et l’Alliance des voies démoniaques, elle ferait plus de mal que de bien.
« Même si le chef de l’Alliance des voies démoniaques ne m’avait pas posé cette condition, je serais quand même venu vous demander votre accord. »
Jin Hagun se demanda soudain ce qu’il aurait fait à sa place. Même s’il ne comprenait pas pleinement l’intention de l’autre partie, si c’était quelque chose qu’il fallait faire coûte que coûte…
Ne se serait-il pas simplement lancé, pour éviter les complications inutiles, avant de balayer l’affaire d’un « Désolé, les choses se sont passées comme ça » ?
Cette pensée le fit légèrement rougir. Tandis que Geommugeuk plongeait au plus profond de l’amitié, lui avait l’impression de n’y tremper qu’à moitié le bout des pieds.
« Aide-moi à convaincre le chef de l’Alliance. »
Jin Hagun secoua fermement la tête.
« Hors de question ! »
Jin Haryeong réagit de même et secoua la tête à son tour.
« Moi non plus. Tu ne connais vraiment pas notre grand-père. Si nous abordons seulement le sujet, il nous chassera de l’Alliance. »
« Si vous vous faites chasser, notre culte vous accueillera à bras ouverts ! »
« Mon frère n’aurait même plus le droit de devenir héritier. »
« Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour te débarrasser de toutes ces ambitions encombrantes ? »
« Quelle excellente idée, héritier du Culte du Démon Céleste ! »
Sur ces mots, Geommugeuk poussa un soupir théâtral en se tenant le cœur, comme s’il souffrait.
« Ah ! Je ne pensais pas que mes amis m’abandonneraient ! »
À peine eut-il prononcé ces mots qu’un doute traversa l’esprit de Jin Hagun.
Il ne s’y attendait vraiment pas ? Lui, si malin ?
Une idée lui vint soudain : Geommugeuk n’était peut-être pas venu uniquement pour demander la permission à leur grand-père.
Non, quand même pas…
Ce ne fut pas lui qui exprima tout haut cette pensée, mais sa petite sœur, qui comprenait toujours les choses plus vite.
« Tu ne serais pas en train de songer à inviter aussi notre grand-père ? » 15
1 : Drôle de voir que c’est vrai, en fait XDXDXD
2 : Il y a aussi une troisième possibilité : la féliciter et lui demander si elle a besoin d’aide pour se déclarer. En somme, aider la personne qu’on aime à être heureuse, même si ce n’est pas avec soi. Après, je me fais sûrement beaucoup trop d’idées et la plupart ne s’intéressent probablement qu’au pouvoir.
3 : Là, c’est carrément toxique. Elle dit qu’elle a des sentiments pour quelqu’un d’autre, et toi, tu ignores son cœur pour satisfaire ton ego ? C’est minable. Tu feras quoi après, si elle te repousse encore ? Tu utiliseras la violence ? Les types qui se croient de « gentils » mecs sont vraiment pénibles.
4 : Elle le sait bien. Après avoir rencontré Mugeuk, impossible de ne pas le comparer aux autres jeunes de son âge.
5 : Oh, je ne considérerais pas ça comme une vérité immuable. Tout change avec le temps, surtout à l’approche de la tempête. Ce qui compte le plus, ce sont les sentiments de toutes les personnes concernées. Mais au bout du compte, l’auteur seul décidera ; alors je prierai pour que vous trois connaissiez une fin heureuse.
6 : Il peut aussi faire semblant de ne pas comprendre. Après tout, il ferme déjà les yeux sur les sentiments de Lee Ahn.
7 : Je vous le dis, quand il aura sauvé le monde, il publiera des livres de développement personnel et de philosophie sur ses réflexions. Ils s’intituleront Les Chroniques du Démon Céleste XDXDXD Au moins, ça fera un objectif de plus à ajouter à la liste, avec l’ouverture d’un étal devant l’Alliance du Murim XDXDXD
8 : Et lui rappeler de payer ses nouilles XDXDXD
9 : À nous aussi. Ça fait quoi, cinquante chapitres qu’on ne l’a pas vue ? On dirait que ça remonte à si longtemps… Enfin, c’est vrai : cinquante chapitres, ça fait à peu près deux mois XDXDXD
10 : Quand votre vie change, vos arts martiaux changent aussi. Pour garder l’esprit équilibré et mener une vie saine, ça ne devrait pas être l’inverse.
11 : C’est toujours lorsqu’on prend le temps de s’arrêter et de réfléchir qu’on mesure mieux la dureté de la vie des autres. C’est naturel, même si l’on préférerait sans doute l’éviter.
12 : Les deux frère et sœur sont des tsundere XDXDXD
13 : Il a une sacrée réputation de fauteur de troubles pfff. Ce n’est pas comme si elle était imméritée, loin de là XDXDXD
14 : Halo d’honnêteté et d’innocence éblouissant
15 : Évidemment. Ce ne serait pas drôle sinon, pas vrai ? XDXDXD
* : Les dragons chinois sont souvent représentés avec une perle entre leurs griffes. Son usage varie selon les récits : parfois boule de cristal, parfois instrument de contrôle de la pluie, elle peut aussi exaucer les souhaits les plus puissants. Je conseille de lire La Perle du dragon et Le Lac des oliviers, deux récits classiques qui donnent une idée du sujet. Pour d’autres histoires de dragons, essayez La Carpe qui franchit la porte du dragon et La Légende des quatre dragons.