Chapitre 363
Traducteur : FenrirTL
Éditeur et vérificateur qualité : Saphartlantis
Consultant en terminologie du Murim : Kopke
Chapitre 363 : Dans le monde martial, j’étais le plus impatient
Geommugeuk regagna la planque.
Bih Sa-in attendait son retour avec anxiété depuis tout ce temps.
« Alors, comment ça s’est passé ? »
Bih Sa-in brûlait de savoir comment s’était déroulée la rencontre entre Geommugeuk et le chef de l’Alliance des voies démoniaques. Il avait tellement envie de le savoir qu’il aurait pu le saisir par le col et le secouer jusqu’à ce qu’il parle.
« Laisse-moi d’abord reprendre mon souffle. Je ne reviens pas de n’importe quelle rencontre : je viens de voir ce chef de l’Alliance terrifiant. Laisse-moi boire un peu d’eau. »
« Comme si tu avais peur de quoi que ce soit. Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? »
Frustré, Bih Sa-in clopina derrière Geommugeuk.
« Bientôt, tu pourras de nouveau te déplacer avec légèreté. »
« J’ai mal, bon sang. Arrête de te moquer de moi et raconte-moi plutôt ce qui s’est passé. »
Après avoir bu son eau avec soulagement, Geommugeuk se tourna vers Bih Sa-in.
« Comme tu peux le voir, je ne suis pas revenu couvert de bleus. »
« Et alors ? Qu’a dit le chef de l’Alliance quand tu lui as tout expliqué ? Il nous a crus ? »
« À moitié. »
Bien sûr, il aurait mieux valu que le chef de l’Alliance le croie entièrement, mais, vu à quel point la situation actuelle lui était défavorable, il estimait déjà avoir eu de la chance d’être cru à moitié.
Malgré tout, c’était Geommugeuk qui y était allé. Comment aurait-il pu mal s’en sortir ? Bih Sa-in croyait en lui. S’il ne pouvait pas faire confiance à cet homme, à qui le pourrait-il ? Il était convaincu que Geommugeuk avait tout expliqué mieux qu’il ne l’aurait jamais fait lui-même.
« Comment allait le chef de l’Alliance ? Il n’était pas blessé ? »
La voix de Bih Sa-in trembla légèrement.
Son expression bourrue trahissait toute l’inquiétude qu’il éprouvait pour son maître.
« Le chef de l’Alliance va bien, ne t’inquiète pas. »
Alors seulement, Bih Sa-in poussa un soupir de soulagement. Maintenant que Hyeok Sagun avait clairement été démasqué comme l’ennemi, il était impossible de ne pas s’inquiéter. Au fond, il voulait se précipiter auprès de son maître, mais la réalité ne le lui permettait pas. Il en éprouvait un profond regret.
« Tu as bien travaillé. Repose-toi, maintenant. »
Il voulait demander : « Le chef de l’Alliance a-t-il dit quelque chose à mon sujet ? », mais les mots ne parvenaient pas à franchir ses lèvres.
Entendre : « Il n’a rien dit », l’aurait blessé pour rien. Bien sûr, c’était normal, puisque son innocence n’avait pas encore été pleinement établie. C’était ainsi que fonctionnait le cœur humain.
Alors que Bih Sa-in s’apprêtait à se détourner, Geommugeuk prononça les mots qu’il attendait désespérément.
« Le chef de l’Alliance m’a chargé de te transmettre quelque chose. »
Bih Sa-in se retourna, stupéfait. Son cœur se gonfla d’un mélange d’espoir et de crainte.
« Qu’a-t-il dit ? »
Les yeux droit dans ceux de Bih Sa-in, Geommugeuk lui répéta exactement les paroles du chef de l’Alliance.
« Ne t’y habitue pas. »
Au début, Bih Sa-in ne comprit pas et inclina légèrement la tête.
« C’est ce que le chef de l’Alliance m’a dit de te transmettre. Il a ajouté que tu comprendrais en l’entendant. »
« “Ne t’y habitue pas” ? “Ne t’y habitue pas”… »
À peine eut-il répété ces mots que Bih Sa-in tressaillit. Dès qu’il se souvint de la fois où il les avait entendus, une tempête d’émotions déferla sur son visage.
« Le chef de l’Alliance souhaite que tu te rétablisses vite. »
Il aurait pu dire : « Il doit souhaiter », mais Baek Jagang s’inquiétait clairement pour Bih Sa-in. Il le sentait bien ; nul besoin d’explication.
« Merci. »
Bih Sa-in le comprit. Le fait que Geommugeuk y soit allé seul avait été la meilleure chose qui pouvait arriver. Les paroles de son maître le prouvaient. Si le chef de l’Alliance avait été mécontent, jamais il n’aurait dit une chose pareille.
Bih Sa-in regagna sa chambre.
Une fois à l’intérieur, il prit le remède qu’il avait laissé refroidir.
Il se rappela le jour où le chef de l’Alliance avait prononcé ces mots. Ce jour-là aussi, il se trouvait dans une chambre imprégnée d’une odeur de remède.
C’était le jour où il était revenu blessé d’une mission hors de l’Alliance. À l’époque, il n’était encore qu’un disciple de confiance du chef de l’Alliance, et l’échec avait davantage meurtri son cœur que son corps.
Le chef de l’Alliance était venu à l’infirmerie.
Debout près de son lit, il lui avait parlé.
— Ne t’habitue pas à l’échec.
Ce moment lui revint avec une netteté saisissante. L’instant où son maître l’avait regardé pour prononcer ces mots.
— Si tu t’habitues à l’échec, tu ne seras plus qu’un raté.
À ces mots, les larmes lui avaient jailli des yeux.
Plus que la gratitude de voir le chef de l’Alliance venu lui rendre visite, c’était la honte d’avoir échoué dans sa mission qui lui dévorait le cœur. Il avait été submergé par cette honte, au point d’en perdre la raison. Il était encore si jeune.
— Tu es frustré ?
— Oui.
Il s’était essuyé les larmes et avait tenté de se redresser.
— Je vais y retourner et réussir. Cette fois, je ne manquerai pas mon coup.
Alors, son maître l’avait doucement forcé à se rallonger et lui avait dit :
— Qui ne serait pas frustré après une défaite ? Mais écoute-moi bien : agir sur un coup de tête parce que tu es frustré, c’est aussi être un raté.
— Alors, comment devenir quelqu’un d’exceptionnel ? Comment faire pour toujours gagner ?
Au lieu de lui répondre, son maître lui avait fait avaler le remède posé à côté d’eux, puis avait changé ses bandages.
À l’époque, il n’avait pas compris. Mais aujourd’hui, il croyait enfin avoir saisi.
Ne te laisse pas emporter par tes émotions : occupe-toi d’abord de ton corps. Il ne s’agit pas de dégainer ton épée, mais de refaire tes bandages. Ce n’est qu’en apprenant à maîtriser calmement tes émotions et à prendre soin de toi que tu peux devenir quelqu’un d’exceptionnel. Voilà la réponse que son maître lui avait donnée en pansant ses blessures.<sup>1</sup>
« Ah ! Maître… »
À l’époque, il n’avait pas saisi le sens profond de ses paroles. Il n’avait ressenti que de la honte, de la frustration et le désir désespéré de mener sa mission à bien.
Comme maintenant. Il éprouvait exactement la même chose. Vite, vite, vite. Je dois aller les vaincre. Je dois prouver mon innocence au chef de l’Alliance.
Se rendre compte que ses émotions actuelles n’étaient pas différentes de celles, impatientes, qu’il éprouvait dans sa jeunesse lui donna des frissons.
« Maître ! »
Les larmes lui montèrent aux yeux et débordèrent. Ce jour-là, il avait pleuré de frustration. Aujourd’hui, il pleurait parce que son maître lui manquait. Parce que son maître se souvenait d’un jour qu’il avait lui-même oublié depuis longtemps. Il pleurait d’une gratitude immense. Il pleurait d’un profond regret.
Lentement, Bih Sa-in défit ses bandages et appliqua un nouvel onguent. Tandis qu’il examinait calmement ses blessures, le combat de ce jour-là lui revint en mémoire et de nouvelles idées lui vinrent : comment il aurait dû se battre, ce qu’il aurait dû faire.
Sans même foncer comme un fou sous le coup de la colère, ses blessures lui montraient comment devenir quelqu’un d’exceptionnel.
« …Maître. »
Bih Sa-in enroula lentement de nouveaux bandages autour de ses blessures.
* * *
Baek Jagang était assis en silence sur le Trône du Tyran des Ténèbres, dans la salle du chef de l’Alliance.
Depuis son retour de sa rencontre avec Geommugeuk, il réfléchissait profondément à une personne.
Geom Woojin.
C’était l’impression qu’il avait eue : rencontrer Geommugeuk, c’était comme ça.
À vrai dire, il n’avait pas eu l’impression de rencontrer Geommugeuk, mais plutôt Geom Woojin.
C’était comme si Geom Woojin avait brandi son épée non pour lui demander : « Que penses-tu de mon escrime ? », mais pour lui demander : « Que penses-tu de mon enfant ? »
L’image de Geommugeuk lui était naturellement revenue en tête.
— S’il vous plaît, payez-moi un repas.
Il se demandait si Bih Sa-in pouvait vraiment gérer un énergumène pareil. Il fallait que quelqu’un le remette à sa place.
Bien sûr, ce ne serait le cas que si, comme Geommugeuk l’avait affirmé, Hyeok Sagun était bien à l’origine de toute cette affaire.
À cet instant, la voix d’Ingung, le chef de son escorte, retentit depuis le vide, au-dessus de lui.
« Hyeok Sagun est arrivé. »
« Faites-le entrer. »
Quelques instants plus tard, Hyeok Sagun pénétra dans la salle.
Baek Jagang observa en silence l’homme qui s’approchait de lui de ses yeux petits mais fiers.
« Depuis combien de temps avez-vous rejoint l’Alliance ? »
« Cela fera dix-sept ans cette année. »
« Depuis combien de temps êtes-vous Stratège en chef ? »
« Cela fait presque deux ans. »
« Déjà ? »
Hyeok Sagun sentit que Baek Jagang n’était pas dans son état habituel. Mais cela ne l’étonna pas.
En de pareilles circonstances, n’aurait-il pas été plus étrange qu’il agisse exactement comme d’habitude ?
« Où étiez-vous ? Je suis passé vous voir plus tôt et on m’a dit que vous aviez quitté le domaine de l’Alliance. »
« Je suis allé manger dehors, pour une fois. »
Hyeok Sagun savait bien que Baek Jagang avait une échoppe favorite où il se rendait souvent.
« La situation devient dangereuse. Je vous prie de rester prudent pour le moment. »
Il surveillait les déplacements du chef de l’Alliance. Mais quand celui-ci se déplaçait aussi discrètement qu’aujourd’hui, accompagné du seul chef de son escorte, il était inévitable de perdre sa trace.
Hyeok Sagun était mécontent. Tout aurait dû se dérouler sans accroc sous son contrôle, mais les imprévus ne cessaient de surgir. Cela ne pouvait pas continuer.
« J’ai identifié celui qui a ordonné l’attaque-surprise contre la planque. »
C’était précisément l’affaire que Geommugeuk l’avait exhorté à surveiller de près.
« Qui était-ce ? »
« Le chef de division de la Brigade des Forces Extrêmes. »
À ces mots, le qi de Baek Jagang explosa autour de lui comme une détonation. D’ordinaire maître de lui, il laissa cette fois éclater sa fureur au grand jour.
La Brigade des Forces Extrêmes.
Le corps d’élite placé sous l’autorité directe du chef de l’Alliance.
Yaryuhan, l’ancien chef de division, avait « démissionné », et le nouveau chef, Beoncheon, était réputé pour sa loyauté exceptionnelle envers Baek Jagang.
« Il accuse Beoncheon ? »
Si Beoncheon était impliqué, ce serait comme perdre son bras droit. À tout le moins, les propos de Geommugeuk se révélaient exacts. Il comptait profiter de cette occasion pour éliminer ses rivaux politiques, comme il l’avait prévenu.
« Où sont les preuves ? »
« Les voici. Le Culte des Ténèbres était derrière tout ça. »
Hyeok Sagun gravit les marches et remit les documents à Baek Jagang.
Il était bien trop calme pour un homme qu’on venait de désigner comme traître. Même son oreille ne tressaillait pas. Cela signifiait soit qu’il ne mentait pas, soit qu’il était insensible à ce genre d’instinct.
Après avoir remis les preuves, Hyeok Sagun retourna à sa place et inclina la tête, l’air coupable.
« On dirait que le Jeune chef est tombé sous l’influence du Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
S’il n’avait pas rencontré Geommugeuk auparavant, il aurait accueilli ce rapport tout autrement.
Avec des preuves aussi claires, n’aurait-il pas soupçonné que Bih Sa-in avait été piégé ?
Il en doutait. Il aurait plus facilement cru que Bih Sa-in était tombé sous l’influence de Geommugeuk.
Cette pensée lui donna des frissons.
Que Hyeok Sagun les ait trahis ou que Geommugeuk l’ait accusé à tort de trahison…
Bien sûr, Baek Jagang se tenait toujours entre les deux. Il était tout à fait possible que tout cela fasse partie d’un vaste complot du Culte du Démon Céleste.
« À votre avis, que devrions-nous faire ? »
« Il faudrait lui retirer son poste de chef de division et l’écarter de la Brigade des Forces Extrêmes. »
« Faites-le. Mais seulement après ma rencontre avec le Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
« À vos ordres. Je vais donc prendre congé. »
Alors que Hyeok Sagun s’inclinait poliment et se retournait pour partir, Baek Jagang prit la parole.
« Je n’arrive toujours pas à y croire. Sa-in se rangerait du côté du Culte du Démon Céleste… »
« Moi non plus. »
« Préparez un rapport recommandant le prochain successeur. »
« Bien compris. »
Un léger sourire se dessina sur le visage de Hyeok Sagun tandis qu’il s’éloignait.
Mais, bien sûr, il ne s’en rendit pas compte.
Les yeux que Baek Jagang avait fixés sur son dos n’étaient pas ceux d’un chef de l’Alliance, mais ceux du Roi de la Mort, qui tenait une balance et observait de quel côté elle pencherait.
* * *
Geommugeuk se tenait au bord de la falaise, derrière le quartier général de l’Alliance des voies démoniaques.
Il contempla le gouffre sans fond, puis se jeta dans le vide sans hésiter.
Fchhh.
Il chuta à toute vitesse. Comme s’il avait perdu connaissance, il laissa son corps tomber sans la moindre protection. Aussi doué fût-il, une chute de cette hauteur, sans aucune résistance, ne pouvait que le tuer.
Il s’était lancé dans cette épreuve absurdement dangereuse pour voir comment réagirait la Technique de Protection Corporelle du Démon Céleste dans une telle situation.
« Technique de Protection Corporelle, si je tombe comme ça, je vais mourir. Tu vas me laisser faire ? »
Geommugeuk croyait en la Technique de Protection Corporelle du Démon Céleste.
Mais elle ne s’activait pas. Lui faisait-elle confiance ? Pouvait-elle savoir qu’il ne s’agissait pas d’un véritable danger ? Ou bien ne lui sauverait-elle la vie qu’après le choc, alors qu’il serait à moitié mort ?
Il était temps de mobiliser son énergie interne et d’utiliser un jeu de jambes léger.
Geommugeuk tint bon jusqu’au tout dernier instant.
« Je vais vraiment mourir comme ça ! »
Et juste à ce moment-là, au tout dernier moment…
Son énergie interne s’anima d’elle-même.
Vrouuu.
Son corps pivota en plein vol, se redressa et ses membres bougèrent de leur propre chef.
Grâce à la Technique de Vol du Démon Céleste, qui avait atteint la Grandeur des dix étoiles, il ralentit rapidement sa chute et atterrit bientôt en douceur. La Technique de Protection Corporelle du Démon Céleste, parvenue à la perfection, avait agi d’elle-même.
« Ouf. »
Geommugeuk poussa un soupir de soulagement.
« Espèce d’idiote, tu m’as fait une de ces frayeurs ! »
Puis Geommugeuk poussa un cri de joie. Il avait aussi souri devant Baek Jagang, mais cela ne représentait même pas un dixième de la joie qu’il ressentait à présent.
Au pied de la falaise, Geommugeuk sautillait d’excitation.
« Voilà les arts martiaux du Démon Céleste ! »
Sa voix résonna avec force dans les airs. Quelle qu’ait été sa vie avant sa régression, Geommugeuk restait un artiste martial. Et rien n’apportait plus de joie à un artiste martial que de maîtriser pleinement les arts martiaux. Surtout quand il s’agissait de la technique propre au Démon Céleste : sa joie était indescriptible.
À présent qu’il avait atteint la maîtrise, même plongé dans un sommeil profond, il se réveillerait instinctivement au moindre soupçon d’intention meurtrière. En cas de danger, la technique réagirait avec plus de résolution pour le protéger.
Et puis, atteindre la maîtrise devait lui apporter d’autres avantages qu’il n’avait pas encore découverts.
« À partir de maintenant, je compte sur toi, Technique de Protection Corporelle. »
Son père lui avait dit un jour…
Qu’une fois la Technique de Protection Corporelle du Démon Céleste maîtrisée, il ne mourrait jamais.
Cela signifiait qu’il venait de gagner une vie de plus.
Il pensait aussi que la maîtrise de la Technique de Protection Corporelle du Démon Céleste aurait une influence positive sur l’Art démoniaque des Neuf Calamités. Ces deux arts étaient fondamentalement très proches.
Il ne lui restait plus qu’à atteindre la Grandeur des douze étoiles dans l’Art démoniaque des Neuf Calamités.
Si seulement il pouvait faire apparaître l’Esprit du Démon Céleste devant lui. Pas dans sa version à dix étoiles, mais dans une version maîtrisée à douze étoiles.
Pour atteindre ce stade, il devait pousser encore plus loin le niveau de l’Art secret du Temps Céleste. En l’état, il n’avait tout simplement pas assez de temps.
Pas à pas, je continue d’avancer ainsi.
Était-ce parce qu’il avait maîtrisé la Technique de Protection Corporelle du Démon Céleste ? Pour une raison ou une autre, son père lui manquait plus que jamais aujourd’hui.
S’il pouvait annoncer à son père qu’il avait atteint la maîtrise, celui-ci dirait sans doute : « On va vérifier ça ? », avant de serrer le poing. Et même s’il prenait ce poing monstrueux en pleine figure, ça en vaudrait la peine.
Père, tu me manques !
* * *
Le lendemain, Geommugeuk quitta la planque pour rencontrer le chef de l’Alliance.
« Fais attention. »
— Tu as les yeux tout gonflés.
« Te voilà encore à dire des bêtises ! On ignore ce que Hyeok Sagun a pu manigancer ! »
— On ne l’ignore pas, il l’a déjà fait. Il a probablement remis au chef de l’Alliance des preuves prétendant que toi et moi avions comploté ensemble. Comme ça, il pourra t’éloigner de moi.
Bih Sa-in poussa un petit soupir.
« Si je pouvais y aller, je t’accompagnerais. »
Il voulait voir le chef de l’Alliance. Depuis sa première rencontre avec Baek Jagang, il n’avait jamais eu autant envie de le revoir.
« Ne te précipite pas. L’ennemi a passé des décennies à préparer minutieusement ce complot. N’essaie pas de rattraper tout ce retard d’un seul coup. »
Bih Sa-in voyait que Geommugeuk et Baek Jagang avaient quelque chose en commun.
Plus la situation était critique, plus ils s’efforçaient de rester calmes. Ils ne cherchaient pas leurs réponses ailleurs. Ils se faisaient confiance et trouvaient la solution en eux-mêmes.
« Si l’occasion se présente, dites au chef de l’Alliance de ma part que je vivrai comme il me l’a appris. »
« Je le ferai. »
Sur ces mots, Geommugeuk quitta la planque.
Bih Sa-in ne retourna pas dans sa chambre ; il resta là à le regarder s’éloigner.
C’est alors que Maléfice Monstrueux vint se tenir à côté de Bih Sa-in.
« Ne sois pas trop impatient. Ton heure viendra bientôt, Jeune chef. »
« Ce n’est pas grave si elle ne vient pas. Il y a deux jours à peine, j’avais le cœur le plus impatient de tout le monde martial. Mais maintenant, je ne suis plus pressé. »
Ne comprenant pas ce qu’il voulait dire, Maléfice Monstrueux le regarda avec curiosité.
Bih Sa-in lui adressa un sourire serein.
« Parce qu’en ce moment, il ne s’agit pas de dégainer mon épée, mais de refaire mes bandages. Et l’épée de celui qui a pris le temps de refaire ses bandages sera bien plus terrifiante. »<sup>2</sup>
1 : Ce n’est qu’en bâtissant des fondations solides qu’on peut progresser. Ne laisse pas les décisions impulsives dictées par les autres ruiner ton chemin.
2 : Oui, car tu auras pris le temps de te ressaisir et d’affermir ta volonté.