Chapitre 359
Traducteur : FenrirTL
Relectrice et correctrice : Saphartlantis
Consultant en terminologie du Murim : Kopke
Chapitre 359 : De tous les Jeunes chefs que j’ai vus, c’est le meilleur
Avant que le combat ne commence, l’Épée aux Mille Mains avait une question qui le taraudait.
« D’après ce que j’ai entendu tout à l’heure, on aurait dit que vous aviez une rancune contre nous. »
Il avait beau chercher dans ses souvenirs, il n’avait aucune animosité personnelle envers le Maléfice Monstrueux. Et il ne s’agissait pas de n’importe qui : c’était le Maléfice Monstrueux. Impossible d’oublier une chose pareille.
Le Maléfice Monstrueux n’expliqua jamais pourquoi il cherchait à les tuer. L’Épée aux Mille Mains ne l’aurait pas compris et, s’il lui répondait, il se serait sûrement moqué de lui.
Le Maléfice Monstrueux avait secrètement aimé une femme. Veuve, elle tenait une petite gargote tout en élevant son enfant, et il s’y arrêtait de temps à autre pour manger.
Il n’y avait rien de particulier entre eux. Elle était la patronne de la gargote, et lui, un client.
Étrangement, il s’était senti attiré par elle. S’il l’avait voulu, il aurait pu la prendre, mais il ne l’avait pas fait. La simple vue de cette femme et de son enfant lui apportait la paix.
Pour un homme qui avait vécu toute sa vie dans la dépravation, elle et ce lieu étaient une sorte de refuge pour son cœur las. 1
Puis l’incident s’était produit.
Alors que les Épées Jumelles du Ciel de Flamme fuyaient après avoir été déclarées ennemies publiques du monde martial, tous les clients de la gargote furent massacrés. Elle et son enfant comptaient parmi les victimes.
Ils n’avaient aucun véritable lien, et pourtant, le Maléfice Monstrueux résolut de tuer les Épées Jumelles du Ciel de Flamme pour venger leur mort.
Même aujourd’hui, il ne comprenait pas ce qu’il avait ressenti. Était-ce pour elle ? Ou détestait-il simplement voir ces deux hommes se pavaner en tant que membres des Sept Grands Maîtres des voies démoniaques ? 2
Plus tard, il apprit que les Épées Jumelles du Ciel de Flamme étaient mortes, prises au piège dans le Filet Céleste.
Mais le Maléfice Monstrueux ne le crut pas. Ces deux-là n’étaient pas du genre à mourir si facilement.
Et maintenant, en les voyant apparaître devant lui comme si les cieux les avaient placés sur sa route, il comprit que cette femme avait peut-être vraiment compté dans sa vie morne et vide.
Le Maléfice Monstrueux expliqua ainsi sa vengeance :
« Faut-il une grande raison pour tuer quelqu’un ? »
L’Épée aux Mille Mains éclata de rire. Un rire où ses yeux et sa bouche ne s’accordaient pas.
« C’est vrai. »
Le combat entre le Maléfice Monstrueux et l’Épée aux Mille Mains commença.
Le Maléfice Monstrueux ne craignait pas les épées, mais la lame de l’Épée aux Mille Mains était terrifiante. De même que les rochers se réduisaient en poussière sous ses poings, l’acier devenait aussi tendre que du tofu devant la lame de l’Épée aux Mille Mains.
L’Épée aux Mille Mains ressentait la même chose. Oser faire le malin à mains nues devant son épée ? Il le réduirait en morceaux en un instant, sans même lui laisser un cadavre.
Mais face au Maléfice Monstrueux, c’était peut-être lui qui faisait le malin, trop confiant en sa lame.
Ils se connaissaient trop bien. Ils savaient quel genre de techniques possédaient des combattants comme eux, parmi les Sept Grands Maîtres des voies démoniaques.
Leurs forces s’équivalaient.
Arts martiaux contre escrime : deux disciplines portées à leur apogée.
Sous les formes éclatantes se dissimulaient des feintes, tandis que des mouvements légers recelaient la subtilité d’une technique capable de tuer d’un seul coup. Ils avaient passé leur vie à parcourir les Plaines centrales en combattant ; leurs prouesses égalaient leur sinistre réputation.
Au bout du compte, l’issue du combat dépendait de celui qui maîtriserait le mieux son énergie interne et de celui qui commettrait la première erreur. Le moindre faux pas serait fatal.
Toutes ces démonstrations n’étaient qu’un prélude. En définitive, une technique simple, unique, déciderait de la vie ou de la mort.
Même en plein combat, tous deux gardaient un œil sur l’affrontement entre Bih Sa-in et l’Épée du Roi des Flammes.
Il voulait tuer rapidement l’Épée aux Mille Mains et sauver Bih Sa-in, mais rien ne se déroulait comme prévu.
La seule consolation, c’était que Bih Sa-in se battait bien mieux qu’il ne l’avait imaginé.
« Tiens encore un peu. »
Puis, au moment où le combat atteignit son paroxysme…
Quand les deux adversaires se séparèrent brièvement et prirent leurs distances, il vit le regard du Maléfice Monstrueux se porter vers le ciel, derrière lui.
À cet instant, l’Épée aux Mille Mains déchiffra les mots formés par les lèvres légèrement entrouvertes du Maléfice Monstrueux.
Il arrive.
Oui, il était certain que le Maléfice Monstrueux avait murmuré : « Il arrive. »
Ce n’était peut-être qu’une ruse pour détourner son attention et lancer une attaque surprise ; il ne pouvait donc pas se permettre de regarder le ciel. Mais qui arrivait ?
Plus troublant encore, la joie qui illuminait le visage du Maléfice Monstrueux n’avait rien de feint.
Puis un son ténu, étrange, porté par le vent lui parvint.
Ffffffouuuuuuu.
Il n’avait jamais entendu un tel bruit. Quelque chose approchait bel et bien. Sans le Maléfice Monstrueux, il ne l’aurait jamais remarqué : la chose était encore si loin.
Mais il n’eut pas le temps de se retourner. Le Maléfice Monstrueux venait de le pousser dans ses retranchements, déployant ses dernières réserves de force.
Dans un combat entre des maîtres de leur trempe, dépasser ses limites avait toujours un prix.
Pourtant, le Maléfice Monstrueux continuait d’attaquer sans retenue, comme s’il ne voulait pas qu’il se retourne. Comme s’il était certain que le combat allait bientôt prendre fin.
Qu’est-ce qui pouvait bien arriver ? La faucheuse ? 3
Au milieu de leur lutte acharnée, il l’entendit.
Le mur du fond s’effondrait.
« Quelqu’un est vraiment venu. »
Il vit un homme bondir du mur en ruine et foncer droit sur l’Épée du Roi des Flammes. Il voulut se précipiter à son secours, mais ne le put pas. Lorsqu’il comprit ce qui se passait, l’assaillant avait déjà saisi le bras de l’Épée du Roi des Flammes.
Boum !
L’épée de Bih Sa-in transperça le cœur de l’Épée du Roi des Flammes.
À cette vue…
La concentration de l’Épée aux Mille Mains se brisa.
Cet instant précis, voilà ce que le Maléfice Monstrueux attendait depuis le début du combat.
Bam !
Le coude du Maléfice Monstrueux s’écrasa sur la mâchoire de l’Épée aux Mille Mains.
Malgré ce coup qui faillit lui arracher l’âme, l’Épée aux Mille Mains lutta pour rester conscient.
Alors qu’il faisait tournoyer son épée pour parer l’attaque suivante, il comprit… Le Maléfice Monstrueux avait disparu.
« Non ! »
Le désespoir l’envahit. Pour des maîtres de leur trempe, perdre son adversaire de vue revenait à perdre la vie.
Cracccccc.
Dans un craquement d’os, le cou de l’Épée aux Mille Mains fit un tour complet. Derrière lui, il aperçut le visage du Maléfice Monstrueux, puis le paysage devant lui réapparut.
Tout s’était passé si vite qu’il n’avait même pas compris que son cou était brisé. Au loin, il vit l’Épée du Roi des Flammes s’effondrer et comprit enfin ce que le Maléfice Monstrueux avait dit voir arriver. Au moment où il reconnut le jeune homme…
Une rafale passa et, comme une lanterne éteinte par le vent, le monde s’assombrit en un instant.
La lumière quitta les yeux de l’Épée aux Mille Mains, qui s’écroula au sol comme un ballot de paille.
« Haaah… »
Un long soupir s’échappa des lèvres du Maléfice Monstrueux.
En baissant les yeux vers le cadavre de l’Épée aux Mille Mains, il se remémora la femme d’autrefois, celle qui lui avait adressé un grand sourire en lui servant une portion supplémentaire de mouton, bien trop généreuse.
À cet instant, il comprit qu’il l’avait vraiment aimée.
« Franchement, c’était beaucoup trop de mouton pour moi. Repose en paix, maintenant. »
Il prononça enfin en pensée les mots qu’il n’avait pas pu lui dire à l’époque. Parfois, on se venge pour quelqu’un dont on n’a même jamais pu tenir la main. 4
Le Maléfice Monstrueux releva la tête et regarda Geommugeuk.
Geommugeuk pressait les points d’acupuncture de Bih Sa-in pour arrêter l’hémorragie de son corps inconscient.
« Vous avez entendu ce qu’a dit le Jeune chef ? »
« Qu’a-t-il dit ? »
« Couvert de blessures, il a dit : “Je vous en prie, sauvez l’Aîné Gwe.” »
Les pupilles du Maléfice Monstrueux tremblèrent légèrement.
« Quelles sornettes ! Il parlait de quelqu’un que j’étais en train de rouer de coups ! »
« On aurait pourtant dit que vous aviez du mal. »
« J’ai dit non ! »
Épuisé, le Maléfice Monstrueux s’affala en position assise. Lui aussi avait été tailladé à plusieurs endroits et avait subi des blessures internes.
En plus de cela, son énergie était presque à sec. La tension retombant, le sommeil commença à l’envahir.
« Dire ça de quelqu’un contre qui j’étais clairement en train de gagner… »
Sa tête s’affaissa, et son bluff s’endormit avec lui.
* * *
Quand Bih Sa-in ouvrit les yeux, il était allongé sur un lit.
Un plafond inconnu. L’odeur âcre des médicaments lui piquait les narines.
« Je suis vivant. »
La joie et le soulagement d’avoir survécu déferlèrent en lui, trop puissants pour être exprimés. Cette fois, il avait vraiment cru qu’il allait mourir.
Il se rappela le visage de Geommugeuk à la fin. Il haletait d’épuisement. Le soulagement se lisait dans ses yeux.
« À te voir, on croirait que c’est toi qui t’es battu. »
Bih Sa-in examina son corps. Son torse entier était couvert de bandages et l’odeur du baume médicinal était forte. Combien de fois l’avait-on tailladé ? Il se souvenait d’au moins six blessures.
Sans réfléchir, il essaya de se redresser, puis poussa aussitôt un cri et retomba sur l’oreiller. Il avait l’impression que quelqu’un l’avait roué de coups toute la nuit.
C’est alors qu’il aperçut deux armures de protection appuyées contre le mur.
La vue de ces armures trempées de sang lui rappela l’intensité du dernier combat. Il ne se souvenait même pas de la façon dont il s’était terminé.
« Ah ! Et l’Aîné Gwe ? »
Inquiet pour le Maléfice Monstrueux, il ne pouvait pas rester allongé sans rien faire.
Alors qu’il gémit et tentait de se relever à nouveau, la voix de Geommugeuk lui parvint de l’extérieur.
« Pourquoi est-ce que tu n’arrêtes pas de te promener alors que tu es encore blessé ? »
Une réponse familière et bienvenue lui parvint aussitôt.
« Je t’ai dit que ça allait. »
« Ça ne va pas. Si tu ne te soignes pas correctement maintenant, tu auras mal aux os en vieillissant. »
« Je suis déjà assez vieux et j’ai déjà bien assez mal ! »
Bih Sa-in se rallongea. Sans même s’en rendre compte, un léger sourire s’était dessiné sur ses lèvres. Il était blessé et de redoutables ennemis étaient encore en liberté, mais, à cet instant, son cœur était en paix.
Il se rendormit, puis se réveilla plus tard. Geommugeuk se trouvait dans la pièce.
« Tu es réveillé ? »
« J’ai dormi combien de temps ? »
« Presque une journée entière. Tu n’as pas faim ? »
« Ça va. »
Parfois, on se sent si bien qu’on ne remarque même pas qu’on a faim. C’était exactement son cas.
« Au fait, où sommes-nous ? »
« Dans une de nos planques. »
Comme quoi, la vie était pleine de surprises : jamais il n’aurait imaginé finir dans une planque du Culte du Démon Céleste.
« Aide-moi à me relever, s’il te plaît. »
Alors que Bih Sa-in essayait de se lever, Geommugeuk le repoussa doucement sur le lit.
« Les gens des voies démoniaques sont-ils tous aussi impatients ? Vous avez l’air encore plus fougueux que les démons de mon culte. »
« Tu n’es pas vraiment bien placé pour parler, vu la vitesse à laquelle tu as foncé ici hier. »
Une fois de plus, il remit ses remerciements à plus tard. Il devenait évident qu’il ne pourrait pas rembourser sa dette de gratitude en une seule journée. Il devrait passer le reste de sa vie à puiser peu à peu dans son panier de dettes, pour rendre une à une les faveurs qu’il devait.
Geommugeuk ouvrit grand la fenêtre.
« Le temps est encore magnifique aujourd’hui. »
Bih Sa-in observa Geommugeuk, qui regardait par la fenêtre.
Pour une raison ou une autre, quand il ne parlait pas, Geommugeuk lui semblait toujours solitaire. Surtout lorsqu’il lui tournait le dos, le regard perdu au loin. 5
« Comment as-tu su qu’il fallait venir ? »
Toujours tourné vers la fenêtre, Geommugeuk répondit :
« Je me suis précipité ici parce que je voulais te voir. »
« Arrête de raconter des bêtises. »
Dès qu’il avait confirmé que l’homme qui s’était allié au Roi des Batailles était Hyeok Sagun, il avait foncé à toute vitesse vers la planque de Bih Sa-in en utilisant le Pas de la Lumière Stellaire.
Hyeok Sagun savait sûrement que Bih Sa-in était en vie, et il connaissait probablement aussi l’emplacement de la planque.
Sans cette décision prise en une fraction de seconde, Bih Sa-in et le Maléfice Monstrueux seraient tous deux morts.
« Celui qui travaille avec Hwang Seokgyeong, c’est… »
Bih Sa-in se raidit. Peu de gens connaissaient l’emplacement de la planque et avaient les moyens d’envoyer les Épées Jumelles du Ciel de Flamme.
Geommugeuk se tourna vers Bih Sa-in et déclara :
« C’est Hyeok Sagun. »
« ! »
Bih Sa-in fut stupéfait. Il avait bien pensé que seul quelqu’un d’un rang aussi élevé pouvait être impliqué, mais il n’aurait jamais imaginé qu’il s’agirait réellement de Hyeok Sagun.
« C’est vrai ? »
« Je l’ai vu de mes propres yeux. »
Bih Sa-in sentit sa poitrine se serrer et ne put rester allongé plus longtemps. Endurant la douleur, il se força à se redresser.
Cette fois, Geommugeuk ne l’arrêta pas. Lorsque Bih Sa-in tendit la main, une énergie douce comme du coton s’écoula de celle de Geommugeuk et l’aida à se relever.
Bih Sa-in s’adossa au mur et se plongea un instant dans ses pensées.
Il se rappela Hyeok Sagun, qui lui souriait. Chaque fois qu’il voyait le jeune homme, il éprouvait un sentiment de confiance. Il se disait qu’une fois officiellement devenu Stratège en chef, Hyeok Sagun transformerait l’Alliance des voies démoniaques.
Mais tout cela n’était-il que façade et mensonges ? 6
Avant la colère, ce fut l’inquiétude qui s’empara de lui. Hyeok Sagun était un adversaire plus difficile à affronter que n’importe quel ennemi de l’Alliance des voies démoniaques. Car il était plus proche du chef de l’Alliance que quiconque.
« Tu t’inquiètes ? »
Bih Sa-in hocha la tête. Il devrait désormais faire face aux prouesses martiales de Hwang Seokgyeong et à la ruse de Hyeok Sagun.
« Je vous dois encore la vie. »
« Non, cette fois, tu as survécu par tes propres moyens. »
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« Tu as affronté un adversaire plus fort que toi et tu as tenu jusqu’au bout. Je n’ai fait que lui saisir le bras une fois. C’est toi qui l’as tué. »
Geommugeuk attribua tout le mérite à Bih Sa-in. Et une nouvelle faveur vint s’ajouter au panier, à rendre plus tard.
« Tu t’es vraiment bien battu. De tous les Jeunes chefs que j’ai vus, c’est toi le meilleur. »
Un sourire apparut sur le visage buriné de Bih Sa-in.
« Vous n’en avez vu qu’un seul. »
Cette fois, Geommugeuk éclata d’un rire franc et joyeux. En voyant ce sourire, Bih Sa-in sentit enfin qu’il avait réellement survécu.
À cet instant, le Maléfice Monstrueux entra dans la pièce.
Bih Sa-in voulut le saluer en joignant le poing, mais ne réussit qu’à laisser échapper un gémissement. À bien y penser, ses deux bras avaient été tailladés.
« Ce n’est rien. Restez où vous êtes. »
« Vous allez bien, Aîné ? »
Le Maléfice Monstrueux aussi était couvert de bandages et empestait les onguents médicinaux.
« Je vais bien. »
Bih Sa-in était reconnaissant qu’il soit vivant. Si lui avait survécu tandis que le Maléfice Monstrueux mourait, il aurait porté cette culpabilité jusqu’à la fin de ses jours.
« Vous m’avez sauvé, Aîné. C’est uniquement grâce à vous que je suis encore en vie. »
« En quoi est-ce grâce à moi ? »
En disant cela, le Maléfice Monstrueux regarda Geommugeuk. C’était grâce à son arrivée à temps que lui et Bih Sa-in avaient survécu. Il lui devait désormais sa vie une deuxième fois.
Alors qu’il s’apprêtait à le remercier, il se sentit soudain agacé.
« Quand est-ce que je pourrai partir ? La nourriture de ce culte démoniaque ne me réussit vraiment pas. »
Il était manifestement mal à l’aise dans la planque du Culte du Démon Céleste. Avant de rencontrer Geommugeuk, il faisait toujours précéder le mot « culte démoniaque » de « maudit ».
« J’ai fini ce que j’avais à faire, alors je suppose que je peux partir, non ? »
Maintenant que ceux qui devaient mourir étaient morts, il n’avait plus aucune raison de convoiter le manuel secret.
« Je pense prendre ma retraite et m’installer dans un coin aux belles montagnes et aux eaux limpides. »
À ces mots, Bih Sa-in s’adressa à lui :
« Je vous en prie, remettez votre retraite à plus tard. »
« Pourquoi ? Tu es devenu pingre, tout à coup ? Tu ne veux plus m’offrir le plus grand bassin d’or du monde ? »
« Bien sûr que si. Mais avant que vous ne plongiez les mains dans ce bassin, j’aimerais vous les emprunter un moment. Vous m’avez déjà sauvé la vie une fois. Je vous en prie, prenez-en désormais la responsabilité. »
Geommugeuk, plus que quiconque, comprenait ce que signifiait survivre à la mort aux côtés de quelqu’un quand on était un artiste martial. C’est pourquoi il comprenait aussi l’importance de cet instant pour les deux hommes qui se tenaient devant lui.
Bih Sa-in inclina respectueusement la tête et formula sa demande.
« Aidez-moi à devenir un bon chef de l’Alliance. »
Il ne releva pas la tête. Sa posture témoignait de sa détermination : il resterait ainsi incliné jusqu’à ce qu’il obtienne une réponse.
« J’ai beaucoup d’ennemis et de nombreux défauts. Si vous me gardez à vos côtés, vous rencontrerez une forte opposition. »
« Je leur dirai à tous d’aller se faire voir. »
Un léger sourire étira les lèvres du Maléfice Monstrueux.
« C’est ce que tu penses maintenant, j’en suis sûr. »
Il ne l’accepta pas tout de suite. Après avoir baissé les yeux vers Bih Sa-in, toujours incliné, il jeta un rapide regard à Geommugeuk.
Geommugeuk intervint en souriant :
« Je vous paierai le double de ce que propose le Jeune chef. Venez dans notre camp. »
Toujours incliné, Bih Sa-in laissa échapper un petit rire. Geommugeuk était le genre d’homme incapable de s’empêcher de plaisanter, même dans un moment pareil.
« La nourriture de votre camp ne me réussit pas. »
Sur ces mots, le Maléfice Monstrueux le repoussa sans détour, puis s’approcha de Bih Sa-in et l’aida doucement à se redresser.
« Vous n’avez pas besoin de me garder près de vous à cause de ce que j’ai fait. Je vous serai plus utile en restant en retrait. »
Il voulait dire qu’il le soutiendrait discrètement depuis l’ombre, sans se mettre en avant ni se prévaloir de l’autorité du titre de chef de l’Alliance.
« Merci. Vraiment, merci. »
« N’oublie pas : le plus grand et le plus beau bassin d’or. »
C’est ainsi que Bih Sa-in, qui n’avait autrefois compté que sur les Treize Loups, gagna son allié le plus fiable à ce jour. 7
Geommugeuk les félicita du regard. Et, naturellement, quelques visages chers lui vinrent à l’esprit.
À cet instant, un membre du culte chargé de la planque arriva et lui remit un message.
« Un message urgent de l’Alliance des voies démoniaques pour le Jeune chef du Culte du Démon Céleste, transmis par le Pavillon de la Communication Céleste. »
Geommugeuk en prit connaissance.
« Qu’est-ce que ça dit ? »
À la question inquiète de Bih Sa-in, Geommugeuk répondit avec un regard qui semblait dire que le moment était enfin venu.
« Votre chef de l’Alliance veut me rencontrer. » 8
1 : Je comprends ce sentiment : vouloir garder quelqu’un à l’œil de loin et espérer secrètement son bonheur. Une pensée pour elle.
2 : Je crois que c’était pour elle. Certaines relations sont si difficiles à comprendre que même ceux qui les vivent n’y parviennent pas, quelle que soit leur durée ; elle était certainement de celles-là. Peut-être une figure de fille, peut-être de l’admiration pour sa force de caractère ou sa compassion face à ses difficultés. Pourquoi essayer de définir ce qui compte pour le cœur ?
3 : Perspicace. C’est le poids de votre karma qui vous rattrape, tous les deux.
4 : Si le Vieux Ciel existe vraiment, je me demande s’il y a aussi une vie après la mort, et si elle peut voir à quel point elle l’a influencé. Au moins, les souvenirs de ceux que nous avons perdus marchent à nos côtés, blottis dans nos cœurs.
5 : Eh bien, même si son bavardage fait partie de sa personnalité, c’est aussi une façon de se voiler à lui-même sa solitude. Mugeuk est bien plus complexe que son côté insouciant et plaisantin que nous aimons tant.
6 : Eh bien, non. L’Alliance se transformerait certainement sous sa direction, mais pas comme tu le souhaiterais. Et tu ne serais plus là pour le voir.
7 : Sans compter Muguk. Mais notre Jeune chef du Culte appartient à une tout autre catégorie, XDXDXD
8 : Au moins, ce sera moins gênant que d’être présenté comme le futur gendre du petit-fils du chef de l’Alliance du Murim, XDXDXD