Chapitre 354
Traducteur : FenrirTL
Éditeur / correcteur : Saphartlantis
Consultant en terminologie du Murim : Kopke
Chapitre 354 : Le Jeune chef ne mourra que si nous le laissons tranquille
Après le départ de Bih Sa-in, son subordonné Sahon s’approcha du Roi des Batailles en tirant le chariot.
« Je vais transporter vos affaires. »
Tandis que Sahon chargeait sur le chariot les cadeaux offerts par les artistes martiaux, le Roi des Batailles prit place à son tour.
Dès qu’ils quittèrent le terrain d’entraînement, ils entamèrent une conversation par transmission télépathique.
― Alors, le Jeune chef a fini par s’en apercevoir ?
Le Roi des Batailles acquiesça légèrement. Il l’avait déjà prévu lorsque les assassins n’étaient pas parvenus à tuer Pyo Gigwang.
― Alors, pourquoi est-il venu ?
― Pour nous déclarer la guerre. Et pour nous montrer de quoi il est capable. Des assassins comme ceux que tu as envoyés ne pourront rien contre lui.
― Il est encore jeune.
Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres de Sahon. À l’inverse, le Roi des Batailles demeurait perplexe.
― Il a vraiment changé.
Mais il n’arrivait pas à déterminer ce qui avait changé, exactement. 1
― Tu as compris comment il avait survécu à l’embuscade d’aujourd’hui ?
À la question de Sahon, le Roi des Batailles secoua la tête.
― Le Chef de l’Alliance pourrait-il l’aider ?
― Ce n’est pas le Chef de l’Alliance. S’il était impliqué, les choses ne se passeraient pas ainsi.
― Alors, le Jeune chef cherchera certainement l’aide de Maléfice Monstrueux et d’Éclair de Lumière.
Maléfice Monstrueux et Éclair de Lumière. Ils faisaient partie des Sept Grands Maîtres des voies démoniaques, ces combattants d’élite que Bih Sa-in avait autrefois amenés pour étaler son influence lors de la réunion tripartite sur le sort de la Secte de la Fleur céleste.
― C’est probable.
― Si nous lui laissons le temps, cela jouera contre nous. Je vais prendre mes hommes et régler l’affaire moi-même avant qu’il ne les rencontre.
― Ce ne sera pas nécessaire.
Le Roi des Batailles s’allongea parmi les bagages entassés sur le chariot et prononça des paroles énigmatiques.
― Le Jeune chef ne mourra… que si nous le laissons tranquille.
* * *
Après être descendu de la falaise, Bih Sa-in envoya aussitôt une lettre, puis loua une voiture et des chevaux. Pour ne pas attirer l’attention, il laissa les Treize Loups derrière lui et partit seul avec Geommugeuk vers leur destination.
Bih Sa-in contemplait le paysage en silence.
Il se préparait au grand combat qui les attendait. Il était prêt à mourir, et cette bataille serait plus dangereuse que toutes celles qu’il avait livrées jusque-là.
Bien sûr, une part de lui voulait l’éviter. Au fond de son esprit, une voix le pressait sans cesse de courir trouver le Chef de l’Alliance.
― Tu as déjà oublié ? Tu t’es mis en colère et tu as pris une décision tout à l’heure, puis tu l’as regrettée, n’est-ce pas ? C’est pareil, cette fois. Quand tout sera fini, tu regretteras ton choix. Va maintenant tout raconter au Chef de l’Alliance et arrange les choses.
En proie à des sentiments contradictoires, Bih Sa-in se tourna vers Geommugeuk.
Comme toujours, Geommugeuk était assis en silence, les yeux fermés.
Puis, soudain, Geommugeuk prit la parole.
« Tu regrettes encore ?
— Tu dois avoir des yeux derrière la tête, et même sur les paupières. »
« Alors, je suis un monstre ? Dis plutôt que je vois avec le cœur. » 2
Geommugeuk ouvrit lentement les yeux.
« Chaque fois qu’on prend la voiture, tu fermes les yeux et tu marmonnes. Qu’est-ce que tu t’exerces à faire ? »
« La Technique de Protection Corporelle du Démon Céleste. »
Bih Sa-in fut intérieurement surpris. Il ne s’était pas attendu à ce que Geommugeuk mentionne l’art martial propre au Démon Céleste.
« Tu peux vraiment me confier un secret pareil ? »
« Et alors ? Je ne t’ai pas donné la formule. Qu’y a-t-il de mal à dire le nom d’une technique ? »
Il existait des domaines qu’on ne pouvait atteindre en se contentant d’en entendre parler ou d’essayer de les imiter. Ces mots lui avaient échappé sans qu’il s’en rende compte.
« J’ai perdu. »
« Je pense que tu peux l’admettre, oui. »
« Et alors ? Je suis censé te laisser m’entraîner où bon te semble ? »
« Et alors ? En te laissant entraîner, tu peux voir les étoiles, les oiseaux, les nuages. Bien sûr, celui qui te traîne se rengorgera et se donnera des airs au début, mais au bout d’un moment, il finira lui aussi par se lasser. Il se mettra à espérer que quelqu’un le traîne à son tour. »
Bih Sa-in le regarda d’un air incrédule.
« Tu parles comme si tu avais déjà perdu, alors que ce n’est jamais arrivé. » 3
« Tu connais mon père, pas vrai ? Inutile de lui cacher quoi que ce soit. Il voit tout. Tu devrais voir comment il se moque de moi. »
Il était difficile de croire que même quelqu’un comme Geommugeuk puisse se retrouver sur la défensive face à qui que ce soit. Cela dit, tout s’expliquait si cette personne était son père.
« Quel genre d’homme est ton père ? »
« Tu le connais probablement mieux que moi. »
Bih Sa-in esquissa un sourire devant cette réponse à moitié sérieuse, à moitié plaisante.
« Je te le présenterai la prochaine fois. Tu le rencontreras et tu te feras ta propre opinion. »
Le jour viendra-t-il où je pourrai saluer le Démon Céleste ?
« Tu redeviens sérieux. Ce n’est pas le Jeune chef de l’Alliance des voies démoniaques qui va saluer le Démon Céleste. C’est juste un ami qui salue le père de son ami. »
Le père d’un ami.
Dans sa vie, le mot « ami » lui était aussi étranger que n’importe quel autre.
« Au fait, pourquoi ne me demandes-tu pas qui nous allons rencontrer ? »
Eh bien, c’était parce qu’il le savait déjà. Geommugeuk avait une bonne idée de la personne que Bih Sa-in allait solliciter.
« Lequel des deux vas-tu rencontrer en premier ? »
Bih Sa-in secoua la tête.
« Tu sais quelque chose ? Dans ces moments-là, tu as vraiment l’air dépourvu d’humanité. »
Il regretta ses paroles à l’instant même où il les prononça. Si quelqu’un d’aussi dépourvu d’humanité l’aidait, serait-il seulement ici ?
« Laisse-moi te poser encore une question. »
« Vas-y. »
« Tu crois que même l’Aîné Gwe ou l’Aîné Gwang ne suffiront pas ? »
Quand il avait vu l’Instructeur Hwang, sa maîtrise lui avait paru comparable à celle d’un instructeur du centre d’entraînement de l’Alliance.
Autrement dit, son habileté dépassait de loin celle de Bih Sa-in, au point de tromper ses sens.
Geommugeuk lui répondit franchement.
« S’ils l’attaquent ensemble, c’est possible. Seuls ? Aucune chance. »
Bih Sa-in s’y attendait plus ou moins, mais la réponse le surprit tout de même. Il fallait donc que deux des Sept Grands Maîtres des voies démoniaques unissent leurs forces pour affronter leur adversaire.
Geommugeuk ajouta alors une précision plus stupéfiante encore.
« Même ainsi, ce sera difficile si leur coordination n’est pas parfaite. »
* * *
La voiture arriva au lieu convenu.
« Jeune chef, bienvenue. »
« Je vous remercie sincèrement d’être venus jusqu’ici. »
« Éclair de Lumière vous attend à l’intérieur. Venez, entrons. »
Ils faisaient partie des Sept Grands Maîtres des voies démoniaques et entretenaient des liens étroits avec l’Alliance des voies démoniaques. Plus précisément, ils suivaient le Chef de l’Alliance.
Maléfice Monstrueux jeta un coup d’œil pour vérifier qu’il n’y avait qu’une seule personne avec Bih Sa-in.
« Je vois que vous êtes venu discrètement. »
Il avait déjà rencontré Geommugeuk, mais ne le reconnut pas cette fois-ci.
Geommugeuk portait un masque et gardait la tête baissée, évitant les regards. Il avait aussi ramené son qi au niveau d’un membre ordinaire des Treize Loups.
L’idée que le Jeune chef du Culte du Démon Céleste puisse se faire passer pour un membre des Treize Loups et escorter Bih Sa-in était si absurde qu’elle ne vint même pas à l’esprit de Maléfice Monstrueux. Celui-ci ne reconnut donc pas Geommugeuk.
Geommugeuk entra lui aussi dans la pièce. Comme des membres des Treize Loups accompagnaient toujours le Jeune chef, sa présence ne suscita aucun soupçon.
Une table de boissons avait été dressée dans la pièce, et Éclair de Lumière attendait déjà.
« Merci d’être venu, Aîné. »
Éclair de Lumière, qui était d’un naturel plutôt taciturne, se contenta d’incliner légèrement la tête en guise de salut.
Bih Sa-in s’assit à table et envoya un message télépathique à Geommugeuk.
― Veux-tu révéler ton identité et t’asseoir avec nous ?
― Ça va. Je reste ici.
Geommugeuk demeura debout à quelque distance derrière Bih Sa-in.
« J’ai commencé à boire en vous attendant. Tenez, Jeune chef, prenez un verre. »
Tout en buvant, ils échangèrent des banalités : ils parlèrent de leurs nouvelles, du Chef de l’Alliance, puis des événements récents dans le monde des arts martiaux.
Éclair de Lumière proposa ensuite un verre à Geommugeuk. Celui-ci tourna la tête et but sous son masque.
Bih Sa-in fut discrètement impressionné.
Le Jeune chef sait donc dissimuler sa présence, même à ces deux-là.
Après plusieurs tournées, ils en vinrent enfin au sujet qui les réunissait.
« Alors, pourquoi nous avoir fait venir, Jeune chef ? »
« J’ai quelque chose à vous demander, à vous deux, Aînés. »
Bih Sa-in choisit ses mots avec prudence.
Même Maléfice Monstrueux, qui affichait à présent un air affable, était un grand maître réputé pour sa cruauté et son caractère imprévisible, et redouté dans le monde des arts martiaux.
Éclair de Lumière, malgré son tempérament taciturne qui le faisait paraître moins menaçant, était connu pour dégainer plus vite que son ombre.
S’ils lui témoignaient des égards, c’était uniquement par respect pour le Chef de l’Alliance. Bih Sa-in n’avait encore tissé avec eux aucun lien personnel ni gagné leur confiance.
« J’ai découvert l’existence d’un groupe clandestin qui menace l’Alliance. »
À ces mots, Maléfice Monstrueux et Éclair de Lumière le dévisagèrent avec acuité.
« Qui sont-ils ? »
« Leur chef est l’Instructeur Hwang Seokgyeong, du centre d’entraînement de l’Alliance. »
À l’annonce du nom de Hwang Seokgyeong, les deux hommes affichèrent une stupeur totale. Ce fut davantage la révélation de son identité que l’existence d’une force secrète menaçant l’Alliance qui les choqua.
« Si tu sais qui est l’ennemi, alors élimine-le. Pourquoi nous avoir fait venir ? »
« Il dissimule sa véritable force. »
« Au point que nous soyons nécessaires ? »
« Oui. Vous devrez y aller tous les deux. »
Un instant de silence s’écoula. Bih Sa-in ne dissimula pas le niveau de son adversaire. Il ne commit pas l’erreur absurde de minimiser les capacités de Hwang Seokgyeong pour épargner leur orgueil.
Maléfice Monstrueux posa la question, à moitié incrédule.
« Le Chef de l’Alliance est au courant ? »
« Pas encore. »
« Pourquoi ne le lui as-tu pas dit ? »
La suite serait essentielle pour les convaincre.
« Il s’en est pris à moi depuis le début. Il a même essayé de me tuer. »
« Il a tenté de vous assassiner ? »
« Oui. C’est pour cela que je veux en finir avec lui de mes propres mains. »
Maléfice Monstrueux fixa Bih Sa-in.
« Tu veux donc régler l’affaire proprement et gagner l’estime du Chef de l’Alliance. »
Bih Sa-in répondit une nouvelle fois avec franchise.
« C’est exact. »
Maléfice Monstrueux jeta un coup d’œil à Éclair de Lumière. Celui-ci ne répondit rien et continua simplement à boire.
Maléfice Monstrueux ne se porta pas immédiatement à leur aide.
« Si ce que tu dis est vrai, c’est très dangereux. Pourquoi devrions-nous t’aider ? »
Bih Sa-in ne prétendit pas qu’il s’agissait d’une belle occasion de gagner des mérites au sein de l’Alliance des voies démoniaques, ni qu’ils rendraient service au prochain Chef de l’Alliance. Il ne prit pas non plus la peine de préciser qu’un instructeur rêvant de devenir Chef de l’Alliance était une idée absurde.
« Je vais être direct. Si je deviens Chef de l’Alliance, je vous donnerai à chacun ce que vous désirez. »
« Tu sais seulement ce que je veux ? »
« Le jour où j’accéderai au poste de Chef de l’Alliance, je vous donnerai le manuel secret du Pas de l’Ombre Trancheuse, conservé dans le trésor. »
Une lueur brilla dans les yeux de Maléfice Monstrueux.
Le Pas de l’Ombre Trancheuse était le manuel secret que Maléfice Monstrueux désirait depuis longtemps. Combiné à son art martial personnel, le Corps de Fer Trancheur, il produisait des effets bien plus puissants. Malheureusement, il n’avait jamais pu apprendre le Pas de l’Ombre Trancheuse.
S’il avait rendu tant de services au Chef de l’Alliance, c’était précisément pour mettre la main sur ce manuel.
Cette promesse était à double tranchant. S’il acceptait ces conditions, il ferait tout son possible pour aider Bih Sa-in à accéder au pouvoir au plus vite.
Mais une fois le manuel remis, Bih Sa-in ne pourrait plus se servir de lui.
« Qu’est-ce qui me garantit que tu tiendras parole ? »
« Si tu le souhaites, je rédigerai un contrat en mon nom. »
Ce ne fut qu’alors que Maléfice Monstrueux acquiesça.
« Très bien, j’accepte à cette condition. »
Bih Sa-in se tourna alors vers Éclair de Lumière.
« Aîné, j’ignore encore ce que vous désirez. Dites-moi ce que vous voulez. »
Ce ne fut qu’alors qu’Éclair de Lumière prit enfin la parole.
« Je veux votre vie. » 4
Le silence tomba sur la pièce.
Puis Maléfice Monstrueux éclata d’un rire sonore.
« Quand quelqu’un parle rarement, une plaisanterie comme celle-là fait mouche. »
Bih Sa-in rit lui aussi.
Mais Éclair de Lumière ne rit pas. Les mots qui suivirent ne lui ressemblaient guère : il les débita d’un seul trait.
« Quand vous êtes sorti tout à l’heure pour accueillir le Jeune chef, j’ai mis du Poison disperseur d’énergie dans le vin. On dit qu’il s’agit d’une version spécialement raffinée de la Reine Noire. En effet, vous ne vous en êtes pas aperçu. À moins d’être immunisé contre tous les poisons, vous ne pourrez pas utiliser votre énergie interne pendant la prochaine demi-heure. Bien sûr, j’ai pris l’antidote à l’avance. »
À cet instant, Maléfice Monstrueux vérifia son énergie interne. Son expression se glaça. Son énergie s’était effectivement dispersée.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Recourir à de tels stratagèmes, ce n’est pas votre genre. »
Au lieu de répondre, Éclair de Lumière poursuivit son discours.
« Aujourd’hui, c’est vous qui tuerez le Jeune chef ici. Après l’avoir tué, vous disparaîtrez du monde des arts martiaux. Une grosse somme sera déposée sur votre compte au Change central des Plaines centrales, et des preuves surgiront, indiquant que vous avez accepté un contrat pour le tuer. »
Éclair de Lumière prononça ces paroles absolument terrifiantes avec un calme parfait, sans même ciller.
« Espèce de fou ! Tu as perdu la tête ou quoi ? Tu crois que je vais rester là à mourir parce que je n’ai plus d’énergie interne ? »
Malgré sa bravade rugissante, le désespoir l’envahissait. Combattre Éclair de Lumière sans énergie interne ? C’était comme envoyer un enfant se battre contre un artiste martial.
« Désolé d’avoir utilisé le Poison disperseur d’énergie. Cela signifie seulement que je n’ai pas sous-estimé vos capacités, ne le prenez pas trop mal. Je veillerai à ce que votre corps soit enterré dans un endroit ensoleillé. »
Bih Sa-in était tout aussi bouleversé et désorienté. Même avec son énergie interne, il ne pouvait pas tenir tête à Éclair de Lumière. Le vrai problème, c’était que Geommugeuk avait lui aussi bu l’alcool.
À bien y réfléchir, c’était Éclair de Lumière qui avait offert le verre à Geommugeuk. Il aurait dû se méfier lorsque cet homme d’ordinaire si taciturne avait pris l’initiative d’offrir à boire à un subordonné.
« Vous faites équipe avec Hwang Seokgyeong ? »
Éclair de Lumière ne répondit pas, mais son silence confirmait clairement la chose.
« Pourquoi vous êtes-vous rangé de son côté ? »
Éclair de Lumière contempla un instant le paysage par la fenêtre, puis répondit à voix basse.
« Je l’ai affronté… et j’ai perdu. J’ai promis de le servir si je perdais. »
Une profonde déférence transparaissait dans la façon dont il prononçait le mot « lui ».
Bih Sa-in comprit que, comme Geommugeuk le lui avait dit, Hwang Seokgyeong était réellement un adversaire redoutable. Ce n’était pas seulement une question de promesse. Éclair de Lumière avait été sincèrement fasciné par sa force et s’était soumis de son plein gré.
Alors, enfin, Geommugeuk, qui avait observé toute la scène en silence derrière eux, prit la parole.
« C’est étrange, le cœur humain, pas vrai ? Des deux, je pensais que c’était Maléfice Monstrueux qui nous trahirait. »
À ces mots, tous se tournèrent vers lui. Cette intervention soudaine éveilla la curiosité de Maléfice Monstrueux comme d’Éclair de Lumière. Le ton de la conversation ne ressemblait pas du tout à celui d’un supérieur s’adressant à son subordonné.
« Ne me dis pas… que tu avais prévu cette situation ? »
« Hwang Seokgyeong a dû prévoir que tu irais rencontrer ces deux-là. Et pourtant, il n’a pas essayé de t’en empêcher. Deux des Sept Grands Maîtres des voies démoniaques pourraient devenir ses ennemis, et il a laissé faire ? Ça ne te paraît pas hautement suspect ? »
Maintenant que Bih Sa-in y pensait, cela semblait effectivement suspect. Pourquoi ne lui était-il pas venu à l’esprit de s’interroger là-dessus ?
« Alors, pourquoi ne t’y es-tu pas préparé ? »
« Comment ça ? »
« Tu n’aurais pas dû boire l’alcool. »
« Comment ne pas boire alors qu’il me regardait droit dans les yeux, l’air si innocent ? Je devais lui recracher le vin au visage ? »
Fiiing !
L’Épée Rapide d’Éclair de Lumière fendit l’air.
Clac.
Le masque, tranché par la lame, tomba au sol dans un bruit sec. Geommugeuk savait que le coup n’était pas destiné à le tuer et ne bougea pas. En vérité, il fallait plus de courage et de maîtrise pour saisir l’intention de l’adversaire et ne pas esquiver que pour tenter simplement d’éviter le coup.
Le visage découvert, Geommugeuk se frotta légèrement le menton et la bouche avant de parler.
« De toute façon, ce masque me gênait. Merci de l’avoir tranché. Je me disais qu’il fallait vraiment remplacer la doublure. »
1 : Parce que tu es un homme creux, incapable de comprendre les sentiments des autres.
2 : C’est une discipline bien plus difficile à maîtriser que les arts martiaux. Le cœur humain change sans cesse, ment sans cesse et demeure toujours mystérieux.
3 : Pas dans cette vie, mais dans la précédente, il perdait constamment. Il lui avait fallu plus de chance pour survivre jusqu’au bout que pour réunir tous les ingrédients de la Technique de la Grande Méthode du Retour.
4 : J’avais déjà des doutes quand il avait gardé le silence sur la tentative d’assassinat de Bih Sa-in. Je ne peux donc pas dire que je sois surpris.