Chapitre 318
Traducteur : FenrirTL
Relecture et contrôle qualité : Saphartlantis
Consultant en terminologie du Murim : Kopke
Chapitre 318 : La réponse n’est pas ici
Deux jours s’étaient écoulés depuis que nous avions quitté les Plaines centrales pour pénétrer dans les Terres Sauvages.
« Une tempête de sable approche ! » 1
Au cri de Jeokyeon, qui venait de l’extérieur, je passai aussitôt la tête par la fenêtre de la voiture.
Fwoooouuuuuuush !
Au loin, une immense tempête de sable déferlait dans notre direction.
Tel un raz-de-marée gigantesque, un mur de sable rouge avançait. Le spectacle était si terrifiant qu’on aurait cru assister à la fin du monde.
« À l’ouest ! À toute vitesse ! »
À mon ordre, la voiture bifurqua et se lança au galop dans cette direction.
Comme si ce genre de phénomène était monnaie courante, l’ancien chef du Culte du Vent Céleste restait assis, parfaitement calme, l’air détendu.
À l’inverse, le Bouddha démoniaque et moi observions la fureur de la nature, le cœur serré, prêts à tout pour ne pas nous faire emporter.
Moi, Jeong Dae ou Ma Bul, nous aurions tous pu survivre à une tempête de ce genre. Mais les chevaux, la voiture et surtout les gardes risquaient d’être projetés au loin. Même s’il fallait abandonner les chevaux et la voiture, nous devions veiller à ce que personne ne soit blessé.
Fwoooouuuuuuush !
Alors que le mur de sable approchait à grands pas, une idée me traversa l’esprit.
Je voulais arrêter la tempête en érigeant la troisième forme de l’Art démoniaque des Neuf Calamités : la Grande Muraille démoniaque.
On disait que plus la Grande Muraille démoniaque atteignait un niveau élevé, plus elle rétrécissait.
Pourtant, je voulais que mon Mur démoniaque soit différent. Si j’atteignais la Grandeur des douze étoiles, bien au-delà des Dix Étoiles, j’espérais que ma Grande Muraille démoniaque serait assez vaste pour arrêter cette tempête de sable.
J’imaginai le petit bouclier des Dix Étoiles grandir encore et encore, jusqu’à former un rempart immense, indestructible, quoi qu’il lui arrive.
Heureusement, la voiture échappa de justesse à la tempête. Nous le devions à notre réaction rapide et à la décision immédiate de fuir.
L’ancien chef du Culte du Vent Céleste se tourna vers moi.
« Alors, quel goût ont les Terres Sauvages ? »
« Ça pique dès le début. »
Nous regardâmes la tempête balayer tout sur son passage derrière la voiture.
Je me demandai comment on pouvait vivre dans un endroit pareil, mais après quelque temps de route, nous aperçûmes un père et son fils qui conduisaient un troupeau.
Le jeune garçon aidait son père en guidant les bêtes à l’aide d’un long bâton. Ils savaient déjà que la tempête approchait et où se mettre à l’abri.
Nous arrêtâmes un instant la voiture pour les regarder passer.
Jeong Dae prit soudain la parole.
« Est-ce que je t’ai déjà dit que je ne voulais pas quitter les Terres Sauvages ? Ces derniers temps, j’oublie tout. »
« Qu’est-ce que ça change, que tu me l’aies dit ou non ? Tu peux toujours le répéter. »
« Je n’aime pas ça. Me répéter, redire toujours la même chose. On dirait un vieux sénile, tu ne trouves pas ? » 2
« Je prendrai ça pour une preuve de ton humanité. »
Son regard se posa de nouveau sur le père et le fils qui menaient leur troupeau au loin.
« Gowol m’a dit un jour, reprit l’ancien chef de culte, que je parlais sans arrêt d’étendre notre influence dans les Plaines centrales, sans jamais y réfléchir sérieusement. À l’époque, je n’ai pas pu le contredire. Pour être honnête, j’aimais vivre ici. Il y a dans cette région un charme qu’on ne trouve nulle part dans les Plaines centrales. Bon, je l’admets : c’était sans doute parce que je vivais sans souci. Il n’y a pas de tempêtes de sable de ce genre près du Pavillon du chef de culte. »
Le Bouddha démoniaque intervint soudain.
« Tu n’es qu’un péquenaud. »
L’ancien chef de culte lui jeta un regard, et Ma Bul poursuivit :
« Pourquoi enrober ça de tant de raisons sans intérêt, alors que tu veux simplement dire que tu aimais ton pays natal ? Quel manque de goût. »
Sa réprimande tenait davantage de l’exaspération que d’un véritable reproche. Il lui demandait pourquoi il ressentait le besoin d’ajouter qu’il avait vécu sans souci en tant que chef de culte. Pourquoi ne pas le dire fièrement ? « J’aimais cet endroit. Je ne voulais pas partir. »
C’était ainsi qu’ils s’étaient comportés tout au long du voyage. Ils pouvaient passer la journée entière sans échanger un mot, puis se chamailler soudain pour une broutille. Et, dans le même temps, ils veillaient l’un sur l’autre.
Même s’il n’en laissait rien paraître, l’ancien chef du Culte du Vent Céleste était sur les nerfs. Tendu. Si je le sentais, le Bouddha démoniaque le sentait forcément aussi.
C’était sans doute pour cela que Ma Bul le cherchait ainsi, ou lui lançait des remarques comme celle de tout à l’heure : il essayait de détendre Jeong Dae.
Quelqu’un qui ne le connaissait pas serait surpris d’apprendre que le Bouddha démoniaque avait un côté si prévenant. Mais il n’y avait là rien d’étonnant. Parmi les Suprêmes Démoniaques, Ma Bul était un homme qui plaçait la loyauté au-dessus de tout et se souciait profondément des autres.
C’était pour cela que je l’avais autrefois considéré comme un géant au grand cœur, loyal et dévoué à mon frère aîné.
« Bon, reprenons la route. »
La voiture accéléra et se dirigea de nouveau vers l’endroit balayé par la tempête.
* * *
La route jusqu’au Culte du Vent Céleste fut ponctuée de plusieurs incidents.
Une bande de brigands, trop sûrs de leur nombre, nous attaqua et y laissa la vie. Quelques-uns des artistes martiaux qui nous escortaient souffrirent de maux de ventre après avoir bu l’eau du coin.
Jeong Dae trouva des herbes à proximité et les donna aux malades. Tout en s’affairant, il se plaignit que les jeunes d’aujourd’hui étaient si faibles : à son époque, boire de l’eau mêlée de sang et de poison ne lui faisait même pas un effet. Difficile à croire.
Comme toujours, le Bouddha démoniaque avait une réplique toute prête.
« Pourquoi tu râles autant ? Il paraît que les vieux devraient fermer leur gueule et ouvrir leur portefeuille. »
Bien sûr, le chef de culte n’était pas du genre à se taire.
« Je me sens seul, voilà tout ! À quoi bon tout savoir quand on vieillit ? Les jeunes ne me posent plus jamais de questions. “C’est quoi, cette herbe ?” “À quoi elle sert ?” “Tu l’as apprise quand ?” »
Comme je savais qu’il ne plaisantait pas complètement, je lui souris.
Ce n’était pas la seule difficulté de notre voyage. Jeokyeon se perdit à plusieurs reprises. Les cartes ne correspondaient souvent pas au terrain.
Étrangement, Ma Bul semblait mieux connaître les routes que le chef de culte.
« Ce n’est pas ton territoire ? » demanda-t-il.
« Justement, je ne peux pas connaître les routes. Mes subordonnés m’ont toujours trimballé partout. Comment veux-tu que je les connaisse ? »
L’ancien chef du Culte du Vent Céleste venait de trouver une excuse subtile pour expliquer sa réputation de piètre guide. 3
Autre difficulté des voyages dans les Terres Sauvages : trouver un endroit où dormir. À mesure que nous nous enfoncions dans la région, les auberges se faisaient de plus en plus rares.
« Nous allons devoir camper ici pour la nuit », dit Jeokyeon en descendant de la voiture pour préparer le campement.
Les gardes se répartirent rapidement les tâches et se mirent au travail avec efficacité. Tout en surveillant les environs, ils allumèrent un feu de camp et préparèrent le gibier chassé pour le dîner.
Je m’occupai personnellement de préparer les couchages de mon maître et du Bouddha démoniaque. J’étendis de l’herbe douce sur le sol et posai par-dessus des peaux d’animaux bien lisses.
En me voyant préparer leurs lits, Ma Bul prit la parole.
« Ne t’inquiète pas pour nous. Occupe-toi de ton propre lit. »
« Je suis jeune, après tout. Je peux dormir sur du gravier sans problème. Tiens, essaie donc. »
« Tu n’es jeune qu’en apparence. Parfois, tu as l’air plus vieux que cet homme qui n’a aucun sens de l’orientation. »
À la taquinerie du Bouddha démoniaque, l’ancien chef du Culte du Vent Céleste se tortilla puérilement sur sa couche.
« C’est confortable. Très confortable. »
Ma Bul aussi avait l’air satisfait de son installation.
Je préparai ensuite mon propre lit, encore plus moelleux que les leurs. En voyant ça, Jeong Dae me regarda, incrédule.
« Tu as une peau de tigre, toi ? »
« Je suis le Jeune chef de culte, après tout. »
Le chef de culte secoua la tête, éberlué, tandis que le Bouddha démoniaque affichait l’air de quelqu’un qui s’y attendait depuis le début. Pour une fois, ils étaient du même avis.
« Tu as vu cette tête effrontée ? »
« Et il prétendait pouvoir dormir sur du gravier ! »
Je m’allongeai sur la peau moelleuse en riant, puis demandai à mon maître :
« Quel genre d’homme est le prochain chef de culte ? »
« Quelqu’un que j’ai moi-même élevé et désigné comme mon successeur dès le départ. Un homme digne de confiance. »
Sans aucun doute, quelqu’un de digne de confiance. Mais maintenant que le Roi Hwan s’en était mêlé, qui pouvait dire si cette confiance tiendrait ? Ce salaud rôdait sûrement quelque part près du nouveau chef de culte.
« C’est à toi de le retrouver, chef de culte. Tu connais le Culte du Vent Céleste mieux que quiconque. »
J’avais confiance en lui. Peu de gens auraient renoncé à une position aussi élevée que celle de chef de culte pour préserver une amitié. J’avais foi en ce qui le rendait unique.
« Ne place pas trop d’espoir en moi. Tu le sais, je suis indécis. Émotif. »
« C’est pour ça que je t’aime bien. Je n’aime pas les gens trop rigides. »
Le chef de culte me lança un regard qui semblait dire : « Quelle logique tordue vas-tu encore me sortir ? »
« J’aime les gens capables de s’adapter aux circonstances. Ceux qui savent changer. Comme toi, chef de culte. J’aime ceux qui peuvent reconnaître qu’ils ne sont pas sûrs d’eux. C’est bien mieux que de prétendre tout savoir et de foncer droit vers le désastre par pur entêtement. Et tu m’as déjà montré qui tu es, n’est-ce pas ? Quand il s’agit de ce que tu connais le mieux. Dans ton propre univers. »
Jeong Dae jeta un coup d’œil à Ma Bul et secoua la tête.
« Quand je suis avec le Jeune chef de culte, je suis fier d’être quelqu’un de souple ! »
Ainsi, la nuit s’épaissit dans les Terres Sauvages.
* * *
Enfin, nous arrivâmes au Culte du Vent Céleste.
Une grande cérémonie d’accueil nous attendait devant les portes principales.
Des centaines d’artistes martiaux se tenaient en rang, et un long tapis cramoisi avait été déroulé. L’accueil était éblouissant et fastueux.
Devant eux se tenait le nouveau chef du Culte du Vent Céleste en personne : Baekta.
« Salutations, chef de culte », dit Geommugeuk en le saluant respectueusement selon les usages martiaux.
« Merci d’avoir fait tout ce chemin. »
Baekta portait la tenue cérémonielle colorée et ouvragée propre à sa fonction de chef du Culte du Vent Céleste. Son visage était peint de motifs aux couleurs vives et primaires, souvent employés dans les arts de l’illusion.
Peut-être était-ce à cause de cela : en étant indulgent, on pouvait y voir un effort méticuleux pour dissimuler son vrai visage lors de leur première rencontre. Mais, d’un œil plus critique, il y avait chez lui quelque chose d’indéniablement inquiétant.
« J’ai entendu d’innombrables rumeurs selon lesquelles le Jeune chef du Culte du Démon Céleste posséderait le plus grand talent de l’histoire. J’avais hâte de vous rencontrer. »
« Les rumeurs ont tendance à exagérer. »
« Mais celle qui vous décrit comme l’homme le plus beau est tout à fait exacte. »
Malgré son apparence flamboyante, il savait mener une conversation.
Après avoir salué Geommugeuk, il se tourna vers le Bouddha démoniaque.
« Salutations, Suprême Démoniaque. »
« Je vous présente mes respects, chef de culte. »
« Vous m’aviez déjà salué lors de votre dernière visite, n’est-ce pas ? »
« Je m’en souviens. »
À l’époque, Ma Bul ne s’était pas attendu à ce que Baekta accède si vite au rang de chef de culte.
Baekta finit par saluer Jeong Dae. Il s’avança et lui serra fermement la main.
« Maître, cela fait si longtemps. »
« Tu vas bien, chef de culte ? »
À présent qu’il était chef de culte, même l’ancien chef de culte s’adressait à lui avec le respect dû à son rang.
Comme le dit le proverbe, la fonction fait l’homme : ce disciple qu’il n’avait pas vu depuis quelque temps se tenait désormais avec bien plus d’assurance et d’aisance. Baekta faisait partie des disciples qu’il avait élevés depuis leur plus jeune âge. Parmi eux, il possédait les arts martiaux les plus puissants et la loyauté la plus profonde. C’était pour cela qu’il avait été désigné très tôt comme successeur. 4
« J’avais tellement hâte de vous revoir que je n’ai pas pu attendre au Pavillon du chef de culte. »
Il laissait ainsi entendre que, si Jeong Dae n’avait pas été là, il aurait accueilli Geommugeuk au Pavillon du chef de culte. Après tout, c’était le Jeune chef de culte qui lui rendait visite, et non le chef du Culte du Démon Céleste.
« Allons, entrons. »
Ils suivirent Baekta et marchèrent tous les trois ensemble.
Tout en avançant, il fit visiter les différents bâtiments du Culte du Vent Céleste à Geommugeuk et au Bouddha démoniaque. Il semblait enjoué et plein d’entrain, mais l’ancien chef du Culte du Vent Céleste ne parvenait pas à se défaire d’un vague malaise.
Avait-il toujours été comme ça ?
Le Baekta qu’il avait connu était calme et réservé. 5
Bientôt, tous trois entrèrent dans le Pavillon du chef de culte.
À cet instant, l’ancien chef du Culte du Vent Céleste tressaillit légèrement. L’intérieur avait beaucoup changé depuis son époque.
L’estrade du trône avait été placée plus haut et remplacée par une autre, plus grande. Les murs avaient été repeints de couleurs différentes, et les statues, les tableaux ainsi que les décorations avaient tous été changés.
« L’intérieur a beaucoup changé. »
« Mes subordonnés ont suggéré que ce serait mieux ainsi, alors j’ai accepté leur proposition. »
« Tu as bien fait. Il faut mettre le vin nouveau dans les outres neuves. »
Jeong Dae prit soin de ne rien laisser paraître, mais Geommugeuk le sentait clairement : il n’était pas satisfait.
Il était facile de comprendre ce qu’il ressentait. Le titre lui avait été transmis alors que l’heure n’était pas encore venue. Et maintenant, à peine investi, Baekta avait entièrement modifié le Pavillon du chef de culte à sa guise. Comment aurait-il pu apprécier ça ?
Mais Baekta alla encore plus loin.
Après être entré dans le Pavillon du chef de culte, il monta sur l’estrade du trône et s’assit. Il se retrouva ainsi en position de dominer les trois hommes du regard.
Bien entendu, ses paroles restèrent polies.
« La lignée des chefs du Culte du Démon Céleste s’est longtemps abstenue de visiter notre culte. Mais maintenant que le Jeune chef de culte est venu en personne, c’est véritablement un moment digne d’être commémoré. »
Ses paroles avaient une pointe acérée : il sous-entendait qu’on les avait ignorés jusqu’alors.
« C’est grâce à l’ancien chef de culte qui se trouve parmi nous, n’est-ce pas ? »
Baekta tourna les yeux vers son maître.
« C’est un trésor pour notre culte. »
Jeong Dae lui rendit son sourire avec bienveillance, mais, comme Geommugeuk s’y attendait, il était de mauvaise humeur.
Certes, l’homme qui se tenait devant lui était le Jeune chef de culte, et Baekta lui-même était désormais chef de culte : s’asseoir sur l’estrade du trône n’avait donc rien d’inapproprié. Mais tout de même, son maître était présent aujourd’hui. Il aurait pu s’asseoir avec eux sur les sièges d’accueil, en contrebas, au lieu de choisir de les dominer depuis les hauteurs.
Geommugeuk et Baekta échangèrent quelques banalités. Ils exprimèrent le souhait que les relations pacifiques entre le Culte du Démon Céleste et le Culte du Vent Céleste perdurent longtemps. Puis Baekta prit la parole.
« Vous devez encore être fatigués par le voyage. Reposez-vous aujourd’hui. Nous parlerons davantage demain. Nous organiserons un banquet en l’honneur du Jeune chef de culte. »
« Merci pour cet accueil chaleureux. »
Sur ces mots, Geommugeuk et le Bouddha démoniaque quittèrent les premiers le Pavillon du chef de culte.
Il ne restait plus que Baekta et Jeong Dae.
À cet instant, Baekta descendit de l’estrade du trône.
« Ne vous fâchez pas, maître. J’ai simplement pris des airs autoritaires parce que le Jeune chef du Culte du Démon était là. »
« Tu crois qu’on impose son autorité en dominant les autres du haut d’un siège ? »
Le silence s’abattit soudain entre eux. Puis Baekta baissa la tête.
« Mon jugement a manqué de clairvoyance. »
Tandis qu’il inclinait la tête, l’ancien chef du Culte du Vent Céleste prit la parole.
« Non. Je ne voulais pas réprimander notre chef de culte. Relève la tête. Un Grand chef du Culte du Vent Céleste ne doit pas s’incliner si facilement. »
Baekta releva la tête, le visage éclairé. Dans ces moments-là, il rappelait encore le disciple qu’il avait été.
« Je suis si heureux que vous soyez venu, maître. Reposez-vous bien tant que vous êtes ici. »
L’ancien chef de culte quitta lentement le Pavillon du chef de culte. Il ne parvenait toujours pas à s’habituer à ses changements.
* * *
De retour dans les quartiers d’accueil des invités, l’expression de Jeong Dae indiquait clairement que quelque chose n’allait pas.
« Alors, comment c’était ? » demandai-je.
L’ancien chef du Culte du Vent Céleste décrivit le malaise qu’il avait ressenti tout du long.
« Quelque chose me paraît… subtilement différent. Je ne sais pas si c’est simplement le changement naturel qui accompagne le fait de devenir chef de culte, ou si quelque chose se trame dans l’ombre et me donne cette impression. »
Je lui demandai avec prudence :
« Est-il possible qu’il ait été victime de l’Art de l’Arrachement de l’Âme ? »
Le chef de culte secoua fermement la tête.
« Non. Ce n’est pas ça. »
S’il le disait, c’était forcément vrai.
« Alors, à partir de maintenant, il y a une chose que tu dois absolument faire. »
Je lui expliquai le premier principe auquel je m’étais tenu depuis mon retour dans le passé.
« Regarde cette personne attentivement. Ne te contente pas de jeter un coup d’œil, ne l’observe pas vaguement : regarde-la vraiment. Mais sans parti pris. Oublie le disciple qu’il était, oublie quel genre d’homme il était. Laisse de côté toutes ces pensées. »
Ce n’était qu’ainsi que nous pourrions découvrir la vérité.
« La réponse ne se trouve pas en toi, chef de culte. Ne tombe pas dans le piège qui consiste à croire que tu dois fouiller ton propre cœur pour la trouver. La réponse se trouve chez cette personne que tu as sous les yeux. » 6
1 : Ça me rappelle le début de Wall-E.
2 : Dans ce cas, tout le monde est sénile. Si ma tête n’était pas attachée à mon corps, je l’oublierais tout le temps.
3 : Zorro aurait aimé avoir une excuse pareille. Ça l’empêcherait de débarquer dans les salons de discussion en prétendant qu’il s’est encore perdu, XDXDXD (One Piece, bien sûr.)
4 : On dirait qu’il n’y a pas eu de grande guerre de succession, ce qui signifie que les autres successeurs ont, pour la plupart, accepté la décision. À moins que certains d’entre eux ne soient alliés au Roi Hwan… Le pressentiment s’intensifie.
5 : Lui aussi est contaminé ?
6 : Espérons que ce soit seulement l’ivresse d’avoir obtenu tant de pouvoir d’un coup, et non qu’il ait dissimulé son vrai visage pendant des années pour devenir le successeur.