Chapitre 319
Traducteur : FenrirTL
Éditeur et relecteur : Saphartlantis
Consultant en terminologie du Murim : Kopke
Chapitre 319 : C’est toujours la faute du Jeune chef du Culte du Démon Céleste
Cette nuit-là, Jeong Dae ne parvint pas à dormir et erra dans la cour.
Les paroles de Geommugeuk — qui lui avait dit de voir les autres sans préjugés — résonnaient sans cesse dans ses oreilles.
Il n’avait pas su regarder son disciple, So Baekta, sans parti pris.
Il s’était uniquement concentré sur leurs différences. Avait-il toujours été comme ça ? Il ne lui semblait pas l’avoir été auparavant.
Il ne l’avait pas vu tel qu’il était et s’était laissé emporter par ses émotions.
« Il a tellement changé le pavillon du chef de culte ? S’il avait eu le moindre respect pour moi, il n’aurait pas fait ça. »
Mais en y réfléchissant calmement, le respect qu’il lui portait et le fait de changer le pavillon du chef de culte étaient deux choses distinctes. Il avait peut-être fait ces travaux à la légère, sans y penser, ou bien il avait eu une autre raison. 1
Oui, Geommugeuk avait raison. La réponse ne se trouvait pas dans son propre cœur, mais auprès de So Baekta. Il n’aurait pas dû regarder le pavillon transformé, mais chercher la réponse dans les yeux de So Baekta.
Perdu dans ses pensées, il faisait les cent pas dans la cour, quand une lueur dorée éclaira l’obscurité et que le Démon Bouddha apparut.
« Lequel des trois chefs de culte vous empêche de dormir ? »
« Les trois chefs de culte ? »
« Notre Jeune chef de culte ? Le chef actuel du Culte du Vent Céleste ? »
« Et le dernier ? »
Mabul fixa Jeong Dae. Ce n’est qu’alors qu’il comprit que le troisième chef de culte évoqué par le Démon Bouddha, c’était lui : l’ancien chef du Culte du Vent Céleste. 2
L’ancien chef du Culte du Vent Céleste laissa échapper un rire désabusé, puis dit :
« Le dernier chef de culte est toujours le problème. »
Mabul lui donna une autre réponse.
« Non. Si nous ne dormons pas, c’est à cause du Jeune chef de culte. »
Comment auraient-ils pu ne pas le savoir ?
Sans le Jeune chef de culte, ils n’en seraient même pas là. So Baekta serait encore en train de contempler le pavillon du chef de culte, à se demander : « Quand deviendrai-je chef de culte ? »
Cette pensée lui glaça le sang.
Gowol serait toujours retenu au pavillon du chef de culte. Non, puisqu’il détenait la clé de ses entraves, il l’aurait peut-être déjà quitté, à présent.
Il aurait donné l’ordre de tuer Gowol sans même savoir quel genre d’homme il était. L’idée de vivre une existence aussi froide et vide lui donna des frissons.
Jeong Dae s’assit sur un rocher pour croiser le regard du Démon Bouddha.
Sans le Jeune chef de culte, Mabul aurait peut-être lui aussi vécu une tout autre vie.
Si ce n’était pas ce Jeune chef de culte, mais un autre, le fils aîné aurait-il été désigné comme successeur ?
Le Démon Bouddha prononça alors des mots inattendus.
« À vrai dire, ces derniers temps, je me sens heureux. »
L’ancien chef de culte en resta bouche bée. Sans s’en rendre compte, il faillit laisser échapper : « Il est devenu fou. »
Le Démon Bouddha venait de dire qu’il était heureux. Après tout, il était humain, lui aussi, et pouvait bien sûr éprouver de la joie. Mais Jeong Dae ne s’était pas attendu à ce qu’il l’exprime.
« Cette impression de vivre une vie qui n’est pas la mienne… ça me rend heureux. Est-ce que j’ai simplement mené une vie trop ennuyeuse jusqu’ici ? »
Il avait bel et bien commencé à vivre autrement : loin des luttes de pouvoir, il était venu jusqu’ici pour aider l’ancien chef du Culte du Vent Céleste, et il recevait des feuilles couvertes de schémas de poisons. 3
« Je ne m’étais jamais demandé ce que ça ferait de vivre une autre vie. »
En entendant Mabul, Jeong Dae prit soudain la parole.
« À bien y réfléchir, je ne crois pas t’avoir jamais vraiment regardé. »
Ni à l’époque où ils étaient presque amis, ni lorsqu’ils s’étaient affrontés avec acharnement pour le poste de successeur, pas même jusqu’à cet instant. Il avait l’impression de ne jamais l’avoir véritablement vu.
Mais le Démon Bouddha ne s’en offusqua pas du tout. Il comprit ce que Jeong Dae voulait dire et ressentait la même chose. C’est pourquoi il conclut sans hésiter :
« Alors, tout ça, c’est la faute du Jeune chef de culte. »
L’ancien chef du Culte du Vent Céleste hocha la tête en souriant.
« Ouais, c’est toujours à cause du Jeune chef de culte. Ce petit morveux arrogant et malin qui empêche les adultes de dormir. »
Ces derniers temps, rien ne lui plaisait davantage que de se moquer du Démon Bouddha et de Geommugeuk. Et rien n’était plus amusant que de se plaindre de Geommugeuk.
Jeong Dae leva les yeux vers le ciel nocturne. Au-delà de la frontière, la lune lui parut encore plus solitaire et désolée. Puis, l’espace d’un instant, il comprit quelque chose.
« Et voilà que je recommence. À chercher les réponses dans mon propre cœur. »
Il contempla de nouveau la lune. En y regardant mieux, celle des Terres Sauvages et celle qui brillait au-dessus des Plaines centrales étaient identiques. C’est vrai. Même en observant la lune, il s’exerçait. La réponse se trouvait dans cette lune. 4
* * *
Le lendemain, avant le banquet de bienvenue, une réunion stratégique fut organisée.
« À présent, leur arrière-garde a certainement perdu le contact avec la Femme du Jardin des Fleurs. Ils penseront forcément que nous y sommes pour quelque chose. Ils n’auront que deux réactions possibles : soit ils se cacheront, soit ils riposteront. »
Ni Jeong Dae ni Mabul ne montrèrent le moindre signe de crainte. On pouvait les comprendre : quel que fût leur adversaire, ils n’imaginaient pas que quiconque oserait chercher querelle au Jeune chef du Culte du Démon Céleste, au Démon Bouddha ou à l’ancien chef du Culte du Vent Céleste.
Mais Geommugeuk savait mieux que quiconque à quoi s’en tenir. Leur adversaire était le Roi Hwan, qui avait perdu sa chère Hwan Yeo. Personne ne pouvait prévoir sa réaction, pas même lui. C’est pourquoi il rappela aux deux hommes de redoubler de prudence.
« Comme vous l’avez vu avec la Femme du Jardin des Fleurs, ils utilisent les arts démoniaques perdus de la Secte du Sang. Nous ignorons ce qu’ils nous réservent ensuite, alors ne relâchez surtout pas votre vigilance. »
Le nom de la Secte du Sang eut un effet manifeste sur l’ancien chef du Culte du Vent Céleste. À l’instant où il l’entendit, son regard s’aiguisa. Après tout, il croyait à l’existence de personnes qui cherchaient à ressusciter la Secte du Sang, tombée depuis longtemps.
« Chef de culte, pendant le banquet, surveillez attentivement les personnes présentes pour voir si l’une d’elles a subi la Technique de Possession de l’Âme. »
Il adressa ensuite une mise en garde distincte au Démon Bouddha.
« Ils pourraient essayer de nous prendre par surprise en s’en prenant à vous plutôt qu’au chef de culte ou à moi. Restez sur vos gardes et méfiez-vous de toute personne suspecte qui chercherait à vous approcher. »
Geommugeuk se leva et déclara d’une voix ferme :
« Allons-y. La guerre commence maintenant. »
Il quitta la salle des hôtes en compagnie des deux hommes.
De part et d’autre de Geommugeuk, Jeong Dae et le Démon Bouddha marchaient côte à côte. Ici, dans les Terres Sauvages, ils étaient ses ailes.
* * *
Dans la salle de réception se trouvaient non seulement les Cinq Grands Anciens du Culte du Vent Céleste, mais aussi tous les maîtres importants.
Le Culte du Vent Céleste ne comptait pas que des maîtres des arts de l’illusion. Certains étaient de purs artistes martiaux qui ne pratiquaient aucune technique d’illusion. L’Ancien Hoyang était de ceux-là ; il accueillait chaleureusement le chef du Culte du Vent Céleste. Maître de l’épée, il figurait parmi les trois Grands Épéistes des Terres Sauvages.
« Cela faisait longtemps. »
Maintenant qu’il ne pouvait plus porter le titre de chef de culte, Hoyang ne savait pas comment s’adresser à lui.
« Comment allez-vous ? »
« Grâce à vous, je me porte bien. Vous avez l’air d’avoir beaucoup maigri. »
À ces mots, l’ancien chef du Culte du Vent Céleste sourit, satisfait. Ces derniers temps, c’était ce qu’il aimait le plus entendre.
« Vous avez aussi l’air plus détendu. »
« Merci. Vous avez bonne mine, vous aussi. »
Autrefois, il aurait pris cela pour acquis.
« Nous nous entendions bien avant, alors il est normal qu’il soit toujours amical avec moi ! »
L’ancien chef de culte le regarda calmement.
« Mais est-ce vraiment le cas ? »
Cette question pesait désormais plus lourd.
Voilà ce que Geommugeuk avait voulu dire.
Ne jugez pas les gens selon vos relations passées, leur caractère, leur réputation, leurs paroles agréables ou leurs erreurs d’autrefois. Regardez et écoutez comme il faut la personne qui se tient devant vous, son regard, son expression et ses paroles, ici et maintenant.
« Je suis désolé de ne pas vous avoir accordé plus d’importance. »
« Qu’entendez-vous par là ? »
« J’ai toujours respecté le pur artiste martial que vous êtes. Je vous étais reconnaissant de vous consacrer à ce culte. Je pensais devoir mieux vous traiter, mais j’ai sans cesse remis cela à plus tard, jusqu’à manquer l’occasion. Je vous prie de m’excuser. »
Il lui présenta ses excuses. Ce changement aussi était survenu après sa rencontre avec Geommugeuk. Il avait demandé pardon à Gowol, au Démon Bouddha et, à présent, à Hoyang. Oui, il présentait ses excuses à tous.
Il sentit la confusion de Hoyang, qui ne parvenait pas à cacher son expression : « Qu’est-ce qu’il me prépare ? »
Oui, c’était exactement là que s’arrêtait leur relation.
Ils étaient juste assez proches pour qu’il se demande : « Pourquoi est-il soudain si gentil avec moi ? » Voilà à quel point leur lien était vague. Le sentiment de proximité qu’il avait éprouvé autrefois n’avait existé que dans son propre esprit.
En essayant d’y regarder de plus près, il remarqua désormais des choses qui lui avaient échappé.
« Je me suis dit que si je ne vous le disais pas aujourd’hui, je n’en aurais peut-être plus jamais l’occasion. »
« Merci d’avoir pensé à moi. »
Après Hoyang, d’autres anciens vinrent à leur tour saluer l’ancien chef du Culte du Vent Céleste.
Après avoir échangé quelques mots avec chacun d’eux, Jeong Dae demanda :
« Au fait, je ne vois pas l’Ancien Seong. »
Hoyang lui répondit avec prudence.
« L’Ancien Seong a volontairement renoncé à ses fonctions. » 5
L’ancien chef de culte en fut stupéfait. L’Ancien Seong, également connu sous le nom de Seongya, était l’Ancien en chef des Six Grands Anciens. C’était aussi celui auquel Jeong Dae tenait le plus.
« Savez-vous pourquoi il a renoncé à son poste ? »
« Il a dit… qu’il voulait simplement se reposer, à présent. »
L’ancien chef du Culte du Vent Céleste se rappela les paroles de l’Ancien Seong, lorsqu’il avait quitté son poste de chef de culte et s’en était allé.
― Je servirai le nouveau chef de culte jusqu’à la fin de mes jours.
― Je compte sur vous.
Et voilà que cet homme renonçait à ses fonctions en disant qu’il voulait simplement se reposer ? C’était impossible. S’il avait démissionné, il devait y avoir une autre raison.
Pendant ce temps, des gens s’approchaient aussi de Geommugeuk pour le saluer.
Rencontrer en personne le Jeune chef du Culte du Démon Céleste était une occasion unique. Chacun se présentait donc, dans l’espoir de laisser une impression quelconque.
Une femme s’avança alors et le salua avec audace.
« Si j’avais su que le Jeune chef de culte était aussi beau, je me serais déjà enfuie des Terres Sauvages. »
C’était une femme d’âge mûr, au visage chaleureux et avenant. Contrairement aux membres habituels du Culte du Vent Céleste, qui dégageaient une énergie rude et sinistre, elle avait le regard bienveillant.
« Je suis Gusu. »
« Geommugeuk. »
Geommugeuk savait qui elle était. C’était l’une des Cinq Grands Anciens, une femme qui avait toujours loyalement suivi l’ancien chef du Culte du Vent Céleste.
À cet instant, son maître s’approcha et lança :
« Si tu tombes sous le charme du Jeune chef de culte, tu risques vraiment de finir par t’enfuir des Terres Sauvages. »
Gusu sourit de toutes ses dents et salua Jeong Dae.
« Comme mon grand frère ? »
« Grand frère ? »
À ces mots, l’ancien chef du Culte du Vent Céleste, comme tous ceux qui se trouvaient à proximité, resta stupéfait.
« Vous avez renoncé à votre poste de chef de culte. Je devrais donc vous appeler grand frère, non ? Vous ne vous souvenez pas ? Je vous avais dit que je vous appellerais ainsi dès que vous auriez quitté vos fonctions. »
À vrai dire, il ne s’en souvenait pas. Mais elle ne pouvait pas avoir inventé ça. Cela montrait simplement à quel point il avait mal écouté les autres, toute sa vie.
« Je croyais que vous plaisantiez. »
« Je ne plaisante jamais. Pas une seule fois. »
Jeong Dae cligna des yeux en silence, mais Geommugeuk le sentit : Gusu éprouvait un profond respect pour le chef de culte. 6
« Jeune chef de culte, j’espère avoir l’occasion de vous offrir un verre avant votre départ. »
« Ce serait un honneur, quand vous voudrez. Comment pourrais-je refuser l’occasion d’en apprendre davantage sur la vie et l’alcool auprès d’une belle ancienne qui a connu le paradis comme l’enfer ? »
À la remarque enjouée de Geommugeuk, Gusu éclata de rire et taquina Jeong Dae, lui conseillant de s’efforcer d’être au moins moitié aussi charmant que le Jeune chef de culte.
Et s’il y avait des anciens aussi audacieuses qu’elle, d’autres, comme l’Ancien Wanghyo, se contentaient d’un bref salut avant d’observer la scène en silence.
Des rires retentirent à proximité.
En se retournant, Geommugeuk aperçut le Démon Bouddha assis sur une table, en pleine conversation avec des gens. Il avait rencontré tant de personnes au cours de sa vie qu’il savait naturellement mener une conversation.
À cet instant, So Baekta, le chef du Culte du Vent Céleste, entra dans la salle du banquet.
À son arrivée, tous les artistes martiaux du Culte du Vent Céleste se levèrent d’un seul mouvement pour le saluer. Les peintures qui couvraient le visage de So Baekta la veille avaient entièrement disparu [a][b].
C’était peut-être pour cela que l’atmosphère sinistre de la veille lui semblait désormais pure. 7
So Baekta se dirigea d’abord vers Geommugeuk.
« Aujourd’hui, c’est pour le Jeune chef de culte. Je vous en prie, profitez-en. »
« Je ne savais pas que l’alcool des Terres Sauvages était aussi délicieux. »
« C’est une cuvée spéciale, préparée pour un invité spécial. »
Il salua ensuite Mabul, puis se tourna enfin vers l’ancien chef du Culte du Vent Céleste.
« Maître, avez-vous bien dormi ? »
« Grâce aux attentions de notre chef de culte, j’ai dormi paisiblement. »
Il avait prononcé assez fort les mots « notre chef de culte » pour que tout le monde les entende. Même s’il ignorait où et comment quelqu’un s’était infiltré depuis les ombres, Jeong Dae se sentait responsable de protéger So Baekta — et le Culte du Vent Céleste.
« Chef de culte. »
« Oui, maître ? »
« Maintenant que je suis de retour au culte, le Clocher du Tonnerre me manque tout à coup. Pourrais-je le revoir ? »
« Bien sûr. Je vais vous y conduire. »
Il avait proposé cela en partie parce qu’il voulait se retrouver seul avec So Baekta, mais il désirait vraiment revoir le Clocher du Tonnerre.
So Baekta quitta la salle du banquet avec son maître et le conduisit vers le pavillon du chef de culte.
« Le lieu où nous sommes allés hier ne contenait pas le Clocher du Tonnerre. »
Bien qu’il trouvât cela étrange, le chef du Culte du Vent Céleste suivit So Baekta en silence.
Dans le pavillon du chef de culte, So Baekta monta sur le tapis du Trône et posa les mains sur les accoudoirs, puis y insuffla son énergie interne.
Les murs alentour commencèrent alors à s’enfoncer dans le sol.
Grouuuum.
Derrière eux se trouvait une salle d’exposition secrète où étaient conservés les objets sacrés du Culte du Vent Céleste.
« Puisque je rénovais déjà l’intérieur, j’ai décidé de réorganiser aussi la façon dont les objets sacrés étaient rangés. » 8
« Le mécanisme est très sophistiqué. Impressionnant. »
Bien sûr, cela ne convenait guère à l’ancien chef du Culte du Vent Céleste, qui avait autrefois vécu pour le seul plaisir de contempler les objets sacrés.
Il déambula lentement dans la salle, admirant les lieux. Les revoir après si longtemps l’emplit d’émotion. Il les avait tous emportés avec lui lorsqu’il était parti pour le Culte du Démon Céleste.
Le Clocher du Tonnerre se dressait au centre, derrière le tapis du Trône.
« Cela faisait longtemps. »
Le regard de Jeong Dae s’approfondit tandis qu’il contemplait le Clocher du Tonnerre. Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas vu le visage démoniaque gravé dessus.
« Gowol vous adresse ses salutations. »
À côté de lui, So Baekta prit la parole à voix basse.
« Vous souvenez-vous de ce que vous m’avez dit en quittant le culte ? »
L’ancien chef de culte tressaillit.
« Qu’est-ce que… je lui ai dit en partant ? »
À l’époque, il avait l’esprit complètement ailleurs. Tout ce qui lui importait, c’était de régler rapidement la situation et de retourner auprès de Gowol.
Mais ne se souvenir de rien du tout ?
Comme pour les paroles de Gusu, tout à l’heure : il ne s’en était pas souvenu non plus.
Ce n’était pas une question de mémoire, bonne ou mauvaise. C’était une question de mode de vie. Il avait été tellement absorbé par ses propres émotions qu’il ne voyait ni n’écoutait vraiment les autres. Voilà pourquoi il avait tout oublié.
À ses yeux, la réalité… était peut-être un monde moins chargé de sens que l’illusion. 9
Jeong Dae détourna le regard du Clocher du Tonnerre et se tourna vers So Baekta.
Calme et maître de lui, So Baekta répéta les mots que le chef du Culte du Vent Céleste lui avait adressés autrefois :
« Je n’ai pas pu réaliser mon rêve, mais toi, tu dois absolument accomplir le tien. »
Ces paroles lui firent revenir le souvenir. Oui, il les lui avait dites. Que pouvait dire d’autre quelqu’un sur le départ ? Il lui avait souhaité de rester longtemps et de mourir un jour dans les fonctions de chef de culte.
So Baekta tourna à son tour la tête et croisa le regard de l’ancien chef du Culte du Vent Céleste. Le visage démoniaque du Clocher du Tonnerre se trouvait entre eux.
« J’ai l’intention d’accomplir ce rêve. »
« Quel est votre rêve, chef de culte ? »
Il eut comme l’impression que cette question ne devait pas être posée. Son instinct ne le trompait pas.
« Unifier le monde des arts martiaux. » 10
« ! »
Bon… jusque-là, cela restait acceptable. À la tête d’une grande puissance comme le Culte du Vent Céleste, on pouvait naturellement nourrir ce rêve au moins une fois.
Le problème, c’était ce qu’il ajouta ensuite.
« Je crois que le moment est venu de faire le premier pas. »
1 : Comme s’il voulait laisser sa marque dans les lieux qui l’entouraient, s’approprier ce poste et ne pas vivre dans votre ombre, etc.
2 : Cela aurait aussi pu être Geom Woojin XD XD XD
3 : Le plus difficile, quand on commence une nouvelle vie, c’est de faire le premier pas.
4 : Cette scène où il contemple la lune prend une tout autre ampleur puisque j’écoute la bande originale de Cloud Atlas en travaillant sur ce chapitre. Quel film formidable ! Je suis heureux de vivre dans une réalité où ce film a pu être tourné. J’aurais pu me retrouver dans un univers parallèle bien pire.
5 : Niveau d’alerte en hausse
6 : Ho ho ho, un nouveau couple se profile-t-il à l’horizon ? XD XD XD
7 : Oui, non. Il y a déjà eu trop de signaux annonciateurs.
8 : Cela les rend aussi plus faciles à voler… peut-être ? Tout dépend des capacités des voleurs et du temps qu’ils ont passé à préparer leur coup.
9 : Ouf. Pas ton meilleur coup, Jeong Dae. Enfin, tu as suffisamment changé pour le regretter et ne pas recommencer, alors ça va.
10 : Oh, allez !!! C’est comme dans le Grand Avant ou Le Temps à venir, où les enfants à naître doivent choisir leur but, leur étincelle ou leur rêve avant de s’incarner ? Ils ont fait une vente flash sur le rêve d’unifier le monde des arts martiaux, ou quoi ??!! (« Soul » de Pixar et « L’Oiseau bleu » de Maeterlinck, respectivement.)
[a]Je ne me rappelle plus quel était le motif.
[b]Imaginez un masque tribal qui renforce les arts de l’illusion.