Chapitre 308
Traducteur : FenrirTL
Éditeur / relectrice qualité : Saphartlantis
Consultant en terminologie du Murim : Kopke
Chapitre 308 : Ignorer le cœur de celui qui se tient à vos côtés
J’étais soulagé que le traître se soit révélé être le Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes.
Si l’un des autres Suprêmes Démoniaques nous avait trahis — même s’il avait vécu une vie différente dans cette réincarnation — j’aurais eu du mal à le regarder sans éprouver un malaise.
Je pouvais désormais tirer une certaine conclusion.
De même que Baek Cheongyeong se trouvait dans l’Alliance du Murim et que Yasuo avait été compromis au sein de notre culte, quelqu’un devait aussi comploter dans l’Alliance des voies démoniaques.
Étrangement, je me sentis plein d’espoir. Jusqu’ici, Hwa Moogi m’avait paru être une force de la nature, un être absolu qu’aucun humain ne pouvait arrêter. Mais je compris alors que tout cela était le fruit d’années de préparation minutieuse. 1
Les yeux de Cheongseon avaient retrouvé leur apparence normale.
Lorsqu’elle reprit ses esprits, elle poussa un soupir en découvrant le cadavre de Sa Woojong devant elle.
Puis, en remarquant ma présence, elle sursauta.
« Jeune chef du Culte du Démon Céleste ? »
Elle se mit aussitôt à se reprocher ce qui s’était passé. Elle ignorait avoir été sous l’emprise de l’Art de l’Arrachement de l’Âme, mais tout le reste était revenu à la normale. Elle se souvenait parfaitement d’avoir perdu le contrôle et lancé l’Art de l’Arrachement de l’Âme sur Sa Woojong. 2
« J’ai cédé à ses provocations. »
Cheongseon baissa les yeux vers le cadavre, l’air déchirée, comme si elle n’avait pas vraiment voulu le tuer. Même si tout avait fini par tourner au désastre, ils avaient autrefois partagé le même lit.
« Je n’ose pas vous regarder en face, Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
Sa voix trembla légèrement. Elle semblait à la fois honteuse et coupable d’avoir tué Sa Woojong après m’avoir confié cette affaire.
« Je ne comprends pas. Cet homme agissait comme s’il voulait mourir de ma main. C’était pareil la dernière fois, mais aujourd’hui, on aurait dit qu’il était venu avec la ferme intention de mourir. »
Le mal était fait. Je la réconfortai donc.
« On dirait qu’il voulait mourir de la main d’un Suprême Démoniaque. S’il t’a provoquée alors qu’il était prêt à mourir, tu n’y pouvais rien. »
« Non, quoi qu’il ait dit, j’aurais dû me retenir davantage. »
Elle regrettait sincèrement ce qui s’était passé. Oui, si elle voulait désormais vivre en tant que Suprême Démoniaque, elle devrait maîtriser ses émotions, quelle que soit la gravité des provocations. Cet incident lui servirait de précieuse leçon.
« Il méritait de mourir. Mais Sa Woojong était un artiste martial de la Famille de l’Épée Céleste du Nord. Nous ne pouvons pas simplement enterrer cette affaire. »
Une lueur d’inquiétude passa sur le visage de Cheongseon. Si l’affaire s’ébruitait, les rumeurs iraient bon train.
« Suprême Démoniaque. »
« Oui, Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
« Peux-tu me faire confiance jusqu’au bout ? »
Les yeux de Cheongseon vacillèrent légèrement. Rien n’est plus réconfortant, quand on est acculé, que de pouvoir compter sur quelqu’un. Elle hocha la tête.
« Laisse-moi m’occuper de la suite et retourne pour l’instant. Je demanderai au Pavillon des Enfers de s’occuper du corps. »
Alors qu’elle s’apprêtait à partir, Cheongseon me demanda :
« Mais… comment avez-vous su que vous deviez venir ici ? »
Je ne pouvais pas lui parler de Hwan Yeo.
« J’enquêtais en secret sur Sa Woojong. J’ai reçu un rapport disant qu’il était venu te voir, alors je suis venu découvrir ce qu’il manigançait. »
« Je vois. J’ai honte de le dire, mais je vous laisse vous occuper du reste, Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
Après m’avoir salué d’un poing respectueux, Cheongseon quitta les lieux.
Resté seul, je baissai les yeux vers le cadavre de Sa Woojong. Il avait prétendu connaître le point faible de la Suprême de l’Épée Tranchante, mais ce secret était désormais enseveli à jamais avec lui.
Hwan Yeo.
Comme je le pensais, elle n’avait pas changé depuis ma vie précédente. Elle s’était servie de lui autant qu’elle le voulait, puis s’en était débarrassée sans la moindre hésitation.
Si Hwan Yeo se trouvait dans le jardin, où était donc le Roi Hwan ? Était-il dans les environs ? Ou ailleurs, tout simplement ?
Après avoir quitté le pavillon des hôtes, je retournai directement au Pavillon des Enfers.
Quand j’étais parti précipitamment en pleine conversation, Seo Daeryong était resté à se demander ce qui se passait. Si le pot de fleurs n’avait pas été mentionné, je n’aurais peut-être pas pensé à Hwan Yeo à temps.
« Sa Woojong est mort. »
Seo Daeryong fut visiblement choqué. Il venait de me faire son rapport sur la surveillance de Sa Woojong, et voilà que je lui annonçais sa mort. Il y avait de quoi être surpris.
« Je le savais ! Chaque fois que le Jeune chef du Culte du Démon Céleste s’en va en trombe, les scélérats finissent par mourir ! »
Il disait cela à moitié pour plaisanter, à moitié sérieusement. Je secouai la tête.
« Cette fois, ce n’était pas moi. »
« Alors, qui l’a tué ? »
« Cheongseon. »
Seo Daeryong me demanda, stupéfait :
« Mais que s’est-il passé ? »
Je lui dis seulement que la propriétaire du jardin était derrière tout ça.
« Cette femme s’est servie de Sa Woojong pour lancer l’Art de l’Arrachement de l’Âme sur le Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes. »
« C’est seulement possible ? Enfin… je suppose qu’elle est encore jeune. »
« Malgré tout, ce n’est pas une mince affaire. Cela montre à quel point son adversaire est redoutable. »
Le visage de Seo Daeryong s’assombrit. Après tout, il s’agissait d’un complot visant nul autre que le Faucheur d’Âmes, parmi tous les Suprêmes Démoniaques.
« Tu sais qui est cette femme du jardin ? »
Même à Seo Daeryong, je ne pouvais pas révéler qu’il s’agissait de Hwan Yeo. Je secouai donc la tête.
« Arrête l’enquête spéciale et place le jardin sous surveillance. Choisis des hommes capables et reste très discret. Ces gens complotent contre le Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes. Contente-toi de surveiller de loin leurs grands mouvements. Et envoie les artistes martiaux chargés de l’application de la loi récupérer le corps de Sa Woojong. »
« Compris. »
Je ne pouvais pas prévoir ce que Hwan Yeo ferait ensuite. Puisqu’elle avait lancé l’Art de l’Arrachement de l’Âme, elle pouvait décider de partir pour le moment. Mais elle pouvait aussi rester dans les environs afin de garder Cheongseon sous son emprise.
« Qu’est-ce que tu comptes faire maintenant ? »
Ce n’était pas une affaire que je pouvais régler seul, ni même avec le seul Pavillon des Enfers. L’Art de l’Arrachement de l’Âme ne fonctionnerait peut-être pas sur moi, mais une fois lancé sur quelqu’un d’autre, je ne pouvais pas l’en retirer.
« Je dois envoyer une lettre tout de suite pour les faire revenir. »
« À qui ? »
« À la seule personne capable de régler ça. »
Il n’y en avait qu’une, mais quand elle viendrait, ils seraient deux.
« J’ai perdu. »
Le vieil homme reconnut sa défaite. C’était un joueur de go réputé dans la région. Environ un mois plus tôt, un jeune homme était venu lui demander de lui enseigner le jeu. Il avait accepté de lui donner des leçons, moyennant paiement pour chaque partie.
Au début, l’écart de niveau était considérable et il avait accordé au jeune homme des pierres de handicap. Mais à chaque partie, son adversaire progressait, jusqu’à finir par le dépasser. À présent, ses progrès étaient presque incroyables.
« Comment as-tu pu devenir aussi fort, aussi vite ? Ne me dis pas que tu me trompais depuis le début ? »
Celui qui avait appris le go auprès du vieil homme était Gowol. Il sourit, déposa le prix de la leçon à côté du plateau et se leva.
« Merci de m’avoir enseigné tout cela. »
C’était un adieu, la preuve qu’il ne reviendrait plus prendre de leçons.
« Encore une partie ! »
Mais le vieil homme venait déjà de perdre trois parties d’affilée.
« Ne le prenez pas mal. C’est uniquement grâce à la qualité de votre enseignement, monsieur. »
Après s’être incliné respectueusement, Gowol quitta les lieux.
Depuis l’endroit où il observait la scène, l’ancien chef du Culte du Vent Céleste lança au vieil homme :
« Il a raison, tu sais. Ce type était déjà un expert en go. C’est un sacré fourbe. Il t’a dupé depuis le début pour mieux renverser la situation et frimer. »
Mais le vieil homme ne fut pas du tout d’accord avec lui. Au contraire, il reporta sa frustration sur Jeong Dae.
« C’est toi qui as l’air fourbe. »
L’ancien chef du Culte s’accroupit près du vieil homme.
« Allons, ne dis pas ça sous prétexte que tu ne fais que jouer au go. Moi, personne ne m’a jamais traité de fourbe de toute ma vie. »
« Tu as l’air si naturellement fourbe que les gens ont sans doute préféré se méfier de toi. Tu n’as même jamais eu l’occasion de l’être. »
Alors qu’il avait voulu se moquer de Gowol, Jeong Dae s’était retrouvé lui-même traité de fourbe. Il s’emporta.
« Je suis un maître en arts martiaux ! Tu ne peux pas me parler comme ça ! »
« J’aurai bientôt quatre-vingt-sept ans. Et alors ? »
Les deux hommes se défièrent du regard. Le vieil homme dégageait l’aura écrasante de quelqu’un prêt à mourir dès le lendemain ; même en tant qu’ancien chef de culte, Jeong Dae n’avait aucune chance contre lui.
À cet instant, Gowol l’interpella de loin.
« Qu’est-ce que tu fais ? Tu ne viens pas ? »
Maussade comme un enfant, l’ancien chef du Culte balaya le plateau de la main et éparpilla toutes les pierres. 3
« C’est beau, la vieillesse ! »
Il bondit avec légèreté et atterrit près de Gowol, qui l’attendait devant la porte, au loin. Derrière eux, la voix du vieil homme retentit : « Tss, espèce de fourbe mesquin ! »
Les deux hommes quittèrent la maison ensemble.
« Les vieux n’ont vraiment peur de rien. »
« Allons, tu crois qu’il est comme ça parce qu’il n’a peur de rien ? Il a compris que notre chef de culte avait bon cœur. Il le lit comme un livre ouvert. »
« Pourquoi les gens nous prennent-ils toujours à la légère quand on les traite bien ! »
« Soyons honnêtes, tu ne l’as pas si bien traité que ça. Tu t’es contenté de t’asseoir à côté de lui pour te plaindre de t’ennuyer, d’avoir faim et lui demander quand ça finirait. »
« Quoi ?! Vous êtes devenus les meilleurs amis du monde, toi et le maître de go, pendant que je regardais ailleurs ? Tout ça, c’était un coup monté ? »
Gowol ricana et accéléra le pas.
« Allons à la prochaine antenne. »
« Encore ? Maintenant que tu es un maître de go, rentrons donc ! »
Gowol avait prétendu qu’il ne rentrerait pas avant de devenir un maître de go, mais ce n’était qu’un prétexte. En vérité, il avait tout donné pour faire tourner correctement la Lune Cachée, son réseau de renseignements. Il visitait chaque antenne, vérifiait et inspectait. Il s’efforçait de tout organiser pour que le réseau fonctionne efficacement de lui-même, même sans sa supervision.
« Peu importe ce qu’on fait, le Jeune chef du Culte du Démon Céleste ne nous remercie jamais. Il ne vient nous voir que quand il a besoin de quelque chose : “Aide-moi pour ceci”, “Renseigne-moi là-dessus !” Tout ce qu’il trouve à dire, c’est : “Comme on pouvait s’y attendre de notre stratège Go !” Des compliments en l’air. »
Tout en parlant, il jeta un coup d’œil derrière lui. Chaque fois qu’il se plaignait, Geommugeuk surgissait derrière lui. Il vérifiait donc, au cas où.
« Tu espères que le Jeune chef du Culte du Démon Céleste va surgir ? »
« Qu’est-ce que tu racontes ?! »
Parfois, il lui manquait. C’était pourquoi, de temps à autre, il disait encore plus de mal de lui, dans l’espoir secret qu’il apparaisse derrière lui en lançant : « Alors, tu es encore en train de médire sur moi ? » 4
« Ce type sans cœur nous a complètement oubliés. Et pourtant, on lui fait gagner une fortune. »
À l’exception des renseignements de premier ordre qui lui étaient exclusivement destinés, ils vendaient le reste aux artistes martiaux. Les bénéfices de ces ventes permettaient au réseau de fonctionner.
Le Pavillon de la Communication Céleste était directement géré par le Culte du Démon Céleste, mais la Lune Cachée, elle, était différente. Une organisation aussi vaste, dont le réseau s’étendait à travers les Plaines centrales comme une toile d’araignée, ne pouvait pas vivre des seuls fonds de Geommugeuk. 5
« Le Jeune Maître est juste avare. »
« Il n’est pas avare. La dernière fois qu’il est venu, il m’a donné une grosse somme d’argent et m’a même dit de l’utiliser comme bon me semblait, pour moi. »
« Après toutes les peines qu’il t’a fait subir, c’est bien la moindre des choses. Mais moi, alors ? Pourquoi tu as eu de l’argent et pas moi ? »
« Le chef du Culte est riche. »
« Et alors ? Ça rend mes souffrances moins réelles ? »
À cet instant, Gowol dit quelque chose d’inattendu.
« Cette souffrance, c’est moi qui devrais la porter. »
« Pourquoi ? »
« Parce que le chef du Culte l’a endurée de son plein gré pour moi, pas pour le Jeune chef du Culte. »
Gowol sortit alors quelque chose de sa robe et le tendit à son cher ami.
En voyant de quoi il s’agissait, Jeong Dae resta stupéfait. C’était un titre de propriété. Plus étonnant encore, son nom figurait parmi les propriétaires.
« Tu as dit que tu voulais une maison dans les Plaines centrales, non ? Elle est à toi. »
Les mains qui tenaient le titre tremblèrent légèrement.
L’ancien chef du Culte du Vent Céleste avait toujours rêvé de posséder une maison dans les Plaines centrales. Autour d’un verre, il évoquait parfois devant Gowol son envie d’en acheter une. Quand il était encore chef de culte, il rêvait en grand d’étendre son influence aux Plaines centrales. Mais désormais, même s’il parcourait librement le pays, il lui était étrangement difficile d’acquérir ne serait-ce qu’une modeste demeure.
À ses yeux, posséder une maison dans les Plaines centrales signifiait enfin laisser les Terres Sauvages derrière lui et s’installer véritablement ici.
« Je l’ai achetée avec l’argent que le Jeune chef du Culte m’a donné cette fois-ci, ainsi qu’avec tous les salaires mensuels qu’on te devait. »
« Pourquoi tu as acheté ça ?! »
Gowol répondit d’un ton égal :
« Je me suis dit que ce serait bien que tu aies une maison. C’est mon cadeau. »
Jeong Dae fut bouleversé. Il avait reçu d’innombrables cadeaux coûteux au cours de sa vie, mais aucun ne l’avait jamais rendu aussi heureux.
« J’ai beaucoup d’argent. »
« Je sais. Tu pourrais acheter des centaines de maisons comme celle-ci. »
« Des milliers ! »
« Pourtant, tu n’en as jamais acheté une seule. Pourquoi ? Nous avons parcouru toutes les Plaines centrales ; tu aurais pu en acheter une dans chaque région. »
L’ancien chef du Culte du Vent Céleste garda le silence. Gowol avait parfaitement deviné ce qu’il ressentait.
« Tu as sans doute pensé : “Est-ce que je devrais vraiment acheter quelque chose comme ça ?” Même si tu as quitté tes fonctions, tu as été le chef du Culte du Vent Céleste. Tu devais te sentir coupable vis-à-vis des jeunes restés dans les Terres Sauvages. »
Comment le savait-il ? Cela avait effectivement joué dans sa décision.
« Je ne me sens pas coupable ! Pourquoi le serais-je ? Je leur ai donné à tous la place qui leur revenait et je leur ai même transmis le pouvoir ! »
Gowol évoqua une autre raison.
« Tu ne voulais pas non plus que le Jeune chef du Culte te voie acheter une maison alors que tu étais censé “aider le stratège”. Tu avais peur qu’il te lance : “C’est donc ça que tu fais ici ?”, non ? »
Bien sûr, cela avait aussi joué. Gowol le comprenait vraiment à un degré effrayant.
« Qu’est-ce que j’en ai à faire de ce que Geommugeuk pense ! Je l’achète avec mon argent. »
« Alors, pourquoi tu ne l’as pas fait ? »
Mais la véritable raison était plus profonde.
Jeong Dae lui lança un regard qui semblait dire : « Tu ne comprends vraiment pas ce que j’ai dans le cœur ? » Puis il finit par révéler la vraie raison.
« Je ne pouvais tout de même pas en acheter une et en profiter tout seul, pas vrai ? Si je devais acheter une maison, il fallait en prendre deux, côte à côte, pour qu’on puisse être voisins, non ? Ça ne m’aurait pas plu d’en profiter seul. Je devais d’abord en parler avec toi. Mais tu étais si occupé par ton travail que je ne pouvais pas vraiment te demander de venir chercher une maison avec moi, si ? Quoi ? Tu n’as pas envie d’habiter à côté de moi ? »
Les deux hommes se regardèrent, le vide entre eux.
L’ancien chef du Culte détourna les yeux et marmonna comme s’il crachait ses mots :
« À quoi bon être stratège si tu ne comprends même pas la personne à côté de toi ? Le Jeune Maître a choisi le mauvais type ! Il aurait dû prendre ce vieux maître de go à la place ! Ce vieux fourbe qui m’a insulté ferait cent fois mieux l’affaire ! »
En réponse, Gowol sortit un autre objet de sa robe.
« C’est pour ça que j’ai acheté une autre maison, tout près. Celle-ci est à mon nom. » 6
L’ancien chef du Culte resta un moment planté là, hébété, comme s’il avait perdu son âme. Après avoir fixé Gowol d’un air absent pendant un long moment, il lui demanda soudain :
« Elle n’est pas plus grande que la mienne, j’espère ? »
Gowol éclata de rire.
« Je connais assez bien mon cher ami pour ne pas commettre cette erreur. J’ai choisi la plus petite. »
« Bien. »
« Ta maison… elle ne fait même pas le poids face à celle où tu vivais avant. Alors ne sois pas déçu quand tu la verras et que tu la trouveras trop petite. »
« Je devrais être déçu. J’ai été chef de culte ! L’ancien chef du Culte du Vent Céleste, tu t’en souviens ! »
Jeong Dae contempla les montagnes au loin. En regardant Gowol, il sentit qu’il allait se mettre à pleurer. Recevoir cette maison lui faisait plaisir, mais apprendre que Gowol en avait acheté une juste à côté le rendait dix fois plus heureux. Voilà le véritable cadeau.
« Un jour, je te construirai la plus grande maison des Plaines centrales. Encore plus grande que celle du Jeune Maître. »
Voilà ce que Jeong Dae avait vraiment dans le cœur.
C’est alors qu’un subordonné arriva et lui remit un rouleau portant un message.
« De qui vient-il ? »
« Du Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
« Tu vois pourquoi je dois le maudire ? C’était une si belle journée, et voilà qu’il nous envoie un rouleau pour nous faire faire quelque chose ! Dis-lui non ! Dis-lui qu’on ne le fera pas ! »
Gowol tendit le rouleau à son ami.
« Il ne me demande pas à moi. Il dit qu’il a besoin de ton aide. »
Jeong Dae sursauta, les yeux écarquillés.
« Moi ? Pas toi, mais moi ? Tu en es sûr ? Il a vraiment dit qu’il avait besoin de mon aide ? »
« Il dit qu’il a désespérément besoin de toi et qu’il veut que tu rentres au plus vite. »
L’ancien chef du Culte du Vent Céleste haussa les épaules et prit un air bougon.
« Quoi ? Maintenant qu’il ne reste plus rien de valeur à te voler, il se tourne vers moi pour m’exploiter jusqu’au bout ? »
« Tu veux que je lui réponde que tu ne viens pas ? »
Comme s’il ne pouvait pas faire autrement, Jeong Dae répondit dans un soupir exaspéré :
« Autant rentrer voir cette nouvelle maison ! »
Il se mit en marche à grandes enjambées exagérées. Gowol le suivit et lui dit :
« Mais les maisons qu’on a achetées sont dans la direction opposée au quartier général du culte. »
Jeong Dae fit semblant de ne pas entendre et accéléra le pas. 7
Gowol le suivit en riant. Enfin, ils rentraient au Culte. Leur mission, qui consistait à mettre en place un réseau de renseignements efficace, s’était achevée avec succès ; c’était un retour joyeux.
Contrairement à tout à l’heure, chez le maître de go, ce fut cette fois son ami qui l’appela de loin en lui faisant signe de se dépêcher.
« Qu’est-ce que tu fais ? Allez, dépêche-toi ! »
1 : Eh bien, il l’est, mais il bénéficie aussi d’un soutien considérable.
2 : Ouf, elle n’a donc pas encore subi de lavage de cerveau. Mais être sous l’effet d’une suggestion hypnotique inconnue reste très grave.
3 : Ha ha, quel gamin. Quelle mesquinerie ! XDXDXD
4 : Ha ha, il le maudit pour le faire apparaître en lui donnant les oreilles qui démangent ? XDXDXD
5 : Historiquement, c’est exact. Dans de nombreuses histoires, la Lune Cachée apparaît comme un réseau de renseignements neutre, dont les capacités d’espionnage sont comparables à celles de la Secte des Mendiants.
6 : Ha ha, il vient de dévoiler ses sentiments pour rien ! Et dire qu’il voulait aussi se montrer prévenant ^^
7 : « On va d’abord faire le tour des Plaines centrales dans l’autre sens !!! L’attente n’en sera que meilleure. » ^^