Chapitre 163
Épisode 163 — Une couche de plus dans la cosse.
La Danse de l’Épée fit son entrée dans la salle principale.
Il s’était rasé de près et avait soigneusement coupé ses cheveux. Il portait un bel uniforme militaire neuf ainsi qu’un jangsam. À chacun de ses pas, il attirait tous les regards.
Ce n’était pas seulement parce qu’il était beau. Il émanait de lui une aura étrange, qui captivait les gens. Une décontraction que seuls connaissaient ceux qui frôlaient le néant, et une atmosphère mystérieuse, mais noble, que personne ne pouvait imiter.
Jin Ha-ryeong ne reconnut pas Geommugeuk. Dès qu’elle le vit, elle éprouva une admiration sincère.
« La classe ! »
Il était vraiment élégant. Si on lui avait demandé quel genre d’homme lui plaisait, elle aurait répondu : celui-là.
Elle ne fut pas la seule à le penser. Les femmes contemplaient Geommugeuk, fascinées. Les hommes aussi avaient du mal à détacher les yeux de lui.
« Qui est-ce ? »
— Aucune idée. Qui ça peut être ?
— Un jeune héros que je n’ai encore jamais vu ?
— Qu’est-ce qu’il est beau !
Ces remarques fusèrent ouvertement de tous côtés.
Après avoir attiré tous les regards, Geommugeuk se dirigea vers Jin Ha-ryeong et Jo Shin.
« Pourquoi vient-il vers nous ? Ah, il connaît quelqu’un ici ? »
Tandis qu’elle se posait la question, Geommugeuk la salua le premier.
« Jin Soje est là, elle aussi. »
Jin Ha-ryeong sursauta.
« Il me connaît ? Qui est-ce qui fait semblant de me connaître ? »
Sa voix lui était familière. Pourtant, même en l’entendant, elle ne parvenait pas à reconnaître son interlocuteur. L’écart entre le Geommugeuk qu’elle avait connu jusqu’ici et celui qu’elle avait sous les yeux était trop grand.
« Tu es sûre que tu ne me reconnais pas ? »
Elle ne le reconnaissait vraiment pas, même à cet instant. Il ne lui était pas venu à l’esprit que deux personnes à la voix semblable pouvaient n’en être qu’une.
« Qui es-tu ? »
« Tu m’avais dit de te prévenir si quelqu’un t’importunait. C’est pour ça que tu veux m’aider ? Tu ne me reconnais même pas, et tu vas quand même m’accompagner pour lui faire la peau ? »
Jin Ha-ryeong ouvrit de grands yeux. C’était bien ce qu’il lui avait dit : si quelqu’un l’importunait, elle n’avait qu’à lui rappeler qu’elle était l’amie de la petite-fille du Seigneur du Murim.
« C’est pas possible… Toi ! »
« Si. C’est bien moi. »
Jin Ha-ryeong lâcha un cri de stupeur sans même s’en rendre compte.
« Je ne sais pas si ça mérite de crier, mais je suis Geommugeuk. »
En revoyant ces yeux limpides et profonds qui n’avaient rien de ceux d’un valet, elle comprit que Geomyeon avait dit vrai.
Un frisson la parcourut. Tous les poils de son corps se hérissèrent.
La proximité d’un homme aussi beau la troublait déjà, mais Geomyeon, le valet, était donc Geommugeuk ?
Elle demanda d’une voix tremblante :
« Qu’est-ce qui t’est arrivé ? »
« Je me suis rasé et j’ai arrangé mes cheveux. J’ai aussi acheté des vêtements neufs. »
Jo Shin, qui se tenait à côté d’elle, était tout aussi abasourdi.
Il était si surpris qu’il ne parvenait pas à réagir. Il restait là, immobile, les yeux écarquillés.
Au début, il n’avait même pas reconnu Geommugeuk. Très fier de son apparence, il avait mal vécu la découverte d’un homme plus beau que lui.
C’est pourquoi il était déjà de mauvaise humeur à l’apparition de Geommugeuk.
Il n’avait pas supporté de voir un type plus beau que lui au banquet, mais quand celui-ci s’était dirigé vers Jin Ha-ryeong, ses nerfs avaient lâché. Qu’est-ce qu’il lui voulait, cet enfoiré ? Pourquoi venait-il par ici ?
« Mais quoi ? C’est lui ? Ce valet crasseux, c’est ce type ? Non, c’est impossible ! Ça ne peut pas être vrai ! »
Jo Shin avait failli crier et jurer.
« C’était donc lui, ce bel homme ? »
Si ça continuait ainsi, son plan allait tomber à l’eau. Il voulait dissiper le mystère et révéler un homme ordinaire, mais voilà que le mystère s’était révélé encore plus grand. Ce qui l’énervait davantage, c’était de lui avoir donné de l’argent pour qu’il se fasse beau.
Geommugeuk salua Jo Shin, qui se tenait derrière lui.
« Le jeune maître Jo m’a donné de l’argent pour acheter des vêtements. »
Jin Ha-ryeong se tourna vers Jo Shin, surprise.
« C’est vrai ? »
« Ah… oui. C’est exact. »
Jin Ha-ryeong se méprit sur la situation.
« Oh, je voulais vraiment m’excuser. Pour être honnête, je ne t’ai pas cru. Désolée. »
« Ce n’est rien. »
Jo Shin, lui, ne savait plus s’il devait rire ou pleurer.
Il envoya aussitôt un message télépathique à Geommugeuk.
— Espèce d’abruti ! Va-t’en ! Dégage d’ici !
On lui avait dit de quitter la salle du banquet, mais Geommugeuk se dirigea vers les jeunes héros, comme s’on lui avait demandé de s’en aller.
« Oh ! Il y a plein de mets rares et coûteux. Je peux manger autant que je veux ? Et il y a de l’alcool aussi. Ça sent très bon. »
Tous suivaient ses moindres gestes du regard. Geommugeuk ne cherchait pas à attirer leur attention. Il mangeait avec appétit et buvait. Il agissait naturellement, comme s’il était le personnage principal de la soirée.
Jin Ha-ryeong s’approcha de lui comme envoûtée. Jo Shin la suivit, furieux.
« On dirait vraiment que tu es devenu quelqu’un d’autre. »
« C’est parce que d’habitude, je suis très négligé. »
« Pourquoi ne t’habilles-tu pas comme ça d’ordinaire ? »
« Pourquoi un valet aurait-il besoin de se mettre sur son trente-et-un ? »
En voyant les yeux de Jin Ha-ryeong briller devant Geommugeuk, Jo Shin commença à paniquer.
« Ça ne va pas. Pas comme ça ! »
Il devait trouver un moyen de changer la situation. Il avait voulu retirer une cosse ; voilà qu’une cosse encore plus coriace venait se poser par-dessus.
Jo Shin envoya un message télépathique, furieux :
— Espèce d’abruti ! Pourquoi t’es-tu si bien habillé ?
Geommugeuk le regarda. Jo Shin ne put rien répliquer face à ce regard qui lui rappelait que c’était lui qui lui avait demandé de s’habiller ainsi.
Et puis, il n’avait rien fait de spécial. Il s’était rasé, avait arrangé ses cheveux et acheté des vêtements neufs. Malgré tout, Geommugeuk resplendissait.
Jo Shin devait le faire tomber d’une manière ou d’une autre.
« Nous avons fait de notre mieux pour qu’il plaise à Jin Soje. »
« Oui, j’ai essayé d’être élégant exprès. »
Les joues de Jin Ha-ryeong rougirent légèrement. On aurait dit qu’il s’était mis sur son trente-et-un pour elle.
Cette scène attrista Jo Shin.
« Merde ! Ce n’est pas ça non plus. »
Il aurait dû avoir l’air emprunté, comme s’il portait ces vêtements malgré lui. Or, ce valet semblait fait pour ce genre de tenue luxueuse.
En plus, il assumait sans la moindre honte le fait d’être venu au banquet : tout cela le faisait paraître encore plus sûr de lui.
« Par hasard, ton uniforme est de la même couleur que celui de Jin Soje. »
« Oui. »
Jo Shin, qui ne pouvait plus supporter la scène, envoya un de ses hommes parler à Jin Ha-ryeong.
Pendant que Jin Ha-ryeong recevait ses salutations, Jo Shin entraîna Geommugeuk dans un coin.
« Espèce de malade ! Tu veux mourir ? »
« Qu’est-ce qui te prend ? »
« Tu préfères enlever aujourd’hui la cosse des yeux de Jin Soje et recevoir cent mille nyang, ou gaspiller cent mille nyang et mourir de ma main ? À toi de choisir. »
« Alors, qu’est-ce que je dois faire ? »
« Il faut faire quelque chose qui fera perdre à une femme l’envie de t’aimer. Tu te vantes, tu cherches la bagarre avec les autres, tu te piques même ! Compris ? »
Jo Shin n’en revenait pas d’avoir prononcé de telles paroles. Avait-il déjà essayé de rabaisser quelqu’un de façon aussi grossière ? S’il avait pu le tuer, il l’aurait fait.
Mais à présent, il était inquiet. Il devait absolument le mettre dans l’embarras avant qu’une nouvelle cosse ne recouvre les yeux de Jin Ha-ryeong. Ça l’agaçait au plus haut point.
« Alors, donne-moi d’abord l’argent. »
« Quoi ? »
« Je m’en charge si tu me donnes cinquante mille nyang. Et tu m’en donneras encore cinquante mille une fois que j’aurai fini. »
« Espèce d’abruti ! Tu veux mourir ? »
Jo Shin leva la main pour le frapper, mais Geommugeuk ne se laissa pas impressionner.
« C’est ça, les affaires. Moi aussi, il faut bien que je gagne ma vie. »
« Espèce de déchet minable ! »
À ce moment-là, Jin Ha-ryeong s’approcha. Jo Shin baissa sa main et épousseta les vêtements de Geommugeuk.
« Notre valet, le jeune héros, est vraiment méconnaissable. »
Geommugeuk répondit :
« Comme je vous l’ai dit, c’est entièrement grâce au jeune maître. »
« Pour être honnête, l’argent que je lui ai donné, c’était pour notre Jin Soje. »
« Vous avez vraiment le cœur sur la main. C’est admirable. »
Geommugeuk ne tarissait pas d’éloges sur Jo Shin.
Jo Shin eut l’impression d’avoir ouvert une boîte qu’il aurait mieux fait de laisser fermée.
Mais il ne pouvait pas partir comme ça.
Jo Shin changea de sujet.
« Cette fois, nous comptons investir une grosse somme dans l’Alliance du Murim. »
À ces mots, Geommugeuk lui céda sa place.
Jo Shin s’évertuait à vanter les mérites de sa famille et de sa fortune, mais les yeux de Jin Ha-ryeong revenaient sans cesse vers Geommugeuk, qui discutait avec les autres jeunes héros. Elle serra notamment les poings quand la demoiselle Yeohyeop, qui écoutait Geommugeuk, éclata de rire à l’une de ses plaisanteries.
Comment Jo Shin aurait-il pu ne pas comprendre ce qu’elle ressentait ?
Il avait beau continuer de parler, Jin Ha-ryeong ne regardait que Geommugeuk.
Le visage de Jo Shin se durcit.
Jin Ha-ryeong sentit soudain un frisson et tourna la tête. Jo Shin fixait Geommugeuk en silence. Le serpent qu’elle avait chassé de son esprit réapparut.
« C’est dommage d’avoir quelqu’un comme lui pour valet. N’est-ce pas ? »
« Que puis-je y faire ? C’est son origine. »
Sa réponse trahissait son regret. Jo Shin était furieux.
« Sale garce ! Tu m’ignores à ce point ? »
Il sentit la colère monter en lui sans raison.
Il envoya un nouveau message télépathique au jeune héros à qui il avait demandé de parler à Jin Ha-ryeong.
— Provoque une dispute et bats-toi avec ce type. Quand tu le frapperas, ne le ménage pas.
Le jeune héros qui reçut le message se nommait Hoyoung (胡英).
Hoyoung voulait à tout prix impressionner Jo Shin pour faire prospérer sa famille. Il accepta donc l’ordre sans hésiter.
Hoyoung demanda à Geommugeuk :
« À voir l’épée que tu portes, tu as appris les arts martiaux ? »
« C’est exact. »
« Comment un valet a-t-il pu apprendre les arts martiaux ? »
« C’est parce que mon maître est quelqu’un de remarquable. »
« Pourrais-je apprendre une technique de ce maître si remarquable ? »
Tous le regardèrent avec curiosité.
Lorsque Jin Ha-ryeong voulut intervenir, Jo Shin s’adressa à elle :
« Jin Soje n’est-elle pas curieuse de savoir quels arts martiaux ce valet a appris, et jusqu’où il les maîtrise ? »
Jin Ha-ryeong était bien curieuse, mais elle était surtout inquiète.
« Mais il ne pourra pas rivaliser avec les jeunes héros. »
« Hoyoung est le fils d’une famille noble. Il ne ferait pas de mal à ce valet. »
À ce moment-là, Geommugeuk s’adressa à Hoyoung :
« Avec une épée, je risque de te blesser. Affrontons-nous à mains nues. »
« D’accord. »
Hoyoung était stupéfait. Il ne s’attendait vraiment pas à ce que Geommugeuk accepte aussi volontiers.
« Je vais lui casser quelque chose, c’est sûr. »
Il lui suffirait de faire passer ça pour un accident et de lui briser un bras ou une jambe. Jo Shin serait satisfait.
« Alors, je compte sur toi pour y aller doucement. »
« Très bien. J’ai passé ma vie à servir mon maître avec dévouement. Quelle belle journée ! »
Hoyoung se laissa prendre au dépourvu. Il avait honte de montrer son impatience.
Geommugeuk esquiva le poing de Hoyoung. Il ne se contenta pas de se dérober légèrement : il esquiva en manquant de tomber. Des rires fusèrent çà et là.
Hoyoung lança de nouveau son poing. Cette fois, Geommugeuk l’évita en roulant au sol. Hoyoung le poursuivait comme s’il chassait sa proie, puis il se retourna en souriant.
« C’est d’un ennui… »
« Attention ! »
Il tourna la tête vers la personne qui avait crié.
Pan !
Le poing de Geommugeuk envoya Hoyoung au tapis. Il avait baissé sa garde et encaissé un coup en plein visage. En tombant, il brisa une table ; les plats se renversèrent et tachèrent les vêtements de Jo Shin.
Jo Shin, hors de lui, ne put se retenir :
« Putain ! »
Geommugeuk se précipita auprès de Hoyoung, étendu au sol.
« Heureusement, il n’est pas gravement blessé. »
Le contraste entre Geommugeuk qui s’inquiétait des blessures de son adversaire et Jo Shin qui jurait parce que ses vêtements étaient tachés mit ce dernier dans l’embarras. Personne ne le disait à voix haute, mais tous le regardaient avec mépris.
Ce qui le mettait encore plus en colère, c’était que Jin Ha-ryeong ne lui prêtait aucune attention et ne regardait que Geommugeuk.
« Désolé, je me suis laissé emporter. »
Geommugeuk présenta ses excuses aux personnes qui avaient assisté au combat.
Jin Ha-ryeong prit la parole en leur nom :
« Tu n’as pas à t’excuser. Celui qui n’était pas concentré a eu tort. »
Tout le monde acquiesça. Dans ce combat, Hoyoung avait baissé sa garde : on ne pouvait pas reprocher à Geommugeuk de l’avoir surpris.
Jin Ha-ryeong prit congé de Jo Shin.
« Bon, je vais partir pour aujourd’hui. Tu peux y aller, toi aussi. »
Elle quitta la salle du banquet avec Geommugeuk. Un bruit de casse retentit derrière eux. Elle ne savait pas ce qui venait de se briser, mais elle savait qui en était responsable.
Sous la lune, Geommugeuk et Jin Ha-ryeong reprirent le chemin du retour.
Elle s’inquiéta de nouveau pour lui.
« Tu es devenu encore plus dangereux. »
Geommugeuk lui dit soudain :
« Mon amie. »
Jin Ha-ryeong fut un instant surprise.
« Pourquoi es-tu si surprise ? Nous avions décidé d’être amis, non ? »
« Non, c’est vrai. »
« Mon amie. Tu es la petite-fille du Seigneur du Murim, l’Ilmi de Hubei, et une candidate à la victoire au tournoi des jeunes dragons. Tu es au sommet de toi-même quand tu affiches cette allure fière et élégante. Ce n’est pas toi de toujours t’inquiéter pour les autres. »
Après un instant, Jin Ha-ryeong reprit la parole.
« Alors, est-ce que je peux te faire confiance ? Tu es sûr que je n’aurai pas à voir un type comme lui mourir misérablement, puis à m’en vouloir toute ma vie ? »
« Oui. »
« Vraiment ? Comment peux-tu en être sûr ? »
« Parce que nous sommes amis. Fais confiance à ton ami. »
« Tu as dit que j’avais l’air fière et élégante, mais je ne suis pas comme ça. Je suis timide ; je réfléchis trop, je m’inquiète beaucoup et je regrette souvent les choses. Je n’aime pas rencontrer les gens et je ne sais pas oublier les blessures. Alors, ne me prends pas par surprise plus tard. »
« D’accord, je ne le ferai pas. »
C’était absurde, mais elle crut Geommugeuk. Elle n’avait aucune raison de lui faire confiance, pourtant elle le faisait.
Cette fois, Geommugeuk prit la parole.
« En échange, promets-moi une chose. »
« Quoi donc ? »
« À partir de maintenant, si quelque chose d’étrange ou d’incompréhensible t’arrive, viens absolument me le raconter. »
Ce n’était pas seulement à cause de leur rencontre. Il avait aussi prononcé ces mots parce qu’il pressentait qu’un événement surviendrait un jour au sein de l’Alliance du Murim.
« Quelque chose d’étrange qui m’arrive… »
Elle eut beau y réfléchir…
« Comme maintenant ? »
Geommugeuk esquissa un faible sourire.
« Oui. Si quelque chose d’étrange et d’incompréhensible comme ça t’arrive, viens absolument m’en parler. Allez, rentrons. »
Jin Ha-ryeong regarda en silence Geommugeuk qui marchait devant elle. Une idée lui vint soudain : comme il le disait, mieux valait afficher sa fierté et son élégance d’Ilmi de Hubuk plutôt que de s’inquiéter inutilement.
Elle se mit à marcher vers Geommugeuk, qui l’attendait un peu plus loin en lui demandant si elle venait.