Chapitre 9
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Le Guide de survie du guerrier errant ◈
Chapitre 9 : Ce que signifie vivre en vagabond (1)
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« Tss. Dire que tu as reçu un badge de classe B. »
« C’est comme ça que ça s’est passé. »
« C’est comme ça que ça s’est passé ? »
Yi Mu-gwang laissa échapper un rire sans joie.
« Gamin. Tu crois que tu peux balayer ce badge d’un revers de main en disant : “C’est comme ça que ça s’est passé” ? »
« Eh bien… c’est si grave que ça ? On aurait dit qu’ils les distribuaient selon des impressions vagues. Ça ne faisait pas très professionnel. »
Cheon Hwi s’était seulement dit que ce badge lui donnerait accès à un éventail de missions un peu plus large que celui d’un badge de classe C.
« Ce n’est pas tout. »
« … ? »
« Les détenteurs d’un badge de classe C risquent leur vie toute la journée à escorter des charrettes sur des routes de montagne, pour cent sapèques — deux cents s’ils ont de la chance. Pour une mission dangereuse, ils sont déjà contents de toucher un demi-tael d’argent, assez pour s’offrir une tournée. Mais les missions de classe B rapportent au moins un demi-tael par jour. Un demi-tael, ça fait facilement cinq cents sapèques. »
Cheon Hwi baissa les yeux vers son badge Eul.
Un demi-tael d’argent.
C’était une somme que son père avait rarement pu toucher de son vivant. Cheon Hwi n’avait-il pas reçu un tael entier pour avoir sauvé la vie de quelqu’un ?
Il avait à peine pu mettre la main sur cet argent après avoir parcouru une étape, l’épée à la ceinture, monté la garde toute la nuit sans fermer l’œil, puis pris la tête du groupe et risqué sa vie à l’apparition de bandits.
« Mais un badge de classe B ? Un demi-tael par jour. »
« Par jour ? »
« Oui. Un demi-tael chaque jour. Si la mission dure plus longtemps, tu es payé quotidiennement. Avec la prime de risque, gagner un tael entier n’a rien de difficile. Et parfois, il y a même une prime de réussite. »
Yi Mu-gwang désigna la cour du Hall des Guerriers Vagabonds.
Dans un coin, plusieurs hommes emmenaient de force un vagabond qui venait d’essuyer un refus. Il avait agrippé un employé par le col et exigeait des explications.
« Cela dit, si tu prends une mission de classe B et qu’une bagarre éclate, tu as de fortes chances d’y laisser la vie. »
Yi Mu-gwang lui lança ces mots, et Cheon Hwi cligna des yeux.
« Vous voulez dire que je suis si faible, pour l’instant ? »
« Oui. »
« Alors je n’irai pas plus loin. »
Son ton était bien trop calme.
La mort lui faisait peur. Mais ce qui l’effrayait davantage, c’était de se retrouver dans une situation où il devrait mourir encore et encore, impuissant, comme en Enfer Avici. Un véritable enfer vivant.
Tant que ce n’était pas le cas, Cheon Hwi était prêt à accepter la mort autant de fois qu’il le faudrait et à s’en servir pour progresser.
Quel fou, tout de même.
Yi Mu-gwang le voyait aussi. Le ton de Cheon Hwi n’était pas celui d’un homme qui avait renoncé à vivre, ni celui d’un artiste martial aguerri que la mort avait rendu insensible.
Il était encore plus éloigné de l’assurance d’un gamin qui, après avoir reçu un badge Eul, s’imaginait être devenu quelqu’un.
Le monde martial regorgeait de gens qui prenaient leur propre vie à la légère. Des hommes qui dégainaient leur épée ivres, d’autres qui fonçaient vers une mort certaine, grisés par leur bravoure, et d’autres encore qui voulaient que leur mort fasse forte impression.
Mais Cheon Hwi parlait de sa propre vie comme si elle appartenait à quelqu’un d’autre. C’était troublant. On aurait dit qu’il pouvait l’évaluer froidement, puis s’en défaire sans sourciller.
Yi Mu-gwang ignorait toujours si c’était du courage, un talent ou la preuve que quelque chose s’était brisé en lui.
Mais une chose était certaine.
Un garçon de quinze ans ne devrait pas avoir une telle attitude.
« Sacré cinglé. »
« Pardon ? »
« Rien. »
« Bon. Cela dit, je ne compte pas t’envoyer à une mort certaine dès ton premier jour. Il faut que tu gardes la tête sur les épaules pour toucher ta prochaine paie. Je choisirai la mission. »
Il se dirigea vers le panneau des missions.
Des avis couvraient le mur en longues rangées.
Chacun indiquait les détails de la mission, la rémunération et le rang requis.
Yi Mu-gwang croisa les bras et les parcourut un à un.
- Repérer les bandits de la Forêt des Pins Noirs.
Rémunération : trois taels d’argent. Classe B ou supérieure.
Yi Mu-gwang passa aussitôt à l’avis suivant.
- Escorte nocturne au port.
Rémunération : un tael d’argent par jour. Classe B ou inférieure, classe C ou supérieure. Mission de nuit. Retour avant le lever du soleil.
« Un travail de nuit au port, aussi bien payé ? Il n’y a que deux possibilités. Soit la marchandise est louche, soit le client l’est. »
Il passa également son chemin.
- Rechercher un vagabond disparu.
Rémunération : deux taels d’argent en cas de réussite. Classe B ou inférieure.
Yi Mu-gwang renifla avec mépris.
Puis il resta longtemps à contempler l’avis suivant.
- Transport de plantes médicinales pour la pharmacie Cheongmok.
Transporter six coffres de plantes médicinales jusqu’au relais de Baeksu, à l’extérieur de Changchun. Itinéraire de jour. Une demi-journée de trajet. Les détenteurs d’un badge de classe B ou supérieur peuvent participer. Rémunération : un demi-tael d’argent par jour.
Yi Mu-gwang relut l’avis deux fois.
« Une pharmacie. Un trajet de jour. Une demi-journée. »
Ils voulaient manifestement des hommes assez compétents, d’où l’exigence d’un badge de classe B ou supérieur. Vu la difficulté de la mission, la rémunération n’était ni trop élevée ni trop basse. Juste ce qu’il fallait pour que personne n’y perde.
« Ils cherchent des hommes qui n’ont plus l’air de bleus pour éviter les ennuis ? »
Yi Mu-gwang savait par expérience que ce genre de travail dégénérait moins souvent en combat.
« On prend celle-là. »
« Le transport des plantes médicinales ? »
« Oui. La pharmacie Cheongmok est connue jusque dans Changchun. Ce n’est pas le genre d’établissement à se livrer ouvertement à des affaires louches. Et surtout, si on ne voyage que de jour sur un trajet d’une demi-journée, on risque moins de tomber sur des bandits ou d’autres individus. »
Cheon Hwi hocha silencieusement la tête.
Une mission d’escorte où il pourrait avancer à l’allure de la charrette lui semblait idéale pour s’exercer à la formule mnémotechnique de l’Art du Retour au Puits.
Yi Mu-gwang prit la direction du bureau des comptes du Hall des Guerriers Vagabonds.
L’employé tournait les pages du registre de ses doigts tachés d’encre. Il jeta un coup d’œil au badge de Yi Mu-gwang, puis au badge de classe B de Cheon Hwi.
« Nous voulons prendre la mission d’escorte de la pharmacie Cheongmok. »
« L’escorte de la pharmacie Cheongmok… Ah. Oui, c’est possible. Dois-je inscrire vos deux numéros ? »
Yi Mu-gwang acquiesça.
L’employé marqua une pause en inscrivant le numéro de Cheon Hwi.
Après avoir écrit le chiffre soixante-treize, il ajouta un point étrangement minuscule à côté.
Il était si petit qu’au premier regard, on aurait pu le prendre pour une éclaboussure d’encre accidentelle. Mais l’employé s’arrêta un instant avant de le tracer délibérément.
Cheon Hwi ne le vit pas, mais Yi Mu-gwang, si.
« C’est quoi, ce point ? »
L’employé releva lentement la tête.
« Que voulez-vous dire ? »
Yi Mu-gwang désigna précisément le point placé à côté du numéro de Cheon Hwi, mais pas du sien.
« Ah, ça ? Ça indique un badge de classe B délivré récemment. Cela permet au client de vérifier plus facilement. »
L’explication paraissait assez naturelle. Pourtant, Yi Mu-gwang observa un instant les yeux de l’employé. Celui-ci souriait, mais quelque chose clochait.
« Un badge de classe B tout neuf. Je ne savais pas que le mien était vieux. »
« Nous avons des marques que nous seuls pouvons reconnaître. Ces derniers temps, les clients se montrent pointilleux sur ce genre de détails. »
L’employé referma le registre et poursuivit :
« Vous partirez avant l’heure du Cheval. Rendez-vous dans la cour avant de la pharmacie Cheongmok. »
Cheon Hwi s’inclina sans se douter de rien.
« Allons-y. »
« … D’accord. »
En s’éloignant, Yi Mu-gwang jeta un dernier coup d’œil au registre.
Le point noir à côté du nom de Cheon Hwi.
Pour une raison inconnue, ce minuscule point d’encre lui restait en mémoire. Son instinct le mettait mal à l’aise.
Malgré tout, il ne pouvait pas refuser une escorte d’un demi-tael, en plein jour, juste parce qu’il avait un mauvais pressentiment. Dans le monde martial, celui qui craignait le moindre petit risque mourait de faim.
* * *
Vers midi, alors que le soleil était haut dans le ciel, une douzaine de vagabonds environ s’étaient rassemblés dans la vaste cour avant de la pharmacie Cheongmok.
Un homme qui semblait être le responsable des escortes de la pharmacie s’affairait à inspecter les gardes et la formation.
À l’avant se tenait Heo Gyeom, le Sabre de la Montagne de Fer, un héros réputé même parmi les guerriers de classe B et au sommet du deuxième ordre. Il se tenait droit, les bras croisés.
Derrière lui, quatre vagabonds expérimentés avaient pris place. À proximité, trois bleus qui venaient tout juste de recevoir un badge de classe B — Cheon Hwi compris — se mêlaient aux vagabonds de classe C affectés aux tâches subalternes.
Le regard de Yi Mu-gwang balaya les charrettes et le groupe entier, tel celui d’un faucon.
« Ils les ont séparés en deux groupes. »
L’avis disait qu’ils ne voulaient que des hommes de classe B, pourtant des vagabonds de classe C étaient également présents. Il devait s’agir d’une autre mission, pour laquelle on avait rassemblé les hommes de classe C à part.
Le groupe d’escorte avait l’air de ne faire qu’un, mais l’œil aiguisé de Yi Mu-gwang ne s’y trompait pas. Une fois en route, ils se diviseraient sans doute en deux.
L’un des groupes servirait de leurre.
« Une demi-journée de trajet. Des gardes de classe B… et ils ont séparé les charrettes en deux ? Pourquoi pousser les choses aussi loin ? »
La deuxième charrette, auprès de laquelle s’étaient rassemblés Cheon Hwi et les vagabonds de classe C, était différente.
Yi Mu-gwang fronça les sourcils. Au moment où il s’apprêtait à saisir Cheon Hwi par la nuque, un homme présenté comme membre de la pharmacie Cheongmok prit la parole à voix haute.
« Nous allons diviser le groupe ! »
Tous se tournèrent vers lui.
« Le groupe principal empruntera la grande route officielle. Le groupe séparé prendra le sentier étroit qui traverse les roseaux et nous rejoindra au pont de Baeksu. Nous voulons ainsi détourner l’attention des éventuelles bandes de bandits qui nous surveilleraient. Nous allons vous répartir selon le numéro de votre badge de vagabond. Les numéros pairs rejoindront le groupe principal. Les numéros impairs, le groupe séparé ! »
Le raisonnement paraissait plausible.
Le simple fait qu’ils aient engagé des gardes signifiait que la pharmacie avait senti un danger. Envoyer un groupe séparé pour disperser les menaces était également une option envisageable.
« Nous aurions plus de chances de réussir la mission si tous les gardes voyageaient ensemble, non ? »
Quelqu’un leva la main et posa la question, mais le représentant de la pharmacie secoua la tête.
« Vous croyez que je ne le sais pas ? Les ordres sont déjà tombés. Veuillez vous y conformer. »
Le numéro de Yi Mu-gwang était pair, tandis que celui de Cheon Hwi, soixante-treize, était impair.
Ceux qui avaient des objections pouvaient partir sur-le-champ. Mais les noms de ceux qui se retiraient après avoir accepté la mission resteraient inscrits dans le registre.
De plus, une fois qu’un vagabond s’était inscrit à une mission, il était d’usage qu’il suive la plupart des ordres du client.
Boum !
Alors que Yi Mu-gwang cherchait quelqu’un dans le groupe de Cheon Hwi qui accepterait d’échanger sa place avec lui, l’immense Heo Gyeom s’interposa.
Le gigantesque Sabre de la Montagne de Fer sanglé dans son dos dégageait une aura oppressante.
Il semblait simplement vouloir saluer Yi Mu-gwang en lui tendant la main. Pourtant, Yi Mu-gwang se retrouva retenu malgré lui, et le groupe séparé partit le premier.
Cheon Hwi suivait déjà une charrette grinçante vers l’entrée du sentier étroit qui traversait les roseaux.
Yi Mu-gwang soupira intérieurement, se répétant qu’il ne lui arriverait rien.
Cheon Hwi lui adressa un léger signe de tête, comme pour lui dire : « Tout ira bien. »
Yi Mu-gwang lâcha sèchement la poignée de son sabre et ravala un juron.
« Mon cul, que tout ira bien. »
…
…
…
La charrette du groupe séparé s’engagea dans une gorge étroite et escarpée, entre des roseaux denses qui dépassaient la taille d’un homme.
Des parois abruptes d’argile rouge les encerclaient, réduisant le ciel à la largeur d’une paume.
Cheon Hwi serra la poignée de son épée droite et maîtrisa sa respiration.
Un pas, une inspiration. Deux pas, stabiliser son souffle.
À chaque pas, il récitait la formule mnémotechnique de l’Art du Retour au Puits et rassemblait son énergie dans son dantian.
À mesure qu’il suivait ce rythme et se concentrait, quelque chose lui parut étrange.
À cette époque de l’année, les insectes auraient dû bourdonner de partout. Pourtant, les roseaux étaient anormalement silencieux.
Pas même un cri d’oiseau.
Le vent qui frôlait les roseaux était lui aussi silencieux comme la mort.
Un frisson lui remonta l’échine. Son instinct lui disait que quelqu’un retenait son souffle au-dessus de la gorge et les observait.
Une sinistre intuition traversa alors l’esprit de Cheon Hwi.
Il était séparé de Yi Mu-gwang depuis plus d’une heure et se trouvait au fond de la gorge de Hwangto.
Autrement dit, même si on lui tranchait la tête et qu’il mourait ici, il ne se réveillerait pas en sécurité dans la ville de Changchun.
Si un combat éclatait, il devrait préserver sa propre vie au cœur de ce piège mortel.
Au moment précis où le tintement de la petite clochette suspendue au cou du bœuf se répandit dans l’air comme un dernier cri, une immense soif de sang se déversa du haut de la gorge, telle une pluie.
Une flèche de signal siffla dans le ciel.
Fiiiou !
Dans les roseaux, quelque chose surgit et se rua sur eux d’un seul coup.
Cheon Hwi resserra sa prise sur la poignée de son épée et poussa la lame du pouce.
Combien de fois devrait-il encore mourir avant de parvenir à s’échapper de cette gorge ?
« Viens, mort. »
Oui.
Cheon Hwi souriait, la mort face à lui.
Seul comptait un esprit inébranlable.
Cheon Hwi en avait un.
Notes de bas de page :
La dernière phrase fait écho à une formule populaire d’un mème coréen : « Seul compte un esprit inébranlable. »
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