Chapitre 8
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Traducteur/Réviseur : Asakusa
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◈ Guide de survie du guerrier vagabond ◈
Chapitre 8 : Le Marché des Vagabonds (3)
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Cheon Hwi aimait les formes rapides de l’épée.
Quand sa respiration se faisait haletante et que ses bras commençaient à peiner, au lieu de s’asseoir en tailleur pour reprendre son souffle, il restait debout, les yeux clos, et travaillait ses pas.
La scène avait quelque chose de ridicule, mais Yi Mu-gwang l’observait avec le plus grand sérieux.
Cheon Hwi fit un pas, les yeux fermés.
Un pas.
Il observa sa respiration.
Il respirait difficilement et avait la tête qui tournait. Sous la pression de ses plantes de pieds, une énergie impure remontait le long de ses jambes épuisées. Son souffle vacillait, menaçant de s’emballer et de se disperser.
Il devait expulser l’énergie impure qui montait de son corps fatigué et ne faire descendre que l’énergie la plus pure dans son dantian inférieur.
Mais au lieu de s’en saisir de force pour la tirer vers le bas, Cheon Hwi commença par l’observer, comme le prescrivait la première formule de l’Art du Retour au Puits.
Tap.
Deux pas.
Il régla son souffle.
Un filet de souffle éparpillé descendit dans son bas-ventre. Ce n’était pas assez pour parler d’une goutte ; on aurait plutôt dit une brise chargée de l’air froid de l’aube qui le traversait.
L’essentiel, c’était que son énergie interne s’était accumulée tandis qu’il avançait.
L’essentiel, c’était qu’il développait son énergie interne en s’entraînant aux arts martiaux.
Trois pas.
Il expira et lança son épée dans un fouu.
La lame dispersa la clarté lunaire en fendant les ténèbres.
Puis il inspira de nouveau. Tout en travaillant les principes de l’art du mouvement, il répéta la séquence encore et encore, jusqu’à pouvoir l’exécuter naturellement, sans même y penser.
Pour l’instant, son épée rapide était moins efficace qu’une feinte et ne servait absolument à rien en combat. Cheon Hwi le savait.
Mais il n’avait pas l’intention d’en rester là.
* * *
L’aube se levait.
Au moment précis où une goutte de rosée roula du bout d’une branche, la silhouette de Cheon Hwi se brouilla.
En un instant, il bondit de trois pas vers l’avant et fendit l’air de son épée.
Plip.
La goutte de rosée qui tombait fut parfaitement coupée en deux et mouilla la lame d’acier bleuté.
La feinte légère destinée à tromper l’œil s’était enfin muée en une attaque rapide, assez puissante pour percer l’os.
Une faible vapeur blanche s’éleva du corps de Cheon Hwi lorsqu’il s’immobilisa. La sueur qu’il avait versée toute la nuit fumait dans l’air froid de l’aube.
Yi Mu-gwang, qui avait observé en silence, décroisa les bras.
« Pas besoin d’attendre demain. Allez, viens. Le Hall des Guerriers Vagabonds va ouvrir. »
* * *
Quand le soleil fut tout à fait levé, le parvis du Hall des Guerriers Vagabonds était déjà bondé. Son nom officiel était Bureau de courtage des guerriers vagabonds, mais rares étaient ceux qui l’appelaient ainsi. La plupart se contentaient de dire le Hall des Guerriers Vagabonds.
Le bâtiment était plus respectable qu’on aurait pu le croire. Il semblait que l’endroit avait souvent servi à organiser les examens et à attribuer des missions aux guerriers vagabonds.
On y trouvait des joueurs qui avaient passé la nuit aux tables de jeu, des hommes couverts de cicatrices de retour de missions sanglantes et des marchands qui vendaient des en-cas à ces derniers.
Yi Mu-gwang croisa les bras et s’installa sous un grand saule, dans un coin de la cour.
« Les inscriptions, c’est par là. Va t’en occuper. »
« Oui. »
Cheon Hwi se dirigea vers le bureau des inscriptions, où une longue file s’étirait le long d’un côté de la cour.
Le comptoir avait été assemblé à la va-vite avec des planches de bois. Un homme aux manches retroussées, les bras tachés d’encre, encaissait les frais d’examen tout en maniant son pinceau.
Dès que Cheon Hwi prit place au bout de la file, il sentit des regards acérés se poser sur lui.
Parmi ces guerriers vagabonds à la carrure imposante ou au physique robuste, forgé par des années d’arts martiaux, sa silhouette frêle, qui n’avait pas encore perdu son allure juvénile, ne pouvait que détonner.
La vieille épée sans fioritures suspendue à sa taille devait leur sembler aussi grossière qu’un jouet.
« Tss. Le sang n’a même pas séché sur ce chiot. Qu’est-ce qu’il vient faire ici ? »
« On dirait qu’il a brandi une épée en bois quelques fois dans une école d’arts martiaux paumée, avant de s’enfuir. Des gamins comme lui devraient goûter au vrai acier avant de retrouver leurs esprits. »
« Hé, hé. Mets-toi juste derrière lui. »
Comme s’ils avaient repéré une proie, les guerriers vagabonds qui traînaient devant le hall se massèrent derrière Cheon Hwi.
Ils semblaient attendre qu’un candidat particulièrement facile à berner se présente à l’examen, afin de passer juste après lui.
La raison était évidente. Si une personne faible passait en premier et révélait ses lacunes, le suivant paraîtrait plus fort en comparaison.
Ils se chamaillèrent pour savoir qui s’inscrirait juste après Cheon Hwi. Les moqueries et les ricanements lui parvinrent sans détour.
Cheon Hwi se contenta de fixer la nuque de la personne devant lui.
Ayant connu la mort d’innombrables fois avant l’âge de quinze ans, il ne risquait guère d’être ébranlé par les paroles méprisantes de quelques inconnus.
Enfin, ce fut son tour.
Le préposé le dévisagea, puis fronça les sourcils.
« Ton nom ? »
« Cheon Hwi. »
« Ton âge ? »
« Quinze ans. »
Le préposé posa son pinceau dans un clac. Le menton appuyé sur une main, comme s’il lui faisait une immense faveur, il lança un regard noir à Cheon Hwi.
Quinze ans. Il suffisait de voir sa carrure pour comprendre qu’il ne s’était pas sérieusement entraîné aux arts martiaux.
En temps normal, l’homme aurait simplement pris trente mun et l’aurait envoyé passer l’examen.
Mais…
« Des dizaines de bleus comme toi se présentent ici chaque jour. Vu ton âge, je vais te donner un conseil. Ce n’est pas un examen d’entrée dans une école d’arts martiaux. Ici, on cherche un moyen de gagner son pain en risquant sa vie. »
« Je sais. Veuillez m’inscrire. »
À la réponse calme de Cheon Hwi, l’homme eut un rire creux.
« L’examen du jeton de guerrier vagabond de classe C coûte trente mun. Si tu échoues, tu ne pourras pas le repasser et tu ne récupéreras pas une seule pièce. Tu es sûr de toi ? »
« Ça m’est égal. »
« Tss. À voir ta carrure, tu as l’air d’avoir du mal à soulever ton propre bol de riz, sans parler de posséder de l’énergie interne. Au lieu de gaspiller ton argent, tu ferais mieux de t’acheter du porc braisé. »
Les guerriers vagabonds qui attendaient à proximité ricanèrent en signe d’approbation.
Plutôt que de discuter, Cheon Hwi paya. D’un geste indifférent, il compta exactement trente pièces et les fit glisser sur le comptoir de bois.
Cling.
« Veuillez inscrire mon nom. »
« Bon, si tu insistes. Mets ton empreinte à côté. Ne viens pas te plaindre si tu le regrettes. Va attendre près du terrain d’entraînement. On t’appellera bientôt. »
Après avoir trempé son pouce dans l’encre et laissé son empreinte, Cheon Hwi entra dans la direction indiquée par l’homme.
« Numéro soixante-treize. »
À l’intérieur, trois hommes étaient assis dans un coin ombragé du terrain d’entraînement et jugeaient les candidats.
Un examinateur gigantesque, la barbe couvrant ses joues et son menton, se tenait les bras croisés, dégageant une aura féroce.
« Suivant ! »
La voix de l’examinateur retentit au milieu du terrain.
Un candidat s’avança. C’était un homme armé d’une grande hache. Il la brandit avec vigueur, mais à son troisième mouvement, son poids eut raison de lui et il s’emmêla les pieds.
Sans changer d’expression, l’examinateur déclara :
« Échec. »
« Non, je n’ai pas encore tout montré… »
« Suivant ! »
Le visage du porteur de hache s’empourpra. Mais lorsque des hommes armés de gourdins s’approchèrent de lui, il serra les dents et se retira.
En observant la scène, Cheon Hwi se rappela les paroles de Yi Mu-gwang.
« Les trois premières formes. Cinq, tout au plus. Tu dois attirer leur attention dans ce laps de temps. »
« Numéro soixante-douze ! »
Le candidat devant Cheon Hwi fut appelé. Peu après…
« Suivant ! Numéro soixante-treize ! Avance ! »
Le cri tonitruant de l’examinateur résonna sur le terrain d’entraînement.
Cheon Hwi releva légèrement de son pouce la garde de sa vieille épée, puis s’avança lentement au centre du terrain.
Les examinateurs bâillèrent longuement, comme s’ils s’apprêtaient à le déclarer recalé avant même qu’il ne tire son épée.
À leurs yeux, il n’était qu’un pigeon venu payer les frais d’examen.
Même dans ce moment tendu, Cheon Hwi continuait à pratiquer l’Art du Retour au Puits. Il ne manquait pas de cran.
Un pas, un souffle.
Une goutte d’énergie fraîche tomba dans son dantian inférieur dans un ploc.
L’unique goutte d’énergie interne qu’il avait cultivée pendant la nuit entra en résonance et éveilla ses sens.
La certitude d’avoir gagné en force monta de son dantian.
Avant même que quiconque ait pu dire à Cheon Hwi de commencer…
Shing !
La lame jaillit du fourreau comme l’éclair, traçant dans l’air un sillage d’argent glacé.
Fouu ! Crac-crac-crac !
Trois estocades fusèrent en un éclair.
Un souffle d’air lancé à une vitesse écrasante fondit sur les examinateurs, juste sous leur nez.
Les bouches qui s’étaient ouvertes pour le déclarer recalé s’ouvrirent encore davantage.
Un coup trop rapide pour être vu.
Un silence étrange s’abattit sur le terrain d’entraînement.
Cheon Hwi observa l’examinateur, figé sur place tandis qu’il tenait son épée tendue. Il se rappela le conseil de Yi Mu-gwang : il devait faire ses preuves en trois formes, cinq tout au plus.
« Il en veut davantage ? »
Cheon Hwi interpréta de travers son expression ahurie. Il crut qu’on lui ordonnait silencieusement d’en montrer plus, car une seule estocade n’avait pas suffi.
L’épée qu’il avait ramenée fendit de nouveau l’air.
Fouu ! Crac-crac-crac ! Fchit-fchit !
C’était l’attaque enchaînée de l’Épée rapide des Trois Puissances, qu’il avait perfectionnée toute la nuit sous le clair de lune, dans le sanctuaire en ruine.
L’épée qui avait fendu la lune dispersa à présent les rayons du soleil matinal dans toutes les directions.
Il poussa une estocade, balaya l’horizontale, trancha vers le haut, puis vers le bas, en un seul mouvement fluide. Déjà, la lame avait retrouvé sa place.
Son mouvement continu ne souffrait pas la moindre interruption.
Après avoir déversé en un instant dans le vide l’attaque enchaînée de Yi Mu-gwang, Cheon Hwi s’immobilisa.
Fchht, clac.
Il tourna légèrement le plat de sa lame, la glissa dans son fourreau, puis salua poing dans la paume.
Les guerriers vagabonds qui s’étaient tenus derrière Cheon Hwi en se moquant de lui en restèrent bouche bée.
Ils l’avaient pris pour un vaurien. À présent, ils se demandaient s’il avait vraiment appris les arts martiaux dans une école de campagne.
« Hum ! »
Aucun des trois examinateurs ne l’avait déclaré recalé. Il avait donc réussi.
Et pourtant…
L’un des examinateurs s’empressa de noter quelque chose.
Classe B.
Autrement dit, il estimait que Cheon Hwi méritait le rang de classe B.
Les deux autres échangèrent un regard et acquiescèrent.
« Numéro soixante-treize. Reçu en classe B. Suivant ! Numéro soixante-quatorze ! »
Les guerriers vagabonds alentour furent stupéfaits de voir le garçon qu’ils avaient méprisé recevoir un rang de classe B, supérieur d’un niveau au rang précaire de classe C.
« Classe… classe B ?! »
Ceux qui s’étaient moqués de Cheon Hwi quelques instants plus tôt s’empressèrent de détourner le regard ou de baisser les yeux.
Cheon Hwi ne fut ni ravi ni contrarié par leurs réactions bruyantes. Il prit simplement le jeton de bois attestant de sa qualification de classe B et se dirigea vers la sortie.
« Les remboursements ne sont pas… Hein ? »
L’homme au bureau des inscriptions aperçut le jeton de classe B dans la main de Cheon Hwi et ouvrit de grands yeux.
Un jeton de classe B… !
Le bois à lui seul suffisait à le prouver.
Pas un jeton de classe C, mais un jeton de classe B ?
« Qu’est-ce que je dois faire ? »
À la question de Cheon Hwi, l’homme se redressa aussitôt et lui demanda avec déférence de laisser son empreinte à côté du jeton.
Il lui expliqua qu’à chaque fois que Cheon Hwi accepterait une mission, ils compareraient son empreinte à celle qu’il avait laissée plus tôt pour vérifier qu’il en était bien le détenteur légitime.
Press.
Après que l’homme eut gravé le numéro soixante-treize, l’empreinte de Cheon Hwi fut apposée à côté.
En voyant Cheon Hwi ressortir, un objet à la main, Yi Mu-gwang releva un coin de la bouche, comme s’il avait su qu’il réussirait.
Mais ce que Cheon Hwi lui tendit n’était pas un jeton de classe C, mais un jeton de classe B.
« …Un jeton de classe B ? »
Yi Mu-gwang fronça les sourcils. Il se demanda si c’était une bonne nouvelle pour Cheon Hwi ou un chemin vers la mort, puis conclut que c’était sans doute plus proche de la seconde option.
« Tss. Bientôt, tu essaieras de rivaliser avec moi. »
Cheon Hwi ne tarda pas à le faire.
« J’espère que vous n’allez pas recevoir un jeton de classe C, maître. »
Yi Mu-gwang lui donna une pichenette sur le front et lui montra où se situait leur différence de niveau.
Le préposé reconnut Yi Mu-gwang, prit son argent et lui remit un jeton de classe B sans poser d’autres questions.
Yi Mu-gwang haussa alors les épaules à l’adresse de Cheon Hwi, comme pour lui dire : « Tu vois ? »
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