Chapitre 10
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Asakusa
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Guide de survie du guerrier errant ◈
Chapitre 10 : Ce que signifie vivre en vagabond (2)
──────
Fiiou !
À l’instant où la flèche sifflante fendit l’air et fila vers le ciel, les roseaux plus hauts qu’un homme ondulèrent de tous côtés comme des vagues.
« À l’attaque ! »
« Tuez-les tous ! Prenez seulement les coffres de médicaments ! »
Une quinzaine d’artistes martiaux masqués déferlèrent comme une pluie battante, poussant des cris meurtriers.
C’étaient des combattants de la Voie Noire appartenant au Gang du Serpent de Sang, une faction tristement célèbre dans toute la région.
Thud !
« Aaaah ! »
Thud ! Thud ! Thud !
Tranch !
Le guide qui conduisait le chariot fut transpercé à la gorge en un instant. Les vagabonds de rang C, réduits au rôle de boucliers, furent taillés en pièces comme de la viande par une pluie d’armes dissimulées et de lames avant même d’avoir pu dégainer. Le sang éclaboussa les roseaux et des cris s’élevèrent de toutes parts.
Dans un combat de troisième ordre, la chair était entamée dès que les lames se touchaient.
Profitant de l’embuscade, les hommes du Gang du Serpent de Sang abattirent sans pitié plusieurs adversaires à la fois. Ils chargèrent avec la force de vagues déferlantes. Un vagabond paniqué dégaina maladroitement son épée, mais on lui trancha la tête.
« Tuez-les jusqu’au dernier ! »
Au cœur du chaos, Cheon Hwi calma silencieusement sa respiration.
S’il avait cru n’avoir qu’une seule vie, il aurait peut-être été abattu dans la confusion, comme les autres vagabonds. Mais il gardait la tête plus froide qu’eux.
Il était déjà mort maintes fois.
Contrairement aux autres vagabonds de rang C, qui relâchaient leur prise, impuissants, il resserra la sienne. Savoir que la mort n’était pas la fin lui donnait de la force.
Un pas, un souffle.
Tension.
Cheon Hwi abaissa son énergie dans son dantian et s’élança.
Sa volonté de survivre embrasa naturellement son cœur.
Son cœur battait à tout rompre. Le sang affluait jusqu’au bout de ses doigts et ses semelles écrasaient la terre. La parcelle de qi interne, de la taille d’un grain de millet, qui s’était rassemblée sous son dantian, semblait frémir à chaque respiration.
Son corps échauffé répondit à l’appel de son maître, qui voulait survivre.
Comme en réponse à cette chaleur, son énergie interne se manifesta sous forme de qi interne et se répandit dans son corps et ses jambes.
La circulation de l’énergie se faisait instinctivement.
Fouu.
Cheon Hwi n’avait pas encore ouvert ses points d’acupuncture et ne pouvait donc pas la percevoir pleinement. Pourtant, il n’était pas difficile de comprendre que son corps rassemblait toutes ses facultés pour survivre.
Tension.
Lorsque Cheon Hwi prit appui et contracta le bas de son corps, il sentit ses muscles se tendre avec une élasticité nouvelle.
Sa jambe arrière se tendit comme la corde d’un arc prêt à décocher sa flèche.
Frouissement.
Deux artistes martiaux s’approchèrent de lui.
Ils se tenaient de part et d’autre, mais il voyait leurs mouvements.
Il pouvait les lire.
Il savait comment porter son estoc.
Première forme des Formes rapides de l’Épée des Trois Puissances.
L’Épée rapide des Trois Puissances de Cheon Hwi avait évolué : d’un art de l’épée limité à des formes théoriques, elle s’était muée en une suite de mouvements adaptés au combat réel.
Elle avait dépassé les limites qui la cantonnaient aux seuls principes et avait pris la forme d’un véritable enchaînement.
Shing !
L’épée de Cheon Hwi fendit l’air dans un éclair, aussi vite qu’un sifflement.
La pointe fila si vite que le regard peinait à la suivre. Elle trancha à la suite la gorge de deux hommes du Gang du Serpent de Sang, qui ne se doutaient de rien.
Tranch ! Thud !
Avant même que l’un ou l’autre ait pu porter un coup, Cheon Hwi avait déjà bondi en avant. Son épée les traversa tous deux comme s’il les avait abattus d’un seul coup.
Les deux entailles furent si rapides qu’elles n’en firent presque qu’une.
À la vue de cet épéiste rapide qui venait d’abattre deux hommes du gang, tous les regards convergèrent vers lui.
Rang B… !
Un vagabond de rang C, encore en vie, s’approcha, l’épée tremblante.
Au début, l’escrime de Cheon Hwi n’avait peut-être été qu’une suite de feintes trompeuses, destinées à leurrer l’œil.
Mais il progressait de jour en jour.
Même aux yeux de Yi Mu-gwang, ses progrès quotidiens dépassaient de loin ce qui était normal pour un artiste martial de troisième ordre.
Les combattants les plus faibles avaient du mal à réagir à l’escrime rapide.
Cheon Hwi examina froidement la formation.
Un vagabond de rang B était mort. Il ne restait donc que Cheon Hwi et un autre vagabond de rang B, ainsi que trois hommes de rang C.
En face, une quinzaine de combattants de la Voie Noire les encerclaient.
Mais ce maigre avantage s’arrêtait là.
Le chef des hommes du gang s’était enfin montré après avoir aperçu Cheon Hwi.
« Pour employer des trucs aussi minables… »
Une montagne d’homme, grand comme une maison, sortit des roseaux à grands pas.
Les anneaux de métal de son immense sabre à neuf anneaux, sanglé dans son dos, s’entrechoquèrent dans un tintement sinistre.
C’était Gyu Pae, le Sabre qui traque les âmes, chef adjoint du Gang du Serpent de Sang et maître de deuxième ordre avancé.
En un clin d’œil, le gigantesque sabre qui était attaché dans son dos se retrouva dans la main de Gyu Pae.
Rapide !
Avant que Cheon Hwi ait pu se préparer, Gyu Pae fit négligemment pivoter son poignet et balaya l’espace de son sabre à neuf anneaux.
Boum !
Cheon Hwi se demanda s’il pouvait esquiver, mais il n’en eut pas le temps.
Alors qu’il tentait de porter une contre-attaque avec son épée rapide, sa lame se brisa en deux sans effort. L’énorme masse de métal lui trancha la taille net.
Le ciel et la terre se renversèrent, puis sa vision s’assombrit comme de l’encre.
[Le Retour en un quart d’heure s’est activé.]
Ding. Ding.
Une fois encore, la clochette au cou du bœuf qui tirait le chariot tinta paresseusement.
Avant même que la flèche signal ne soit tirée, Cheon Hwi avait déjà empoigné la poignée de son épée.
« Embuscade ! Dans les roseaux, des deux côtés ! »
« Une embuscade ?! »
« Où ça ?! »
À ces mots, les autres vagabonds chargés d’escorter le convoi dégainèrent leurs épées et surveillèrent les alentours.
Shing ! Shing !
La flèche signal annonçant le début de l’attaque s’éleva alors dans les airs.
Les hommes du Gang du Serpent de Sang cachés dans les roseaux hésitèrent un instant. Ils comptaient prendre leurs cibles par surprise et ne purent s’empêcher de perdre contenance.
Mais Gyu Pae, maître de deuxième ordre avancé, était différent.
« À l’attaque ! »
Fiiou !
Vais-je devoir entendre ce sifflement sinistre de la flèche signal jusqu’à la fin de cette régression ?
Valait-il mieux se faire trancher la tête proprement que mourir dans d’atroces souffrances, les entrailles à l’air ?
« Puisses-tu parcourir librement le monde martial, comme un sifflement, Hwi. »
La voix de son père résonna dans son esprit tandis que Cheon Hwi jetait un bref regard au ciel.
Puis il chargea droit sur l’ennemi.
Comme la fois précédente, des armes dissimulées, des dagues et des hachettes pleuvaient de toutes parts.
Mais cette fois, personne ne fut abattu sans pouvoir réagir.
Les autres roulèrent pour éviter les armes dissimulées ou les détournèrent d’un coup.
Sa deuxième régression.
Les mêmes hommes jaillirent des roseaux. Sans prêter attention aux combattants les plus faibles, Cheon Hwi fonça droit sur Gyu Pae.
S’il battait cet homme, les autres combattants du gang prendraient sans doute la fuite d’eux-mêmes.
Je ne peux échapper à ce piège mortel qu’en tranchant la tête de ce géant.
Cheon Hwi prit appui et chargea.
Les armes des hommes du Gang du Serpent de Sang qui lui barraient la route volèrent dans sa direction, mais Cheon Hwi se glissa dans leurs ouvertures en portant des estocs avec l’Épée des Trois Puissances et traversa l’encerclement en un instant.
Sa charge furieuse ne visait que Gyu Pae.
Les yeux de Gyu Pae brillèrent.
Il l’avait repéré et chargeait droit sur lui ? Il pouvait saluer son courage, mais le gamin avait au moins dix ans d’avance sur son âge.
« Espèce de chiot sans peur ! »
Cette fois, Cheon Hwi roula sur le sol pour éviter le balayage horizontal du sabre à neuf anneaux.
Mais le violent coup de pied qui suivit, renforcé par l’énergie interne, lui enfonça la poitrine et le tua sur-le-champ.
Sa troisième mort.
Il anticipa le coup de pied et se déporta, mais le sabre fut retiré un demi-temps plus vite que prévu et lui fracassa le crâne.
Sa huitième mort.
Sa quatorzième mort.
Sa vingtième mort.
Un Enfer Avici où il n’aurait pas été étonnant de sombrer dans la folie, accablé par l’impuissance et le désespoir.
Pourtant, à chaque mort répétée, l’esprit de Cheon Hwi devenait plus clair.
D’abord, il ne tint debout que par pure obstination.
Ensuite, il était complètement fou.
Cheon Hwi fixa avec férocité l’écrasante maîtrise martiale de son ennemi.
Les lourds déplacements de Gyu Pae, la torsion de sa taille, l’angle subtil de son épaule lorsqu’il retirait son sabre.
Au prix cruel de sa mort, Cheon Hwi dérobait avidement l’art martial de son ennemi.
Il payait de son sang et de sa vie, assimilant l’art du sabre de Gyu Pae morceau par morceau.
« Hahahaha ! »
À la veille de sa vingt-huitième mort, Cheon Hwi cracha du sang et éclata d’un rire dément.
Les yeux de Gyu Pae vacillèrent.
Qu’est-ce qui peut bien être si drôle pour qu’il rie aux portes de la mort ?
[Le Retour en un quart d’heure s’est activé.]
Sa trente-deuxième régression.
Avant que la flèche signal ait pu s’envoler, Cheon Hwi annonça l’embuscade et se rua dans les rangs ennemis.
Il avait déjà mémorisé l’endroit où chacun surgirait et la façon de leur faire face.
L’un à gauche, l’autre à droite. Il roula pour éviter les armes dissimulées, abattit l’homme de gauche en se relevant, se glissa dans la garde du suivant et détourna l’estoc qui le visait.
Tout en se déplaçant, Cheon Hwi continua de pratiquer l’Art du Retour au Puits.
À chaque mort répétée, il sentait son énergie interne croître d’une infime quantité.
La moindre goutte accumulée avant sa mort subsistait même après celle-ci.
Il lui faudrait mettre fin à ce carnage pour en avoir le cœur net, mais Cheon Hwi pensait que c’était sans doute vrai.
Cheon Hwi ne regardait même plus les armes que brandissaient les combattants les plus faibles. Après avoir répété ce combat tant de fois, il les connaissait par cœur et les déviait ou les détournait sans même y penser.
Il tordit juste assez son corps pour laisser passer l’intention meurtrière à un cheveu de lui, puis pointa son épée droit vers Gyu Pae.
« Petit arrogant ! »
Gyu Pae renifla et abattit son sabre à neuf anneaux avec une force brutale.
C’était la trajectoire implacable d’un sabre à la puissance écrasante, celui qui avait démembré Cheon Hwi des dizaines de fois.
Elle lui était devenue familière.
Après avoir offert sa chair à Gyu Pae des dizaines de fois, il superposa à sa propre escrime rapide la force qu’il avait dérobée et assimilée.
Avait-il peur ?
Oui.
Son instinct lui disait qu’il ne pouvait pas vaincre cet homme.
Mais Cheon Hwi était prêt à rire de sa propre mort.
Il pivota la taille, plia les genoux et abaissa lourdement son centre de gravité. Dans le même temps, il détendit brusquement son poignet jusqu’à sa limite.
Clang !
Des étincelles jaillirent dans toutes les directions, dans un fracas de tonnerre.
L’épée, qui aurait dû être tranchée comme un radis, tint bon et dévia en diagonale l’écrasante force du sabre à neuf anneaux.
Les yeux de Gyu Pae s’écarquillèrent de stupeur devant cette déviation.
Il l’a dévié ?
Et ce n’était pas tout.
La lame déviée remonta à son tour.
L’épée de Cheon Hwi longea le sabre de Gyu Pae et remonta vers le dessous de son menton.
Une partie de la barbe de Gyu Pae fut tranchée, et des gouttes rouges s’éparpillèrent dans les airs.
Le silence tomba.
L’abattoir sanglant se figea un instant.
Même les hommes du Gang du Serpent de Sang qui chargeaient se figèrent, stupéfaits : une épée venait d’effleurer le visage de leur chef adjoint, faisant jaillir son sang dans les airs.
Les yeux écarquillés, Gyu Pae recula et balança son sabre pour rétablir la distance.
Pas assez profond.
Cheon Hwi se mordit la lèvre, déçu.
Cette lame n’avait clairement pas eu assez de force pour blesser sérieusement Gyu Pae.
La déviation et la contre-attaque avaient peut-être pris son adversaire au dépourvu, mais l’épée dont Cheon Hwi s’était servi pour abattre les autres était légère et rapide.
Pourtant, la courbe de la force que Gyu Pae avait ressentie lorsque leurs lames s’étaient heurtées ressemblait étrangement aux principes de l’art du sabre qu’il cultivait depuis des décennies.
C’était si déconcertant qu’il se demanda comment une telle chose était possible.
Gyu Pae secoua sèchement la tête, comme un cheval qui souffle, puis se claqua les joues.
Clac ! Clac !
« Alors tu ne t’es pas jeté dans la mêlée avec la simple intention de mourir. »
Gyu Pae réajusta lentement sa prise sur le sabre à neuf anneaux.
« Quel est ton nom ? »
Cheon Hwi n’avait pas peur de la mort. Sa posture ne vacillait pas.
En lui demandant son nom, Gyu Pae lui demandait aussi où il avait appris son art martial.
« Un vagabond. Cheon Hwi. »
Sur cette réponse laconique, il chargea de nouveau vers la mort.
Pour la première fois, une fissure de la taille d’un ongle était apparue dans le mur imposant de la mort.
Notes :
Le père de Cheon Hwi joue sur « Hwi », qui évoque le sifflement et l’image d’un homme parcourant librement le monde martial.
Rejoignez notre serveur Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>