Chapitre 42
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Guide de survie du guerrier errant ◈
Chapitre 42 : Chaque rencontre est une heureuse coïncidence (3)
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« Il est déjà entré ? Dans le Pavillon des classiques martiaux ? »
« Oui. Il avait peut-être faim, car il a demandé des pilules de jeûne. Nous lui en avons donc donné. »
Les anciens du clan Murong s’interrompirent en sirotant leur thé. Ils échangèrent des regards, comme pour demander si c’était tout, puis un silence gêné s’installa.
Ils s’étaient attendus à ce qu’il y ait une suite, mais l’intendant en chef du Hall intérieur secoua la tête pour leur faire comprendre que c’était tout.
« Eh bien… oui. Il n’a pas réagi particulièrement. »
« Hum. »
« Hm. »
« Hum… »
Les anciens se caressèrent la barbe, songeant qu’il n’était finalement pas si facile à gagner à leur cause.
Ils étaient d’un sans-gêne extrême. Après avoir fait mine de vouloir le tuer parce qu’il refusait de devenir un disciple portant un nom de famille extérieur, ils lui offraient maintenant des récompenses et prétendaient être amicaux. Voilà l’inconcevable impudence de la classe privilégiée.
« Il a dû comprendre pourquoi on l’avait placé tout devant dans l’unité d’avant-garde, en glanant des explications ici et là. Il est tout naturel qu’il nous en veuille. »
« Mais après avoir reçu tant de faveurs, sa colère ne va-t-elle pas s’apaiser ? Ne finira-t-il pas par baisser la tête et nous rejoindre de son plein gré ? »
« Eh bien, attendons de voir. »
Certains anciens semblaient fort mécontents qu’on l’ait autorisé à entrer dans le Pavillon des classiques martiaux, un lieu auquel même les artistes martiaux du clan n’accédaient pas facilement.
« Il y a eu des protestations. »
« Ce n’est pas la première fois que nous faisons une exception. »
Celui qui avait émis la protestation se racla la gorge, comme s’il reconnaissait le bien-fondé de la remarque.
« Plus important encore, il a indirectement sauvé Murong Rin. Si nous ne récompensons pas quelqu’un qui, sans craindre la mort, s’est avancé pour combattre, qui osera se battre dans ce monde ? »
« Hum… Mais ne risque-t-on pas ainsi de révéler les arts martiaux du clan à un étranger ? »
« Ce n’est pas grave. Nos arts divins et nos techniques ultimes n’y sont pas conservés. Et puisqu’il n’a pas appris la méthode de cultivation interne du clan Murong, il ne comprendra même pas le quart de ce qu’il lira. »
En d’autres termes, les anciens du clan Murong estimaient qu’en laissant Cheon Hwi passer six heures à parcourir les innombrables manuels d’arts martiaux du clan, ils ne feraient que lui faire admirer sa puissance.
Tout ce que cet imbécile pourra en tirer, c’est du respect pour le clan Murong.
Le plan se tenait. Si le clan n’avait pas donné à Cheon Hwi un élixir contenant du qi yang incompatible avec celui de l’élixir qui se trouvait encore en lui sans s’être dissous, tout se serait déroulé exactement comme prévu.
Le seul problème, c’était que Cheon Hwi était un fou qui considérait mourir d’une déviation du qi pour gagner en puissance comme une belle mort.
* * *
Le Pavillon de Jade Émeraude, où se réunissaient les jeunes talents du Hall intérieur du clan Murong.
Autour d’une table ouvragée couverte de friandises parfumées, les protestations acerbes fusaient sans discontinuer.
« Même s’il a rendu service au clan, comment un guerrier du Hall extérieur, issu d’une simple famille de vagabonds, peut-il mettre les pieds dans le Pavillon des classiques martiaux ? Le Conseil des anciens est allé trop loin. »
« N’aurait-il pas suffi de le récompenser avec des taels d’argent ou des élixirs ? Pourquoi lui ouvrir les archives secrètes du clan ? »
Un lourd raclement retentit dans le pavillon, au milieu du brouhaha.
Le troisième fils du clan Murong, le troisième jeune maître Murong Geon. Parmi les jeunes du clan, c’était un homme robuste et franc, réputé comme l’un des meilleurs en techniques de poing.
« Je trouve que c’est une bonne chose. »
Les coins de ses lèvres épaisses se relevèrent légèrement. Ceux qui connaissaient cette expression se raidirent. C’était celle qu’il arborait quand son tempérament combatif se réveillait et qu’il avait envie de se battre.
« Oui, oui. On dit que ce guerrier du Hall extérieur a vaincu les Tyrans jumeaux du Poing Noir. J’ai entendu dire qu’il avait à peu près mon âge ? »
Le troisième jeune maître serra son énorme poing, faisant craquer ses jointures.
« Murong Geon, qui se proclame Premier Poing de Murong, peut-il laisser passer l’occasion de mettre à l’épreuve le génie qui a rejoint notre clan ? »
« … ! »
« Quand il sortira du Pavillon des classiques martiaux, dites-lui que je lui donnerai moi-même une leçon. Pour un guerrier du Hall extérieur, n’est-ce pas le plus grand des honneurs que de s’entraîner avec un descendant direct comme moi ? »
« Nous le ferons venir dès qu’il sera sorti. »
« Non. »
Murong Geon secoua la tête.
« Je n’ai pas pour habitude de traîner dehors un homme blessé pour le rouer de coups. Dites-lui que nous nous rencontrerons quand il sera remis. Et après qu’il aura pris tous les élixirs qu’on lui a accordés. »
« Digne du chef de clan en devenir ! »
« Il ne mérite guère qu’on s’intéresse à lui. Même s’il se démène après être entré dans le Pavillon des classiques martiaux, que peut bien espérer un vagabond sans racines ? Il a dû prendre douloureusement conscience de ses limites à la Forteresse du Croc Noir et s’efforce en vain de devenir plus fort. »
Murong Rin, qui sirotait tranquillement son thé dans un coin, s’apprêta à arrêter son frère, puis se ravisa.
Ça ne me semble pas une bonne idée.
Son frère était aussi un rival de Murong Rin, mais, plus encore, elle était curieuse, elle aussi.
Cheon Hwi avait-il vraiment tenu tête à l’Épée du Serpent de Sang par chance, ou grâce à l’expérience acquise lors d’une rencontre antérieure avec lui ?
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Au même moment, au cœur du clan Murong, dans la salle du chef de famille.
Murong Hyeoncheon, le chef de famille, était assis devant un vaste bureau taillé dans un arbre ancien, vieux de plusieurs siècles. Un paravent peint d’un paysage se dressait derrière lui. Il parcourait d’un regard indifférent les lettres empilées devant lui tandis que les rapports se succédaient.
« On dit qu’un vagabond du Hall extérieur a obtenu l’autorisation spéciale du Conseil des anciens d’entrer dans le Pavillon des classiques martiaux. »
Les jeunes talents du Hall intérieur et une partie du Conseil des anciens avaient protesté, mais seule une vague lassitude persistait sur le visage ridé de Murong Hyeoncheon.
Pour un maître suprême de la trempe d’un chef de famille, les manuels d’arts martiaux qui remplissaient les premier et deuxième étages du Pavillon des classiques martiaux n’étaient que des notions fondamentales. Les arts martiaux avancés atteignant les dantian moyen et supérieur, fondés sur la véritable méthode de cultivation interne du clan Murong, ainsi que ses arts divins et ses techniques ultimes, reposaient tous dans les archives secrètes de la salle du chef de famille.
« Il n’y a pas de quoi en faire tout un plat. Quels arts martiaux pratique-t-il d’ordinaire ? »
« D’après le rapport, il a assemblé tant bien que mal des arts martiaux hétérodoxes de troisième ordre dont l’origine est inconnue. »
Murong Hyeoncheon ne daigna même pas renifler. Il évaluait sérieusement le potentiel de Cheon Hwi.
Bien sûr, le monde martial regorgeait de gens qui se pavanaient en prétendant que leurs arts martiaux étaient uniques. Mais, à y regarder de plus près, bon nombre de ces fameux arts martiaux ne valaient même pas l’art du couteau de lancer d’un membre de la secte Hao. Pour la plupart, ils n’étaient aux yeux des autres que des arts martiaux de troisième ordre, sans racines et sans valeur.
Mais si Cheon Hwi a atteint le niveau où il peut tenir tête à un artiste martial de premier ordre, la donne change.
« Prévenez-moi quand il sortira du Pavillon des classiques martiaux. »
« Vous comptez le voir vous-même ? »
S’il était vrai qu’un artiste martial vagabond, qui n’avait appris que des techniques disparates, avait tenu tête à l’Épée du Serpent de Sang, il devait le vérifier.
« Nous devons voir si une petite étincelle mettra le feu à la montagne ou si le vent nocturne l’éteindra. »
Pourtant, Murong Hyeoncheon était certain que Cheon Hwi ne tirerait pas grand-chose de ces trois shijin à peine.
On ne pouvait pas atteindre l’illumination en un jour sans solides fondations.
Ce qui réclamait toute l’attention du chef du clan Murong, ce n’était pas la fabuleuse histoire martiale d’un simple vagabond.
« Le sujet suivant. »
« Une convocation de l’Alliance martiale, dans les Plaines centrales. »
Le petit remous provoqué par un vagabond nommé Cheon Hwi fut balayé en un instant. À sa place, une vague plus vaste et plus sombre s’insinua dans la salle du chef de famille.
Murong Hyeoncheon se leva lourdement et regarda par la fenêtre.
« Pour quelle raison ? »
« Des traces du Culte du Sang. Des mouvements similaires auraient été repérés non seulement au Liaodong, mais aussi au Shanxi, au Henan et au Sichuan. »
La nuit avait recouvert le ciel de Shenyang. De lourds nuages noirs s’avançaient lentement et engloutissaient la lune.
Tandis que Murong Hyeoncheon les observait, un vers du vénérable Deokseong lui traversa l’esprit.
Une vague s’élève, puis dix mille autres lui succèdent.
Ils n’avaient fait qu’effleurer une seule forteresse de montagne, et pourtant les vagues agitaient déjà le Liaodong et les Plaines centrales.
* * *
Cheon Hwi ignorait qu’en entrant dans le Pavillon des classiques martiaux, il avait éveillé l’intérêt du chef de famille et s’était attiré le défi imminent du troisième jeune maître.
Un haut pavillon de cinq étages. Trois caractères étaient inscrits au-dessus de sa grande porte.
<Pavillon des classiques martiaux>
En entrant, il fut accueilli par l’odeur des vieux livres. Cela lui rappela les bibliothèques qu’il avait connues à l’époque où il était un homme moderne.
Un lieu rempli de vieux livres. Un trésor de connaissances qui transcendait le temps.
À mesure qu’il avançait, la présence qui émanait des anciens manuels d’arts martiaux semblait peser sur lui.
Maintenant qu’il percevait un peu les auras, apprenait-il peu à peu à sentir aussi l’énergie qui imprégnait les objets et les lieux ?
Ou bien commençait-il seulement à ressentir le poids des études martiales ?
« Donne ton jeton et indique ton affiliation. »
Une vieille voix s’éleva de l’intérieur.
Plus loin, une silhouette âgée était assise derrière une table. Maigre, les yeux mi-clos, le visage couvert de taches de vieillesse et la longue barbe blanche, elle ressemblait à un instituteur de village.
Cheon Hwi tendit son jeton de guerrier du Hall extérieur, attaché à un cordon rouge, ainsi que la tablette d’autorisation que lui avait remise l’intendant en chef du Hall intérieur.
« Je suis Cheon Hwi, guerrier du Hall extérieur. »
« Un guerrier du Hall extérieur… ? »
Le vieil homme examina Cheon Hwi de la tête aux pieds.
Son épaule était bandée, son poignet ne pouvait toujours pas se déplier complètement et son teint pâle trahissait ses blessures. Il avait l’air de pouvoir s’effondrer dès qu’il entrerait dans le Pavillon des classiques martiaux.
« À quoi bon les livres pour quelqu’un qui n’est même pas en état de tenir debout ? »
« Je n’ai pas besoin de mon épaule pour lire. »
Les sourcils du vieil homme se haussèrent légèrement.
« Tu as encore assez de répartie. »
« Et mes yeux fonctionnent aussi. »
Le vieil homme renifla, puis dissimula aussitôt son sourire.
Cheon Hwi sentit instinctivement que cet ancien était plus fort que lui. Son énergie interne, ses arts martiaux, tout.
« Laisse toutes tes armes ici. Plus d’un lecteur s’est emballé en étudiant des manuels d’arts martiaux et les a brandis sans même s’en rendre compte. J’espère que tu comprends. »
« … J’ai compris. »
Il ne plaisantait pas. Si Cheon Hwi était entré sans savoir, avec l’intention de se poignarder le cou d’une dague, il aurait eu de sérieux ennuis.
Heureusement que j’ai obtenu cet élixir.
« Puis-je emporter les pilules de jeûne à l’intérieur ? »
« Tu ne resteras même pas quelques shijin, et tu as apporté des pilules de jeûne ? Tu en fais trop. »
Le vieil homme le dévisagea d’un air désapprobateur, mais semblait disposé à le laisser faire.
« Trois shijin, comme indiqué sur la tablette d’autorisation. Pas de copie. N’abîme pas les manuels. Ne monte pas au-delà du deuxième étage. Si tu poses le pied sur l’escalier menant au troisième, ta tête roulera avec ta tablette d’autorisation. »
« Oui. »
« La méthode de cultivation interne fondamentale du clan Murong et ses arts secrets avancés ne se trouvent pas ici. Ne te fais pas d’illusions. Fais un tour et repars. »
Sans même lever le petit doigt, le vieil homme lui indiqua l’intérieur d’un mouvement du menton.
« Excusez-moi, Ancien. Où se trouvent les manuels d’épée ? »
« Regarde les plaques de bois et trouve-les. »
« … »
Le gardien âgé se nommait Murong Gyu. Membre d’une branche collatérale, il surveillait le Pavillon des classiques martiaux depuis plus de trente ans. Il savait exactement où se trouvait chaque livre des premier et deuxième étages, mais ne voyait aucune raison de se montrer aimable avec un étranger.
Cheon Hwi ne posa pas d’autres questions. Lui parler ne ferait que lui faire perdre du temps.
À mesure qu’il avançait, le Pavillon des classiques martiaux se révéla bien plus vaste qu’il ne l’avait paru de l’extérieur.
De hautes étagères s’alignaient, chacune surmontée d’une plaque de bois.
En cheminant entre les rayonnages, bien plus hauts que lui, Cheon Hwi se demanda combien de fois il devrait mourir avant de pouvoir quitter ces archives satisfait.
La pensée de mourir le fit sourire. Cheon Hwi ne pouvait plus le nier.
Il était devenu un véritable artiste martial.
« Confucius n’a-t-il pas dit : “Si l’on entend la Voie le matin, on peut mourir le soir même” ? »
Ceux qui affirmaient pouvoir mourir le soir même s’ils atteignaient l’illumination le matin. N’étaient-ils pas des artistes martiaux ?
Tout en parcourant les rayonnages et en mémorisant l’emplacement des livres, Cheon Hwi se rappela un autre passage de Mencius.
Quand le Ciel s’apprête à confier une grande mission à quelqu’un,
il doit d’abord faire souffrir son cœur et sa volonté,
mettre ses muscles et ses os à l’épreuve, et affamer son corps.
Il le réduit à la misère
et contrarie et bouleverse tout ce qu’il entreprend.
Ainsi,
il éveille son cœur et affermit sa nature,
lui permettant de développer des capacités qu’il ne possédait pas auparavant.
Cheon Hwi se répéta ces mots et accepta son sort.
Ceux qui se servaient de la mort comme d’une enclume et d’un marteau pour affûter leurs arts martiaux. Ceux qui se jetaient dans la mort pour apprendre à ne pas mourir. Il accepta le destin d’un artiste martial.
On disait que si l’on entendait la Voie le matin, on pouvait mourir le soir même. Alors, il pouvait se montrer un peu plus avide.
Il mourrait le soir, reviendrait au matin et déroberait une autre Voie. Les souffrances sur le chemin ne seraient que l’épreuve que le Ciel lui imposait en vue de la grande tâche qui l’attendait.
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