Chapitre 35
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Guide de survie d’un guerrier errant ◈
Chapitre 35 : Je devins une étoile montante que les clans prestigieux s’arrachaient (3)
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Cheon Hwi fut affecté tout à l’avant de la force punitive, au premier rang de l’unité d’avant-garde. Ses membres devraient encaisser de leur corps les armes cachées et les pièges que l’ennemi pourrait leur réserver.
Ça lui allait. Il se serait de toute façon porté volontaire pour l’unité d’avant-garde ou toute autre mission difficile, ne serait-ce que pour devenir plus fort.
Son vieux chapeau de bambou rabattu sur la tête, Cheon Hwi se concentra en silence sur sa course, tout en utilisant son art de légèreté. Maintenir l’Art du Retour au Puits en pratiquant cet art exigeait une concentration considérable.
Sa maîtrise de l’art de légèreté ne rivalisait pas avec celle des autres, mais elle suffisait amplement pour suivre une formation de plus de cent personnes courant à l’unisson.
Au début, il avait eu du mal à le maintenir en marchant. À présent, il y parvenait tout en utilisant l’art de légèreté et, même si sa concentration lui échappait parfois, il en était arrivé au point de pouvoir pratiquer l’Art du Retour au Puits en plein combat.
Alors que Cheon Hwi commençait à bien maîtriser la combinaison de l’art de légèreté et de l’Art du Retour au Puits, des bribes de conversation lui parvinrent de ceux qui couraient un peu plus loin devant lui.
Parler d’écoute indiscrète aurait été généreux. Ils s’exprimaient quasiment à voix haute juste devant lui.
« C’est lui ? »
« Ouais. C’est bien lui, j’en suis sûr. »
« C’est bien lui, jeune cheffe de clan. »
« Hmm… »
Murong Rin observa Cheon Hwi courir. Il n’avait rien d’impressionnant.
Elle supposa que le clan lui accordait simplement trop de mérite parce qu’il était revenu vivant.
Il lui suffisait de regarder son art de légèreté pour s’en rendre compte.
Difficile même d’appeler ça une technique de légèreté. C’était juste…
« Il court vite, c’est tout, non ? »
Il était fou ?
Il s’était engagé dans la force punitive sans avoir appris la moindre technique de légèreté ? Elle ne comprenait pas comment il avait pu être accepté. Sa méthode n’avait rien d’une technique : elle ne suivait aucun principe ni aucune logique de l’art de légèreté. Il allégeait simplement son corps et courait aussi vite que son énergie interne le lui permettait. En quoi cela différait-il d’une simple course alimentée par l’énergie interne ?
« C’est donc lui qui intéresse le clan ? »
« Les rumeurs sont toujours exagérées. »
Sur ces mots, Murong Rin se désintéressa de Cheon Hwi. À cet instant, elle n’aurait jamais imaginé que son intérêt se ranimerait quelques heures à peine après le début du combat.
« C’est donc lui, le Cheon Hwi des rumeurs ? »
« Incroyable. »
« Quelqu’un devrait d’abord lui enseigner une technique de légèreté, non ? »
Certains cherchaient le fameux Cheon Hwi dont parlaient les rumeurs.
Leurs regards et leurs voix étaient teintés d’une pointe d’agressivité. Mais Cheon Hwi n’y prêta aucune attention.
En suivant son père, un vagabond de troisième ordre, comme un petit caneton et en travaillant comme porteur, il avait toujours entendu toutes sortes d’insultes.
« Mon fils, ce n’est rien. »
« Si tu le supportes, c’est seulement parce que tu es faible, Père ! »
« C’est vrai. Mais rien ne t’oblige à ramasser les épines que les autres jettent pour te les enfoncer dans la poitrine. »
À l’image de son père, Cheon Hwi décida de ne pas ramasser les épines lancées par les autres. Mieux valait gagner, en temps réel, ne serait-ce qu’un quart de goutte d’énergie interne en combinant l’Art du Retour au Puits et l’art de légèreté.
Il pouvait tout de même déduire diverses informations de ces conversations éparses, comme son père qui, en tendant l’oreille, avait appris où se rendaient les gens, quand ils se reposaient et quels dangers les attendaient.
« On m’a dit que plusieurs centaines d’entre eux s’étaient rassemblés dans une forteresse de montagne appelée Forteresse du Croc Noir. »
« J’ai entendu dire qu’ils comptaient d’abord s’attaquer aux sources de revenus du clan Murong, puis prendre la fuite. »
« Ils sont complètement cinglés. »
« Qui, sain d’esprit, trafiquerait des gens et ferait sécher des cœurs d’enfants sur le territoire du clan Murong ? »
« Il se murmure que la Secte du Sang tire les ficelles dans l’ombre. »
« La Secte du Sang ? »
Des conversations de toutes sortes frôlèrent les oreilles de Cheon Hwi.
Puis un titre se détacha clairement.
« Restez sur vos gardes. J’ai entendu dire qu’ils comptaient plusieurs artistes martiaux de premier ordre, dont l’Épée du Serpent de Sang. Nous devons les anéantir avant qu’ils ne s’échappent. »
« L’Épée du Serpent de Sang… Gwak Do-mun ! »
N’était-ce pas l’homme qu’il avait affronté encore et encore dans son esprit ?
Après un moment, Han So-gyeom remarqua que la respiration de Cheon Hwi devenait rauque. Il réduisit rapidement la distance entre eux et lui demanda :
« Qu’y a-t-il ? Vous êtes nerveux ? »
Cheon Hwi secoua la tête et demanda :
« Que dois-je faire pour vaincre un artiste martial de premier ordre ? »
« Vous voulez vaincre un artiste martial de premier ordre… ? »
Han So-gyeom fronça les sourcils devant cette question vague, puis répondit :
« Ils ne se valent pas tous, mais je ne sais pas. À moins qu’il ne soit au stade initial du premier ordre, je peux affirmer sans hésiter que vous n’avez aucune chance. Même en vous y mettant à plusieurs. »
« Et s’il est au stade initial du premier ordre ? »
« Même en vous battant comme si vous n’aviez plus rien à perdre, vous pourriez gagner une fois sur dix mille. Et ce serait déjà difficile. Ces salauds de la Voie Noire ne vivent que pour aujourd’hui, sans penser au lendemain. »
« Alors, si je me jette dans la mêlée en ne vivant que pour l’instant présent, je pourrais peut-être les atteindre. »
Ces paroles mirent Han So-gyeom mal à l’aise.
« Si vous tenez à la vie, ne songez même pas à les affronter. Rejoignez-moi ou trouvez un autre expert. »
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.
.
Peu de temps après, la force punitive se retrouva face à la forteresse de montagne de la Voie Noire, visible au loin.
À mi-hauteur d’une montagne escarpée, la forteresse se nichait parmi les arbres, adossée à des falaises abruptes.
La forteresse que les gangs de la Voie Noire des environs appelaient Forteresse du Croc Noir dépassait toutes les attentes. On distinguait trois ou quatre hautes salles bâties à flanc de montagne.
Tout le contraire de ce que faisaient d’ordinaire les salauds de la Voie Noire, qui s’empressaient de dissimuler leur quartier général.
La force punitive se fondit dans le relief montagneux, se cacha et reprit des forces. Il était essentiel de récupérer un peu de l’énergie interne et de l’endurance dépensées en utilisant l’art de légèreté.
Pendant ce temps, on remit un sifflet à chaque guerrier du Hall extérieur et à chaque artiste martial de rang inférieur.
Ils encerclèrent sans se presser les crêtes autour de la forteresse. Leur intention était claire : les anéantir d’un seul coup et tuer quiconque tenterait de fuir.
Les artistes martiaux de rang inférieur reçurent plusieurs consignes.
Premièrement, siffler s’ils repéraient un artiste martial de la Voie Noire en fuite.
Deuxièmement, ne pas essayer de se battre seuls.
Troisièmement, survivre et signaler leur position. S’ils mouraient, laisser si possible une marque indiquant la direction prise par l’ennemi.
Quand le moment fut jugé venu, un épéiste du clan Murong à la tête de la force punitive donna un signal de la main.
L’avant-garde se rua dans la forteresse comme un torrent furieux.
Des dizaines de membres de l’unité d’avant-garde escaladèrent le pan de muraille le plus vulnérable de la Forteresse du Croc Noir et envahirent tous ensemble sa cour principale.
La forteresse était silencieuse. Malgré l’intrusion de la force punitive, pas un cri d’alarme ne retentit.
Au moment où les guerriers du Hall extérieur du clan Murong pénétrèrent au centre de la cour, l’esprit combatif à son comble…
Rat-tat-tat !
Des carreaux d’arbalète enduits d’un poison bleuté s’abattirent en pluie depuis les toits et les tours de guet qui parsemaient la forteresse. Ils formaient un dispositif meurtrier, installé à l’avance couche après couche en prévision de l’arrivée de la force punitive.
Les épéistes Murong, une épée dans chaque main, repoussèrent d’un geste vif les flèches et les armes cachées qui fondaient sur eux, comme s’ils déployaient un rideau de lames.
Clang ! Clang ! Clang !
Malgré tout, ils ne pouvaient évidemment pas tout arrêter. Plusieurs attaques transpercèrent des membres de l’unité d’avant-garde ou les effleurèrent.
On s’attendait à voir Cheon Hwi tomber comme les autres.
Pourtant, sa silhouette se dissipa comme de la brume.
Fouish !
Les pas de Cheon Hwi donnaient l’impression qu’il connaissait chaque recoin de la Forteresse du Croc Noir et l’emplacement de tous ses pièges.
Grâce au Pas du Nuage Flottant, Cheon Hwi se faufila entre les trajectoires des flèches empoisonnées, tel un nuage dérivant.
Comme s’il savait. Comme s’il savait exactement où esquiver.
Et c’était bien le cas. Pour tous les autres, il ne s’agissait que de la première charge de Cheon Hwi. Mais, dans cette cour, il était déjà mort dix-sept fois. Autrement dit, il connaissait mieux la manière de percer ce dispositif meurtrier et de combattre ces salauds de la Voie Noire que les guerriers du Hall extérieur ne connaissaient les latrines de leur résidence au sein du clan Murong.
Il traversa la cour à une vitesse exceptionnelle et pénétra dans le bâtiment avant même les autres membres aguerris de l’unité d’avant-garde.
Murong Rin, trop occupée à repousser les armes cachées qui pleuvaient derrière elle, en resta stupéfaite.
« Ils disaient qu’il n’avait peur de rien… C’était vrai ? »
Il fonçait avec une témérité telle qu’il semblait dépourvu du moindre instinct de survie, pourtant si naturel chez l’être humain.
« Argh ! »
Craignant qu’il ne s’attribue la première victoire, Murong Rin se lança à sa poursuite.
Même si Murong Rin avait accéléré beaucoup plus brusquement, Cheon Hwi entra le premier.
Crac !
Il défonça la porte et se rua à l’intérieur, son épée traçant sans faute des trajectoires dans toutes les directions.
« Attrapez-les ! »
À l’instant où Cheon Hwi chargea, un groupe d’artistes martiaux de la Voie Noire jaillit.
Crac !
Cheon Hwi donna un coup de pied dans la table au centre de la pièce, l’envoyant voler, puis bondit dans la direction opposée.
Les dagues et les armes cachées lancées par les ennemis s’enfoncèrent dans la table en plein vol.
Le mouvement était remarquable. Comme s’il avait observé les lignes ennemies, il trouva sans faute un adversaire qui pointait son épée depuis le côté opposé.
Fssht ! Tranche ! Boum ! Tourne ! Tranche !
À chacun des traits que son épée dessinait dans l’air, un ennemi s’écroulait à sa gauche ou à sa droite.
« Rapide ! »
Il prit appui au sol et bondit en avant. Son épée jaillit dans toutes les directions, traçant des lignes désordonnées.
Pas la moindre hésitation dans ses mouvements : chacune de ses estocades et chacun de ses coups frappaient avec précision les points vitaux de ses ennemis.
Les yeux de Murong Rin s’écarquillèrent tandis qu’elle entrait derrière lui.
« …Qu’est-ce que… ? »
On aurait dit qu’un démon de l’épée était descendu sur terre. Il semblait n’avoir besoin ni de formes spectaculaires ni de techniques raffinées.
Tranche ! Boum ! Fssht ! Tranche !
Sans ralentir, il bondit de haut en bas, à gauche et à droite. Il prit appui sur les murs, sauta, pivota sur le dos des cadavres qui s’effondraient et progressa en se servant comme boucliers des têtes de ceux qu’il avait transpercés et abattus.
Le style rapide et singulier de Cheon Hwi brillait de tout son éclat.
Tranche ! Boum ! Fssht ! Boum-boum-boum !
Une lame rapide tranche le chanvre emmêlé.
Partout où passait Cheon Hwi, les cadavres écumant de sang tombaient comme des tiges de riz fauchées.
Cheon Hwi était devenu plus fort en assimilant les mouvements tirés des manuels d’arts martiaux qu’il avait lus dans les archives du Hall extérieur. Il connaissait déjà les stratégies, les positions et les attaques de ses ennemis pour les avoir vécues des dizaines de fois. Les assauts de cette racaille de troisième ordre ne pouvaient pas l’atteindre.
« Attrapez-les ! »
Murong Rin leva une épée dans une main et une épée droite dans l’autre, puis se lança droit sur la masse d’artistes martiaux de la Voie Noire qui se déversait devant elle.
Les gardes affectés par son clan la suivirent de chaque côté. Aussitôt, les autres membres de l’unité d’avant-garde se ruèrent tous à l’intérieur, et les lieux sombrèrent dans le chaos.
Un cri d’agonie retentit alors à la gauche de Cheon Hwi.
Un guerrier du Hall extérieur gisait sur le sol, la cuisse transpercée par la lame d’un artiste martial de la Voie Noire. Celui-ci, tout excité, leva son épée et s’apprêta à la lui enfoncer dans le plexus solaire pour le tuer.
Clang !
Dans un tintement métallique glacial, l’épée de l’artiste martial de la Voie Noire s’envola.
« Euh, euh… ? »
Dos au guerrier du Hall extérieur, paralysé par la stupeur, Cheon Hwi tordit impitoyablement son épée et acheva l’artiste martial de la Voie Noire. Le sang éclaboussa la joue du guerrier, encore chaud.
Sans même regarder le blessé, Cheon Hwi chassa le sang de sa lame d’un mouvement du poignet et s’enfonça de nouveau comme l’éclair au cœur des rangs ennemis.
Chaque fois que les artistes martiaux de la Voie Noire le visaient de leurs lances ou de leurs épées, Cheon Hwi bougeait toujours une demi-mesure avant eux.
Il se jeta au sol, se releva aussitôt pour abattre un ennemi, prit appui sur un mur pour éviter une lame, bondit contre celui-ci afin d’esquiver une pointe de lance, puis trancha la tête d’un adversaire en retombant. Ensuite, il dévia et para les attaques de son épée tout en frappant encore et encore. Il se servit des cadavres qui s’effondraient pour bloquer les lames ennemies, les dépassa et frappa de nouveau.
« C’est… Qu’est-ce que… »
« C-c’est vraiment un nouveau venu issu des vagabonds de troisième ordre… ? »
Ayant échappé de peu à la mort, le guerrier du Hall extérieur posa au sol une main tremblante et contempla avec stupeur le dos de Cheon Hwi, qui ravageait les rangs ennemis sans que rien ne puisse l’arrêter.
Le jeune blanc-bec qu’on avait jeté en pâture comme bouclier humain massacrait à lui seul les artistes martiaux de la Voie Noire, au premier rang du champ de bataille.
Dans le couloir où courait Cheon Hwi, les cadavres de la Voie Noire s’éparpillaient de chaque côté, s’empilaient les uns sur les autres et s’effondraient en cascade.
Bien sûr, Cheon Hwi n’avait pas tout traversé d’une seule traite.
Il avait seulement mémorisé les enchaînements d’un combat qu’il avait vécu des dizaines de fois en mourant.
Murong Rin abattit un ennemi qui poursuivait Cheon Hwi, les yeux écarquillés.
« Ce serait donc… un guerrier du Hall extérieur issu des vagabonds de deuxième ordre ? »
Difficile de croire qu’on l’avait envoyé dans l’unité d’avant-garde comme un simple pare-lames.
Quelques heures plus tôt, elle avait pensé que son art de légèreté était pitoyable et que ses capacités étaient exagérées, comme le suggéraient les rumeurs.
Mais, jeté dans un véritable combat, il déployait à lui seul la bravoure d’un guerrier capable d’en valoir cent.
« Jeune cheffe de clan ? »
« Jeune cheffe de clan ! »
« Euh… ? Ah ! »
« Allons-y ! »
Les deux gardes désignèrent le couloir où Cheon Hwi fonçait.
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