Chapitre 31
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Asakusa
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Guide de survie du guerrier errant ◈
Chapitre 31 : Les archives du Hall extérieur (2)
──────
Les archives du Hall extérieur.
Au-delà s’élevaient les pavillons du clan Murong. Un mur les séparait, et le seul endroit où Cheon Hwi était autorisé à entrer était la petite salle d’archives nichée dans un coin de cette annexe.
Le guide portait bien en évidence à la taille l’insigne d’un artiste martial, auquel était attaché un cordon rouge.
« Si quelque chose vous intrigue, demandez-moi. »
« Où se trouve la salle d’archives réservée aux guerriers du Hall extérieur ? »
Le guide plaisanta : Cheon Hwi cherchait des manuels d’arts martiaux à peine arrivé.
« Si vous cherchez des images érotiques, je crains qu’il n’y en ait pas beaucoup. Hahaha. »
Cheon Hwi se contenta de sourire devant la gentillesse discrète du guide et le suivit.
Appartenir à quelque part, même temporairement. Il finirait par partir, mais le sentiment de sécurité que cela lui procurait était bien réel.
Cette sécurité ne dura pourtant qu’un instant.
L’uniforme martial simple qu’on lui avait remis et qu’il avait enfilé lui allait, mais il lui semblait malgré tout inconfortable, comme s’il ne lui convenait pas du tout.
« Je suppose que je n’étais pas fait pour m’attacher à un endroit. »
Le senior qui l’avait guidé jusqu’aux archives du Hall extérieur s’écarta, comme pour l’inviter à se mettre à l’aise.
« Vous pouvez lire librement tout ce qui se trouve ici. Ah, mais il est interdit d’emporter quoi que ce soit. »
« Même un livre qu’on voudrait lire au terrain d’entraînement, juste en face ? »
« Exactement. Vous devez lire dans les archives. Vous aurez peut-être envie d’emporter un ouvrage pour vous entraîner, mais il est strictement interdit de sortir quoi que ce soit. »
« Bien. Je m’en souviendrai. »
« Alors reposez-vous jusqu’à ce que vous receviez une convocation spéciale. Les autres guerriers du Hall extérieur ont eux aussi reçu l’ordre d’attendre leur déploiement. Sur ce, reposez-vous bien. »
« Bien. Merci, senior. »
La salle d’archives n’était pas grande. Elle ne comptait que cinq ou six étagères, et les livres n’étaient pas nombreux.
Cheon Hwi les sortit tout de même un à un avec plaisir pour en examiner les titres.
Les arts martiaux du clan Murong l’intéressaient beaucoup. À vrai dire, c’était parce que Han So-gyeom lui en avait parlé pendant leur retour à Shenyang.
Entendre parler des arts martiaux du clan Murong lui avait fait battre le cœur encore plus vite.
Le clan Murong était une famille aristocratique du Nord, issue de la lignée royale de Yan et imprégnée de sang Xianbei. On disait que même leur apparence différait grandement de celle des habitants des Plaines centrales. Certains membres du clan naissaient, paraît-il, avec les cheveux blonds ou roux.
Leurs arts martiaux étaient aussi singuliers que leur apparence. Leurs principes reposaient sur le retour et la rotation.
Leur art secret le plus puissant se nommait Le Boisseau tourne, les étoiles changent ; c’était un art martial merveilleux, considéré comme l’un des plus grands arts suprêmes du monde martial.
« Le Boisseau tourne, les étoiles changent ? »
« On dit que cette technique consiste à se servir des arts martiaux de l’adversaire pour le blesser. »
Cheon Hwi, qui avait autrefois vécu dans le monde moderne, se demanda s’il s’agissait d’une sorte de taiji. Pourtant, cela ne semblait pas tout à fait correspondre.
Le Boisseau tourne, les étoiles changent. Pris au pied de la lettre, cela signifiait déplacer les étoiles. Cheon Hwi fronça les sourcils devant la grandeur de ce nom, même pour un art martial.
« Ce n’est peut-être pas une exagération. »
Le livre que Cheon Hwi avait choisi s’intitulait Initiation à l’Épée de l’Étoile retournée.
« Un manuel d’épée… ! »
C’était la première fois que Cheon Hwi lisait un véritable manuel d’épée. Même l’Épée des Trois Puissances, pourtant si courante, ne lui avait été transmise oralement que par son père. Il n’avait jamais vu de manuel écrit consacré à l’épée.
« L’Épée de l’Étoile retournée. Ce clan aime les noms grandiloquents. »
Le titre désignait sans doute une explication des formes de l’épée qui faisaient tourner les étoiles.
Leur art suprême était censé déplacer les étoiles et même un manuel d’épée édulcoré, accessible aux guerriers du Hall extérieur, s’intitulait Épée de l’Étoile retournée.
Cheon Hwi ne pouvait qu’être intrigué.
Il se mit aussitôt à tourner les pages sur place, les mains fébriles.
Frouf.
Frouf.
Au début, le livre décrivait la structure générale de l’Épée de l’Étoile retournée. Il en expliquait le déroulement d’ensemble avant d’en détailler les différentes formes.
Première forme : Retour du météore.
Dévier la lame adverse avec le plat de l’épée, puis contre-attaquer en suivant la ligne de l’épaule de l’adversaire.
Deuxième forme : Demi-lune tournante.
Faire pivoter le poignet et la taille comme un croissant de lune, afin de dévier sur le côté la force de l’arme adverse.
Troisième forme : Frappe du vent retourné.
Rendre la force qui a été bloquée et frapper le poignet ou le coude.
Quatrième forme : Pointe de l’étoile filante.
Frapper d’estoc un point déstabilisé au centre de l’adversaire.
Cinquième forme : Tranchant du fleuve d’étoiles.
Couper la trajectoire où se rejoignent les déplacements de l’adversaire et la course de son épée. La forme pouvait s’enchaîner avec une autre, ou revenir une fois encore à la première, le Retour du météore.
Chaque forme était accompagnée d’illustrations montrant le mouvement et la posture finale.
Pour un manuel d’initiation, il était impressionnant de constater à quel point chaque forme était expliquée en détail.
Pourtant, à mesure que Cheon Hwi lisait…
« … Hum. »
Avant de se plonger dans le manuel d’épée, Cheon Hwi parcourut rapidement les autres livres.
Il voulait savoir si ce qu’il pressentait vaguement était réel ou s’il ne s’agissait que de son imagination.
-
-
-
Il semblait que l’intuition de Cheon Hwi ne l’avait pas trompé.
Des livres comme Pas du Vent d’automne, Principes essentiels de la main qui bloque les méridiens et Initiation à la paume réactive ressemblaient à des manuels d’arts martiaux qu’on pouvait acheter pour quelques pièces dans n’importe quelle librairie des Plaines centrales. Leur enchaînement ne semblait ni interrompu ni déformé de manière flagrante.
Mais il y avait le manuel de jeu de jambes que Cheon Hwi tenait entre les mains.
Initiation au Pas du nuage de Yan.
Dans son titre, Yan — qui signifiait « hirondelle » — était l’un des symboles de l’ancien royaume de Yan, berceau du clan Murong.
Comme l’indiquait son titre, l’introduction précisait clairement qu’il s’agissait d’une version inférieure du Pas du nuage et de l’étoile retournée de Yan, le jeu de jambes propre au clan Murong.
Bien sûr, le Pas du nuage et de l’étoile retournée de Yan perdrait au moins la moitié de son efficacité sans l’apprentissage de la méthode d’énergie interne du clan Murong.
Même s’il ne s’agissait que d’une version amoindrie, il était compréhensible que les étrangers aient du mal à saisir le Pas du nuage de Yan, puisqu’il reposait sur la méthode d’énergie interne du clan Murong.
Pourtant, même en tenant compte de cette difficulté, le Pas du nuage de Yan présentait beaucoup trop de lacunes.
Aux yeux de Cheon Hwi, on aurait dit que quelqu’un en avait volontairement perturbé l’enchaînement.
« Tous les manuels d’arts martiaux liés au clan Murong et qu’on ne peut se procurer qu’ici ont un enchaînement déformé. »
L’intention était évidente.
« Les explications bâclées, passe encore, mais les passages sur la circulation de l’énergie dans les canaux vitaux ont été subtilement altérés. »
Les manuels s’étendaient en explications, comme s’ils faisaient preuve d’une sollicitude exceptionnelle.
Mais, au fond, ils n’étaient remplis que de paroles creuses et inutiles.
Comme il ne pouvait pas être certain que son instinct disait vrai, Cheon Hwi relut deux ou trois fois le passage du manuel sur le jeu de jambes.
« Quelque chose ne va vraiment pas. »
Il lisait une phrase, puis la suivante ; elles lui restaient en travers de la gorge et lui laissaient un goût amer.
« Faire circuler l’énergie interne dans les trois méridiens yang des jambes. »
Il comprenait comment cela pouvait alléger le corps. Cela rejoignait aussi les bases de la technique de légèreté que Han So-gyeom lui avait enseignées lorsqu’ils couraient sur les sentiers de montagne.
Mais le passage suivant posait problème.
« À cet instant, ne retenez pas de force l’énergie qui subsiste dans le bas-ventre. Laissez-la se dissiper. »
Hum ?
« La laisser se dissiper ? »
Cheon Hwi n’avait pas besoin d’un don particulier pour comprendre qu’il perdrait l’équilibre au pas suivant s’il faisait cela.
Ses pieds deviendraient peut-être plus légers, mais le haut de son corps ne serait plus ancré. Si sa taille devenait instable, ses mouvements suivants et son épée ralentiraient. Et si son épée ralentissait, quelqu’un mourrait, aussi rapides et légers que soient ses pieds.
Mieux valait peut-être rester solidement campé sur place, les jambes lourdes et stables.
Cheon Hwi le savait pour l’avoir appris à ses dépens en mourant pendant qu’il s’entraînait au jeu de jambes en plein combat.
Il en avait été de même lorsqu’il avait franchi le bastion de montagne de la Vallée du Faisan Noir avec Han So-gyeom.
Avant même que le bastion apparaisse, de sinistres formations avaient été mises en place. Des flèches et des couteaux de lancer fusaient depuis le ravin, tandis que des rochers dégringolaient d’en haut. Un jeu de jambes rapide l’aidait à éviter ces pièges.
Mais de mauvaises techniques de déplacement devenaient un problème dès que son corps se retrouvait en l’air ou que ses pieds perdaient contact avec le sol. Il manquait alors de force.
Dans ces moments-là, il ne pouvait compter que sur l’énergie contenue dans son abdomen et la force de ses bras.
N’avait-il pas échoué à repousser quelques flèches perdues alors qu’il se précipitait pour éviter les formations meurtrières devant lui, et ne l’avaient-elles pas transpercé aux points vitaux ?
À force d’observer involontairement Han So-gyeom défaire ces formations des dizaines de fois, Cheon Hwi avait beaucoup appris sur le jeu de jambes et les techniques de déplacement.
« Combien de fois suis-je mort comme ça ? Bon sang. »
Han So-gyeom ne pouvait pas non plus protéger Cheon Hwi à chaque instant.
Il lui était arrivé bien des fois d’être trop occupé à assurer sa propre sécurité pour prêter attention à Cheon Hwi. Et chaque fois, celui-ci avait tenu bon.
Bien sûr, Cheon Hwi était le seul à savoir qu’il n’avait tenu bon qu’après être mort encore et encore. Pourtant, Han So-gyeom le regardait toujours avec de grands yeux étonnés.
Han So-gyeom en avait conclu que Cheon Hwi cachait sa force.
« Tu tiens bien le coup. Je n’ai donc pas besoin de parer les attaques de ce niveau pour toi. »
« Quoi ? Non. S’il vous plaît, parez-les pour moi. »
« Ne fais pas semblant d’être faible. Je vais accélérer la percée. »
Ainsi, tandis que les malentendus s’accumulaient sans que Han So-gyeom s’en rende compte, il s’étonnait à répétition de voir Cheon Hwi échapper à tant de périls mortels.
Après cette brève réminiscence, Cheon Hwi reporta son regard sur le manuel de jeu de jambes posé devant lui.
Peut-être que le Pas du nuage et de l’étoile retournée de Yan exigeait vraiment de libérer ainsi la force du centre du corps, mais c’était impensable pour un manuel de jeu de jambes destiné aux vagabonds.
En étalant les nombreux manuels d’arts martiaux devant lui et en les examinant, il en eut la certitude.
Ils enseignaient, mais n’avaient aucune intention de bien enseigner.
« Les guerriers du Hall extérieur ne sont-ils pas considérés comme membres du clan ? »
On leur enseignait des arts martiaux, mais leurs intentions étaient claires : ils ne les laisseraient jamais aller trop loin.
Quelle que soit leur loyauté, le Hall extérieur restait le Hall extérieur.
« Évidemment. Aucun maître ne partagerait le remède dont ses chiens de chasse ont besoin. »
Cheon Hwi comprit aussitôt pourquoi personne d’autre ne se trouvait dans cette salle d’archives. Il comprit aussi pourquoi il n’y avait ni gardes ni intendants, et pourquoi il était si strictement interdit d’emporter des livres.
« Les obliger à lire les manuels uniquement dans cette salle exiguë vise sans doute à les empêcher d’apprendre facilement, même à partir de ces ouvrages inachevés. »
Peu importait combien on mémorisait un manuel d’épée ; cela ne valait pas la pratique du mouvement et la compréhension directe du geste.
Les en empêcher était peut-être un moyen de ralentir leur apprentissage et de les retenir à leur poste.
Un chien de chasse n’avait besoin que de savoir aboyer et mordre. Ce serait gênant s’il devenait assez grand pour briser sa laisse et s’enfuir.
Pour les vagabonds, l’apprentissage était précieux. Ceux dont le corps s’était déjà endurci et qui étaient trop âgés pour entrer dans une secte devaient s’accrocher avec gratitude à ces arts martiaux édulcorés, comme à une bouée de sauvetage.
Hélas, Cheon Hwi ne faisait pas exception.
« Si je vois ce qui manque, je n’ai qu’à le compléter moi-même. »
Si la nourriture d’un chien de chasse était empoisonnée, il suffisait d’en secouer le poison avant de mâcher et d’avaler la viande.
Cheon Hwi dévora avec avidité les manuels d’arts martiaux empoisonnés.
Naturellement, il se concentra sur ceux consacrés à l’épée.
* * *
Dans l’annexe du Hall extérieur, l’Intendant en chef du Hall extérieur et Han So-gyeom prenaient le thé ensemble.
Le clan Murong n’avait pas pris à la légère la trahison d’un guerrier du Hall extérieur. Une enquête rigoureuse avait été lancée et, en quelques doubles-heures, les hommes qui avaient accepté de l’argent de la Voie Noire avaient été démasqués et décapités.
Tout s’était achevé avec une efficacité presque absurde. Han So-gyeom vida sa tasse d’un trait dans un slurp, en se disant : « Voilà donc ce qu’est un clan prestigieux. »
L’intendant prit la parole.
« Ce Cheon Hwi s’est aussitôt enfermé dans les archives du Hall extérieur. »
Connaissant la qualité des livres qui s’y trouvaient, l’intendant arborait une expression impénétrable.
« Si tu l’apprécies tant, pourquoi ne pas lui enseigner toi-même ? »
« Si je faisais ça, les remous au sein de l’Unité Nuit blanche de l’Autorité martiale de protection seraient considérables. Et puis, c’est un étranger. Si le commandant de notre unité l’apprenait, je serais sévèrement puni. »
L’intendant se contenta de hausser les épaules.
« J’ai peur qu’il ne prenne de mauvaises habitudes. Les livres des archives du Hall extérieur sont… enfin, tu sais ce qu’ils valent. »
« De mauvaises habitudes ? Eh bien… »
Han So-gyeom se contenta de sourire.
Il tourna les yeux vers les quartiers des guerriers du Hall extérieur, tout proches.
Si Cheon Hwi était bien celui qu’il avait observé sur le terrain…
« Il lui faudra environ trois jours. »
« Trois jours ? Qu’entends-tu par là ? »
« C’est le temps qu’il faudra à Cheon Hwi pour terminer tous les manuels d’arts martiaux des archives du Hall extérieur. »
« … Quoi ? »
C’était absurde.
L’idée qu’il n’aurait plus rien à apprendre des archives du Hall extérieur au bout de trois jours seulement.
Pourtant, cela devint réalité à une vitesse stupéfiante, plus vite encore que Han So-gyeom ne l’avait prédit, et d’une manière que personne n’aurait pu imaginer.
La progression de Cheon Hwi ne faisait que commencer.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>