Chapitre 24
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Guide de survie d’un guerrier errant ◈
Chapitre 24 : Bien plus qu’un simple convoyeur (2)
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Les lourdes roues des chariots se mirent à rouler dans la boue détrempée.
La caravane de l’Agence d’escorte du Nuage d’Azur franchit enfin la porte nord de Changchun.
Elle se dirigeait vers Shenyang, la plus grande ville du Liaodong.
La bannière bleue de l’agence flottait lentement en tête de la caravane. Les chevaux de bât soufflaient en pataugeant dans la boue laissée par la pluie de la veille.
Les gardes convoyeurs expérimentés protégeaient étroitement l’avant de la caravane et les flancs des chariots marchands au milieu. Quant aux gardes convoyeurs engagés, des vagabonds recrutés par l’intermédiaire du Hall des Guerriers Vagabonds, ils avaient naturellement été relégués aux extrémités et à l’arrière.
À en croire Cheon Hwi, le travail d’escorte n’était étonnamment pas si dangereux.
C’était d’autant plus vrai quand l’agence était réputée et influente, et que la caravane marchande était aussi imposante que celle-ci.
Cheon Hwi se glissa silencieusement tout au bout de la caravane et prit place à l’arrière.
C’était l’endroit où il fallait subir toute la poussière et l’eau boueuse projetées par les roues des chariots. Le vagabond balafré qui marchait à côté de lui ricana.
« Hé, le nabot. Tu sais seulement quel genre de place occupe l’arrière d’une caravane d’escorte ? »
« … »
« Ne t’imagine pas que tu te contentes de suivre les chariots en avalant la poussière. Si des bandits ou des salauds de la Voie noire nous prennent en chasse, c’est ici que les têtes commencent à rouler. »
Les paroles du vagabond étaient empreintes d’une moquerie malveillante et d’une menace à peine voilée. Ils voulaient voir le bleu prendre peur avant même le début du voyage.
Quand une caravane d’escorte était prise en embuscade, ceux qui se trouvaient à l’arrière étaient les premiers à essuyer les coups d’épée et les volées de flèches ennemies.
Cheon Hwi abaissa davantage le bord de son vieux chapeau de bambou. Une voix calme et sèche en sortit.
« Je sais. »
Le vagabond claqua la langue et se détourna. Il semblait le prendre pour un gamin ignorant qui cherchait à se donner des airs.
L’endroit où je mourrai le premier. Tant mieux.
Cheon Hwi effleura l’ancienne épée à sa taille.
Son regard limpide se fit serein. Il avançait dans la boue collante d’un pas parfaitement régulier.
L’Art du Retour au Puits. Une méthode de cultivation de l’énergie interne pour ceux qui n’avaient pas le temps de s’asseoir en tailleur et de méditer.
Cheon Hwi ne voyait pas de meilleur moment pour en faire progresser le niveau.
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.
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Le chef convoyeur en chef de l’Agence d’escorte du Nuage d’Azur, Gwak Myeong-ho, chevaucha lentement vers l’arrière tout en observant la caravane.
En apparence, Gwak Myeong-ho vérifiait les rayons des roues et les liens des chargements, mais son attention était entièrement tournée vers le garçon au chapeau de bambou qui marchait tout au bout.
Ce jeune homme avait osé prendre la place de Yi Mu-gwang, le vagabond de rang B que Gwak Myeong-ho connaissait depuis des années.
Cheon Hwi, c’est ça ?
Gwak Myeong-ho avait passé plus de dix ans à escorter des caravanes et traversé toutes sortes d’épreuves. Peu savaient aussi bien que lui distinguer quelqu’un qui avait vu le sang couler pour de bon de quelqu’un qui faisait semblant.
Et il remarqua sans peine Cheon Hwi qui marchait à l’arrière.
Son regard s’arrêta sur les pieds de Cheon Hwi.
La route officielle était terriblement boueuse après la pluie de la veille. Les autres vagabonds traînaient les pieds en maugréant.
Mais la démarche de Cheon Hwi était étrange.
Dès que son pied touchait la boue, il semblait répartir son poids d’une façon inhabituelle, avant de se redresser légèrement. Il ne projetait ni boue ni eau, et ses empreintes étaient nettement moins profondes que celles des autres.
Plus étrange encore, le rythme de ses pas s’accordait à sa respiration. Son allure était singulièrement lente, mais précise et régulière.
Il inspirait au premier pas et expirait au second.
On aurait dit qu’il cultivait quelque chose tout en marchant.
Il fait circuler son qi en marchant ? Un Art du Retour au Puits ?
Gwak Myeong-ho faillit ricaner intérieurement.
C’était absurde. Combiner un jeu de jambes à une méthode de cultivation relevait de la pure inefficacité.
Même les arts martiaux des sectes orthodoxes, qui bâtissaient leurs fondations avec méthode, n’avaient pas développé d’arts du déplacement. D’abord parce qu’ils étaient inefficaces. Ensuite parce qu’il fallait plus de dix ans de cultivation face au mur, dans l’isolement, avant de pouvoir à peine imiter une telle technique.
Ce n’était pas une aptitude qu’un vagabond de grand chemin pouvait apprendre à la légère.
Gwak Myeong-ho mit pied à terre sans bruit. Faisant mine d’examiner un chariot, il projeta légèrement du bout du pied un caillou gros comme une châtaigne.
Le caillou effleura la boue et fila droit vers le tibia de Cheon Hwi. Il l’avait lancé sans prévenir. Un vagabond ordinaire de troisième ordre l’aurait reçu de plein fouet et aurait poussé un cri.
Mais Cheon Hwi ne baissa même pas les yeux.
Sous le chapeau de bambou, son regard restait fixé sur la bannière d’escorte, devant lui. Pourtant, quand le caillou ne fut plus qu’à un cun de son tibia, sa cheville pivota sans heurt vers l’extérieur, comme un courant d’eau.
Le caillou ne fit qu’effleurer l’ourlet du pantalon de Cheon Hwi avant de rouler derrière lui.
Cheon Hwi sentit venir le danger et esquiva, mais ses pas s’emmêlèrent au même instant et sa respiration se dérégla. Il boita légèrement, puis lança un regard sans détour à Gwak Myeong-ho.
Leurs regards se croisèrent. Cheon Hwi se détourna ensuite et sembla se concentrer de nouveau sur ses pas et sa respiration, mais les yeux de Gwak Myeong-ho s’écarquillèrent.
Il n’y a qu’un idiot pour se concentrer sur sa respiration en marchant. Et il n’avait aucune raison de chanceler comme s’il allait tomber pour éviter un simple caillou.
Gwak Myeong-ho inspira brusquement et s’approcha de Cheon Hwi.
« Toi. Qu’est-ce que tu fais en marchant ? »
Cheon Hwi répondit sans émotion à cette question soudaine.
« Je respire. »
Gwak Myeong-ho laissa échapper un ricanement incrédule.
« Écoute-moi bien. Tout le monde respire. »
Le vagabond balafré, non loin de là, gloussa.
« Chef convoyeur en chef, qu’est-ce qu’un gamin pourrait bien faire d’autre en marchant ? Il essaie sûrement de ne pas tomber. »
« Silence. »
Cheon Hwi tourna lentement la tête vers Gwak Myeong-ho. Sous le chapeau de bambou, les yeux du garçon étaient d’un calme et d’un sérieux infinis.
Un frisson remonta le dos de Gwak Myeong-ho, qui claqua des lèvres.
Il était évident que Cheon Hwi voulait dire quelque chose, mais qu’il s’en abstenait.
Il avait bel et bien marché en utilisant un Art du Retour au Puits. Et à un niveau plutôt élevé, qui plus est.
Moi qui le prenais pour un gamin arrogant.
Gwak Myeong-ho remonta à cheval et marmonna intérieurement.
Il est juste fou de cultivation.
Le soleil se coucha et le camp fut installé dans une clairière au cœur de la forêt.
Après avoir quitté la route officielle, les membres de la caravane disposèrent les chariots en cercle pour former une barrière, puis allumèrent des feux dans tout le camp. Les vagabonds se réunirent en petits groupes, mâchèrent de la viande séchée et burent du vin de riz trouble pour se délasser.
Cheon Hwi s’assit à l’écart, adossé à un tronc sombre, les yeux fermés.
Il semblait se reposer, mais il poursuivait ses exercices respiratoires, divisant minutieusement l’énergie de l’Élixir de la Tortue à carapace noire dans son dantian, puis la faisant circuler dans les points d’acupuncture de tout son corps.
Plusieurs pas lourds s’arrêtèrent alors devant lui.
Le vagabond balafré qui l’avait provoqué plus tôt à l’arrière s’approcha, accompagné de quelques autres.
Ils ne semblaient même pas respecter la règle élémentaire qui interdisait de boire pendant une mission d’escorte.
« Hé, cette place est à nous. On l’avait repérée, elle est parfaite pour s’allonger. Bouge. Tout de suite. »
Cheon Hwi resta assis en tailleur, les yeux fermés. Même sa respiration régulière ne faiblit pas.
Cette attitude, qui semblait les ignorer, fit passer le visage du vagabond balafré du rouge au bleu. Agacé, il tenta de donner un coup de pied à Cheon Hwi à l’épaule avec sa grosse botte.
L’éclair frappa.
PAF !
Le vieux fourreau posé sur les genoux de Cheon Hwi jaillit à une vitesse invisible à l’œil nu. Son extrémité frappa avec précision et force le point d’acupuncture à l’intérieur du genou tendu du vagabond.
Une douleur atroce lui tordit les muscles.
« Ghhhk ! »
Incapable de crier, le vagabond s’effondra en se tenant le genou.
« T-Tu es complètement fou, espèce de salaud ! »
Un autre vagabond, qui se tenait non loin de là, recula brusquement et tenta de pousser Cheon Hwi. Mais le pied de celui-ci quitta le tronc en un instant, rasa le sol comme un serpent, puis frappa légèrement la cheville d’appui du vagabond.
PAF !
Le deuxième homme perdit l’équilibre et s’écrasa le visage dans la terre.
Aux cris et aux gémissements, le chef convoyeur en chef Gwak Myeong-ho, qui gardait Cheon Hwi à l’œil, s’approcha.
« Qu’est-ce que c’est que ce vacarme ? »
Mais tout était déjà terminé.
Cheon Hwi avait neutralisé deux hommes sans verser une goutte de sang.
Gwak Myeong-ho s’arrêta net.
Il regarda tour à tour les vagabonds qui gémissaient comme des animaux au sol et Cheon Hwi, toujours adossé à l’arbre, qui réglait calmement sa respiration.
Gwak Myeong-ho claqua la langue, puis s’approcha et s’assit lourdement à côté de Cheon Hwi.
À la vue du chef convoyeur en chef, les vagabonds au sol paniquèrent et s’éloignèrent en boitant.
« C’est eux qui ont commencé. »
« Je sais. »
Gwak Myeong-ho sortit une petite gourde de sa robe, en but une gorgée et reprit d’un ton désinvolte :
« Yi Mu-gwang. Je connais plutôt bien cet homme. »
Les yeux de Cheon Hwi frémirent légèrement à la lueur du feu. Gwak Myeong-ho fixa les flammes et poursuivit :
« Il était catégorique : il ne remettrait jamais les pieds dans les Plaines centrales de toute sa vie. Et voilà qu’il accepte tout à coup cette mission d’escorte vers Liaoyang ? Au début, j’ai cru qu’il perdait la tête avec l’âge. Alors, c’était à cause de toi. »
Gwak Myeong-ho tendit brusquement la gourde à Cheon Hwi. Celui-ci secoua la tête sans un mot. Gwak Myeong-ho eut un petit rire et la reprit.
« Je crois comprendre un peu pourquoi Yi Mu-gwang t’a gardé auprès de lui. Tu as appris quelque chose de sa part ? »
« Non. »
« Je m’en doutais. C’est bien son genre. Il détesterait aussi jouer les maîtres. »
À ce nom, les yeux de Cheon Hwi frémirent à peine. Gwak Myeong-ho fit semblant de ne rien remarquer et resta assis à ses côtés.
« Avec un sabre appris à la va-vite dans la rue, tu finiras un jour par te heurter lamentablement au mur des arts martiaux de troisième ordre, non, de deuxième ordre. Même avec du talent, il finira par rouiller si tu ne façonnes pas le réceptacle et la voie qui pourront le contenir. Une fois dans les Plaines centrales, frappe à la porte d’une secte honorable ou cherche de vrais arts martiaux. »
Cheon Hwi baissa les yeux en silence vers le vieux sabre posé sur ses genoux. Pour déchirer le sabre souple et sinueux de Gwak Do-mun, il lui fallait assimiler les véritables arts martiaux des Plaines centrales, comme Yi Mu-gwang l’avait prévu.
Sur ces mots, Gwak Myeong-ho leva les yeux vers le ciel. Les étoiles le constellaient.
Il ressortit la gourde qu’il avait rangée, la leva bien haut vers le ciel, puis en versa une coupe sur le sol avant de la porter à ses lèvres.
« Il n’est pas mort. »
« Je sais. Je bois juste à la santé de quelqu’un qui est loin. »
En le voyant faire, Cheon Hwi protesta sans raison :
« Vous avez le droit de boire pendant votre service ? »
« Le règlement de notre agence autorise jusqu’à trois gorgées. En comptant celle que j’ai versée par terre, ça en fait trois. »
Gwak Myeong-ho ajouta, comme en passant :
« Quand cette mission sera terminée, je pourrais t’écrire une lettre de recommandation pour une secte de l’épée du Liaodong. »
« Le clan Murong se trouve bien à Shenyang, dans le Liaodong ? »
« Exact. C’est un grand clan. »
« Vous pourriez m’écrire une lettre de recommandation pour eux, à la place ? »
Gwak Myeong-ho ricana à la plaisanterie de Cheon Hwi, puis reprit son sérieux.
« Ce serait possible ? Pas à moins que tu ne deviennes leur gendre et que tu vives chez eux. »
Ignorant que Cheon Hwi absorberait un jour les arts martiaux du clan Murong, ils ne purent que rire ensemble de cette plaisanterie.
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