Chapitre 20
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Asakusa
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Guide de survie d’un guerrier errant ◈
Chapitre 20 : Une Épreuve meurtrière (4)
──────
L’épée souple de Gwak Do-mun s’immobilisa en plein vol. Yi Mu-gwang retint lui aussi son souffle, stupéfait.
… !
Cheon Hwi se tenait devant l’auberge.
Il tenait une longue épée ensanglantée, qu’il avait dû ramasser quelque part. Le sang sur sa poignée, peut-être celui de son ancien propriétaire, n’avait pas encore séché.
Tout en laissant échapper un souffle épuisé, Yi Mu-gwang le contempla, sidéré.
Qu’est-ce qui s’est passé cette nuit ?
Jusque-là, l’aura de Cheon Hwi était celle d’un artiste martial de troisième ordre tout ce qu’il y avait de plus ordinaire.
Après avoir tué Gyu Pae, Cheon Hwi avait clairement progressé et commencé à avoir l’allure d’un artiste martial. Mais rien de plus. Aux yeux de vagabonds chevronnés comme Yi Mu-gwang, il conservait une faiblesse indéniable.
À présent, cette faiblesse était difficile à déceler.
Cheon Hwi, qui semblait auparavant aussi facile à vaincre qu’à tordre le poignet d’un enfant, avait désormais l’allure d’un véritable artiste martial, tout juste au seuil du deuxième ordre.
Serait-ce… ?
« Si je prenais l’Élixir de la Tortue à carapace noire, j’en mourrais, pas vrai ? »
Yi Mu-gwang se rappela alors ce qu’il avait demandé à Gwak Do-mun pendant leur combat.
« Tu n’es pas mort quand tu as volé l’Élixir de la Tortue à carapace noire ?! »
« Hé. Si seulement c’était le cas. Ces salauds de pharmaciens seraient encore en vie. »
Pour une raison ou une autre, les paroles de l’Épée du Serpent de Sang se superposèrent à ce souvenir.
Mais c’est impossible. Cheon Hwi l’aurait volé ? Absurde.
Cheon Hwi ne maîtrisait aucune technique de déplacement, aucun jeu de jambes, pas même un Art de l’œil qui lui aurait permis de distinguer les objets dans l’obscurité. Même avec cent vies, il n’aurait pas eu assez de tentatives pour déjouer la Formation mécanique de la pharmacie.
Alors, d’où venait cette impression de changement ?
Elle n’avait rien à voir avec la fatigue et le sang qui imprégnaient un homme après l’entraînement.
Il avait l’air propre, comme s’il venait de se laver, mais dès qu’il entra dans l’auberge, l’odeur du sang sembla reculer d’un pas.
En apparence, il était calme.
« Hum… »
Les yeux de l’Épée du Serpent de Sang Gwak Do-mun, dont les coins s’étaient relevés, s’abaissèrent légèrement.
Gwak Do-mun aussi semblait trouver remarquable le niveau de Cheon Hwi pour son âge. L’Épée du Serpent de Sang hésitait, peu désireux de se compliquer la vie.
« Celui qui a tué Gyu Pae n’était donc pas un simple vagabond. »
Son beau visage, cette aura si pure… On dirait quelqu’un qui a subi une épuration de la moelle.
L’épuration de la moelle. Même ceux qui étaient liés aux grandes familles martiales ou aux Neuf Sectes et à l’Unique Gang ne pouvaient pas en bénéficier facilement.
Dans une famille martiale, il fallait au moins être un jeune maître issu de la lignée directe du chef de clan.
Gwak Do-mun savait que s’en prendre à une famille consumée par la vengeance ne ferait qu’attirer des ennuis inutiles.
Tss…
L’Épée du Serpent de Sang abaissa son arme et se gratta la nuque. À vrai dire, il n’avait jamais tenu à venger Gyu Pae. Il était surtout venu se défouler avant de quitter Changchun, et montrer ce qui arrivait à ceux qui s’opposaient au Gang du Serpent de Sang.
Tout comme les autres vagabonds avaient pris Cheon Hwi, le meurtrier de Gyu Pae, pour un jeune disciple prometteur d’une secte renommée parti en chevalier errant, le chef du Gang du Serpent de Sang semblait penser la même chose.
Yi Mu-gwang pria pour qu’il s’en aille ainsi, mais cet espoir fut réduit à néant en un instant.
« Bah. Qu’est-ce que ça peut faire ? »
Gwak Do-mun semblait presque ravi à l’idée de goûter, après tout ce temps, au sang d’un jeune disciple prometteur d’une secte prestigieuse.
Cheon Hwi vint se placer à côté de Yi Mu-gwang. Gwak Do-mun se contenta de lui adresser un grand sourire, sans chercher à l’arrêter.
Mais lorsque Cheon Hwi passa près de lui, Gwak Do-mun sentit quelque chose d’étrange.
Quelque chose qui ne pouvait pas appartenir à un simple vagabond de troisième ordre.
Qu’est-ce que c’est ?
Gwak Do-mun plissa les yeux.
Un simple gamin qui n’avait même pas atteint le deuxième ordre. Quelqu’un dont il avait cru que Gyu Pae n’avait été tué que parce qu’il avait baissé sa garde.
« Cheon Hwi… »
Yi Mu-gwang tordit ses lèvres ensanglantées. Impossible de savoir s’il souriait ou s’apprêtait à jurer.
Cheon Hwi balaya l’auberge du regard.
Les cadavres des membres du Gang du Serpent de Sang étaient étendus sur le sol. Du sang éclaboussait les tables et les piliers. Yi Mu-gwang, gravement blessé, perdait son sang.
Cheon Hwi aperçut bientôt une épée posée au bord d’une table. Le chapeau de bambou de Yi Mu-gwang se trouvait à côté.
Yi Mu-gwang avait dû les déplacer là. Un vieux fourreau reposait sur la table. L’épée de son père était encore plus abîmée que celles des vagabonds morts, éparpillés au bord de la route.
Cheon Hwi jeta négligemment au sol la longue épée qu’il tenait.
Clang.
Puis il prit la vieille épée sur la table.
Gwak Do-mun, qui observait Yi Mu-gwang à l’agonie et Cheon Hwi, les bras croisés, ricana.
Le garçon était passé calmement devant lui, comme s’il n’était qu’un passant parmi d’autres.
Sans la moindre peur.
Comment un jeune maître de quinze ans, fraîchement arrivé dans le monde martial, pouvait-il se comporter ainsi ?
« Espèce de crétin. Si tu comptais revenir, tu aurais dû attendre un peu… Quel idiot. »
« Alors, pourquoi n’êtes-vous pas parti, Maître ? Ah, je vois. Vous regrettiez de ne jamais m’avoir entendu vous appeler Maître. »
« Hé hé… Espèce d’abruti… Dans ce cas, nous allons mourir pour rien, tous les deux. »
« Nous ne saurons qui va mourir qu’après avoir essayé. »
Shing.
Cheon Hwi tira l’épée de son père.
Sous les lanternes rouges de l’auberge, la vieille lame brilla faiblement.
Yi Mu-gwang sourit, le sang coulant de sa bouche.
Ses blessures étaient déjà profondes. Même s’il recevait des soins sur-le-champ, il lui serait peut-être difficile de poursuivre sa vie d’artiste martial.
Ce ne fut qu’après avoir passé l’épée à sa ceinture que Cheon Hwi regarda vraiment Gwak Do-mun.
Une robe rouge. Une longue épée souple et fine.
Un homme dont les yeux souriaient, mais pas la bouche.
Pourtant, le sourire de Gwak Do-mun s’effaça peu à peu.
Le qi interne de Gwak Do-mun emplit son épée souple, qui se redressa comme une lame rigide.
« As-tu dit tout ce que tu avais à dire avant de mourir ? »
Quand ses doigts se refermèrent sur la poignée, la respiration de Cheon Hwi se posa un bref instant.
Un pas, un souffle. Rassembler l’esprit dispersé.
Deux pas, un apaisement. Calmer l’intention meurtrière en ébullition.
Trois pas, retour au puits. Revenir là où l’on doit revenir, l’épée à la main.
La brève formule de l’Art du Retour au Puits s’épanouit et grandit dans l’esprit de Cheon Hwi, jusqu’à trouver son propre sens.
Qu’était-ce donc, la méthode de cultivation interne d’un artiste martial ?
L’essence d’une méthode de qi interne dont le nom contenait le caractère « cœur » ne se résumait pas à apprendre par cœur une méthode prescrite pour faire circuler le qi interne.
Ce caractère renfermait le cœur, l’intention, la volonté et la pensée. Ce n’était qu’ensuite qu’il prenait le sens du cœur physique.
Cheon Hwi n’avait pas appris une seule méthode de cultivation interne digne de ce nom, et pourtant, il commençait à mieux que quiconque comprendre ce qu’était véritablement une telle méthode.
Gwak Do-mun plissa les yeux jusqu’à les réduire à deux fentes.
Yi Mu-gwang resserra sa main ensanglantée sur son pudao.
L’atmosphère de l’auberge se tendit. La lumière du feu vacillait derrière les fenêtres, et l’odeur du sang rampait sur le sol.
Au milieu de tout cela, Cheon Hwi fit tranquillement son premier pas.
… !
Les pupilles de Gwak Do-mun se contractèrent légèrement.
Son pied quitta le sol sans le moindre mouvement préparatoire. En un instant, le garçon qui se tenait là fondit sur lui comme un fantôme.
Pendant la durée d’un souffle, sa silhouette se brouilla sous les yeux de Gwak Do-mun. Puis il fut déjà à moins d’un mètre cinquante.
Fouich !
La vieille épée traça un long trait dans la lumière des lanternes de l’auberge et fila vers la pomme d’Adam de Gwak Do-mun.
Une technique d’épée rapide impressionnante.
Jusqu’à tout récemment, les mouvements d’épée rapide de Cheon Hwi donnaient fortement l’impression que la lame entraînait son corps derrière elle. Son corps n’était pas encore assez développé pour soutenir cette technique.
Chaque fois qu’il l’utilisait, son poignet et son épaule partaient les premiers, tandis que le reste de son corps suivait tant bien que mal. C’était rapide, mais léger. Tranchant, mais superficiel.
Mais à présent, son dantian renforcé et son qi interne soutenaient son corps. Au lieu d’être emporté par la technique, il pouvait enchaîner chaque mouvement avec précision et fluidité.
Le sourire de Gwak Do-mun s’effaça.
Clang !
L’épée souple fendit l’air en décrivant une courbe, puis s’enroula autour de la lame de Cheon Hwi.
Gwak Do-mun avait eu l’intention de la repousser d’un geste léger. Il pensait qu’une simple torsion du poignet suffirait à venir à bout de l’épée d’un gamin à peine au seuil du deuxième ordre.
Mais…
Lourde ?
La pointe de l’épée ne céda pas comme il s’y attendait.
Non, elle semblait être repoussée, puis revenait aussitôt sur sa trajectoire.
Au moment où l’épée souple de Gwak Do-mun intercepta celle de Cheon Hwi, celui-ci ne résista pas et ne recula pas. Il pivota d’un demi-pouce dans le sens de l’élan de la lame serpentiforme, puis exploita ce rebond pour frapper sous le poignet de Gwak Do-mun.
Fouich !
Pour la première fois, Gwak Do-mun recula d’un demi-pas.
« Oh ? »
Cheon Hwi se mordit la lèvre, déçu. Il avait profité de l’inattention de son adversaire pour porter un coup décisif, mais celui-ci n’avait même pas effleuré la manche de l’homme.
L’assaut furieux de Cheon Hwi ne s’arrêta pas là.
Whoosh !
Son épée visa l’épaule droite de Gwak Do-mun.
Cette fois, Gwak Do-mun ne le prit pas à la légère.
Frrt.
L’épée souple se courba avec fluidité dans les airs.
Elle semblait clairement se lever pour bloquer l’épée de Cheon Hwi.
Mais l’instant suivant, elle glissa le long du dos de sa lame et s’enfonça vers l’intérieur de son poignet.
Dangereux.
Cheon Hwi tordit instinctivement son poignet.
Il tenta d’esquiver tout en retirant son épée, mais il était impossible de lire les mouvements d’une lame qui ondulait comme un serpent en se fiant à la trajectoire ordinaire d’une épée.
Fouich… Tranche !
Une ligne rouge apparut sur l’avant-bras de Cheon Hwi.
La coupure n’était pas superficielle.
La chair s’ouvrit et le sang jaillit.
Rapide.
La blessure aurait pu être plus profonde et rendre son bras inutilisable, mais Gwak Do-mun semblait s’être retenu exprès.
Ghk !
Cheon Hwi tenta de reculer, mais Gwak Do-mun ne le laissa pas faire.
Sous les lanternes rouges de l’auberge, l’épée souple ondulait comme un serpent cramoisi. Quand elle semblait frapper, elle s’enroulait autour de lui. Quand elle semblait s’enrouler, elle avait déjà jailli vers l’avant.
Comme s’il blessait lentement sa proie.
Une coupure superficielle en devint deux, puis davantage. Gwak Do-mun prenait ouvertement plaisir à voir Cheon Hwi saigner.
C’était sans doute pour cette habitude perverse que Yi Mu-gwang était encore debout.
Cheon Hwi était reconnaissant de cette manie.
Un adversaire comme celui-là était préférable. Face à quelqu’un comme Gyu Pae, qui tuait proprement, il ne gagnerait qu’une seule expérience par mort. Mais avec cet homme, il en gagnerait au moins des dizaines en une seule mort.
Si je meurs et reviens cent fois, alors peut-être…
Paf ! Tranche ! Taillade ! Fch !
En moins d’un clin d’œil, de fines entailles apparurent sur ses joues, sous ses yeux, sur l’arête de son nez, à sa pomme d’Adam et sur ses doigts.
Chaque blessure touchait un point vital, comme si Gwak Do-mun voulait l’effrayer.
Pourtant, Cheon Hwi observait la situation avec ravissement.
Gwak Do-mun fut si décontenancé qu’il recula même un instant son épée.
C’était la première fois qu’il rencontrait quelqu’un comme ça. Le garçon ne ressentait-il donc aucune peur ?
« Tu as l’œil vif. Ton corps suit bien aussi. Et on dirait que ton qi interne vient tout juste de s’éveiller. »
Son regard se fit froid. Comme pour confirmer son intuition, il s’approcha brusquement et posa la paume sur le bas dantian de Cheon Hwi.
Boum.
Comme s’il l’avait frappé d’une technique de paume, Cheon Hwi fut projeté en arrière en glissant.
« Ghn ! »
Cheon Hwi cracha du sang.
Ce n’était pas une attaque destinée à lui infliger des blessures internes, mais elle n’en restait pas moins dangereuse.
Gwak Do-mun ne pouvait pas imaginer que cette force provenait de l’Élixir de la Tortue à carapace noire. Il secoua simplement la tête, perplexe.
Peut-être sa secte lui avait-elle simplement fait avaler un précieux élixir spirituel avant de l’envoyer en chevalier errant.
Cette idée ne fit qu’accroître l’excitation de Gwak Do-mun.
Quand Cheon Hwi leva son épée, l’épée souple grimpa le long de la lame.
Quand Cheon Hwi tordit le poignet, l’épée souple se courba sous celui-ci.
Clang ! Clang ! Crac !
Trois échanges.
En quelques instants, de nouvelles coupures superficielles couvrirent l’épaule, le flanc et la cuisse de Cheon Hwi.
En temps normal, il aurait dû mourir une cinquantaine de fois pour acquérir autant d’expérience.
Pourtant, Cheon Hwi n’était pas encore mort, pas une seule fois.
Cette pensée le fit rire.
« Hé hé hé… »
… Il rit ?
À ce stade, Gwak Do-mun s’amusait plus que jamais. À ses yeux, briser ce fou serait le plus beau de tous les prodiges qu’il avait réduits en miettes dans le monde martial.
Au lieu de répondre, Cheon Hwi leva de nouveau son épée.
Puis…
Whoosh.
Un lourd pudao s’abattit sur le côté.
C’était Yi Mu-gwang.
Couvert de sang et chancelant, il avait réussi d’une manière ou d’une autre à se glisser sur la droite de Gwak Do-mun et avait bloqué la trajectoire de l’épée souple avec le dos de son pudao.
La pointe de l’épée de Cheon Hwi s’abaissa de nouveau.
Un petit rire rauque échappa à Gwak Do-mun.
Une lueur d’espoir ne venait-elle pas de s’allumer dans le cœur de Yi Mu-gwang, qui avait renoncé à survivre ?
Des imbéciles.
C’était encore plus divertissant. Le corps de Gwak Do-mun frissonna d’excitation.
Comme si elle ressentait l’exaltation de son maître, l’épée souple trembla telle la queue d’un serpent à sonnette.
« Hwi. »
« Oui. »
Le sang coulait entre les lèvres de Yi Mu-gwang.
« Ne regarde pas la pointe de sa lame. Regarde son poignet. La lame change de direction selon la façon dont il le tourne. »
Un bref conseil.
C’était probablement une étrange habitude que Yi Mu-gwang avait acquise au prix de son propre sang.
« Dites-moi tout ce que vous pouvez. Comme ça, je pourrai m’en servir dans ma prochaine vie, au moins. »
Sa prochaine vie.
Yi Mu-gwang réfléchit un instant à ces mots, puis réajusta sa prise sur le pudao et esquissa un sourire amer.
« Même s’il faut que je meure et revienne à la vie des milliers de fois, je vous sauverai, Maître. »
« … Arrête tes bêtises. »
Ceux qui savaient quand ils devaient mourir,
et qui savaient ainsi comment ne pas mourir.
On les appelait des artistes martiaux.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>