Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Le Guide de survie du guerrier vagabond ◈
Chapitre 18 : Une Épreuve meurtrière (2)
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Une maison de jeu à Changchun.
Boum !
À peine la porte eut-elle volé en éclats qu’un homme couvert de sang cria :
« Il faut fuir ! »
Tous les joueurs se tournèrent vers lui, y compris Yi Mu-gwang, qui étudiait ses cartes avec application, la langue tirée.
« Le Gang du Serpent de Sang… Le Gang du Serpent de Sang… ! »
À ces mots, tous écarquillèrent les yeux, devinant déjà la suite.
« Ils ont déclenché une Épreuve meurtrière ! »
Froufrou !
Certains ramassèrent en un instant l’argent sur la table de jeu, tandis que d’autres se levèrent d’un bond et détalèrent pour sauver leur peau.
Inutile de se retrouver mêlé à une Épreuve meurtrière sans raison.
Le gang n’avait qu’un seul objectif.
Ils comptaient sans doute anéantir la Pharmacie Cheongmok pour avoir osé déclarer qu’elle allait frapper le Gang du Serpent de Sang. Ceux qu’ils croiseraient en chemin ne seraient que des victimes sur lesquelles passer leur colère.
À moins d’être un héros particulièrement chevaleresque ou d’avoir un sens aigu de la justice, mieux valait fuir cette violence que lui résister.
Mais Yi Mu-gwang, lui, était différent.
Cheon Hwi… !
Dehors, le chaos l’attendait.
Plusieurs brasiers montaient déjà vers le ciel, comme si l’on avait incendié des maisons particulières pour la seule satisfaction de se défouler. Des cris retentissaient de toutes parts.
Ils vont forcément s’en prendre aussi à ce vaurien de Cheon Hwi.
Les autres vagabonds couraient vers les faubourgs de Changchun. Yi Mu-gwang, lui, prit la direction de la misérable auberge où il logeait avec Cheon Hwi.
Tout en courant, il scrutait les alentours.
Des colonnes de fumée s’élevaient au loin, dans toutes les directions. À en juger par leur emplacement, l’attaque avait été planifiée. Ils avaient pris position tout autour de la ville et resserraient l’étau.
Tout ce qu’il vit en chemin était effroyable. Il était évident que le Gang du Serpent de Sang n’agissait pas seul. D’autres factions de la Voie Noire s’étaient jointes à lui.
La liste d’extermination placardée devant le Hall des Guerriers Vagabonds avait été sauvagement déchirée. Tout autour de lui, des vagabonds croisaient le fer pour se défendre.
Il entendit même des cris tout près.
« Retrouvez ce salaud de Cheon Hwi ! »
À l’entrée d’une ruelle, un homme au bandeau taché de sang tenait un vagabond par les cheveux et l’interrogeait.
« Où est ce salaud de Cheon Hwi ? »
« Je… je n’en sais rien ! Je vous le jure ! »
« C’est ce morveux qui a tué le chef adjoint Gyu Pae. Celui qui complote avec la Pharmacie Cheongmok. On dit qu’un vagabond armé d’un pudao voyage avec lui. »
« M… mais combien de vagabonds portent un pudao, à votre avis ?! »
Yi Mu-gwang s’immobilisa en entendant ces mots.
Ils m’ont ajouté à leur liste, moi aussi.
L’homme du Gang du Serpent de Sang tordit le cou du vagabond jusqu’à le briser, puis désigna la porte Sud, où se trouvaient les auberges.
« Fouillez d’abord les auberges près de la porte Sud ! Si le gamin n’y est pas, attrapez ce salaud qu’il appelle son maître ! »
« Hwi ! »
En un instant, Yi Mu-gwang traversa la rue grâce à sa technique de légèreté. Il prit appui contre le mur de l’auberge, bondit jusqu’au deuxième étage, attrapa la rambarde et se hissa par-dessus.
Il vérifia si les affaires de Cheon Hwi étaient toujours dans la chambre.
Il avait espéré que Cheon Hwi, alerté par le vacarme, aurait fait ses bagages et serait déjà parti.
« Ce fou a même laissé son épée derrière lui. »
Quel artiste martial laissait son épée derrière lui ?
Yi Mu-gwang lui avait répété cent fois de ne jamais la laisser hors de portée, pas même en dormant ou en s’éloignant pour soulager ses besoins.
Il comptait bien lui passer un savon quand il rentrerait.
Y aura-t-il seulement une prochaine fois ?
Yi Mu-gwang se figea.
Les affaires de Cheon Hwi étaient toujours là. Même son épée. Yi Mu-gwang savait que c’était le seul souvenir que Cheon Hwi gardait de son père.
Cheon Hwi ne l’aurait jamais abandonnée, quelles que soient les circonstances.
Ce qui signifiait que…
Ce salaud de Cheon Hwi reviendra ici.
Yi Mu-gwang hésita.
Devait-il attendre ? Ou partir, tout simplement ?
Je ne suis pas son maître.
Non. Peut-être avait-il joué au maître durant leur bref voyage du Fleuve du Dragon Noir à Jilin, mais, dès que le gamin avait commencé à ressembler à un vrai vagabond, il avait rompu tout lien de maître à disciple.
Alors…
Alors…
Alors, il ne parvenait pas à se convaincre qu’il pouvait le laisser derrière lui.
Yi Mu-gwang serra le poing. Il tentait de réprimer son instinct.
Son instinct lui disait d’oublier tout le reste et de fuir sur-le-champ.
Ne valait-il pas mieux abandonner Cheon Hwi et s’échapper d’abord ?
Les cris et le fracas des lames se rapprochaient de plus en plus. S’il devait fuir, c’était maintenant ou jamais.
Mais Yi Mu-gwang n’y arrivait pas.
Il prit quelques-unes de ses affaires dans son sac et les plaça dans celui de Cheon Hwi. Puis, son pudao habituel à la main, il descendit au rez-de-chaussée de l’auberge.
L’aubergiste et le serveur s’y tenaient, leurs bagages ficelés à la main, terrifiés.
« Grand héros ! V… vous devez fuir ! »
« Sortez par la porte de derrière. »
« Et vous, Grand héros ? »
« Je n’ai pas encore fini de payer mes boissons. »
L’aubergiste et le serveur se précipitèrent aussitôt vers la porte de derrière.
Yi Mu-gwang les arrêta un instant.
« Attendez. »
« … ?! »
Yi Mu-gwang lança une pièce de cuivre au serveur et lui demanda :
« Quand vous reviendrez, pourrez-vous transmettre un message ? »
« À… à qui ? »
« … Pas besoin de connaître son nom. Vous le reconnaîtrez quand vous reviendrez après vous être mis à l’abri. »
« P… parlez, Grand héros ! Vite ! »
Pressé par le serveur, Yi Mu-gwang hésita sur ce qu’il devait dire. Il n’avait pas le temps.
Au bout du compte, une seule chose lui vint aux lèvres.
« Ne venge pas l’idiot qui s’est fait passer pour ton maître. Ne cherche pas à te venger… Vis librement, Hwi. Hwi. »
« … Oui ! »
Le serveur et l’aubergiste s’enfuirent comme s’ils avaient le feu aux trousses.
Il ignorait si le message parviendrait à Cheon Hwi, mais cela valait toujours la peine d’essayer.
Il avait vécu de son épée pendant des décennies dans le monde martial. N’avait-il pas toujours su distinguer un endroit où mourir d’un endroit où vivre ?
Yi Mu-gwang marmonna, comme s’il soupirait :
« Est-ce bien raisonnable de choisir un endroit où mourir comme ça ? »
Il ne pouvait pas répondre lui-même à cette question.
Mais une chose était sûre.
Cheon Hwi reviendrait à l’auberge récupérer l’épée de son père.
Et cela suffisait à justifier qu’il tienne sa position.
C’était assez.
Sinon, même s’il survivait, il ne se sentirait pas différent d’un mort.
À travers le plancher, il sentit les pas de cinq ou six personnes qui se précipitaient vers l’auberge.
Yi Mu-gwang tira lentement son pudao.
Yi Mu-gwang (李無光).
Il avait voulu devenir comme ces artistes martiaux dont les noms brillaient dans le monde martial tels des étoiles au firmament. Mais dès l’âge de dix ans, il avait su qu’il n’en avait pas le talent.
Il avait vu les élèves les plus prometteurs d’une célèbre école d’épée locale se faire écraser par les jeunes talents des grandes sectes. Il en avait conclu que son talent ne lui permettrait jamais d’atteindre le premier ordre.
Il ne s’était même pas distingué dans son école d’épée locale. Persuadé de manquer d’aptitudes, il avait renoncé à l’entraînement et s’était lancé dans le monde martial comme vagabond.
Sa vie n’avait rien eu de remarquable.
Une vie sans éclat, comme son nom.
Mais après avoir rencontré ce disciple, même s’il pouvait difficilement l’appeler ainsi, il avait compris quelque chose.
Ce n’était pas grave s’il ne devenait jamais une étoile dans le ciel.
Quand Yi Mu-gwang se vit reflété dans les yeux de Cheon Hwi, il comprit.
Même s’il n’était qu’une lueur de luciole, aux yeux du gamin qui le regardait, il avait brillé comme une étoile, ne serait-ce qu’un instant.
Une lumière qu’il avait retrouvée après bien longtemps.
Même s’il ne pouvait pas briller comme une étoile. Même si sa lumière ne durait qu’un instant. S’il pouvait briller un peu, et que cette lumière atteignait le cœur de quelqu’un, alors cela suffisait.
C’était le rêve qu’il avait nourri enfant, lorsqu’il voulait devenir un artiste martial brillant comme une étoile.
« Venez. »
Le pudao dégainé, les yeux de Yi Mu-gwang brillèrent.
« Cette lumière ne s’éteindra pas si facilement. »
Cinq membres du Gang du Serpent de Sang se ruèrent ensemble dans l’auberge.
* * *
Au bout d’un moment, Cheon Hwi cessa de compter le nombre de fois où il était mort.
À un moment donné, il se demanda si tout cela était seulement possible, d’un point de vue physique.
Ensuite, malgré la douleur, il comprit naturellement comment faire circuler le qi interne dans les points d’acupuncture de tout son corps.
Ce qu’on apprenait avec l’esprit s’oubliait vite, mais ce qu’on apprenait par le corps ne s’oubliait pas facilement, même en le voulant.
La circulation de qi et le contrôle du souffle de Cheon Hwi, qu’il maintenait au milieu de cette agonie, devinrent peu à peu radicalement différents de ceux des autres artistes martiaux.
Il traçait sa propre carte, sans s’appuyer sur les instructions d’un autre pour maîtriser son qi interne.
C’était une méthode de circulation du qi adaptée à un vagabond.
Une même circulation du qi ne pouvait pas être aussi efficace pour tout le monde.
Un imbécile et un génie pouvaient s’entraîner à l’épée pendant le même temps et obtenir des résultats totalement différents.
La meilleure façon d’utiliser sa force interne consistait à la faire circuler dans le sens le mieux adapté aux caractéristiques et au parcours de ses propres points d’acupuncture.
C’était un peu comme les méthodes de cultivation interne, transmises au sein des grandes sectes pour des arts martiaux et des lignées particuliers.
La circulation du qi de Cheon Hwi se transformait en une méthode de force interne qui n’appartenait qu’à lui.
Compter le nombre de fois où il mourait ne servait à rien.
S’il ouvrait un point de la mauvaise façon et en mourait, alors il mourait.
« Ah, ici… Si je touche… Hum ! »
C’était donc là qu’il mourait.
À ce stade, Cheon Hwi commençait à prendre plaisir à examiner ses organes et ses points d’acupuncture.
Comment l’énergie qui parcourait son corps se déplaçait-elle ?
Ces grands canaux étaient-ils les Douze Méridiens réguliers et les Huit Vaisseaux extraordinaires ? Ah, c’était donc ainsi que circulaient le qi yang et le qi yin.
Une expérience acquise par la mort.
Jusqu’alors, la structure des points d’acupuncture internes de Cheon Hwi s’apparentait à une structure en deux dimensions. Le qi interne descendait simplement dans le dantian inférieur, puis remontait le long de son dos en circulant.
Mais à présent, la carte de ses points d’acupuncture internes s’étendait peu à peu et gagnait en complexité. La structure qui semblait bidimensionnelle devint tridimensionnelle. Il sentait un seul point d’acupuncture se diviser en deux voies, voire davantage, en se prolongeant dans ses bras et ses jambes, formant ainsi plusieurs niveaux.
La carte interne de ses points d’acupuncture, qui s’étendait jusqu’au bout de ses doigts et de ses orteils, s’agrandissait encore ; ses couches devenaient naturellement aussi complexes que celles d’une carte en trois dimensions.
Il avait déjà forcé des centaines de fois, par l’expérience sensorielle, des points d’acupuncture que son corps prétendait n’avoir jamais ouverts.
Il savait quelle quantité de qi interne mobiliser, par où le faire entrer et par où le faire ressortir.
Comme lorsqu’il avait évité la Formation mécanique sous la pharmacie, il apprit où le qi interne devait s’écouler lentement et où il devait jaillir. Il découvrit quels endroits provoqueraient une déviation du qi ou un contrecoup s’il tentait de les ouvrir de force, et lesquels il pouvait maîtriser.
Après être mort et s’être corrigé des dizaines de fois, il franchit une nouvelle étape.
Il apprit à extraire le qi trouble qui s’accrochait en épaisse couche à ses points d’acupuncture, à le racler, puis à l’expulser.
Une force interne de la taille d’un grain de millet n’aurait jamais pu se transformer en qi interne et balayer chaque recoin d’un système aussi complexe et stratifié de points d’acupuncture internes.
Mais, désormais, ce n’était plus un problème.
Au contraire, sa force interne débordait et tourbillonnait dans son dantian inférieur.
S’il ne parvenait pas à en tirer le plus de qi interne possible et à le disperser rapidement dans ses points d’acupuncture, dans toutes les directions…
« Hum ! »
Sa force interne débordante le consumerait à sa place, et il vomirait du sang avant de mourir.
Cheon Hwi s’enfonça toujours davantage dans son propre corps et dans la mort.
* * *
Après le départ de tout le monde, l’auberge était silencieuse comme une tombe.
Yi Mu-gwang était assis seul sur une chaise vide, au rez-de-chaussée, son pudao posé à côté de lui.
Les corps de quatre ou cinq membres du Gang du Serpent de Sang jonchaient le sol autour de lui, et l’odeur du sang emplissait l’air.
Yi Mu-gwang, lui, n’avait pas la moindre égratignure.
Les voilà.
Une bande de membres du Gang du Serpent de Sang, le sang dégoulinant de leurs vêtements, fit irruption.
Gwak Do-mun, le chef du Gang du Serpent de Sang, était parmi eux.
Une seule chose le distinguait des autres : il traînait un vagabond par les cheveux, d’une main.
Le vagabond capturé parla entre deux sanglots.
« C… c’est là ! Cet homme, c’est Yi Mu-gwang, celui qui voyage avec Cheon Hwi… ! »
Avant qu’il ait pu finir, Gwak Do-mun lui enfonça légèrement un doigt dans la tempe.
Les yeux du vagabond se révulsèrent et son corps s’affaissa. Il cessa de respirer.
La puissance d’un maître de premier ordre, capable de tuer un homme ordinaire d’un simple doigt.
Boum.
Des applaudissements retentirent dehors.
Clap.
Clap.
Clap.
Un homme vêtu d’une longue robe ornée de serpents rouges franchit le seuil.
Le chef du Gang du Serpent de Sang. L’Épée du Serpent de Sang Gwak Do.
Yi Mu-gwang se rappela ce nom et se mordit intérieurement la lèvre.
Les yeux étroits et la bouche du chef du Gang du Serpent de Sang se courbèrent comme ceux d’un serpent.
« Où est le gamin qui a tué Gyu Pae ? »
Notes :
« Hwi, Hwi » répète le nom de Cheon Hwi tout en faisant écho à une expression coréenne qui évoque une liberté de mouvement sans entraves.
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