Chapitre 16
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Le Guide de survie du guerrier errant ◈
Chapitre 16 : Puisqu’il en est ainsi, je vais voler l’élixir (3)
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La nuit était noire à Changchun.
Le ciel était idéal : les nuages voilaient la lune, dont il ne restait qu’un faible halo.
Cheon Hwi s’accorda une journée entière avant de passer à l’action.
Ce jour-là, il ne parla pas une seule fois de la pharmacie. À la place, il s’entraîna à se déplacer.
Il s’agissait d’alléger ses pas en mobilisant son énergie interne, afin de marcher sans bruit. Cheon Hwi baptisa cette technique le Pas du chat et s’exerça seul.
Cette technique renforçait les muscles de ses orteils et l’empêchait de poser les talons au sol, pour qu’ils ne fassent aucun bruit.
Il étudia comment avancer lentement et en silence avec une telle précision qu’il ne faisait pas le moindre bruit, même en marchant sur des feuilles mortes.
À peine avait-il appris à faire circuler son énergie interne qu’il s’exerçait à quelque chose d’aussi insignifiant que la marche lente d’un chat.
Si Yi Mu-gwang l’avait vu, il se serait frappé le front en lui criant dessus. Heureusement, il s’intéressait peu aux entraînements absurdes de Cheon Hwi. À vrai dire, il n’était même pas à ses côtés. Selon sa philosophie, il fallait se reposer le lendemain d’un travail bien accompli ; il était donc occupé à jouer et à faire la fête.
Grâce à cela, Cheon Hwi put s’exercer des heures durant à escalader des murs, à les franchir et à marcher en atténuant sa présence grâce au Pas du chat, sans craindre d’être observé.
Il apprit également à concentrer son énergie interne dans ses yeux, ce qui lui permit de mieux distinguer les formes dans l’obscurité.
Cheon Hwi l’ignorait, mais contrôler chacun de ses mouvements en marchant avec précision constituait la base de toutes les techniques de déplacement. Concentrer son énergie interne dans ses yeux pour voir plus loin et avec davantage de netteté était le fondement de tout Art de l’œil.
Yi Mu-gwang avait cru que Cheon Hwi, qui n’avait même pas appris de véritable technique de déplacement, n’oserait jamais s’aventurer sur ce terrain.
Ce que Yi Mu-gwang ignorait, c’était ceci.
S’il existait plusieurs degrés de folie — inférieur, moyen et supérieur —, Cheon Hwi appartenait au degré le plus élevé. Ayant perdu jusqu’à sa peur de la mort, il était devenu un fou qui ne possédait plus le moindre instinct de survie.
Bien sûr, il fallait être quelqu’un d’exceptionnel pour garder la raison après être mort encore et encore.
Au lieu de son épée habituelle, Cheon Hwi ne portait que le poignard qu’il avait pris à un membre du Gang du Serpent de Sang quelques jours plus tôt.
Une longue épée ne serait qu’un encombrant morceau de fer dans une cave à remèdes étroite et plongée dans le noir.
Pour exécuter le Pas du chat avec le plus de finesse possible, Cheon Hwi retira même ses chaussures et marcha pieds nus.
Oui. Il était sérieux.
Les artistes martiaux étaient prêts à tout pour devenir plus forts, et Cheon Hwi, qui avait déjà goûté aux effets d’un élixir, était devenu complètement fou de désir.
.
.
.
Le lendemain soir, au cœur de la nuit, Cheon Hwi observa longuement la pharmacie depuis le toit d’en face.
Il n’y avait ni gardien à la porte ni patrouille, et pas même un chien de garde en vue.
Cette pharmacie était réputée dans tout Changchun.
« Quelle confiance en soi. »
S’ils n’avaient pas de gardes, c’était qu’ils n’avaient même pas besoin de bras humains pour défendre les lieux.
Après avoir repéré les environs, Cheon Hwi descendit prudemment et se dirigea vers le point d’entrée qu’il avait choisi à l’avance.
Frrt.
Bien qu’il l’eût baptisé le Pas du chat, son allure évoquait davantage la lenteur d’une vieille tortue que l’agilité d’un félin.
Il bondit, s’agrippa à une prise dans le mur et se hissa lentement jusqu’au sommet. Quiconque l’aurait aperçu aurait cru le voir faire des exercices de musculation en pleine nuit, accroché au mur.
Il franchit le mur sans bruit et sans laisser la moindre trace de sa présence.
Sur un côté de la cour se dressaient des claies de séchage qui avaient servi jusqu’à tard dans la nuit à sécher des plantes médicinales.
Des paravents de bambou et des nattes de paille pendaient en longues rangées.
Tout doucement.
Ses pieds touchèrent la terre.
Le regard de Cheon Hwi se posa sur l’énorme armoire à remèdes, dans un coin de la salle de décoction. Elle montait presque jusqu’au plafond.
Elle était garnie de dizaines de tiroirs. Elle semblait fixée au mur, mais Cheon Hwi comprit qu’elle avait été conçue pour coulisser sur le côté. Sous elle, la poussière était nettement moins épaisse que sous les autres armoires.
« Non, quand même… »
Retenant son souffle, Cheon Hwi s’approcha et poussa l’un des coins de l’armoire. Elle ne bougea pas, mais il sentit un vide à l’endroit où il semblait prévu d’exercer une poussée latérale.
S’il s’était agi d’une armoire ordinaire, il aurait dû sentir qu’elle pouvait bouger. Le fait qu’elle ne remuât pas du tout était encore plus étrange.
En examinant les innombrables tiroirs, il en remarqua un qui se distinguait des autres : sa poignée était anormalement polie par un usage fréquent.
« Un verrou ? »
Il tira légèrement sur la poignée.
Clic.
Il entendit un mécanisme se déclencher.
Comme prévu, l’armoire à remèdes, qui n’avait jusque-là montré aucun signe de mouvement, se mit à coulisser lentement sur le côté.
« Bien. J’avais raison. »
C’était trop simple.
Et cela l’inquiétait.
Scrrr.
Dans un lourd grincement, l’énorme armoire coulissa sur le côté, dévoilant une gueule obscure.
Un escalier de pierre étroit et raide descendait dans les profondeurs. Deux personnes pouvaient à peine y passer de front.
Son cœur battait à tout rompre.
Il allait mourir. Combien de fois devrait-il recommencer, cette fois-ci ?
Avait-il peur ?
Bien sûr que oui.
Mais ce qu’il craignait plus que d’innombrables morts, c’était de ne pas pouvoir consommer l’élixir et de rester faible.
Cheon Hwi empoigna son poignard et descendit lentement sous terre. Un froid humide lui traversa la plante des pieds et remonta le long de ses chevilles. Il poussa le Pas du chat à son maximum pour effacer sa présence, mais le seul bruit qui résonnait à ses oreilles, tel un tambour, était celui de son propre cœur : boum, boum.
Après avoir descendu un peu plus de dix marches, il remarqua que le sol du couloir étroit, creusé dans la terre, avait changé de texture.
Une dalle de pierre présentait une texture étrangement différente. Sa surface était si anormalement lisse que pas même une fine couche de mousse ne s’y était formée.
Cheon Hwi retint son souffle et allongea le pas pour éviter la dalle. Puis il posa prudemment la pointe du pied sur le monticule de terre situé au-delà.
Clic.
La terre ferme sous son pied s’enfonça soudain dans un grincement désagréable.
La dalle lisse n’était qu’un leurre destiné à attirer le regard. Toute la zone où l’on posait naturellement le pied après l’avoir évitée était reliée au déclencheur d’une Formation mécanique.
Fiiou ! Fiiou ! Fiiou !
Le sous-sol se remplit du sifflement d’objets petits et tranchants fendant l’air.
Des dizaines d’aiguilles empoisonnées, bleu-noir, tombèrent en pluie des murs et du plafond, de part et d’autre du couloir.
Thak ! Thak ! Thak !
« Guh… ! »
Une douleur atroce lui déchira la chair et le sang.
À l’instant où les aiguilles empoisonnées lui transpercèrent la peau, Cheon Hwi dégaina son poignard et le dirigea vers son propre cou.
Ce qu’il redoutait le plus, c’était le poison paralysant.
Mais le venin était si mortel qu’il n’y avait même pas lieu de s’inquiéter d’une paralysie.
« Hum… ! »
Un caillot de sang jaillit de sa bouche.
Dès que les aiguilles s’enfoncèrent dans sa chair, tous les muscles de son corps se figèrent comme de la pierre. Sa gorge se boucha et son sang commença à noircir.
Clac !
Le poignard tomba sur la terre et Cheon Hwi s’effondra, impuissant.
Sa vue vira au rouge tandis qu’une douleur insoutenable lui donnait l’impression que ses organes fondaient. Pourtant, même en crachant une écume sanglante, Cheon Hwi parvint à déterminer exactement où il avait posé le pied.
« J’en ai trouvé un… »
Il avait mémorisé la trajectoire des aiguilles qui avaient rempli le couloir, jusqu’à la sensation du sol sous son pied.
Bientôt, son souffle s’arrêta et le monde s’assombrit comme de l’encre.
Cheon Hwi ouvrit brusquement les yeux.
La forte odeur des plantes médicinales lui monta aux narines et il se détendit.
Sa capacité, Régression d’un instant, ne le ramenait pas exactement un gak en arrière.
Elle semblait le renvoyer à peu près un gak avant, à un embranchement précédant le désastre.
Grincement.
Cheon Hwi était revenu au moment où il ouvrait l’armoire.
Une douleur fantôme lui traversa les veines, comme si les aiguilles empoisonnées l’avaient encore transpercé. Cheon Hwi claqua pourtant la langue comme une bête et remua ses orteils nus.
Après avoir répété l’expérience une deuxième fois, puis une troisième.
Il prit appui contre le mur, se propulsa dans les airs et atterrit en douceur sur le bord de la troisième dalle de pierre située au-delà.
C’était le premier passage sûr qu’il avait trouvé.
« C’est long. »
Pourtant, le couloir s’étirait encore devant lui. Combien de fois devrait-il mourir avant d’en atteindre le bout ?
Une lame de hachoir jaillit du mur et lui trancha froidement le cou. De l’acide sulfurique extrêmement corrosif se déversa du plafond jusqu’à ce que sa tête fonde.
Dans l’obscurité se déployaient les techniques de déplacement grotesques qu’il avait perfectionnées, la mort pour engrais.
« Un demi-pas à gauche, trois pas à droite, puis je prends appui contre le mur et je saute. »
Cheon Hwi ne put s’empêcher de se demander comment les gens qui transportaient des remèdes dans cet endroit parvenaient à entrer et à sortir.
Il évita de justesse les lames bleuâtres qui fendaient l’air, puis marcha et bondit par-dessus des pieux de bambou surgis du sol, comme s’il exécutait un numéro d’acrobatie.
Sans s’en rendre compte, Cheon Hwi s’entraînait à des techniques de déplacement et de mouvement du corps qui dépassaient celles d’un artiste martial de troisième ordre.
Après des dizaines de morts horribles, Cheon Hwi atteignit enfin le bout du couloir.
Lorsqu’il poussa la lourde porte, la cave à remèdes souterraine apparut enfin à ses yeux.
Des centaines de fioles et de boîtes en bois contenant des remèdes rares étaient soigneusement disposées dans l’air frais. Au centre de la pièce se trouvait une boîte en bois qui dégageait une aura particulièrement étrangère.
Parmi tous ces objets, Cheon Hwi ouvrit celui qui l’attirait le plus fortement.
Clic.
À l’intérieur reposait une perle bleu-noir de la taille d’une noix, qui brillait d’un éclat intense. Elle n’avait rien à voir avec la Pilule de la Petite Carapace, grosse comme un pois.
De fins motifs dorés, semblables à une carapace de tortue, étaient gravés sur sa surface.
Il ne pouvait s’agir que du véritable élixir spirituel : l’Élixir de la Tortue à carapace noire.
Avant même qu’il eût tendu la main pour s’en saisir, son dantian inférieur réagit violemment.
« C’est bien lui. »
Il ne l’avait pas encore consommé, mais son corps avait déjà reconnu sa valeur écrasante et le réclamait à grands cris.
Un sourire incurva les lèvres de Cheon Hwi.
Au moment où il prit l’Élixir de la Tortue à carapace noire de ses doigts tremblants,
Tic.
Un claquement irréversible retentit sous le piédestal.
Cheon Hwi tressaillit et s’immobilisa, mais son instinct lui souffla que quelque chose n’allait pas. Il avait entendu un fil relié au fond de la boîte en bois se rompre.
Comme prévu, l’instant d’après, des flammes écarlates jaillirent du mur derrière le piédestal dans une explosion assourdissante.
« Fils de… ! »
C’était le piège d’autodestruction de la Pharmacie Cheongmok.
Une réserve de poudre à canon venait de s’enflammer.
L’élixir et le corps de Cheon Hwi furent réduits en cendres, au point qu’il ne resta pas même ses os.
« Ouf. »
Cheon Hwi se retrouva une nouvelle fois devant l’armoire à remèdes. Il se frotta le visage et hocha la tête.
Évidemment. Cela ne pouvait pas être si facile.
Il était déjà mort des dizaines de fois, mais la seule vue de l’Élixir de la Tortue à carapace noire avait suffi à rendre ces morts supportables.
Après avoir examiné les abords de l’armoire à remèdes, Cheon Hwi trouva une boîte en bois vide qui semblait avoir un poids similaire. Il l’emporta avant de redescendre sous terre.
Et le voilà de nouveau devant l’Élixir de la Tortue à carapace noire.
« Il détecte probablement le poids. »
Il soupesa l’élixir avec une extrême précision. Les lèvres de Cheon Hwi s’asséchèrent.
« Maintenant. »
L’Élixir de la Tortue à carapace noire passa dans sa main.
Au même instant, la boîte en bois vide, avec les plantes médicinales qu’il y avait placées pour en égaler le poids, prit sa place.
Cheon Hwi était mort d’innombrables fois en essayant de compenser la maudite différence de poids.
Il ajoutait un morceau de racine d’angélique et mourait. Il en retirait la moitié et mourait.
Après ce long et pénible processus, enfin…
Clic.
Plusieurs secondes, qui lui parurent une éternité, s’écoulèrent.
Aucune flamme ne jaillit. Tout resta silencieux.
« Ça a marché. »
L’Élixir de la Tortue à carapace noire était froid.
Dès qu’il le tint, son dantian s’agita. Son dantian inférieur se souleva comme s’il attirait à lui quelque chose venu des profondeurs.
L’envie de l’avaler sur-le-champ lui monta à la gorge, mais Cheon Hwi serra les dents et résista.
S’il le mangeait ici, il mourrait.
Pas encore.
Il enveloppa l’Élixir de la Tortue à carapace noire dans un morceau de tissu et le dissimula au fond de ses vêtements.
Après avoir repris son souffle et reconstitué mentalement son itinéraire de sortie à rebours, Cheon Hwi se mit à examiner les autres ingrédients médicinaux.
Puisqu’il cambriolait déjà les lieux, qui avait dit qu’il ne pouvait prendre qu’une seule chose ?
Rien d’autre ne dégageait la même présence imposante que l’Élixir de la Tortue à carapace noire, mais il voulait vérifier s’il y avait d’autres Pilules de la Petite Carapace.
Comme prévu, il trouva une petite boîte en bois contenant des Pilules de la Petite Carapace. À côté, il repéra une lettre qui avait été scellée, puis déchirée.
Une inscription plus petite figurait en dessous.
Cœurs d’enfants séchés, dix geun.
Des Cœurs d’enfants séchés.
Dix geun de cœurs d’enfants séchés.
Le regard de Cheon Hwi s’assombrit lentement.
« Bande de déchets. »
Ces horribles objets, ces cœurs séchés qui avaient été transportés jusqu’au Fleuve du Dragon Noir.
La pharmacie semblait elle aussi impliquée.
Dans cette cave à remèdes emplie de senteurs d’herbes, il lui sembla qu’une puanteur de poisson pourri montait dans l’air.
Pouvait-il cambrioler tranquillement un endroit pareil et s’en aller ?
Non.
Avant de quitter la cave, Cheon Hwi empoigna le poignard du Gang du Serpent de Sang. Il n’avait jamais appris à lancer des couteaux, mais le projeta vers la boîte en bois dont il avait remplacé le contenu, puis s’enfuit prestement.
Peu importait qu’il atteigne à peu près sa cible.
Il ne lui restait que deux respirations avant l’explosion.
Cheon Hwi savait déjà quelle distance il devait parcourir en deux respirations pour survivre.
Et puis…
BOUM !
Une vague de chaleur déferla derrière lui dans un rugissement assourdissant, mais Cheon Hwi était déjà presque sorti.
Le lendemain, la pharmacie fut en plein émoi.
« Le Gang du Serpent de Sang a pillé la cave souterraine de la Pharmacie Cheongmok ! »
Cheon Hwi sourit intérieurement devant cette aubaine inattendue.
Notes de bas de page :
Un geun est une unité de poids traditionnelle qui équivaut à environ 600 grammes.
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