Chapitre 14
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Traducteur/Éditeur : Asakusa
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◈ Guide de survie d’un guerrier errant ◈
Chapitre 14 : Puisqu’on en est là, je vais voler l’élixir (1)
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À l’auberge, tandis que Yi Mu-gwang achevait un bol de nouilles claires, il se mit à louer indirectement Cheon Hwi d’avoir survécu.
« Apprendre à manifester son énergie interne sous forme de qi interne alors qu’on lutte pour sa vie, tout le monde en est capable, à moins d’être particulièrement lent d’esprit. »
Slurp.
« Maître, comment pouvez-vous dire une chose pareille en mangeant ? »
« Pourquoi suis-je ton maître ? »
Yi Mu-gwang traça soudain une ligne entre eux.
« Je croyais que vous l’étiez. »
« Nouer un lien entre maître et disciple n’est pas une chose à prendre à la légère. Mes faveurs et mes rancunes deviennent aussi les tiennes. Ceux qui m’en veulent essaieront de te tuer, toi aussi. Sais-tu seulement combien de gens j’ai froissés en menant la vie d’un vagabond ? »
« Mais les gens pensent déjà que je suis votre disciple. »
« Personne ne croira qu’un guerrier de classe B a un disciple de classe B, alors ce n’est pas grave. Tant qu’à faire, soyons précis. Je t’aide seulement parce que nos chemins se sont croisés. Rends-moi la pareille un jour. Ça suffira. Ou, si tu rencontres quelqu’un qui te semble bien, partage avec lui ce que tu as. C’est ainsi que ce monde martial désolé deviendra un endroit un peu plus agréable où vivre, non ? »
« Vous dites que je suis quelqu’un de bien ?! »
« … Assez de sottises. Tais-toi et assieds-toi en tailleur. »
Cheon Hwi n’arrivait jamais tout à fait à comprendre Yi Mu-gwang. Parfois, il se montrait froid et impitoyable. D’autres fois, il semblait avoir le cœur tendre et chaleureux.
Quoi qu’il en soit, Cheon Hwi s’assit en tailleur et se concentra sur son for intérieur.
Peu après, il aperçut son dantian, qui ressemblait à une sombre caverne.
Jusque-là, rien n’avait changé.
« Est-ce qu’il… a un peu grandi ? »
Devant cette caverne obscure s’étendait un petit bassin, comme de l’eau accumulée au fond d’une grotte.
Cheon Hwi comprit alors. Les minuscules gouttelettes qu’il avait peu à peu amassées grâce à l’Art du Retour au Puits, à la frontière entre la vie et la mort, tirées des souffles qu’il peinait à expirer, étaient toutes restées là.
Ce qui signifiait que…
« L’énergie interne que j’ai accumulée en mourant se conserve ? »
C’était si stupéfiant que cela semblait impossible. Pourtant, Cheon Hwi comprit qu’il n’y avait pas d’autre explication à l’augmentation de son énergie interne.
Le champ de vision depuis lequel il observait son énergie interne était plus lumineux et plus vaste qu’avant.
Autrement dit, sans qu’il s’en aperçoive, son énergie interne s’était accumulée et avait franchi à plusieurs reprises le stade d’Une goutte d’eau illumine.
« Un gain inattendu. »
Il ne s’agissait pas seulement d’affiner ses arts martiaux et ses techniques externes en mourant encore et encore. Son énergie interne se raffinait elle aussi naturellement.
Tandis que Cheon Hwi se concentrait, la voix de Yi Mu-gwang lui parvint faiblement.
« Les méthodes de culture de l’énergie interne n’ont rien de grandiose. »
Les yeux clos, Cheon Hwi écouta la voix de son maître.
« En effectuant une Petite Circulation grâce à un simple contrôle du qi interne, tu peux débarrasser ton corps des maux persistants et renforcer tes os et tes tendons. Tu ne parviendras pas à accomplir une Petite Circulation complète, mais tu devrais pouvoir en effectuer une partie. Tu as sûrement déjà réussi sans t’en rendre compte, en combattant. Surtout dans ces circonstances. »
Suivant les indications de Yi Mu-gwang, Cheon Hwi se concentra sur son dantian.
« Vas-y doucement. Si tu forces, tu risques fort de te blesser à l’intérieur. Si l’impatience endommage tes voies énergétiques, aucun remède ne pourra y faire quoi que ce soit. »
Selon Yi Mu-gwang, même si l’on comprenait théoriquement les Huit Vaisseaux extraordinaires et les Douze méridiens principaux, cette compréhension n’avait rien à voir avec l’ouverture des points d’acupuncture.
En plein combat, le qi interne ne circulait pas selon ce que l’esprit avait compris, mais selon ce que le corps avait mémorisé.
« Aujourd’hui, nous commencerons par la Petite Circulation, en faisant circuler doucement le qi interne le long du Vaisseau Ren et du Vaisseau Du. »
« Oui. »
Cheon Hwi attendit la suite des instructions.
Mais il n’y en eut pas.
Ne tenant plus en place, Cheon Hwi ouvrit les yeux et posa la question. Yi Mu-gwang, les bras croisés, le regardait comme s’il se demandait pourquoi il ne se concentrait pas.
« Qu’est-ce que je dois faire, maintenant ? »
« Comment ça, qu’est-ce que tu dois faire ? C’est tout. Pour le reste, tu dois le découvrir par toi-même, avec ton corps. »
« … Vous ne venez pas de parler de blessures internes ? »
« Je suis sûr que tu en es capable. Ton corps l’a déjà fait. Tu ne t’en es simplement pas rendu compte. »
« Sa méthode d’enseignement est encore plus bâclée qu’elle en a l’air. »
Cheon Hwi rassembla prudemment, par la seule force de sa volonté, l’énergie qui clapote au fond de son dantian.
De l’eau s’était accumulée au fond d’une caverne sombre et étroite. Au début, le simple bruit d’une goutte tombant dans le bassin lui avait semblé prodigieux. À présent, l’eau s’étalait sur une surface de la taille de sa paume. Une faible lueur ondulait à sa surface immobile.
Cheon Hwi s’assit devant elle, les jambes croisées, et concentra son esprit.
À chaque respiration, l’eau semblait bouillonner et entrer en ébullition.
Une petite quantité de qi interne s’en éleva.
La sensation était étrange.
En observant cette énergie monter comme une brume de chaleur, il sentit son qi yang être attiré quelque part, puis disparaître.
Comme un souffle qui pénétrait dans le corps, se répandait naturellement, puis se dispersait en lui jusqu’à ce qu’il expire sans savoir où il était passé.
Avant qu’il ait pu saisir cette énergie, elle se dispersa quelque part dans son souffle. Il était difficile de savoir où elle était allée.
Il y avait un endroit où le qi interne qui s’élevait était attiré puis dispersé.
Cheon Hwi se concentra sur le qi interne qui se répandait au rythme de sa respiration. Il suivit le flux d’énergie pour découvrir où il le menait.
« Est-ce le Vaisseau Du ? »
Cheon Hwi se rappela vaguement les explications de Yi Mu-gwang. Le qi interne bouillonnant, chargé d’énergie yang, circulait le long du Vaisseau Du.
L’énergie descendit d’abord dans son bas-ventre et atteignit le point Huiyin. Cheon Hwi ignorait le nom de ce point d’acupuncture, mais, dès qu’elle y parvint, il sentit étrangement un obstacle lui barrer le passage.
Plus précisément, c’était comme si un courant impétueux avait été arrêté par quelque chose de minuscule et ne pouvait plus avancer correctement.
Il avait l’impression que quelque chose était complètement obstrué. C’était peut-être parce qu’il n’avait jamais fait circuler son qi interne de cette manière.
Sans peur, Cheon Hwi fit monter un peu plus de qi interne.
Puis, au moment où il le poussa imprudemment dans l’interstice qu’il percevait…
Boum !
« Argh ! »
Un choc sourd et une douleur, comme si quelqu’un l’avait frappé au bas-ventre, firent monter les larmes aux yeux de Cheon Hwi.
L’énergie trouble qui bloquait le point d’acupuncture éclata et s’échappa avec son souffle.
À cette vue, Yi Mu-gwang comprit aussitôt ce que faisait Cheon Hwi et son visage prit un air surpris.
« Il est plus courageux qu’il n’en a l’air. »
Il venait tout juste de mettre Cheon Hwi en garde contre les blessures internes, et voilà que le garçon ouvrait un point d’acupuncture sans la moindre crainte. Le léger froncement de ses sourcils laissait penser que cela avait dû faire mal.
Un bruit sourd d’éclatement sembla retentir.
Les points d’acupuncture restés fermés toute sa vie ressemblaient à des canaux de boue durcie. Chaque fois que l’énergie les frappait, ils tremblaient violemment et les impuretés solidifiées étaient raclées.
Pourtant, Cheon Hwi ne cilla même pas. Cette douleur n’était rien comparée à la sensation du sabre de Gyu Pae lui tranchant la taille ou d’un coup de pied puissant lui enfonçant la poitrine.
Crac !
Une fois le passage ouvert, le qi interne brûlant se rua vers le haut sans retenue.
L’énergie remonta l’intérieur de la colonne vertébrale de Cheon Hwi.
Jiaji. Dazhui. Yuzhen.
Cheon Hwi n’avait aucun moyen de connaître le nom de ces points d’acupuncture, mais il ressentait quelque chose de distinct chaque fois qu’il en franchissait un. À vrai dire, chaque obstruction semblait avoir une nature différente.
Parfois, il avait la sensation d’un vent balayant un champ de boue sèche. D’autres fois, c’était comme frôler les racines ou le tronc d’un arbre mort et crevassé. Il y en avait aussi qui semblaient gluantes, comme de la boue profonde.
À chaque passage de l’énergie, les impuretés étaient raclées et emportées avec elle.
Floc.
Un filet de sang noir coula du nez de Cheon Hwi. C’était du vieux sang mêlé d’énergie trouble, qui dégageait une odeur de pourriture.
Crac, crac !
Comme des articulations désaxées qui se remettaient en place, le qi interne remontant le long de la colonne vertébrale de Cheon Hwi continua de frapper, de racler et de briser les impuretés.
Le qi yang qui avait parcouru sa colonne vertébrale atteignit alors le Point Baihui, au sommet de sa tête.
En y parvenant, il sentit une fine membrane autour du Point Baihui.
Au contact de cette membrane, le qi interne, jusque-là semblable à de la vapeur, se raffina de nouveau en liquide. Comme la vapeur qui se transforme en eau de pluie dans les nuages, le qi interne s’accumula et se condensa avant de reprendre la forme d’une seule goutte.
Elle redescendit alors le long du Vaisseau Ren, à l’avant de sa poitrine, comme la rosée qui roule sur une feuille, et regagna son dantian inférieur.
Ploc.
Dans la caverne qu’il voyait les yeux clos, une goutte tomba devant Cheon Hwi et fit onduler la surface de l’eau.
Le qi interne venait d’accomplir un cycle où le début et la fin ne faisaient plus qu’un.
Cheon Hwi venait d’effectuer une Petite Circulation complète pour la première fois.
Cheon Hwi ouvrit les yeux, satisfait.
Puis il fut saisi d’effroi. Une énergie trouble s’élevait lentement de sa peau et s’écoulait de son nez et de sa bouche, comme s’il expirait de la fumée de cigarette.
À mesure que ses points d’acupuncture s’ouvraient, les vieilles impuretés qui adhéraient à son sang et à ses os étaient remontées et s’étaient échappées d’un seul coup.
Hoooo.
Une fumée noire se dispersa de sa bouche avec son expiration.
Une puanteur épouvantable, comme celle du fond d’un égout qu’on venait de curer, envahit la pièce.
Yi Mu-gwang ouvrit calmement la fenêtre, bien qu’il fût lui aussi très surpris par Cheon Hwi. Quoi qu’il fasse, celui-ci dépassait toujours d’un cran les attentes de Yi Mu-gwang.
« Purifier autant d’énergie trouble dès sa première Petite Circulation… »
Quand un artiste martial ordinaire effectuait sa première Petite Circulation et expulsait l’énergie ancienne, il ne parvenait à libérer qu’un peu d’énergie trouble par les pores ou au fil d’une respiration difficile.
Yi Mu-gwang n’avait jamais vu qui que ce soit expulser une telle quantité d’énergie trouble noire avec une violence pareille par les sept orifices, lors d’une simple Petite Circulation plutôt que d’une Grande Circulation.
« … Bien joué. »
Une exclamation étouffée échappa aux lèvres de Yi Mu-gwang.
Peut-être était-ce parce qu’il était né sans peur, mais le garçon ne tremblait pas, même au cours de sa première Petite Circulation.
La plupart des gens auraient naturellement été gagnés par la peur. Mais lui, pas du tout. Il ressemblait à quelqu’un qui n’avait plus d’avenir.
« Tu progresses plus vite que je ne le pensais. »
Incapable de cacher sa surprise, Yi Mu-gwang caressa sa barbe. Cheon Hwi semblait avoir brisé la mince coquille d’un vagabond de troisième ordre et acquis un peu de l’allure d’un véritable artiste martial, un artiste martial de deuxième ordre doté d’une véritable énergie interne.
« Je crois que j’ai réussi quelque chose ! »
Les yeux de Cheon Hwi brillaient comme ceux d’un enfant.
« Réussi quelque chose ? Tu crois être devenu un artiste martial de deuxième ordre parce que tu as effectué une seule Petite Circulation ? »
« Ce n’est pas le cas ? »
« Pas du tout, gamin. Il faut pouvoir utiliser au moins un art martial adapté à ta méthode de culture de l’énergie interne pour être considéré comme un artiste martial de deuxième ordre. »
« Tss. »
« Il est important d’apprendre des arts martiaux adaptés à ta méthode de culture de l’énergie interne. Le qi interne est fourni en quantité exacte par les points d’acupuncture appropriés ; la méthode de culture et les arts martiaux se complètent donc, se tirent et se poussent l’un l’autre, et déploient ainsi une puissance supérieure à celle qu’ils pourraient produire séparément. Ce n’est pas un art martial profond des Neuf Sectes et de l’Unique Gang. Ce ne sont que des arts martiaux de troisième ordre, alors ils ne s’accordent peut-être pas très bien avec la méthode de culture, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont incompatibles. »
Cheon Hwi laissa échapper un petit rire. Il avait enfin l’impression d’avoir acquis un peu de l’allure d’un artiste martial.
« Ne te réjouis pas trop. Tu viens tout juste de mettre le pied sur cette voie. Que tu aies tué Gyu Pae ou non, tu restes un novice en matière de contrôle du qi interne. »
« Oui. »
« Et tu pues. Va te laver. »
Ce n’est qu’alors que Cheon Hwi remarqua la puanteur qui émanait de son corps.
L’énergie trouble qui s’écoulait de sa bouche, de son nez, de ses oreilles et de ses yeux avait taché son col et son menton. Ça sentait le sang pourri mêlé de boue.
Cheon Hwi eut un rire gêné.
« Ah. Non. Puisque tu vas te laver, de toute façon… »
Yi Mu-gwang sortit un élixir de sa robe en parlant.
« Mange d’abord ça, puis va te laver. »
La Pilule de la Petite Carapace, un élixir que la Pharmacie Cheongmok avait remis à Cheon Hwi en supplément pour le travail qu’il avait accompli cette fois-ci.
Ce que Cheon Hwi et Yi Mu-gwang avaient transporté pour la Pharmacie Cheongmok était un élixir préparé à partir de tortues à carapace molle, appelé Élixir de la Tortue à carapace noire.
Il n’était pas préparé à partir d’une tortue ordinaire. On obtenait cet élixir en faisant bouillir le sang et la carapace d’une Tortue à carapace noire centenaire avec plus de quarante ingrédients médicinaux.
La Pilule de la Petite Carapace était un élixir inférieur, presque une version de piètre qualité de l’Élixir de la Tortue à carapace noire. Son effet n’atteignait même pas le centième de celui de l’Élixir de la Tortue à carapace noire, mais même avec de l’argent, un simple artiste martial de troisième ordre aurait du mal à s’en procurer.
« Si je mange ça, est-ce que je deviendrai plus fort que vous, maître ? »
« Tu crois que c’est possible ? »
Yi Mu-gwang lança nonchalamment le petit sachet à Cheon Hwi, comme s’il craignait que celui-ci ne devienne cupide s’il le gardait plus longtemps.
En voyant combien Yi Mu-gwang semblait réticent à s’en séparer, Cheon Hwi se dit qu’il pouvait mesurer à la fois sa valeur et la bonté de Yi Mu-gwang.
Aucun artiste martial de deuxième ordre ne pouvait s’empêcher de convoiter un élixir.
« Ne t’inquiète pas et concentre-toi. Je monterai la garde. »
De peur que le moindre courant d’air ne vienne troubler la concentration de Cheon Hwi, Yi Mu-gwang n’ouvrit aucune fenêtre, malgré la puanteur.
« Merci, maître. »
Glou.
Yi Mu-gwang monta la garde pendant que Cheon Hwi entrait en circulation du qi.
Les cris avinés des artistes martiaux au rez-de-chaussée de l’auberge résonnaient à travers les murs. Le chant des insectes emplissait les silences entre leurs éclats de voix.
Mais aucun de ces sons ne parvenait aux oreilles de Cheon Hwi.
La pilule tombée dans le petit puits de la caverne bouillonnait et produisait un immense nuage de vapeur.
Cheon Hwi le savait instinctivement.
Si cela tournait mal, l’élixir risquait de le consumer.
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