Chapitre 685
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Chapitre 685 : Caisse de ravitaillement de qualité spéciale (2)
―…….
Poachi, dont le corps était soudain devenu transparent à près de soixante-dix pour cent, baissa les yeux sur lui-même, l’air déconcerté.
― Vous me demandez de me battre en dissimulant mon corps comme ça ? Quelle lâcheté.
Yeongwoo tira alors la capuche de la cape et la posa sur la tête de Poachi, avant de répondre sans la moindre honte :
« En quoi sauver des vies pourrait-il être lâche ? »
Entre-temps, la silhouette de Poachi avait presque entièrement disparu du pont.
On ne distinguait plus que quelques morceaux de son armure à travers l’ouverture devant la cape, une partie de ses genoux et la pointe de ses pieds.
« Comme vous l’avez dit, monsieur, si la Famille Salzeo apprend votre existence, elle cherchera à se venger de façon terrifiante. Alors, faites attention à ne pas révéler votre identité. »
Sur ces mots, Yeongwoo se tourna vers Neheren.
« Et cette fois, tu descends avec nous. »
— … Quoi ? Pourquoi moi ?
« Tu as dit que le type manchot était quelqu’un dont le jeune patriarche s’occupait personnellement, non ? Son bureau sera donc d’une tout autre taille et d’une tout autre structure que l’endroit où tu étais. On a besoin de toi. »
— Je ne vois toujours pas pourquoi.
« Au moins, tu t’y retrouveras mieux que moi. Et puis, on pourra toujours se servir de ton code unique. »
En vérité, Yeongwoo comptait traîner Neheren avec lui pour pouvoir s’en servir comme otage si les choses tournaient mal, mais il ne prit pas la peine de le dire à voix haute.
« Bon, ouvrons le portail. »
À ces mots, le Vaisseau terrestre regarda Tspodal par la fenêtre.
『Le vaisseau de la Famille Salzeo est en réparation pour le moment, de toute façon. Il va donc falloir utiliser des capsules de largage.』
« Cette fois, on connaît précisément le lieu d’atterrissage. Ça me va. »
Le Vaisseau terrestre lança un regard inquiet à Neheren.
Après tout, un héritier noble qui dépendait d’une jambe artificielle n’avait sûrement jamais embarqué dans un engin aussi bon marché qu’une capsule de largage.
『Il… va vraiment s’en sortir ? Le choc à l’atterrissage sera considérable.』
Le Vaisseau terrestre murmura à voix basse en jetant un coup d’œil en coin à Neheren. Yeongwoo se frotta nonchalamment sous le nez.
« Ça lui fera une bonne expérience. S’il ne le fait pas maintenant, quand aura-t-il l’occasion de monter dans une capsule de largage ? »
『Qui sait.』
Finalement, le Vaisseau terrestre ouvrit à contrecœur un portail vers les capsules de largage, et la pointe du Bâtard de Yeongwoo se dirigea vers son entrée.
« Allez, tout le monde. Dépêchons-nous d’en finir et rentrons. »
* * *
Jeong Yeongwoo, chef de la Famille Renaissance.
Poachi Shalmoram, l’épée qui sauve des vies.
Et Neheren Salzeo, l’un des descendants directs de la Famille Salzeo.
Ces trois êtres, aux origines, aux tempéraments et aux circonstances bien différents, embarquèrent chacun dans leur capsule de largage et contemplèrent l’espace par les petits hublots.
« Pour l’instant, on ne dirait pas qu’ils s’apprêtent à tirer. »
Yeongwoo parla en se contorsionnant dans l’étroite capsule. La voix de Neheren lui parvint par l’appareil de communication.
— Évidemment. Ils sont probablement encore en train d’évaluer la situation. Et le fait que vous n’ayez pas attaqué les premiers a dû jouer en votre faveur.
Puis il poursuivit :
— Mais ça ne saurait tarder. La position de notre famille, c’est qu’« il n’y aura aucune négociation pour une rançon ». Bientôt, des ordres seront donc transmis à Tspodal.
« Quels ordres ? »
— Battez-vous avec fierté.
« … Ils sont cinglés. C’est carrément les envoyer à la mort. L’adversaire, c’est un Vaisseau-planète. Et celui qui contrôle Tspodal, ce n’est pas le cadet du jeune patriarche ? »
— Même le jeune patriarche ne peut pas aller contre la volonté de la famille. C’est pour ça qu’ils ont plutôt investi dans la sécurité de son cadet et la qualité de sa caisse de ravitaillement.
« Cette histoire me fait vraiment plaisir à chaque fois que je l’entends. »
—…….
« Bref, ça veut dire que Tspodal n’a pas encore complètement pris position. Tant que l’embuscade réussit, on ne se fera pas canarder par les défenses antiaériennes. »
— Pour l’instant, oui.
Pendant que Yeongwoo et Neheren échangeaient ainsi, les hublots des capsules de largage se mirent à rougir sous la chaleur.
Ils étaient enfin entrés dans l’atmosphère de Tspodal.
« À l’atterrissage, on va s’écraser juste devant le bureau du manchot. Alors, restez sur vos gardes. »
À peine Yeongwoo eut-il parlé que l’atmosphère bleutée envahit le paysage extérieur, tandis que des crissements aigus raclaient la coque des capsules.
Kriiiiiiiii !
— C’est quoi, ce bruit ? On dirait que le vaisseau va se disloquer !
« Tu comprends, maintenant ? Les voyages spatiaux ont toujours été dangereux. »
— N-non, sérieusement, ce bruit est terrifiant !
L’expérience de Neheren Salzeo parmi les gens du peuple ne dura pas bien longtemps.
Quelques instants plus tard, les trois capsules de largage s’écrasèrent au sol les unes après les autres.
KwaKwaKwaKwang !
Comme toujours, elles éclatèrent dans toutes les directions et projetèrent leurs passagers en l’air.
Paaaang !
— Ouaaaaaah !
Pour sa première descente de ce genre, Neheren poussa un hurlement rauque en étant propulsé dans les airs. Yeongwoo accourut et l’attrapa par l’épaule.
Kwak !
Le bougre fonçait tête la première vers le sol.
« Tu veux mourir ? Tu ne sais même pas garder l’équilibre ? »
— … Tu ne me surestimerais pas un peu, par hasard ? Ça fait déjà des années que je n’ai pas vraiment utilisé mon corps. Et même avant ça, je n’avais jamais fait un truc pareil.
Neheren contempla alors, horrifié, la capsule de largage réduite en miettes.
— Mais pourquoi quelqu’un monterait dans un engin aussi délirant… ?
« Tout le monde n’a pas, comme toi, un permis de réquisition de vaisseau planqué dans sa caisse de ravitaillement. »
Après avoir remis sur pied Neheren, à moitié affaissé, Yeongwoo regarda le bâtiment bleu foncé qui se dressait à une dizaine de mètres à peine.
« C’est donc le bureau du manchot. Il est nettement plus grand que l’endroit où tu logeais. »
— … Ce qui signifie qu’il y aura aussi plus de gardes. Tout ton plan risque de tomber à l’eau. Même un Maître de vaisseau-planète ne peut pas être invincible, si ?
« Ah, à ce sujet… »
Yeongwoo allait répondre quand l’entrée du bâtiment s’ouvrit de part et d’autre. Des chevaliers en armure blanc argenté en jaillirent.
« Ils sont nombreux. »
Comme Neheren l’avait dit, la sécurité de Tspodal n’avait rien à voir avec celle de Girgo.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Rien que parmi les gardes visibles, il y en avait déjà douze, et l’aura qu’ils dégageaient n’avait rien d’ordinaire.
*Ils ont au moins deux niveaux de plus que ceux de Girgo.*
Autre détail étrange : chacun portait une longue plume au sommet de son casque.
Sans doute un insigne de rang.
Neheren, qui avait lui aussi remarqué les « plumes », recula, le visage livide.
— Je crois qu’on a fait une g-grosse erreur.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
— Le jeune patriarche a investi bien plus que prévu.
« Tu parles de ces gardes ? »
— Oui, ce sont des… Hiseras.
« Et alors ? »
— Les gardes de haut rang de notre famille.
À peine Neheren eut-il murmuré ces mots que l’un des Hiseras, après avoir remarqué sa peau pâle et ses cheveux gris cendré, s’inclina respectueusement.
— Seigneur Neheren, alors qu’un site d’amarrage vous était réservé, vous êtes venu directement ici.
Le ton était extrêmement poli, mais il dégageait en même temps une froideur glaciale.
Quelle que soit l’identité de l’autre partie, difficile d’accueillir chaleureusement des visiteurs qui s’étaient présentés sans prévenir devant le bureau du dirigeant de la planète.
Neheren, qui n’avait pas l’habitude de ce genre de situation soudaine, se contenta donc d’ouvrir et de refermer maladroitement la bouche.
— C-c’est-à-dire, eh bien…
En même temps, ses yeux bleu foncé passaient de Yeongwoo aux douze Hiseras, puis revenaient à Yeongwoo.
Dès le départ, il n’était ni tout à fait du côté de la Famille Salzeo, ni entièrement de celui de ce fichu brigand. Il ne savait donc pas comment se comporter.
Yeongwoo prit alors les devants.
« Nous sommes venus discuter avec votre chef. Alors, laissez-nous passer. Nous ne sommes pas là pour nous battre. »
Le Hisera à l’avant du dispositif posa la main sur l’épée à sa ceinture et répliqua sèchement :
— Ceux qui ne font pas partie de la Famille Salzeo n’ont aucun ordre à nous donner.
Puis il reporta son attention sur Neheren et reprit d’un ton tout aussi froid :
— Seigneur Neheren, veuillez d’abord vous rendre à la zone d’amarrage. Nous allons vous y escorter.
C’est alors que les onze autres Hiseras dégainèrent leurs épées en même temps.
Shwaaaaaat !
Par « escorter », ils entendaient aussi éliminer tous les visiteurs autres que Neheren.
« Ils sont vraiment compétents. »
Surpris par la pression meurtrière des Hiseras, Yeongwoo fit un pas de côté et jeta un coup d’œil derrière lui.
En direction de nul autre que le Vertueux de grade trois, l’épée qui sauve des vies, Poachi Shalmoram.
« Monsieur, il serait temps de vous mettre à sauver des vies. »
Yeongwoo désigna le dispositif des Hiseras avec un sourire féroce. Entièrement dissimulé sous la cape transparente, Poachi laissa alors filtrer une faible présence.
― L’Ordonnateur doit sûrement assister à toute la scène. C’est honteux au-delà des mots.
Les Hiseras comprirent alors qu’un autre intrus était présent. Ils formèrent un demi-cercle et se mirent en état d’alerte.
— Il y a quelqu’un de caché ! Trouvez-le !
Au moment même où retentit cet ordre, une petite sphère métallique jaillit du dispositif des Hiseras.
Paaat !
« Ah. »
Au moment où Yeongwoo comprit instinctivement qu’il s’agissait d’une sorte de détecteur…
Hwat !
Poachi passa un bras hors de la cape et referma légèrement le poing.
Aussitôt, la sphère métallique qui décrivait un arc dans les airs se ratatina sur place, avant même de s’activer.
KwaJik !
— C-cette…
— Impossible.
En voyant le détecteur écrasé sans avoir été touché, les Hiseras comprirent immédiatement.
— Un être de grade trois… !
Pour la première fois, une trace de peur se glissa dans leurs voix. Juste après, Poachi Shalmoram déploya une puissance digne d’un « Grand Être ».
À l’instant où il ouvrit la main qu’il avait passée hors de la cape, le dispositif des douze Hiseras s’effondra comme s’il avait explosé.
PuhUhUhUng !
Une force invisible projeta les Hiseras dans toutes les directions. Puis Poachi, dissimulé sous sa cape transparente, surgit au milieu du champ de bataille en dégageant une puissance écrasante.
Kwaaaaaaaat !
*C-c’est dingue. Voilà donc ce qu’est un Vertueux ?*
Le corps à moitié paralysé, les Hiseras s’écroulèrent impuissants sous l’attaque de Poachi. À ce moment-là, trois autres Hiseras déboulèrent du bâtiment bleu foncé.
Comme le tumulte à l’extérieur ne s’apaisait pas, des renforts étaient arrivés.
À cette vue, Poachi cria à Yeongwoo :
― L’intérieur doit être vide, maintenant ! Dépêchez-vous !
« Ah, oui. »
Si le manchot se rendait compte que la situation avait complètement dégénéré et ordonnait un bombardement, le Vaisseau terrestre ne risquait-il pas de subir des dégâts considérables ?
Après avoir vu Poachi plaquer au sol même les Hiseras qui venaient d’arriver, Yeongwoo hissa rapidement Neheren sur son dos.
Hwaeak !
— A-attends, qu’est-ce que tu fais ?
« À voir la situation, j’ai l’impression que ces types ne sont pas les seuls à protéger le manchot. »
— … Quoi ?
« Tu l’as dit toi-même, non ? Qu’on ne t’avait même pas affecté de Subua. »
Subua.
Les secrétaires personnels et les assassins affectés aux descendants directs de la Famille Salzeo.
— Ah.
Devant l’excellente mémoire du fichu brigand, Neheren en resta bouche bée.
Bientôt, l’ombre de Yeongwoo s’étendit sur le visage assombri de Neheren.
« Contrairement à toi, je parie que le manchot a droit à un de ces fameux Subua. »
— Et alors ? Quel rapport avec moi ?
Neheren lui ayant répondu ainsi, Yeongwoo entra dans le bâtiment bleu foncé et répliqua :
« Un Subua ne trancherait au moins pas la gorge d’un Salzeo comme toi, non ? Tu vas donc me servir de bouclier humain. »
— De b-bouclier humain… ?
Jamais de sa vie il n’avait entendu une expression aussi vulgaire. Neheren avait l’air au bord des larmes, mais Yeongwoo n’en avait cure et le hissa sur son épaule.
« Essaie au moins de protéger ton cou. Si tu perds un bras, on peut te le rattacher. Pour ton cou, en revanche, je ne garantis rien. »
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]