Chapitre 674
[Traducteur – Night]
[Relecteur – Gun]
Chapitre 674 : Le vaste monde (2)
Tous les canons de la station spatiale.
La station d’Herisa était, en somme, une réplique d’un vaisseau planétaire. Il était donc naturel que les canons qui la défendaient soient d’une efficacité remarquable.
Et puis, Herisa ne venait-elle pas de le dire elle-même ?
Sa station n’avait jamais été abattue.
« Vous allez… me donner tous vos canons ? Vous êtes sérieuse ? »
Devant cette offre qui dépassait ses attentes, Yeongwoo resta bouche bée. Herisa hocha la tête.
« Oui. Je suis sérieuse. »
« Et la station, alors ? Sans ses canons, impossible de livrer bataille contre une flotte. »
Herisa tourna le regard vers la zone industrielle, où la sonde venait d’être installée.
« Je compte rester quelque temps à quai sur Maden pour reconstruire l’armement de base. La nouvelle de la réintégration de Quiad va se répandre dans toutes les galaxies voisines. Personne ne cherchera donc à nous provoquer ici. »
« Le Président a vraiment une si grande Réputation ? »
Herisa pencha la tête, comme si la question l’étonnait.
« C’est un être de grade 3, vous savez ? »
« Certes, mais… »
« Vous avez sans doute du mal à vous en rendre compte, parce que vous êtes entouré de trop grands personnages. »
Yeongwoo haussa les épaules.
« C’est vrai, mais c’est aussi parce qu’il est humain. Comparé aux autres, ça me paraît moins réel. »
« Pourtant, vous êtes bien devenu Propriétaire d’un vaisseau planétaire, vous aussi. Les humains puissants peuvent être nombreux. »
« Même comme ça, je ne suis pas encore un grand être. »
« En revanche, vous êtes imprévisible. »
Sur ces mots, Herisa pointa au-delà du ciel son bras artificiel irisé.
« Approchez le Vaisseau terrestre autant que possible. Nous devons transférer les canons. Maden regorge de l’équipement nécessaire, ça ne prendra donc pas longtemps. »
« Mais… vous ne le regretterez pas ? Si vous perdez à la fois votre argent et vos canons… il vous faudra un bon moment pour les récupérer. »
Bien sûr, les canons de la station ne le laissaient pas indifférent. Mais, au bout du compte, cela revenait à dépouiller leurs semblables de leurs défenses, et cette idée ne lui plaisait pas vraiment.
En voyant Quiad et Herisa agir pour le bien des autres humains, il avait l’impression qu’il devrait, lui aussi, faire quelque chose.
Herisa secoua toutefois la tête sans la moindre hésitation.
« Ce n’est qu’une question de temps avant qu’on les récupère. Et, au fond, cette décision est elle aussi un investissement pour l’humanité. Après tout, si vous devenez plus fort, cela contribuera en soi à la prospérité de l’espèce humaine. »
« …Je ne suis pas vraiment du genre à vivre en poursuivant de si grands idéaux. »
Herisa laissa échapper un petit rire.
« Je le pense aussi. »
« … ? »
« Mais vous êtes assurément un individu à problèmes, et un jour, vous rendrez un grand service à l’humanité. Après tout, ce monde a une chose qui s’appelle le karma. »
Autrement dit, faire preuve de bienveillance envers le Propriétaire d’un vaisseau planétaire Jeong Yeongwoo était aussi un investissement dans le possible « retour » qu’il pourrait leur offrir un jour.
« Enfin… je ne suis pas sûr d’avoir l’occasion de vous rendre cette bienveillance avant de mourir. »
« Ce n’est pas forcément à nous que vous devez rendre la pareille. Chaque fois que vous rencontrerez un autre humain, tâchez de faire preuve de bonté si vous le pouvez. »
« …Un autre humain. Vous n’en avez pas déjà “récupéré” la plupart, Chancelière ? »
« Ceux que j’ai rencontrés ne représentent qu’une infime partie de l’ensemble. L’univers est vaste. »
En effet, même en tenant compte du protagoniste de la légende urbaine de la Ligne Frontière, il ne serait pas étonnant qu’il existe, quelque part dans ce vaste univers, d’autres humains aussi puissants que Quiad.
À l’heure actuelle, les humains qui se trouvaient à l’autre bout de l’univers ne se doutaient même pas qu’un humain était devenu Propriétaire d’un vaisseau planétaire.
« Ah, et aussi… »
Comme si elle venait de s’en souvenir, Herisa ajouta :
« Une fois le transfert des canons terminé, partez d’ici aussi vite que possible. »
« Pardon ? Pourquoi ? Je ne comptais pas rester ici éternellement, de toute façon. »
Yeongwoo se gratta la joue en parlant. La Chancelière Herisa le désigna de son bras artificiel irisé et le dévisagea.
« Vous êtes l’imprévisibilité incarnée. »
« … ? »
« Si vous restez ici, des choses qui “n’arrivent pas d’habitude” pourraient se produire. Par exemple, quelqu’un pourrait attaquer soudainement une station qu’on aurait privée de tous ses canons. »
« Donc, en gros… vous me dites de déguerpir avant qu’un pépin ne survienne ? »
« C’est à peu près l’idée. »
Herisa ouvrit les deux mains comme si elle n’y pouvait rien. Yeongwoo ne trouva rien à répondre.
Et, à vrai dire, elle n’avait pas tort.
« Bon… de toute façon, j’ai réglé tout ce que j’avais à faire ici. Il est temps de reprendre la route. »
Yeongwoo leva les yeux vers l’espace. Quiad prit alors la parole.
— Propriétaire d’un vaisseau planétaire, où comptez-vous aller maintenant ?
« Eh bien… où devrais-je aller pour me rapprocher d’un “exploit” ? Vous devez le savoir mieux que moi, Président. »
— Si je vous donnais la réponse, pourrait-on encore appeler cela un exploit ?
« …Dites plutôt que vous n’en savez rien. »
En vérité, Quiad n’avait pas tort non plus.
Si l’on pouvait tout régler en suivant simplement une méthode prédéterminée, l’univers appellerait-il vraiment cela un exploit ?
De plus, Quiad était un être de grade 3. Les préoccupations de Yeongwoo, qui venait à peine d’entrer dans les rangs du grade 5, ne pouvaient guère le toucher.
« J’ai entendu dire qu’il fallait accomplir un exploit pour devenir un être de grade 4… vous n’auriez pas une idée, par hasard ? »
À la question de Yeongwoo, Quiad croisa les bras.
— Avez-vous déjà vu la mer ?
Il parlait de la Mer des Statuts.
Yeongwoo hocha aussitôt la tête.
« Oui. Je l’ai vue avant même d’obtenir un titre. »
— Alors cela suffit. Tant que vous ne mourez pas quelque part dans l’univers, vous finirez par atteindre l’endroit que vous désirez.
« Vous ne pouvez vraiment pas me donner le moindre indice ? Par exemple, me dire si vaincre un être de grade 3 pourrait compter comme un exploit ? »
Il parlait de Mara, le Roi des Dix Mille Démons.
Une fois encore, Quiad ne lui donna pas de réponse catégorique.
— Je le répète : nul ne peut le savoir. Chaque être suit sa propre voie.
Il garda le silence un instant, puis ajouta :
— Poursuivez ce que vous estimez être le plus grand parmi les actes que vous pouvez accomplir. Un jour, cette trajectoire deviendra votre exploit.
Puis il s’adressa à voix basse à la Chancelière Herisa.
— Il est temps de rentrer.
Il voulait dire qu’il était temps de retourner sur le trône de Maden.
Herisa hocha la tête et s’adressa à Yeongwoo.
[Traducteur – Night]
[Relecteur – Gun]
« Propriétaire d’un vaisseau planétaire, il est temps que vous retourniez vous aussi sur Terre. Je vous enverrai tout de suite les coordonnées du portail pour le transfert des canons et la liste de l’équipement. »
« Compris. Y a-t-il autre chose que vous voudriez me demander ? »
« Beaucoup de choses, mais pour l’instant, je n’ai rien à vous offrir en échange. »
« … »
À ces mots, Yeongwoo fixa le bras artificiel irisé d’Herisa, qui recula d’un pas.
« Hors de question. Si vous voulez dépouiller quelqu’un, faites-le ailleurs. »
Une faible intention meurtrière apparut sur le visage d’Herisa, jusque-là affable. Yeongwoo écarta aussitôt les bras pour lui montrer qu’il plaisantait.
« Eh bien, à la prochaine. D’ici là, je serai peut-être devenu un grand être, moi aussi. »
Yeongwoo sortit une Pierre de retour de sa poitrine. La Chancelière Herisa lui adressa un léger signe de la main.
« Bon voyage, Propriétaire d’un vaisseau planétaire. »
Et enfin…
— Vivez longtemps.
Sur les adieux sans chaleur de Quiad, la lumière étrange de la Pierre de retour envahit le champ de vision de Yeongwoo.
* * *
Fiaaaat !
Lorsque la lumière étrange qui lui voilait la vue s’estompa, Yeongwoo se retrouva aussitôt face à un paysage familier.
L’intérieur de la passerelle, où se pressaient toutes sortes de criminels de grade 4.
Jeonggu accourut alors depuis l’autre côté.
« Je me demandais quand vous alliez revenir. Les gens rassemblés ici commencent à être mécontents. »
« Mécontents ? »
Yeongwoo fronça les sourcils. Tout près, les criminels de grade 4 s’avancèrent, le visage sombre.
— Hé, Propriétaire d’un vaisseau planétaire ! Combien de temps allez-vous encore nous garder coincés ici ?
— Laissez-nous partir, ou emmenez-nous quelque part où nous pourrons nous battre !
— Envoyez-moi dans la galaxie de Belmo. Ma base est là-bas.
— Allons d’abord dans la galaxie de Siugo. Je veux partir d’ici au plus vite.
Dès que le propriétaire du vaisseau, qui en détenait de fait tous les pouvoirs, apparut, la passerelle sombra dans le chaos.
Yeongwoo agita les bras et lança d’une voix forte :
« Hé, vous tous, taisez-vous un instant ! Comment des gens aussi réputés peuvent-ils manquer à ce point de dignité ? »
Les criminels de grade 4, qui réclamaient bruyamment qu’on les emmène à telle ou telle destination, se turent peu à peu.
« Bon, je vais régler ça tout de suite. Si quelqu’un doit absolument se rendre quelque part, il peut partir sur-le-champ. Après tout, personne ne peut vous retenir si vous décidez de vous en aller, pas vrai ? »
Quelques criminels levèrent la main pour demander :
— Alors, vous allez nous fournir des vaisseaux ?
« …Et où est-ce que je trouverais ça ? Vous n’avez qu’à nager jusque-là. »
À la réponse de Yeongwoo, le brouhaha reprit de plus belle.
— Vous vous attendez à ce qu’on traverse des centaines de galaxies à la nage ?
— Même en courant toute notre vie, on n’y arriverait pas.
— Espèce d’arrogant, tu te moques de nous parce que tu te crois protégé par ton Droit de gratitude ?
Les prisonniers de grade 4, furieux, montrèrent les dents.
Pourtant, aucun ne leva la main sur le Propriétaire d’un vaisseau planétaire.
Le Droit, un privilège garanti par l’univers, le protégeait.
« Si vous ne comptez pas vous enfuir à la nage dès maintenant, il va falloir patienter encore un peu. Nous partirons après le transfert des canons. Ça ne prendra pas longtemps, bien sûr. »
À ces mots, Earth cligna des yeux et tourna la tête.
『C’est sûrement ça. La liste des canons et le code de canal de la Chancelière Herisa viennent d’arriver.』
« Ah, vraiment ? Il y en a combien ? Je parle des canons. »
Earth leva les yeux au ciel, puis fit claquer ses doigts.
『Quatre-vingt-cinq unités au total.』
« Quoi ? »
Le Vaisseau terrestre était équipé de quarante-deux canons principaux et secondaires en tout.
Et pourtant, cette station spatiale, bien plus petite que le Vaisseau terrestre, était dotée de quatre-vingt-cinq canons. Un nombre stupéfiant.
『Bien sûr, leur puissance de feu n’égale pas tout à fait celle des produits Toma. Mais ils sont extrêmement nombreux, et plusieurs ont la puissance de canons principaux. On dirait qu’ils ont été fabriqués directement par des humains.』
Des humains.
Plus précisément, des « humains voyageurs de l’espace » qui avaient fabriqué ces canons de leurs propres mains.
Voilà pourquoi ils ont pu en installer autant : ils les ont fabriqués eux-mêmes.
Yeongwoo hocha la tête, comprenant. Le capitaine par intérim Mantero prit alors la parole avec prudence.
— Puisque nous allons rester à quai ici quelque temps de toute façon, puis-je faire une suggestion ?
« Oui, capitaine par intérim. Je vous écoute. »
— De toute façon, nous ne pourrons pas déposer personnellement toutes les personnes réunies ici. Alors…
Frouf.
Mantero tourna la tête vers le paysage visible par la fenêtre de la passerelle.
— Pourquoi ne pas d’abord demander à chaque passager où il veut aller, puis chercher une région située au croisement de leurs itinéraires ?
Autrement dit, trouver un lieu à l’intersection de toutes ces destinations et y débarquer les criminels en une seule fois.
De là, chacun pourrait rejoindre son territoire par ses propres moyens.
« Eh bien… ce n’est pas une mauvaise idée. Nous n’avons pas de meilleure solution pour le moment. »
Yeongwoo acquiesça en regardant les prisonniers. Cette fois, Jiseon leva la main.
« Qu’y a-t-il, Mère ? »
— Mais cette région située à l’intersection ne risque-t-elle pas d’être réduite en ruines ?
« Pardon ? »
— Tu crois vraiment que tous ces gens vont rentrer chez eux comme des citoyens civilisés ? Ils ne vont pas plutôt détourner les vaisseaux qui passent dans le coin ?
« Ah. »
Elle avait tout à fait raison.
Après tout, les prisonniers qui se trouvaient là n’étaient pas de simples criminels : c’étaient des évadés de Pahalufe.
Selon les lois cosmiques, leur grade était au moins de 5, voire de 4. Ils ne manquaient donc certainement pas de moyens pour se livrer à la piraterie.
Yeongwoo fronça les sourcils et réfléchit un instant.
Puis il releva les yeux et demanda à Mantero :
« Alors… où se trouve cette région maudite ? Trouvons-la vite. »
[Traducteur – Night]
[Relecteur – Gun]