Chapitre 667
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Chapitre 667 : La machine qui rêvait (1)
Le Dispositif d’observation.
Une installation conçue pour observer la tablette, et un appareil qui rendrait Lemu grand.
Depuis combien d’années Lemu avait-il commencé à préparer tout ça ?
« Ça doit remonter à plus de cent ans, au minimum. Et c’est un plan conçu par quelqu’un qu’on appelle le Concepteur. Même si le Président est très puissant, il ne pourra pas briser ce dispositif. »
Bien sûr, vu sous un autre angle, cela signifiait aussi qu’il fallait déployer des efforts colossaux pour menacer un être de grade 3.
Et Quiad n’était-il pas un être coupé de l’univers depuis six cent douze ans ?
S’il fallait tant d’efforts pour conclure un « marché » avec un Quiad comme celui-là, alors affronter quelqu’un comme la Présidente Dogo, qui était restée active tout ce temps…
« Ce serait tout bonnement impossible à tenter. Du moins pour un être de grade 4. »
C’était peut-être pour ça que Lemu avait imaginé ce plan.
Si ce Dispositif d’observation devait rendre Lemu, un être de grade 4, grand, cela signifiait-il qu’il allait passer au grade 3 ?
La Présidente Dogo avait beau avoir affirmé que Lemu resterait un être de grade 4 jusqu’à son extinction, l’intéressé rêvait depuis longtemps de gravir les échelons.
« … Une machine à rêver. »
À première vue, le nom avait quelque chose de romantique, mais la scène était tout sauf civilisée.
Crac !
Quiad venait une nouvelle fois d’écraser la tête de Lemu contre le sol.
— Ça ne te suffisait pas d’avoir introduit cette machine grotesque sur ma planète ? Maintenant, tu comptes devenir grand grâce à elle ? Tu oses te servir de moi comme d’un outil pour accomplir ton dessein !
□ J’avais prévu depuis longtemps que cela vous déplairait. Je n’ai donc rien à ajouter. Toutefois, je vous prie de vous rappeler qu’il n’y a pas d’autre solution.
— Quoi ?
Des étincelles jaillirent des pupilles de Quiad.
Mais il semblait déjà le savoir.
Il n’avait aucun moyen d’échapper au plan échafaudé pendant tant d’années par le « Concepteur ».
Même s’il était un être de grade 3, il lui était impossible de retirer en peu de temps le Dispositif d’observation, profondément ancré dans la planète.
Et récupérer le détonateur dissimulé dans le corps de Lemu avant l’activation de l’« autodestruction » représentait un risque bien trop grand.
Il ne restait donc que deux façons de sortir de cette situation.
Accepter les exigences de Lemu… ou bien…
« Il faudrait sinon abandonner tous les habitants de Maden. Même si cette planète explosait, cela ne compromettrait pas vraiment la survie du Président. »
Mais cela n’avait-il pas déjà été démontré ?
Les humains qui avaient été chassés dans l’univers, Herisa comprise, étaient particulièrement attachés à leurs semblables.
Quiad ne sacrifierait donc jamais d’innombrables humains dans le seul but de faire échouer le plan de Lemu.
Et Lemu le savait parfaitement. C’était précisément pour cette raison qu’il avait agi ainsi.
□ C’est inévitable.
—… !
□ C’est inévitable. Pour moi, comme pour Mezo.
Bien que Lemu fût plaqué au sol, c’était lui, en réalité, qui contrôlait la situation.
S’il avait hérité du surnom de « Concepteur », ce n’était pas pour rien.
—… C’est l’un des moments les plus désagréables de ma vie. Je peux les compter sur les doigts d’une main.
Enfin, Quiad rompit son bref silence.
— Alors, qu’est-ce que tu veux, au juste ? Tu ne convoites que l’énergie source de Maden ?
Lemu cligna lentement des yeux.
□ C’est exact. À l’exception du Dispositif d’observation, Maden restera entièrement à vous, seigneur Mezo. Et une fois l’énergie source utilisée, la fonction d’autodestruction du dispositif sera également désactivée.
Autrement dit, il n’avait qu’à autoriser une seule libération d’énergie.
D’une certaine manière, c’était très simple… et pourtant, complexe.
Car ainsi, il ouvrirait à Lemu, un être de grade 4, la voie vers le grade 3.
« Hein ? Mais franchement, il n’y a pas tant d’êtres de grade 3 que ça, dans tout l’univers ? Pourquoi s’acharne-t-il à barrer la route à Lemu, et à lui seul ? »
Alors que Yeongwoo penchait la tête, déconcerté, Lemu, qui l’avait remarqué on ne savait comment, se tourna vers lui.
□ Qu’est-ce qui vous intrigue, capitaine planétaire ?
« Euh… Je sais que ce n’est pas le meilleur moment pour m’en mêler, mais… est-ce vraiment une raison de se battre à ce point ? C’est vrai que le Président Lemu a commis une faute grave envers le Président, mais c’est aussi grâce à lui que vous avez pu vous échapper, non ? Enfin… probablement ? »
Dans le Secteur Noir, Lemu avait sauvé la vie de Jeong Yeongwoo. Au vu du résultat, il n’était donc pas faux de dire qu’il avait aidé Quiad à s’échapper.
De plus, le fait que Lemu ait déjà pris ses dispositions sur la planète où Quiad se rendrait juste après son évasion en disait long.
Si Lemu n’avait pas entrevu cet avenir, comment aurait-il pu installer à l’avance le Dispositif d’observation sur Maden ?
Lorsque Yeongwoo eut fini de parler et cligna des yeux, Lemu sourit, comme si la remarque lui plaisait.
□ Capitaine planétaire, c’est précisément là le problème.
« … Quoi donc ? »
Yeongwoo posa de nouveau la question, toujours aussi perplexe, et cette fois, Quiad intervint.
— Si j’ouvre la voie ici, cette machine deviendra un être de grade 3 capable de voir l’avenir.
« Ah. »
Ce n’est qu’alors que Yeongwoo sembla comprendre un peu. Il hocha la tête, sans en être tout à fait sûr.
Quiad poursuivit :
— Celui-là ne vit pas dans le présent. Le but de chacune de ses actions est donc imprévisible. Impossible de savoir quelle forme il prendra à l’avenir.
À ces mots, Lemu tourna les yeux vers Quiad.
□ Auriez-vous peur ?
— J’ai peur de ta volonté : prendre les miens en otage pour rendre réel l’avenir que tu as vu.
□ L’avenir est déjà écrit. Ce n’est donc pas une menace, mais simplement une étape du processus.
« … Beurk. »
Les derniers mots de Lemu donnèrent des frissons à Yeongwoo pour la première fois.
Et il commença enfin à comprendre.
Pourquoi Quiad tentait d’empêcher Lemu d’accéder à la « grandeur ».
— L’avenir est déjà écrit ? D’un simple mouvement de doigt, je peux bouleverser celui que tu as vu.
Quiad rejeta le déterminisme d’une manière très humaine.
Pendant ce temps, malgré sa position à la croisée de la vie et de la mort, Lemu paraissait parfaitement calme.
□ Cela vous sera impossible. Puisque l’avenir a déjà été observé, les actes que le seigneur Mezo peut accomplir sont eux aussi déterminés.
À ces mots, Yeongwoo resta bouche bée.
« H-Hé, si tu continues à le provoquer comme ça, ça va mal finir… »
Les humains étaient rationnels, mais aussi extrêmement émotifs.
Et ils étaient dotés d’un orgueil démesuré.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Qui plus est, son adversaire était un humain de grade 3, un être d’une puissance colossale, même à l’échelle cosmique.
Lui dire que « tout ce qu’il pouvait faire était déjà déterminé »…
— Ne raconte pas de conneries !
Comme prévu, Quiad, furieux, découvrit les dents. Son visage n’avait jamais paru aussi féroce.
— Un avenir prédéterminé ? Tu as vraiment vu cet avenir, machine ?
De toute évidence, Quiad avait pris sa décision.
Il leva une main, prêt à abattre une lame.
« N-Non… »
Yeongwoo ouvrit de grands yeux.
La main de Quiad avait déjà tracé une trajectoire d’un noir de jais, dirigée vers la nuque de Lemu.
Et alors, enfin…
Fchhhh !
Au moment où la main de Quiad allait atteindre la nuque de Lemu…
Crac !
Dans un bruit d’os qui se brisaient, l’avant-bras de Quiad s’immobilisa.
Juste devant la nuque de Lemu.
— Putain.
En fin de compte, Quiad ne put abandonner les siens.
Les paroles de Lemu s’avérèrent donc justes.
□ Comme je l’ai répété, ce n’est qu’une étape du processus. Même si je possède un détonateur, les habitants de Maden n’ont jamais couru le moindre risque de périr.
— Tais-toi !
Malgré la rudesse de sa voix, Quiad avait déjà reculé de quelques pas, s’éloignant de Lemu.
Était-ce vraiment le destin qui avait tout décidé à l’avance ?
Ou bien le choix de Quiad avait-il simplement coïncidé avec l’avenir inscrit sur la tablette ?
Quoi qu’il en fût, Quiad et Yeongwoo, qui vivaient simplement dans le présent, ne pouvaient connaître la vérité.
Leur confusion était telle qu’ils avaient l’impression que des vagues déferlaient dans leur tête.
Mais Lemu, qui croyait depuis longtemps au destin, se retourna comme si l’étape suivante l’attendait déjà.
Vers la silhouette blanche qui approchait depuis l’extérieur de la salle de réception.
□ Le moment de la restitution approche.
Cette silhouette n’était autre que la Chancelière Herisa.
Elle avançait le long de la ligne de guidage, vêtue d’un uniforme blanc.
« Chancelière. »
Yeongwoo tourna d’abord les yeux vers Herisa. Elle lui adressa un léger sourire, puis se raidit en percevant l’atmosphère qui régnait dans la salle de réception.
Elle ignorait visiblement tout du lien entre Maden et Lemu.
Si elle avait choisi Maden comme point de rendez-vous, c’était simplement parce qu’à ce moment-là, la planète était la plus proche de sa station spatiale.
« Lemu n’a pas vu une scène isolée. Il a saisi dans leur ensemble tous les événements liés à cet instant. »
Il n’avait peut-être pas vu tous les avenirs possibles, mais il avait au moins dû savoir à partir de quel moment et sur quelle planète il devait asseoir son contrôle pour réunir tout ce monde au même endroit.
Une capacité d’information vraiment terrifiante.
« Et quelqu’un comme lui va accéder au grade 3 ? »
Yeongwoo déglutit péniblement. Entrée dans la salle de réception, Herisa balaya la pièce du regard.
« La situation a l’air assez compliquée. »
Sur ces mots, Lemu se releva lentement et prit la parole.
□ Mais tout va bien maintenant. Nous avons assez parlé.
Herisa regarda alors Quiad plutôt que Lemu.
Elle attendait son accord.
Et bientôt…
— Avez-vous apporté la relique divine ?
Sans rien ajouter, Quiad l’interrogea sur la relique.
Herisa tira alors de sa ceinture une dague d’argent finement ouvragée.
« Bien sûr. C’est l’une des deux raisons de ma venue. »
L’autre raison était sans doute le règlement du solde restant dû au capitaine planétaire Jeong Yeongwoo.
Frouf.
Quand Herisa tendit le manche de la dague à Quiad, les yeux mécaniques de Lemu brillèrent.
Car dès que Quiad aurait reçu cette relique et recouvré l’autorité qui lui revenait de droit, le Dispositif d’observation installé ici s’activerait pleinement.
— Lemu.
□ Oui, je vous écoute.
— Quand le Dispositif d’observation commencera à utiliser l’énergie source de Maden, que pourras-tu voir ?
À cette question, Lemu leva les yeux vers le ciel pour la première fois depuis son arrivée.
Ou plutôt, au-delà du ciel… vers l’espace.
□ Si le concept de « contingence » existe dans ce monde, c’est à cause des avenirs qui n’ont pas été observés.
Il leva ensuite l’index et marqua un point dans l’air.
□ À l’instant où un avenir est observé, il se fixe. Du moins, à ma connaissance, il se réalise inévitablement.
— Alors un avenir qui n’a pas été observé peut changer.
□ Bien sûr. Puisque tout est inscrit dans le registre, même les avenirs inobservés y figurent. Et c’est précisément…
Fch.
Lemu marqua un autre point, ailleurs dans l’air.
Une ligne droite relia les deux points.
□ Ce que nous appelons l’« avenir prioritaire ». Celui qui devrait se produire, comme il est censé le faire.
— Mais tu dis que la contingence peut le changer ?
□ C’est exact. Peut-être que le chemin entre le présent et l’avenir n’est pas vraiment une ligne droite. Peut-être ressemble-t-il à une toile d’araignée, avec d’innombrables ramifications dues aux contingences innombrables.
— Alors ce que tu comptes observer grâce à ce Dispositif d’observation, c’est…
□ Oui.
Comme si l’instant était enfin venu, les pupilles de Lemu devinrent entièrement blanches.
□ Cette fois, ce que je compte observer, c’est la contingence. Désormais, même « ce qui pourrait arriver » peut être observé.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]