Chapitre 666
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Chapitre 666 : Les liens du sang (3)
— Tu dis que tu ne le regretteras pas ? Quelle arrogance ! As-tu toi aussi entrevu les Archives ?
Quand Quiad prononça le mot « Archives » avec mépris, la voix de Lemu, de l’autre côté de l’écran, changea subtilement.
« D’un certain point de vue, c’est en partie exact. »
— Quoi ?
« Mon avenir existe toujours. Et il en va de même pour toi, Mezo. »
La déclaration était extrêmement abstraite, mais le fait que son interlocuteur puisse voir des fragments de l’avenir donnait à chaque mot un sens profond.
On pouvait même y voir une allusion au fait que tout cela avait été prédestiné par les Archives.
« Le fait que Jeong Yeongwoo, à la fois humain et maître d’un vaisseau planétaire, ait un lien avec moi et qu’il t’ait sauvé n’est en aucun cas une coïncidence. »
— Le maître du vaisseau planétaire est arrivé à Pahalufe grâce au stratagème de la Chancelière Herisa. Oui, ce n’était pas une coïncidence, mais une fatalité.
« Cependant, si je n’avais pas sauvé le maître du vaisseau planétaire dans le Secteur Noir… le souhait de la Chancelière Herisa ne se serait jamais réalisé. »
Aux paroles de Lemu, Quiad finit par se taire.
— …
Puis il tourna lentement la tête vers Yeongwoo.
— Tu dois la vie à l’Architecte ?
Yeongwoo n’eut d’autre choix que d’acquiescer.
Quand il avait failli être tué par l’inspecteur mécanique Mohir, c’était indéniablement Lemu qui lui avait sauvé la vie.
« Et si… en me sauvant à l’époque, il avait tout fait pour que ce moment précis se produise ? »
La chute de Pahalufe.
Et l’évasion de Quiad Mezo, un humain de grade 3.
Comme Lemu occupait la planète de Quiad depuis au moins cent ans, il n’y avait pas d’autre explication.
Il attendait depuis très longtemps que Jeong Yeongwoo fasse sortir Quiad de Pahalufe.
« Mais pourquoi ? Sans Quiad, il n’y aurait même pas de conflit à l’heure actuelle. Il aurait pu garder Maden pour lui indéfiniment. »
Alors que Yeongwoo réfléchissait profondément, Lemu prononça ses derniers mots de l’autre côté de l’écran.
« Le trône de Maden est vacant depuis longtemps. Je vous prie de réintégrer votre rang légitime et de reprendre votre place. »
Sur ces mots, il coupa la transmission sans même prendre le temps de leur dire correctement au revoir.
Qu’ils choisissent de bombarder Maden ou de suivre la ligne lumineuse jusqu’au lieu désigné, c’était à eux de décider.
— Le mélange de la mécanique et des Archives me donne la nausée.
Le regard de Quiad se tourna de nouveau vers l’immense tour qui se dressait au-dehors.
Yeongwoo vint tranquillement se placer à côté de lui et regarda lui aussi par la fenêtre.
« Président, vous êtes curieux, vous aussi, non ? Vous voulez savoir ce qu’est exactement cette tour que l’Architecte a installée ici. »
— Je préfère ne pas mentir. Il s’agit très probablement d’un mécanisme lié aux Archives.
« Alors, pourquoi ne pas descendre lui demander de quel droit il occupe cet endroit ? Et si sa réponse ne vous plaît pas, arrachez-lui simplement la tête. »
— Tu en parles comme si ça ne te concernait pas.
« Eh bien, ce n’est vraiment pas le cas. De toute façon, c’est moi qui vous ai sauvé, Président, et si je suis venu ici, c’est uniquement pour récupérer le reste de mon paiement. Je n’ai donc aucune raison de culpabiliser. »
— Ha.
Quiad lâcha un rire creux, comme s’il était abasourdi.
Puis il regarda l’étrange colonne de lumière qui jaillissait de la tour.
— Très bien. Je vais parler à Lemu moi-même.
* * *
Avec l’accord de Quiad, le vaisseau terrestre se dirigea vers le quartier commercial indiqué par le bout de la ligne lumineuse.
Comme prévu, un mince rayon jaillit du centre du quartier commercial et indiqua précisément le point d’atterrissage.
— Pour la sécurité de tous, vous ne pouvez pas vous approcher davantage. Nous vous recommandons de prendre une navette à partir d’ici.
Mantero lui ayant expliqué cela, Yeongwoo regarda par la fenêtre et dit :
« Tant qu’à faire, prenons la navette des Salzeo. Président, vous devriez venir aussi. C’est votre retour après tout ce temps ; ce serait mal vu d’arriver les mains vides. »
— …
Quiad accepta la suggestion de Yeongwoo en silence, puis la Terre ouvrit un portail menant à la navette.
『Nous pouvons nous poser au point désigné puis revenir en pilote automatique. Cette fois, vous devriez donc y aller seuls, vous et M. Quiad.』
« J’ai l’impression d’être de moins en moins bien traité. »
『Cela signifie simplement que nous devons redoubler de prudence cette fois.』
Même si Lemu se montrait docile, cette rencontre pouvait dégénérer à tout moment en affrontement.
« Et pour le retour ? Si je monte dans la navette, elle se déplacera toute seule ? »
Cette fois, Mantero répondit :
— Il devrait y avoir un bouton rond et argenté à l’avant du cockpit. Appuyez dessus et l’ordre de retour sera immédiatement envoyé.
Il ajouta qu’une fois l’ordre donné, la navette regagnerait directement le vaisseau terrestre, même si des balles pleuvaient sur son trajet.
« … C’est une bonne chose ? »
— En cas de problème, nous vous couvrirons.
« … »
Une fois de plus, le maître du vaisseau planétaire était envoyé vers une situation où sa vie ne tiendrait qu’à un fil.
Ne sachant que dire de plus, Yeongwoo se posta tranquillement devant le portail.
« Cela dit, je ne pense pas qu’il se passera vraiment quelque chose. Le Président Lemu est la machine la plus courtoise que je connaisse. »
Tout en parlant, Yeongwoo jeta un coup d’œil à Quiad.
Après tout, le plus problématique de la bande était probablement l’homme qui venait tout juste de s’évader de Pahalufe.
« Allons-y. »
Sur ces mots, Yeongwoo franchit le portail, bientôt suivi par Quiad.
Fwoooosh !
À peine eurent-ils traversé le portail qu’ils se retrouvèrent à l’intérieur de la navette des Salzeo que Yeongwoo avait saisie. Quiad la reconnut aussitôt.
— Salzeo.
« Ils sont si célèbres que même vous les reconnaissez, Président ? »
— J’ai entendu dire qu’ils étaient particulièrement tenaces.
« … Ah. »
La réponse de Quiad impressionna Yeongwoo malgré lui.
La réputation des Salzeo était : « ceux qui se vengent toujours ».
Mais dans la bouche d’un être de grade 3, cette même description se résumait à : « particulièrement tenaces ».
« Bon sang, la puissance change vraiment tout. »
Yeongwoo fixait distraitement l’emblème des Salzeo gravé sur le panneau intérieur de la navette lorsque Quiad appuya lui-même sur le bouton de lancement dans le cockpit.
Clic.
— Tu as l’air d’apprécier Lemu.
« Il m’a sauvé la vie et il voit l’avenir. Pourquoi est-ce que je ne l’aimerais pas ? Vous n’aimez pas le Président Lemu, vous, Président Dogo ? »
La Présidente Dogo avait traité Lemu de vulgaire machine, et le mot « vulgaire » cachait en réalité l’idée même de vie.
Comme Lemu pouvait se procurer sans cesse de nouveaux corps et ressusciter tant que la Tour des machines restait intacte, il était incapable de livrer un combat où sa vie était en jeu.
Mais quelle était la raison de Quiad ?
Sa réponse fut quelque peu inattendue.
— Je ne crois pas. Maintenant que j’y pense, je n’ai pas vraiment de raison de ne pas l’aimer, tant qu’il ne fait rien de bizarre à mes gens. Cependant…
Fouish.
Quiad leva l’index et le pointa dans le vide.
— Lemu voit l’avenir. Ça change tout. Il ne vit pas dans le présent.
« Qu’est-ce que vous voulez dire exactement ? »
— Peux-tu deviner ses motivations ? Il agit pour faire advenir l’avenir qu’il a vu. Ses actes présents ne sont donc que des moyens d’atteindre un avenir lointain.
« Ah. »
— Ses paroles, ses actes, ses pensées. Rien de tout cela n’est digne de confiance. C’est pourquoi je ne peux pas accueillir Lemu à bras ouverts.
Comme on pouvait s’y attendre d’un être de grade 3.
Yeongwoo se reprocha d’avoir cru que Quiad n’était qu’une brute surpuissante.
Il avait beau avoir le tempérament violent d’un grand méchant, ce n’était pas un homme qui agissait sans réfléchir.
— La meilleure solution consiste donc à lui tordre le cou avant qu’il ouvre la bouche, puis à détruire cette installation suspecte.
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En fin de compte, Quiad en arriva à la conclusion qu’il suffisait d’écraser son adversaire.
Yeongwoo se sentit soudain un peu désolé pour Lemu.
Jusqu’ici, au moins, il n’avait causé aucun tort majeur, et pourtant il était persécuté uniquement parce qu’il était une machine — ou parce qu’il regardait dans l’avenir.
« À ce train-là, il finira par devenir un méchant même s’il essaie de vivre normalement. »
Lemu avait beau voir l’avenir, personne ne savait quel avenir il avait entrevu ni quel avenir il cherchait à atteindre.
Et pourtant, Quiad s’occupait de lui en partant d’emblée du pire scénario.
« Cela dit, le simple fait qu’il puisse voir ne serait-ce qu’une partie de l’avenir prouve à quel point ce pouvoir est redoutable. »
Yeongwoo venait de pousser son premier soupir depuis son arrivée quand la navette entière trembla et qu’un grondement retentit au-dehors.
Vrooooum !
Ils venaient enfin d’arriver dans le quartier commercial de Maden.
Chiiiiit… !
Le panneau intérieur de la navette se replia vers l’extérieur, ouvrant un passage, et une ligne blanche apparut sur le sol devant eux.
« Ce doit être le lieu de la rencontre. »
Yeongwoo désigna le grand bâtiment au bout de la ligne lumineuse. Quiad, qui venait de sortir de la navette, tendit alors la main vers le sol.
Fouish.
À la stupéfaction de Yeongwoo, une partie du sol se souleva en formant une dalle carrée et une épée jaillit de dessous.
« … Quoi ? »
— On dirait qu’ils n’y ont pas touché.
« Il y a des armes dissimulées sous les rues de la ville ? »
— Une précaution au cas où la planète serait prise.
Peut-être était-ce une sorte de vérification : Quiad remit l’épée dans le sol et poursuivit son chemin le long de la ligne lumineuse.
La salle de réunion était un bâtiment pentagonal situé à la périphérie du quartier commercial. Même Yeongwoo voyait bien que Lemu l’avait fait construire spécialement.
« Il a vraiment construit ce bâtiment à l’avance, juste pour aujourd’hui ? »
Étudier les Archives, gérer une entreprise de contenu pour adultes et s’agiter au milieu des êtres de grade 3…
Mais à quel point Lemu travaillait-il dur ?
Lorsque Yeongwoo et Quiad arrivèrent enfin devant le bâtiment, les lourdes portes de fer, hermétiquement closes, se déverrouillèrent et s’ouvrirent de chaque côté.
Clang !
Un vaste espace semblable à une arène de duel s’étendait devant eux.
Et Lemu se tenait droit, à une centaine de mètres devant eux.
— Lemu !
Quiad lança son nom d’une voix quelque peu agitée.
— En venant ici, je n’ai pas croisé un seul humain. Où sont mes gens ?
Lemu écarta légèrement ses mains vides et répondit :
□ Les habitants de Maden travaillent dans le quartier commercial central ; certains se trouvent dans le district industriel. Vous pourrez bientôt les rencontrer.
— Ils travaillent ? Tu ne voulais pas dire qu’ils sont esclaves ?
Sur ces mots, Quiad tendit la main, puis la referma en poing. Lemu, qui se trouvait à une centaine de mètres, fut alors attiré vers lui à une vitesse fulgurante.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Yeongwoo écarquilla les yeux devant ce pouvoir inconnu. Lemu, désormais pris dans la poigne de Quiad, fut plaqué au sol.
KWA-A-A-AK !
□ Ah, M. Yeongwoo. On dirait que je vous accueille chaque fois dans une posture peu présentable.
Même dans cette situation, Lemu salua Yeongwoo.
Quiad le saisit alors comme s’il allait lui arracher la gorge d’un instant à l’autre.
— Ça ne suffit pas, comme accueil ? Meurs. Je vais restaurer Maden.
Alors que les yeux de Quiad commençaient à luire de puissance, Lemu l’arrêta d’une brève déclaration.
□ Tous les humains de Maden mourront.
Quiad, qui l’écrasait comme une bête enragée, s’immobilisa.
— Quoi ?
□ Ce corps contient un dispositif de détonation. Dès que je cesserai de respirer, le « Dispositif d’observation » installé dans le district industriel explosera, et cette planète ne s’en sortira pas indemne.
Sa voix mécanique et inhumaine rendait ses paroles crédibles.
« Le Dispositif d’observation ? Vous parlez de cette tour ? Vous y avez installé un mécanisme d’autodestruction ? »
Lemu acquiesça à la question de Yeongwoo.
□ C’est un équipement qui m’est très précieux. J’espère sincèrement qu’il n’explosera pas.
— Espèce de malade.
Quiad, qui s’apprêtait à faire luire de nouveau ses yeux, recula.
Son adversaire était peut-être un maître de la tromperie, mais il savait instinctivement que Lemu ne venait pas de mentir.
— Qu’est-ce que tu cherches exactement ?
Quiad n’engagea la conversation qu’à cet instant. Lemu leva les yeux vers lui, l’air plus détendu.
□ Pendant toutes ces années, « Maden » ne m’a jamais reconnu comme son représentant planétaire.
« Maden. »
Il parlait de la planète elle-même.
Comme si la Terre avait une volonté propre.
— Et alors ?
□ Je vous prie donc de réintégrer votre rang et d’exercer votre Autorité en tant que représentant planétaire.
— Autorité sur quoi ?
□ J’ai besoin de l’énergie source de Maden. L’emplacement de cette planète est idéal, mais il me faut davantage d’énergie pour faire fonctionner pleinement le Dispositif d’observation.
— On dirait donc que tu ne fais pas quelque chose de complètement insensé.
Quiad relâcha la gorge de Lemu.
Puis il prit, comme tout à l’heure dans le cockpit, un air parfaitement écœuré.
— Ce dispositif sert à consulter les Archives ?
Lemu acquiesça sans la moindre hésitation.
□ C’est le dispositif qui me rendra grand.
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