Chapitre 600
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Chapitre 600 : Le bon sens (2)
« Quoi ? Tu veux dire que tout le monde devait attendre qu’un idiot inconscient démonte un vaisseau pièce par pièce ? »
Yeongwoo posa la question, bouche bée.
Kejen secoua la tête.
— Inconscient ? Dans ce genre de situation, tu pourrais au moins appeler ça du courage. Ce sont eux qui prennent des risques pour nous.
« Non, franchement, il y a tant d’idiots que ça ? Tu veux dire qu’à chaque fois que tu as volé un vaisseau, tu as attendu que quelqu’un d’autre le mette en pièces ? »
— L’univers est vaste. Les fous courageux ne manquent pas.
Sur ces mots, Kejen se releva, comme s’il n’avait plus une seconde à perdre.
— On doit y aller. Si on traîne, la concurrence va s’intensifier !
Il se mit à courir dans la direction d’où venait le vacarme, un peu plus tôt.
Tap-tap !
Yeongwoo et le reste du groupe n’eurent d’autre choix que de suivre Kejen. Ils ne tardèrent pas à l’apercevoir.
Kraaaang !
Un vaisseau bleu marine, dont des morceaux de blindage métallique se détachaient.
— Oh. Qu’est-ce que c’est ?
Kejen, qui avait repéré le vaisseau le premier, laissa échapper un cri de surprise.
Yeongwoo lui posa naturellement la question.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu es si surpris ? »
— Le vaisseau est bleu marine.
« … Et alors ? »
— Ça veut dire qu’il contient beaucoup de Katangdal.
« Ah. »
Ce n’est qu’alors que Yeongwoo se rappela que les lingots de Katangdal étaient d’un bleu profond.
Plus la coque du vaisseau tirait sur le bleu marine foncé, plus elle contenait de Katangdal — et plus le vaisseau valait cher.
« Donc, tous les vaisseaux blancs sont des épaves bas de gamme ? »
— Pas forcément. Le blanc n’est souvent qu’une couche de peinture, et beaucoup de vaisseaux ont un blindage extérieur indépendant.
Mais une chose était sûre : les vaisseaux aux tons bleu marine ou bleu profond avaient neuf chances sur dix d’être extrêmement précieux.
« Oh, alors… »
Yeongwoo pensa aussitôt au vaisseau de Satral.
Celui à bord duquel Bioto, le chef de la famille Satral, était arrivé n’était-il pas bleu marine, lui aussi ?
« Alors, c’était bien une grande famille de notre galaxie… Il ne mentait pas. »
On ne s’en rendait compte qu’une fois au courant.
L’expression lui allait comme un gant.
— Allez, dépêche-toi !
Kejen ralentit légèrement et poussa Yeongwoo dans le dos.
« Pourquoi je passe devant ? C’est pas toi, le guide ? »
— C’est toi qui dois employer la force.
Dans la direction indiquée par Kejen, des gobelins à la peau noire et borgnes forçaient la coque du vaisseau pour s’y faufiler.
Autrement dit, ils devraient régler leur compte à ces types avant de monter à bord.
« Les gens s’entretuent vraiment pour savoir qui va monter dans le même vaisseau ? »
— D’habitude, les bagarres éclatent après avoir quitté la Zone noire. Avant l’embarquement, c’est rare, même si les échauffourées sont fréquentes.
« Alors, autant régler ça en discutant, si possible. »
— Si ça dégénère, les autorités de la Zone noire interviennent directement. Après tout, les hangars sont considérés comme des zones semi-sécurisées.
« Pour une zone sécurisée, ils ont l’air plutôt tolérants avec le vol de vaisseaux. »
En penchant la tête, Yeongwoo fit ce que Kejen lui avait demandé et fonça vers le vaisseau.
Fap !
Sentant la présence de Yeongwoo, les gobelins sortirent la tête de l’intérieur du vaisseau.
— C’est quoi ce bordel ? Encore des passagers ?
— Hé ! Il n’y a plus de place. Va en chercher un autre…
Avant même qu’ils aient fini de froncer les sourcils, Yeongwoo leur décocha un coup de pied.
Fwoom !
« Pas de place ? Alors, dégagez. »
— Quoi ? Espèce de salaud… !
Les gobelins se ruèrent sur Yeongwoo après avoir reçu ce coup inattendu, mais cela ne servit à rien.
Après tout, Yeongwoo était un homme qui avait lutté contre des planètes.
Pah-bou-boum !
À coups de poing fulgurants, Yeongwoo maîtrisa trois gobelins en un instant, puis leur désigna la sortie sans même leur demander leur avis.
« Dehors. Je vous laisse la vie sauve. »
— … ?
Sans un mot de plus, il les expulsa du vaisseau à coups de pied.
Baaang !
En voyant les gobelins dégringoler dehors, Jeonggu, qui accourait, laissa échapper un hoquet de surprise.
« Q-Quoi… On a le droit de faire ça ? »
« Du moment qu’on ne les a pas tués. »
Mais le chaos de l’embarquement ne faisait que commencer.
Au loin, toute une bande de crapules accourait vers eux.
« Merde… Ils sont combien ? »
— C’est toujours comme ça. Mais on est arrivés les premiers. Si on se dépêche de colmater la coque, ça ira.
Pendant ce temps, Kejen s’était déjà glissé dans le vaisseau et regardait autour de lui, pressé.
« Qu’est-ce que tu cherches ? »
— Un poste à souder. Ils devraient en avoir un.
« Un poste à souder ? On en a besoin ? »
— Quoi, tu comptes voler avec la coque béante ?
En voyant Kejen désigner les plaques de coque arrachées, Yeongwoo comprit aussitôt.
Puis il baissa les yeux vers les gobelins, toujours étendus sous le vaisseau à gémir.
« Hé, les borgnes. »
— … ?
« Il est où, le poste à souder ? Dites-le-moi et je vous laisserai monter. »
— Quoi ?
Leurs yeux uniques s’écarquillèrent, mais malheureusement, ils n’en avaient pas.
— N-Nous n’en avons pas pris. Vous en avez un ?
« Vous êtes tous aussi minables les uns que les autres. »
Au bout du compte, ils comptaient eux aussi utiliser le poste à souder de quelqu’un d’autre.
Sur ces entrefaites, les autres groupes finirent par arriver.
— Hé ! Poussez-vous !
— On est tous dans le même bateau, alors autant faire ça sans histoire.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Des borgnes aux quadrupèdes, on aurait dit que toutes les espèces de l’univers étaient là.
Yeongwoo dégaina Bâtard et se planta dans l’ouverture de la coque, balayant la foule du regard.
« Un poste à souder. »
— … Hein ?
— Qu’est-ce que tu as dit ?
« Seuls ceux qui ont un poste à souder montent à bord. Désolé, mais les autres n’ont qu’à trouver un autre vaisseau. »
Des protestations fusèrent aussitôt de toutes parts.
— C’est quoi, cette absurdité ?!
— C’est le seul vaisseau disponible dans le coin !
— On n’est pas censés partager la place ? Tu vas enfreindre les « règles » ?
« C’est quoi, cette connerie, comme quoi il faudrait partager ? Dans la Zone noire, le principe numéro un, c’est la force, non ? »
Yeongwoo pointa Bâtard vers les crapules qui se trouvaient à l’extérieur du vaisseau.
Fouish !
« Si vous avez confiance en vous, entrez. Selon vos chères règles, je ne tuerai personne avant le départ. »
Autrement dit, il se permettrait tout sauf de les tuer.
— … …
— C-Ce malade…
Face à son aura de mauvais augure, personne n’osa se ruer sur lui ; tous hésitèrent.
À cet instant, Kejen agita les bras pour tenter de calmer tout le monde.
— Hé, ne vous en faites pas trop. Ce type va bientôt descendre. Montez et vous arriverez à destination sans encombre. Je vous le garantis.
Il cherchait aussi à assurer sa propre sécurité, puisqu’il piloterait le vaisseau après le débarquement de Yeongwoo.
Boum !
Kejen saisit les plaques de coque disjointes.
— Avec un poste à souder, on peut partir tout de suite. Quelqu’un en a vraiment un ?
À sa question désespérée, un groupe finit par lever la main dans la foule.
— Nous, on en a un.
C’étaient des orcs portant des lunettes de protection, un fusil en bandoulière.
« Putain… des orcs de l’espace ? »
Yeongwoo les fixa, la bouche entrouverte.
Tous les orcs qu’il avait rencontrés jusque-là se servaient d’armes en acier brut. Voir des orcs équipés d’armes de haute technologie lui semblait donc surréaliste.
« Ça ne pose pas de problème de les laisser monter ? »
Yeongwoo chuchota à Kejen, mais celui-ci pencha plutôt la tête.
— Pourquoi ? Il y a un problème… ?
« … »
Yeongwoo regarda un orc sortir tranquillement une cigarette électronique.
« … Non. C’est sûrement juste un préjugé de ma part. »
Le vrai problème, c’était son ignorance de l’univers.
Yeongwoo décida donc d’être moins timoré.
« Très bien. Les orcs, apportez le poste à souder et montez. »
Alors qu’il leur faisait signe de venir, les gobelins noirs et borgnes levèrent la main.
— On n’avait pas de poste à souder, mais c’est nous qui avons ouvert le vaisseau. On n’a pas le droit de monter, nous aussi ?
« Hein ? »
À bien y réfléchir, ils n’avaient pas tort.
Risquer leur vie pour forcer la coque les premiers était sans doute plus impressionnant que de simplement avoir un poste à souder.
« Pas faux. Prime aux pionniers accordée. Vous montez aussi. »
Yeongwoo s’écarta, et les orcs comme les gobelins s’empressèrent de monter à bord.
Kejen prit rapidement le poste à souder aux orcs et se mit à colmater la coque.
— Désolé, les amis ! Ce sera pour une prochaine fois !
Trd-deuk !
Une fois l’écoutille refermée, Kejen retourna le poste à souder et entreprit de réparer la coque en urgence.
Fssss !
« Quoi, l’autre extrémité faisait aussi poste à souder ? »
— Arrête de dire des bêtises et va dans le cockpit. Appuie sur le bouton de mise en route.
« Il ressemble à quoi, le bouton de mise en route ? »
À la question désemparée de Yeongwoo, Amana le toucha légèrement.
— Je vais le trouver.
Le vaisseau qu’ils avaient réquisitionné mesurait une vingtaine de mètres de long ; il fut donc facile d’en trouver le cockpit.
« On pourrait appeler ça un vaisseau léger moyen ? »
— Plutôt petit. Tu n’y connais vraiment rien.
« Quand même, avec ça, on peut devenir Propriétaire d’un vaisseau planétaire. L’espace, c’est facile. »
— … …
Dans le cockpit, Amana appuya sur un bouton rouge parmi les commandes complexes.
Biiiiip !
Les lumières du vaisseau s’allumèrent et, bientôt, on sentit les vibrations du moteur.
« Il préchauffe ? »
— Oui. Mais comme il est petit, ça ne devrait pas prendre longtemps.
Kejen entra alors dans le cockpit avec les gobelins et les orcs de haute technologie.
— Il ne reste plus qu’à définir l’itinéraire. Première destination… « cet endroit », c’est ça ?
Kejen regarda Yeongwoo, qui acquiesça.
« Ouais, mais… vous allez tous à des endroits différents ? Il faut déposer tout le monde avant que le vaisseau soit vide ? »
À cette question, Kejen répondit, l’air légèrement assombri.
— C’est comme ça que ça marche… ? Mais pourquoi ? Qu’il reste du monde à bord ou non, ça ne te concerne pas.
Yeongwoo leva aussitôt Bâtard et le plaça contre le cou de Kejen.
Fouish !
« Ah, j’ai changé d’avis. »
— … Quoi ?
« Tu as dit que ce vaisseau contenait beaucoup de Katangdal, non ? Ça tombe bien, justement, j’avais besoin d’un vaisseau. »
— Quoi ? Tu… Tu comptes nous voler ?
« Ce vaisseau était à toi, à la base ? Je me contente de le récupérer. »
Il fit tournoyer la pointe de Bâtard.
« Alors, arrête de râler et entrez l’unique itinéraire. Destination : Vaisseau terrestre. Allons tous admirer les merveilles de l’espace. »
— Espèce de cinglé.
« Cinglé ? Dans le métier de crapule, ça s’appelle juste le “bon sens”. »
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]