Chapitre 599
[Traducteur — Night]
[Relecture — Gun]
Chapitre 599 : Le bon sens (1)
Le bon sens dans la Zone noire.
Si quelqu’un vous vole votre vaisseau, ne vous étonnez pas : gardez votre calme et réfléchissez plutôt à la manière de voler celui d’un autre.
« … C’est pas juste un cercle vicieux, ça ? Si c’est comme ça que ça marche, quelqu’un finira forcément sans vaisseau. Et ce type, qui n’avait jamais prévu de voler qui que ce soit, deviendra lui aussi un voleur de vaisseaux. »
Tandis que Jeong Yeongwoo marmonnait, Kejen fit claquer un doigt.
— On pourrait appeler ça un cycle structurel. Tant que tu peux partir, c’est tout ce qui compte, non ?
Jeong Yeongwoo était en partie d’accord, mais il y avait toujours un détail qui lui échappait.
« Mais, à la base, il n’y a pas davantage de gens qui viennent ici avec un aller simple ? »
— C’est exact.
« Alors, ça veut dire qu’il y a beaucoup plus de gens qui arrivent que de vaisseaux qui repartent. Comment ce fameux “cycle structurel” peut-il bien tenir ? »
— Ah, c’est parce que…
Kejen se caressa la barbe.
— Certains de ceux qui arrivent avec un aller simple meurent de leur belle mort ici, et d’autres restent très longtemps dans la Zone noire.
« Malgré tout, il devrait y avoir bien plus de gens qui cherchent à repartir. »
— C’est vrai. C’est pour ça qu’il existe une sorte de culture du covoiturage.
« Du covoiturage ? »
— Oui. En général, plusieurs groupes embarquent sur un même vaisseau.
« Comment ça peut marcher ? Ce n’est pas un bus qui peut déposer des gens en chemin. »
— Ça dépend de l’accord passé entre eux. Bien sûr, s’ils ne parviennent pas à se mettre d’accord, ils règlent ça par la force.
Le dernier survivant l’emporte.
D’après Kejen, il n’était pas rare que plusieurs groupes partent ensemble à bord d’un vaisseau, mais qu’une seule équipe en débarque vivante.
— Il y a quand même beaucoup de gens qui sont prêts à tout pour quitter la Zone noire au plus vite, alors les accords se concluent assez souvent.
« Qu’est-ce que tu entends par “assez souvent” ? »
— La plupart de ceux qui sont assez désespérés pour faire du covoiturage fuient après avoir causé des problèmes dans la Zone noire.
« Et alors ? »
— Alors, si tu les déposes près de leur destination, ça leur suffit souvent.
« Donc, au final, tout dépend de ceux avec qui tu partages le trajet. Encore une histoire de chance. »
— Le mieux, ce serait qu’on garde un vaisseau pour nous tout seuls… mais il ne faut pas trop compter là-dessus.
« Mais nous, on n’a besoin d’aller que jusqu’au Vaisseau terrestre. On ne pourrait pas descendre rapidement ? »
— Moi, non.
« … Hein ? Tu ne comptes même pas faire escale au Vaisseau terrestre ? »
— Ce n’est pas comme si un autre vaisseau m’y attendait, pas vrai ? J’ai plus de chances de m’en sortir si je me débrouille seul.
« Donc, tu vas te mêler à des criminels qui fuient la Zone noire et partir quelque part dans l’espace ? »
— C’est ça, la vie d’un maître voleur.
« Hé hé. »
Ce ne fut qu’alors que Jeong Yeongwoo comprit vraiment que Kejen était un véritable « homme de l’espace ».
Une vie à errer dans le cosmos.
Il fallait comprendre l’espace jusqu’à un certain point pour mener une telle existence.
« Mais si tu fais du covoiturage, tu ne risques pas de te retrouver entouré d’autres criminels ? Comment tu fais pour survivre dans ce bazar ? »
— Selon la situation, je me débarrasse des autres et je prends le vaisseau, ou bien je descends sur une planète où je peux trouver une navette aller simple.
« T’es complètement dingue. »
À bien y réfléchir, c’était peut-être Kejen qui menait la vie la plus imprévisible.
— Enfin bref, on devrait partir d’ici au plus vite. Dès que les renforts de Kardal arriveront, ils commenceront par boucler les hangars. Après ça, le covoiturage ne servira plus à rien.
Sur ces mots, Kejen se dirigea vers le portail de sortie du marché, et Jeong Yeongwoo le suivit.
* * *
Frouu—
Alors qu’ils traversaient le portail, accompagnés par cette sensation de distorsion désormais familière, Jeong Yeongwoo vit l’intérieur sombre de la cachette apparaître devant lui.
Kejen était là aussi, en train d’observer l’extérieur par un petit trou dans le mur.
— On dirait que le grabuge de tout à l’heure est terminé.
Comme Kejen l’avait dit, le vacarme des explosions assourdissantes qui emplissaient l’extérieur avant leur entrée dans le marché s’était apaisé.
« Alors, maintenant, on va à ce fameux hangar ? »
— Bien sûr. Ce n’est pas loin d’ici.
Après avoir observé un moment l’extérieur par le trou, Kejen jugea qu’il était temps de partir et appuya du pied sur plusieurs endroits du sol de la cachette.
Un escalier descendant vers l’extérieur apparut le long d’un côté de la cachette.
— Cette fois, on est complètement sur mon territoire. Suivez-moi de près.
« Me dis pas qu’on va encore tomber sur une bagarre en chemin ? »
— Ça dépend de la volonté des dés.
Kejen se mit alors à descendre rapidement l’escalier.
Tap tap !
Jeong Yeongwoo et les autres le suivirent. Dès que tout le monde fut sorti, l’escalier se referma.
« Tu en as combien, des cachettes comme ça ? »
Comme Jeong Yeongwoo voulait justement en savoir plus sur les loyers dans la Zone noire, il posa la question. Kejen hocha la tête.
— Ça fait si longtemps que je ne me souviens plus du prix de départ, mais je paie 100 000 karmas par jour pour cette cachette.
« 100 000 ? »
Ça faisait trois millions de karmas par mois.
« C’est moins cher que je pensais. C’est parce que la surface est petite ? »
— Ça dépend de l’espace que tu occupes. Et aussi de l’endroit : à l’intérieur ou à l’extérieur de la Falaise Noire.
« Ah oui, tu avais dit que tu en avais une autre à l’extérieur, non ? »
— Là-bas, tu peux louer une maison pour 50 000 karmas par jour.
Kejen ajouta toutefois que les aménagements comme ceux de cette cachette coûtaient un supplément.
— Et l’endroit où je me trouve, c’est une zone de libre-échange. Les secteurs plus « organisés » sont beaucoup plus chers. Ou alors, il faut un laissez-passer d’un certain rang rien que pour y vivre.
« Donc, tu ne sais pas exactement combien coûtent les loyers dans ces secteurs ? »
— Non. Ça m’a toujours suffi, ici.
Mais comme Jeong Yeongwoo possédait un laissez-passer de troisième rang, il pouvait se renseigner sur les loyers des secteurs de rang supérieur, s’il le souhaitait.
Bien sûr, pour l’instant, la priorité était de sortir de la Zone noire.
« Donc, dans la Zone noire, les secteurs ordinaires coûtent environ 100 000 par jour. »
Plus tard, cette information allait avoir une influence considérable sur la manière dont Jeong Yeongwoo fixerait le prix des loyers sur le Vaisseau terrestre.
Et puis, je ne suis pas obligé de suivre les tarifs de la Zone noire. La Zone noire et un vaisseau planétaire, ça n’a rien à voir.
[Traducteur — Night]
[Relecture — Gun]
Quelque confiance que la Zone noire ait acquise dans le monde souterrain, elle n’était au fond qu’un immense vaisseau.
Sur le plan fonctionnel, elle ne différait peut-être pas beaucoup d’un vaisseau planétaire, mais en matière de prestige — ou plutôt, de ressenti des locataires —, c’était le jour et la nuit.
Une merveille de l’univers. La vie sur une planète entièrement libre. On peut faire payer combien pour ça ? Je n’en ai même pas la moindre idée.
Alors que Jeong Yeongwoo se laissait aller à des pensées presque délirantes, Kejen déboucha sur la grande route et partit au pas de course vers un portail lointain.
Tap tap !
— Tu te souviens de quel hangar c’était ?
Kejen se tourna vers Amana et lui posa la question.
Amana fixa le vide un instant, puis répondit.
— Le hangar… quarante-six ?
Kejen compta sur ses doigts, puis s’adressa à Jeong Yeongwoo.
— Je vais vérifier le hangar 46, mais il a probablement déjà été pillé.
« Pourquoi ? Le 46 est mal placé ? »
— Les hangars des années quarante sont près de la zone d’atterrissage d’urgence.
« C’est quoi, ça ? »
— C’est là qu’on dirige les vaisseaux qui pouvaient à l’origine faire l’aller-retour, mais qui sont trop endommagés pour continuer à voler. Et les hangars des séries 40 se trouvent juste dans l’axe de ces atterrissages d’urgence.
« Donc, tous ceux qui ont perdu leur vaisseau ont dû les prendre pour prochaines cibles. »
— Exactement. Alors, ne te fais pas trop d’illusions.
Amana entrouvrit le bec et marmonna :
— Alors… mon vaisseau n’est peut-être plus là ?
— Tu pourrais en récupérer un meilleur à la place.
Peu après, Kejen bondit dans un immense portail au milieu de la route.
Frouu—
Jeong Yeongwoo le suivit et, cette fois, ils débouchèrent sur une immense artère à quatre voies.
« C’est un vrai labyrinthe, ici. »
— C’est fait exprès : seuls ceux qui sont là depuis longtemps peuvent s’y repérer facilement. Le hangar 46 est par là.
Kejen désigna un grand bâtiment blanc au loin.
À plusieurs centaines de mètres de là, une structure en forme d’arche flottait en biais : c’était clairement le système de guidage pour les atterrissages d’urgence.
À cet instant même, un vaisseau en flammes plongeait sous l’arche.
« Quelle catastrophe peut bien obliger un vaisseau à atterrir comme ça… ? »
— Soit quelqu’un de furieux les poursuit, soit le vaisseau était déjà à moitié détruit et a heurté un astéroïde en venant ici.
Dans la plupart des cas, c’était la première possibilité.
Arrivés devant le grand bâtiment blanc, Kejen jeta un œil à une étrange pancarte et entra sans hésiter.
— L’accès est parfois interdit. Si tu arrives un jour à un hangar et que les lettres de la pancarte sont rouges, n’entre surtout pas. Ça veut dire qu’il y a eu un accident.
« … Mais qu’est-ce qui est écrit sur cette pancarte ? Ça ne se traduit pas. »
— Parce que ça ne veut rien dire.
« … Quoi ? »
— L’avertissement repose sur la couleur. Les signes qui ressemblent à de l’écriture sont tous faux.
Alors que Kejen parlait, un immense hangar apparut enfin devant eux.
Des rangées de vaisseaux de toutes les formes et de toutes les couleurs s’alignaient comme sur un parking.
— En partant de la gauche, on a le 41, le 42… donc le 46 devrait être par là.
À peine Kejen eut-il désigné le hangar 46 qu’Amana hérissa ses plumes et poussa un cri perçant.
— L-Là ! Celui-là !
« Quoi ? Ton vaisseau ? »
— O-Oui… !
Amana leva précipitamment la main pour désigner le ciel.
Clang !
Un élégant vaisseau d’un blanc immaculé s’élevait dans le ciel par la sortie du hangar, qui venait de s’ouvrir.
« Tu veux dire que le truc qui décolle en ce moment, c’est ton vaisseau ? »
Jeong Yeongwoo porta la main à sa taille, prêt à lancer Bâtard, mais Amana l’arrêta aussitôt.
— C-Ce n’est pas grave… Je vais juste espérer qu’il ira quelque part où il sera utilisé à bon escient.
« Je ne pense vraiment pas que ce soit ce qui l’attend. »
Le vaisseau avait déjà disparu de leur vue, et Jeong Yeongwoo rengaina la lame qu’il avait à moitié dégainée.
« Et maintenant ? On va vraiment devenir des voleurs de vaisseaux, nous aussi ? »
Tout en parlant, il scrutait déjà les environs à la recherche d’un vaisseau à son goût.
Kejen se tapota la cuisse.
— Ne monte pas dans n’importe quel vaisseau.
« Pourquoi ? »
— Les vaisseaux chers ont des systèmes de sécurité intégrés. Un faux pas et tu finis réduit en cendres ou criblé de trous.
« Alors, comment savoir lesquels on peut voler sans danger ? »
— Eh bien…
Alors que Kejen se caressait le menton en regardant autour du hangar, un grand fracas retentit à l’autre bout.
Boum !
On aurait dit qu’une immense plaque de métal venait de tomber au sol.
Quelqu’un venait d’ouvrir de force la coque extérieure d’un vaisseau.
— Juste là ! Quand quelqu’un réussit à s’introduire dans un vaisseau, c’est celui-là qu’il faut prendre !
[Traducteur — Night]
[Relecture — Gun]