Chapitre 589
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Chapitre 589 : Le bourbier (6)
Ce jour-là, Yeongwoo vit quelque chose pour la toute première fois.
Il vit Lemu afficher une expression humaine.
Cette drôle de tête propre aux humains lorsqu’ils sont confrontés à l’inexplicable…
C’était de la peur.
La peur née face à une décision irrationnelle qu’aucune machine ne pourrait jamais comprendre.
Tout ça parce qu’au beau milieu du chaos, Yeongwoo avait lancé :
« Tu comptes vraiment prendre l’argent dans un moment pareil ? »
Tandis que Lemu le regardait d’un air hébété, Yeongwoo ramassa des poignées de pièces et prononça une phrase si transcendante qu’elle frappa Lemu comme une révélation divine :
« À bien y réfléchir, j’ai failli mourir à cause de cet argent, non ? Alors ça veut dire qu’il vaut la peine de risquer ma vie. »
— … ?
Alors que Lemu restait figé, Yeongwoo désigna l’arrière et cria :
« Hé ! Ne lâche pas, elle arrive tout au bout… ! »
— Oh là là.
En se retournant, Lemu vit un individu qui comptait parmi les machines les plus puissantes dotées d’une pleine conscience : une machine qui brandissait son épée contre lui.
— Mohir… !
En appelant son ennemi par son nom, Lemu leva sa propre épée.
Et aussitôt…
Une épée bizarre, qui poussait un horrible cri métallique, s’abattit sur lui.
KWA-A-A-AANG !
— Lemu. Qu’est-ce que tu fabriques ?
Mohir, lui aussi, affichait une expression déconcertée.
Jamais il n’aurait imaginé que le maître de la Tour des machines, réputé pour être le plus sage des machines pensantes, se dresserait sur son chemin.
Et l’être que protégeait le maître de la Tour…
ne faisait rien d’autre que…
« Dépêchez-vous ! Je ne crois pas que la Présidente tiendra encore longtemps ! »
— fourrer de l’argent dans un sac dans la posture la plus pitoyable qui soit.
— Alors toi aussi, tu as développé une « erreur ».
Les pupilles teintées d’orange de Mohir virèrent de nouveau au rouge. Lemu empoigna son épée à deux mains et gronda :
— Ce n’est pas une erreur. C’est l’illumination.
— Tu bloques ma lame pour protéger un être biologique… oui, peut-être que c’en est une.
KAAAANG !
Tandis que les deux machines échangeaient des paroles incompréhensibles et croisaient le fer, Yeongwoo aboya à Amana, pétrifiée :
« Hé ! Qu’est-ce que tu fais ? Ramasse l’argent ! »
Amana regarda Yeongwoo, puis les deux machines qui se battaient derrière lui, les yeux emplis d’incrédulité.
— Je… Même moi, je sais que les machines de ce genre ne se donnent PAS de mal pour des êtres vivants.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
— Le mépris de la vie biologique… C’est la valeur fondamentale des machines supérieures.
Et pourtant, regarde-le : il se bat contre les siens pour toi.
« … Et alors ? »
— Et tu profites de cette précieuse occasion pour ramasser de l’argent ?
Indigné, Yeongwoo saisit Amana par le col.
FWOOSH !
« De l’argent ? Tu crois que l’argent, c’est négligeable ? »
— … Quoi ?
« Si j’en avais eu davantage, rien de tout ça ne serait arrivé, génie. »
— M-mais…
Amana se tut.
Dans cet univers, l’argent était le pouvoir, et le raisonnement de Yeongwoo n’était pas faux.
« Je ne ramasse pas des pièces. Je ramasse un avenir bien meilleur que ce foutoir. Et toi, pourquoi tu n’investis pas cette occasion en or dans ton avenir ? »
Comme s’il estimait que discuter était une perte de temps, Yeongwoo se pencha de nouveau et se mit à pelleter les pièces.
« C’est une occasion qui ne se présente qu’une fois tous les centaines de millions d’années ! Une chance de conclure une affaire avec un monstre pareil ! »
Tout le monde s’arrêta un instant pour se demander…
Voulait-il vraiment dire « des centaines de millions d’années », ou était-ce sa façon à lui de dire « quelques jours » ?
Mais ils cessèrent vite de réfléchir et se joignirent à lui, s’empressant de jeter les pièces dans la bourse dimensionnelle grande ouverte du Gobelin doré.
Et bientôt…
— Bon sang…
Même Amana, la gardienne sacrée de la planète Sutral, déploya ses ailes et se mit à ramasser les pièces.
Le pire scénario était déjà arrivé ; récupérer de l’argent avant de partir n’était que le deuxième pire choix.
Kim Jeonggu prit alors la parole, poussé par une pensée qui venait de lui traverser l’esprit.
« Hé, Yeongwoo. »
« Quoi ? Fais vite. »
« On a… le droit de prendre les lingots aussi ? Ça ne voudrait pas dire que l’affaire tombe à l’eau ? »
« Oui. Exactement. Ce qui veut dire… que l’affaire est une réussite totale. »
Sur ces mots, Yeongwoo déterra fièrement d’autres lingots enfouis tout près.
« … Je vois. Tu as décidé de ne plus te soucier des conséquences. »
« Présidente, on était censés mourir aujourd’hui. Les conséquences, on s’en fiche. C’est le prix de ma vie. »
Malheureusement, Yeongwoo ne put pas récupérer l’intégralité de son « prix de vie ».
— Y-Yeongwoo… !
Lemu, qui tenait Mohir à distance, poussa un cri étranglé. Il était évident qu’il avait vraiment atteint ses limites.
« Ah. Ouais, ça avait l’air sérieux. »
Au grognement de Lemu, Yeongwoo bondit sur ses pieds.
Des pièces roulaient encore au sol, mais, à vue de nez, il avait déjà récupéré sa mise.
Après tout, il avait réussi à rafler au moins quatre lingots.
« Tout le monde debout. On se tire si on veut rester en vie. »
Repoussant les tas de pièces du pied, Yeongwoo fonça vers la sortie.
Kim Jeonggu, Kejen, Amana et le Gobelin doré abandonnèrent tout et le suivirent.
Tak tak !
En les voyant fuir, Mohir rugit de rage.
— Lemu ! Tu ne vois pas ça ? C’est vraiment ça, l’illumination ?
Toujours en plein échange de coups d’épée, Lemu tourna la tête vers le maître du vaisseau de guerre qui s’éloignait.
— …
Yeongwoo s’éloignait en titubant, les bras chargés de lingots de Katangdal.
— … À bien y réfléchir, peut-être pas encore.
Il esquissa un sourire amer.
C’est alors que les pupilles de Lemu devinrent rouge sang.
— … !
Mohir sembla comprendre ce qui allait arriver et releva précipitamment sa garde…
Presque au même instant, le corps de Lemu explosa dans une lumière bleue flamboyante.
KWA-A-A-A-A-AANG !
« A-attends, L-Lemu ! »
Pris au dépourvu par cette autodestruction soudaine, Kim Jeonggu se figea.
Yeongwoo fit demi-tour, saisit son père par le col et le tira vers l’avant.
« Ce type a plusieurs corps et un paquet d’argent ! On n’en est pas encore au point de s’inquiéter pour les riches ! »
Puis il déchaîna sa technique de la Montagne des Épées à 175 lames contre un sbire qui gardait la sortie.
« HYAAAAH ! »
Le ciel de la salle des transactions se fendit…
et d’innombrables lames, manifestations des combats passés de Yeongwoo, déferlèrent en cascade.
— Qu…
Contrairement au gorille de tout à l’heure, celui-ci était faible.
Il n’eut même pas le temps de réagir avant d’être englouti par la tempête de lames.
« Quand le Président Lemu a tressailli tout à l’heure, j’ai compris qu’il ne pourrait pas gagner. Alors bougez ! »
Même si Lemu s’était fait exploser, Yeongwoo savait pertinemment que ça n’aurait pas suffi à achever l’ennemi.
Et de fait…
CRASH !
Le cadavre mutilé de Lemu traversa les airs et s’écrasa au sol.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
— Pitoyable.
Comme Yeongwoo s’y attendait, Mohir avait survécu.
Il avait perdu une épaule, réduite en lambeaux par l’explosion…
mais même avec un seul bras, il était assez fort pour massacrer toutes les personnes présentes.
Yeongwoo le savait mieux que quiconque.
« Ce taré. Je sais qu’on va finir par se recroiser un jour. »
Déjà en train de découper la plaque qui bloquait la sortie, Yeongwoo jeta un dernier regard derrière lui.
« La prochaine fois, on se battra pour de vrai ! Je reviendrai plus fort grâce à l’argent que tu m’as donné ! »
Et avant que Mohir ait pu répondre, il franchit la sortie d’un bond.
* * *
FWOOSH !
Le portail gris cendré recracha le groupe de Yeongwoo dans le repaire de Kejen, leur lieu de transaction initial.
THUD !
Tous, sauf Yeongwoo, s’écrasèrent aussitôt face contre terre, tant ils s’étaient précipités pour franchir le portail.
« Aïe ! »
— Argh !
Yeongwoo fut le seul à garder l’équilibre. Il se mit aussitôt à compter les lingots éparpillés au sol.
« Quatre… six, sept. »
Il se tourna ensuite vers le Gobelin doré.
« Combien il y en a dans la bourse dimensionnelle ? »
Le gobelin plongea la tête dedans, fouilla un peu, puis leva six doigts.
« Six ? Alors, treize au total. »
Aux prix de la Zone noire, cela représentait 19,5 milliards.
Yeongwoo passa ensuite à la partie la plus importante : le décompte des espèces.
« Bon, et l’argent ? Je suppose que vous avez tous risqué votre vie pour le ramasser. »
Il déversa le butin au sol.
Le gobelin sortit la tête de la bourse et projeta un hologramme au-dessus d’elle.
PAAAT !
[27 436 429 000]
Environ 2,74 milliards.
« Alors, ça fait combien en tout ? »
À la question de Yeongwoo, Kejen frétilla de la barbe.
— 46,9 milliards.
« Attends, alors on a fait un bénéfice, non ? »
À l’origine, ils devaient recevoir 42,5 milliards, ce qui leur faisait 4,4 milliards de plus.
« Quelle affaire incroyable. »
Même Kim Jeonggu marmonna, incrédule.
Et comme ils avaient risqué leur vie, ça ne ressemblait même pas à un gain mal acquis.
Bien sûr, Mohir, le propriétaire légitime, devait probablement grincer des dents quelque part.
« Et maintenant, on fait quoi ? »
demanda Kim Jeonggu. Yeongwoo croisa les bras.
« J’ai promis dix lingots à Koatu en échange de leur conversion. Il faut donc mettre 15 milliards de côté. »
Même s’il les avait vendus à 1,7 fois leur prix, il ne payait Koatu qu’à 1,5 fois le sien.
Tout le monde le savait, mais personne ne le fit remarquer.
« En retirant la part de Koatu… il nous reste environ 12,4 ? C’est vraiment la galère pour gagner de l’argent. »
« Mais… il nous reste quand même treize lingots. »
« Ouais, mais c’est de l’argent sale. On va en perdre beaucoup en le convertissant. »
« En gros, tu ne paies pas d’impôts et tu te plains encore de ne pas recevoir assez d’argent gratis… ? »
« Avec des monstres pareils qui débarquent sans prévenir, évidemment que j’ai besoin de plus d’argent. »
Au moins, ils n’avaient pas encore échangé le Sceau royal de Kardal.
« Enfin… Dieu merci, on n’est pas morts aujourd’hui. »
Yeongwoo se frotta la nuque, repensant à ce que Lemu lui avait dit.
— Ta progression est plus rapide que même la Tour des machines ne l’avait prévu. C’est pour cela que le moment de ton anéantissement est arrivé plus tôt.
C’était indéniablement vrai.
Si Lemu n’avait pas posé de pièges après avoir prédit l’avenir à partir des archives, Yeongwoo aurait été massacré par l’épéiste mécanique.
« C’était quoi, ce putain de robot ? Le Président Lemu n’est pas censé être parmi les machines les plus puissantes ? »
Mais le fait que Lemu ait au moins pu lui tenir tête signifiait…
Qu’il rattrapait son retard.
Lentement, certes, mais il se rapprochait du niveau des êtres de quatrième classe comme Lemu.
« Ce type, Mohir… toi non plus, tu ne sais pas qui c’est, hein ? »
Comme prévu, Kejen secoua la tête.
— J’ai entendu parler de Lemu, mais Mohir ? Non. Je ne connais pas très bien la société des machines.
Kim Jeonggu avança une hypothèse plausible.
« Lemu est célèbre parce qu’il dirige une énorme entreprise, mais Mohir n’avait pas l’air d’un homme d’affaires. Il n’est peut-être connu que dans certains milieux. »
Pourtant, cet individu était si puissant que Lemu, pourtant au sommet de la hiérarchie des machines, s’était précipité dès qu’il avait senti sa présence et avait même fait exploser son propre corps.
« Il faut être fort comment pour dormir tranquille dans cet univers… ? »
Yeongwoo sentit son esprit se vider et s’affala sur le sol.
Alors…
BRRRRT !
Le billet d’entrée dans sa poche vibra.
« Hein ? »
Ça ne pouvait être qu’une demande de transaction.
Il appuya dessus et, effectivement, une demande de transaction concernant le sceau royal apparut.
[Sceau royal de Kardal]
| Acheteurs : 2
« Deux acheteurs ? »
Yeongwoo écarquilla les yeux.
Kejen se tortilla les doigts.
— L’un d’eux est certainement la Famille royale de Kardal.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]