Chapitre 581
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Gun]
Chapitre 581 : Position d’échange (1)
À l’appel de Yeongwoo, cent soixante-quinze épées de la Montagne des Épées se mirent à tomber du ciel.
Sans doute à cause de la surcharge, les lames elles-mêmes rougeoyaient ; on aurait dit des piliers de feu s’abattant sur eux.
KWA-AAANG !
En voyant cela, le bandit Kejen frappa le sol du poing, exaspéré.
— C-cet idiot ! Le duel est pratiquement terminé, pourquoi faire ça maintenant… ?!
Il avait pourtant prévenu le gamin.
S’il enfreignait les règles d’un combat à mains nues, le Gardien de Porte débloquerait davantage de puissance et deviendrait un adversaire encore plus redoutable ; en plus, il perdrait des points lors du jugement final.
Mais Jeonggu voyait les choses un peu différemment.
« En quoi est-ce un problème d’utiliser la Montagne des Épées maintenant ? »
— Hein ? C’est toi qui disais tout à l’heure qu’il ne devait pas s’en servir.
« C’était avant que Yeongwoo prouve qu’il pouvait tenir tête au Gardien de Porte. À mes yeux, il a montré suffisamment de cran et d’habileté. »
Kejen fronça le nez et répliqua :
— Je reconnais que le combat était bien meilleur que prévu. Mais il n’a toujours pas reçu son laissez-passer. Le duel n’est pas officiellement terminé. S’il sort soudain un truc pareil, on lui retirera des points.
« Mais… ce n’est pas aussi une preuve de cran ? »
— Quoi ?
« Savoir qu’il sera pénalisé et faire quand même tout ce qu’il faut pour vaincre son adversaire… Si le duel sert à évaluer la force et le courage d’un visiteur, alors Yeongwoo livre toujours un combat magnifique. »
Kejen fit la moue.
Bien sûr, c’était de la sophistique, à la limite… mais, agaçant, il y avait une certaine logique dans son raisonnement.
— Le père et le fils savent tout aussi bien débiter des absurdités.
Il désigna les deux combattants ensevelis sous la Montagne des Épées.
— Mais à cause de l’entêtement de ton fils — ou de son arrogance —, il sera sans aucun doute pénalisé.
« Je ne crois pas que “pénalisé” soit le bon terme. »
— Pas le bon terme… ?
« C’est Yeongwoo qui s’est battu. De toute façon, tu n’aurais jamais pu aller aussi loin. »
— Toi… !
« Alors, quel que soit le résultat, tu es gagnant. »
Pendant que les deux spectateurs se disputaient, Yeongwoo se tenait au milieu des centaines de lames plantées dans le sol, emmêlées avec le Gardien de Porte, dont le corps était maculé de violet.
La peau blanche du Gardien de Porte, qui n’avait même pas réagi au sang corrosif, était désormais blessée par la Montagne des Épées surchargée.
« Alors ton sang est violet ! »
Yeongwoo s’exclama avec enthousiasme, et le Gardien de Porte pencha la tête.
— Tu ris… ? Tu n’as pas peur ?
Le Gardien de Porte tenait toujours le poing droit de Yeongwoo.
Il avait bloqué sans effort le coup renforcé que Yeongwoo lui avait décoché en tombant avec la Montagne des Épées.
« Peur ? Pourquoi je le serais ? C’est un duel pour déterminer le droit d’entrer, alors tu ne vas pas me tuer. Enfin, probablement pas. »
À peine Yeongwoo eut-il dit cela que son bras prothétique, le « Parieur », se détacha de son corps.
CLAC !
Le Gardien de Porte, qui tenait la prothèse détachée, parut perplexe.
— … C’est…
« Ah, ce que tu viens de voir, c’était mon atout. Je ne peux l’utiliser que pendant cinq secondes. »
À présent, Yeongwoo n’avait plus qu’un bras, à ceci près que celui-ci s’était brisé plus tôt en bloquant les coups du Gardien de Porte.
Autrement dit, il ne pouvait se servir d’aucun de ses deux bras.
Le Gardien de Porte, qui accordait plus d’importance à l’équité et aux règles qu’à tout le reste, sembla embarrassé.
— Selon les règles, je dois maintenant débloquer un niveau de puissance supplémentaire.
Mais le faire alors que son adversaire était pratiquement hors d’état de combattre lui semblait clairement déplacé.
Yeongwoo prit un air offensé.
« Hé, tu as oublié qu’on se bat encore ? Croire que le combat devient difficile juste parce qu’il me manque deux bras, c’est un sacré cliché ! »
À cet instant, la jambe d’Aratar de Yeongwoo se leva d’un coup, suivant un angle impossible.
FIOUUU !
Un coup de pied haut visant la joue du Gardien de Porte.
Le Gardien de Porte prit enfin un air grave et bloqua le coup d’un bras.
PAANG !
— J’ai manqué de courtoisie.
Le fait qu’il ait employé le mot « courtoisie » signifiait qu’il en était venu à respecter Yeongwoo.
Yeongwoo ne parvint donc pas à réfréner sa bêtise naturelle.
« Et alors… quelle catégorie aura mon laissez-passer ? »
— Meurs.
Les pupilles du Gardien de Porte s’illuminèrent de rouge derrière le bras qui bloquait le coup de pied.
SSS !
Les deux tentacules attachés à son philtrum rougirent et enflèrent.
« Euh… ta moustache… »
Yeongwoo tenta de désigner les tentacules, avant de se rappeler qu’il n’avait plus de bras.
Et sa jambe, toujours tendue après le coup de pied haut, était fermement agrippée par le Gardien de Porte.
« Ah. »
Il comprit tout d’un coup.
Le Gardien de Porte le balança par la jambe.
FIOUUU !
« GRAAAH ! »
La force du Gardien de Porte appartenait à un tout autre ordre de grandeur.
Une fois sa puissance débloquée, il devenait pratiquement une autre créature.
Pourquoi diable un monstre pareil garde-t-il l’entrée d’un marché noir ?
Yeongwoo admirait encore cette force absurde quand son corps s’écrasa au sol.
KWA-AAANG !
« Gnh ! »
Le goût du sang lui envahit la bouche.
Mais à cet instant, son pied droit sentit un cratère dans le sol.
Yeongwoo ramassa de la terre avec ses orteils et la projeta d’un coup de pied.
FIOUUH !
Juste de quoi brouiller la vue de son adversaire, ne serait-ce qu’un instant.
Et pourtant…
— …
Le Gardien de Porte ne cilla même pas lorsque la terre lui éclaboussa le visage.
« Oh, allez. Ce n’est pas comme garder les yeux ouverts sous l’eau. Comment diable tu fais pour supporter ÇA ? »
Tandis que Yeongwoo fixait, incrédule, les pupilles blanches du Gardien de Porte, celui-ci leva le poing.
Chhh.
Il parla comme s’il lui faisait ses adieux.
— L’accès à la Zone noire vous est accordé.
« Quoi ? Attends ! Quelle catégorie… »
Avant qu’il puisse terminer sa phrase, le poing du Gardien de Porte s’abattit sur son visage.
* * *
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Gun]
« O-ouaaah ! »
Avec l’impression de tomber du haut d’un gratte-ciel, Yeongwoo ouvrit brusquement les yeux.
La première chose qu’il vit fut un plafond vert foncé.
Quelqu’un, debout près de sa tête, remua.
— Tu es réveillé. Avec une telle vitesse de récupération, tu es pratiquement guéri.
« Qu… ? De quoi tu parles ? Qui es-tu ? »
Yeongwoo agita les bras à l’aveuglette, et une autre personne s’approcha.
« Ne t’inquiète pas. C’est le médecin. »
Il attrapa la main tâtonnante de Yeongwoo.
Flop !
« … Hein ? »
Cette texture lui était familière.
La personne avait la peau humaine.
Yeongwoo leva les yeux et vit Jeonggu.
« Oh. Papa. »
« Beau travail. »
« Quoi… ? »
Yeongwoo pencha la tête, puis les souvenirs lui revinrent.
Il affrontait le Gardien de Porte en duel, à peine quelques instants plus tôt.
« Attends… Il est où, ce salaud de Gardien de Porte ? »
D’autres souvenirs lui revinrent.
« A-attends, mon Bâtard ! Aratubank… ! »
« Ouais, tu as failli avoir de gros ennuis. »
Comme s’il s’était attendu à cette réaction, Jeonggu posa sur les genoux de Yeongwoo les artefacts sacrés qu’il tenait.
« Bon sang, si toi et ce voleur étiez venus seuls, ta vie aurait été fichue. »
Yeongwoo poussa un soupir de soulagement et posa la main sur Bâtard.
Une voix familière se fit entendre.
— Ce genre de remarque, ça se dit dans le dos des gens. Même les méchants ont des principes.
« Ah. Tu étais là. »
Yeongwoo haussa les épaules en remarquant enfin Kejen.
Le médecin, enveloppé de bandages, hocha respectueusement la tête et s’éloigna.
— Selon la catégorie de votre laissez-passer, les frais médicaux sont offerts. Reposez-vous à votre aise.
Puis il passa devant Kejen et Jeonggu.
« C’est lui, le médecin ? »
Le médecin ressemblait à une momie géante en train de marcher, dont seule la moitié des bandages aurait été déroulée.
« Il est affecté à la Zone noire. Comme ta catégorie de laissez-passer est élevée, tu as droit à un bon traitement. On a déjà été nourris. »
La remarque de Jeonggu fit remonter le dernier souvenir manquant.
« Attends, le laissez-passer ! Qu’est-ce qu’il est devenu ? Je me souviens seulement… »
Le Gardien de Porte qui débloquait sa puissance et abattait son poing.
Kejen eut un sourire en coin et remua sa barbe.
— À ton avis ? Tu as enfreint les règles et tu t’es fait mettre KO.
Jeonggu retira de son cou une plaque semblable à une plaque militaire.
« Voilà le laissez-passer que tu as gagné. »
Cling.
Il posa sur les genoux de Yeongwoo une petite plaque métallique rectangulaire.
Sa surface portait plusieurs lignes écrites dans la langue universelle de l’espace.
« C’est donc ça, mon prix. »
[Zone noire]
| Niveau de sécurité : 3
| Évaluateur : Sezak
Yeongwoo l’examinait quand Kejen prit la parole en se frottant le nez.
— C’est un laissez-passer de catégorie 3. Malgré tes infractions aux règles, il t’a quand même donné un 3. Cet endroit n’a aucun sens.
« Alors, ce nom-là, c’est celui du Gardien de Porte ? »
Yeongwoo désigna la mention « Évaluateur : Sezak ».
Puis il remarqua autre chose.
Sa prothèse était rattachée, et son bras gauche avait entièrement guéri.
— Ouais. C’est le nom du Gardien de Porte.
« Gardien de Porte Sezak… »
C’était la première fois qu’il perdait connaissance pendant un combat.
Et après que Sezak eut débloqué sa puissance, Yeongwoo n’avait même pas pu échanger correctement un coup avec lui.
« Évaluateur… Drôle de titre. »
— Eh bien, il évalue les visiteurs en personne. D’une certaine façon, « évaluateur » convient.
« Hmm. »
Autrement dit, Sezak pouvait même évaluer les monstres qui recevaient des laissez-passer de catégorie 2 ou 1.
Comment était-ce possible ?
Même si personne ne pouvait utiliser son autorité à l’intérieur du cercle, les êtres supérieurs jouaient dans une tout autre catégorie.
Il avait du mal à imaginer le Président d’autrefois, quand il n’était encore qu’un prince, se faire évaluer par ce Gardien de Porte.
« Alors, qui obtient les catégories 1 et 2 ? Tu dois bien savoir quelque chose, tu es du coin, non ? »
Kejen secoua la tête.
— C’est la première fois que je vois un laissez-passer de catégorie 3. Je ne sais pas tout.
« Quel salaud inutile. »
— Mais je sais ce que tu peux faire avec un laissez-passer de catégorie 3.
« Hein ? Il sert à autre chose qu’à donner accès à la Zone noire ? »
— Passe-le-moi un instant. Je le sais parce que j’en ai fait les frais.
Yeongwoo hésita — Kejen était un voleur, après tout —, mais finit par lui tendre le laissez-passer.
La formule « j’en ai fait les frais » avait éveillé sa curiosité.
« Qu’est-ce qui t’est arrivé ? »
— Tu te souviens ? À partir de la catégorie 5, on obtient un espace d’échange personnel.
« Ouais. »
— Mais à partir de la catégorie 3, tu peux en concevoir la structure.
« Concevoir la structure ? »
— Ça veut dire que tu décides du fonctionnement de l’échange, de la façon dont tu veux faire tes transactions.
Kejen tapota le dos du laissez-passer.
Une interface holographique apparut.
FWOUM !
« Attribution de l’espace d’échange lancée. »
« Veuillez choisir votre position d’échange. Plusieurs choix possibles. »
Une série d’options absurdes apparut alors.
[1] Vous n’avez pas d’argent, mais souhaitez obtenir un objet.
[2] Vous avez de l’argent, mais souhaitez uniquement obtenir des objets.
[3] Vous avez quelque chose à vendre, mais vous n’en connaissez pas le prix.
[4] Vous avez quelque chose à vendre et vous en connaissez le prix.
[5] Tuer ou tout obtenir.
[6] Une prime est mise sur votre tête et vous souhaitez acheter quelque chose.
[7] L’objet que vous détenez est une créature vivante.
« Quoi ? Il y a combien d’options dans cette liste ? Ça n’en finit jamais ! »
Yeongwoo dévisagea Kejen, abasourdi.
Kejen leva un doigt.
— « Échange sans effusion de sang » devrait être la dernière. Autant que je sache, les options apparaissent par ordre de popularité.
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Gun]