Chapitre 578
[Traducteur – Night]
[Relecteur – Gun]
Chapitre 578 : La Zone noire (10)
« C’est ça, la Zone noire ? »
Yeongwoo ouvrit de grands yeux.
Ce que Kejen lui désignait était un objet colossal et bizarre, flottant au milieu de l’espace.
On aurait dit que quelqu’un avait arraché un énorme morceau d’écorce pour le jeter là.
« Un vaisseau peut vraiment ressembler à ça… ? »
Yeongwoo marmonna, incrédule. Kejen pointa du doigt la surface extérieure, rugueuse et irrégulière, de la Zone noire.
— Ce que tu regardes, c’est la surface de la Zone noire. On pourrait dire que c’est une ville mobile.
En fait, la Zone noire était aussi vaste qu’un grand continent terrestre.
— Et à ma connaissance, personne ne l’a jamais vue… mais la véritable coque du vaisseau doit se trouver en dessous, à soutenir la ville.
« Sous la ville ? D’accord, mais comment ça se fait que personne ne l’ait vue ? Si on entre par l’autre côté, on devrait pouvoir voir le dessous, non ? »
— C’est ce qu’on pourrait croire… mais la coque de la Zone noire est invisible.
« Invisible ? »
— On ne la voit ni à l’œil nu ni avec des scanners ordinaires. Et quelle que soit la technologie qu’ils utilisent, elle n’apparaît même pas sur les radars.
« Attends… on peut rendre un vaisseau invisible ? »
— C’est un peu comme le camouflage que tu portes.
Kejen expliqua toutefois que les vaisseaux ordinaires n’utilisaient que des films transparents, comme des autocollants, à usage unique.
Et ces films restaient visibles sur les radars.
— Mais le camouflage de la Zone noire n’apparaît même pas sur les radars. Va savoir comment ces foutus types s’y prennent.
« Mais ils ne pouvaient évidemment pas cacher toute la ville. »
— C’est pratiquement impossible. Des tas de petits vaisseaux et de transports traversent constamment la ville. Impossible d’en dissimuler toutes les traces.
« Alors pourquoi s’embêter à cacher la coque ? Le dessus est visible, de toute façon. »
— Un des nombreux mystères de la Zone noire. Arrête de creuser. Pour l’instant, contente-toi de survivre assez longtemps pour en sortir.
« … »
Mais Yeongwoo, dont la curiosité se situait dans les hauts pourcentages cosmiques, ne pouvait s’empêcher de penser à l’immense coque cachée qui soutenait la ville.
Kejen ne parvint à détourner son attention qu’en accélérant brusquement.
FIIIIIIIIIIIIII— !!
Comme l’appareil n’était qu’une épave munie d’ailes, l’accélération du moteur secoua violemment l’habitacle. Jeonggu fut le premier à pâlir.
« C-c’est pas un peu trop rapide ? »
— Il nous faut de la vitesse pour franchir l’atmosphère de la Zone noire.
Puis Kejen se tourna vers Yeongwoo.
— Et arrête de te laisser distraire. Prépare-toi à te battre. Tu croyais que je plaisantais ? Une fois qu’on aura atterri, tu devras vraiment te battre à mains nues.
« Quel genre de combat ? Si on perd, ils nous mettent dehors ? »
Les moustaches de Kejen frémirent.
— De toute façon, tu ne peux pas gagner. Le but, c’est de tenir le plus longtemps possible.
« … Quoi ? »
Un combat où l’on ne cherchait pas à gagner, mais seulement à tenir plus longtemps ?
En quoi était-ce logique ?
« Qu’est-ce que tu veux dire, je ne peux pas gagner ? »
— Ce n’est pas un combat conçu pour que les visiteurs l’emportent. Le rang de ton laissez-passer dépend du temps que tu tiens face au Gardien de Porte.
« Ah. »
À ces mots, Yeongwoo se posa une autre question.
« Le Gardien de Porte est si fort que ça ? Certains ne tiendront même pas une seconde avant de s’écrouler. »
Kejen répondit avec un calme absolu.
— Et alors ? C’est justement à ça que sert le Gardien de Porte.
« … Hein ? »
— Si tu t’écroules tout de suite, tu obtiens un laissez-passer d’admission générale.
« On échoue sur-le-champ et on a le laissez-passer de base ? »
Le combat n’était donc vraiment pas fait pour être gagné.
« Et qu’est-ce qu’il y a au-dessus du laissez-passer de base ? »
— Le laissez-passer de rang cinq. Avec ça, tu peux commencer à vendre des choses à l’intérieur.
« Quoi… ? Donc, avec le laissez-passer de base, on peut seulement acheter, pas vendre ? »
— Tu peux toujours faire du commerce au bazar en plein air. Mais tu ne peux pas utiliser le système officiel d’annonces de la Zone noire.
Autrement dit, si l’on acceptait de commercer dans la rue, où n’importe qui pouvait s’en mêler, le laissez-passer de base suffisait.
— Mais je te déconseille le bazar. Le simple fait de montrer ce que tu transportes augmente considérablement les risques d’ennuis.
« Alors, quel est l’intérêt d’utiliser le système officiel ? »
— Tu as accès à une salle de transaction privée. Au moins, tu n’as plus qu’à te battre contre ton partenaire commercial.
« … Donc, il y a quand même des bagarres. »
— Mais c’est bien mieux. Dans la rue, dès qu’une bagarre éclate, tous les salauds du coin rappliquent. Il arrive que des centaines de personnes se mettent à se battre en même temps.
« Si on est ridiculement fort, ça peut être un avantage. »
— Tu crois que les types qui campent au bazar n’y ont pas pensé ? Ils se jettent dans la mêlée parce qu’ils pensent pouvoir gagner.
Kejen esquissa un sourire en coin.
— Et parmi eux, il y a de vrais maîtres qui se faufilent dans le chaos pour rafler les marchandises.
« Tu veux dire toi. »
— Un voleur vole. Un brigand se bat. Un voleur n’a pas besoin d’être un grand maître en arts martiaux.
Voilà la « philosophie du voleur » de Kejen.
Mais Yeongwoo, contrairement à Kejen et fermement rangé dans la catégorie des brigands, préférait de loin rouer tout le monde de coups et rester le dernier debout.
« Bon, le commerce dans la rue, c’est du suicide. Et qu’est-ce qu’il y a au-dessus du laissez-passer de rang cinq ? Il permet déjà de commercer. »
— Ah, ça.
Kejen leva le poing.
— Plus tes poings sont puissants, moins tu paies de commission.
« Il y a une commission ? »
— Ouais. Utiliser le système de la Zone noire entraîne des frais. Laissez-passer de base : quinze pour cent. Rang cinq : dix pour cent.
Les transactions dans la rue n’entraînaient aucune commission, mais c’était un piège mortel.
— Les détenteurs du laissez-passer de base doivent donc payer quinze pour cent, en gros.
« Alors, le rang quatre, c’est cinq pour cent ? »
Kejen ajouta quelque chose qui éveilla immédiatement l’intérêt de Yeongwoo.
— Ouais. Rang quatre : cinq pour cent. Rang trois et au-dessus : aucune commission.
« QUOI ? »
— Si tu es assez fort pour obtenir un laissez-passer de rang trois, tu n’es pas un visiteur ordinaire. La présence de monstres de ce calibre renforce la sécurité de la Zone noire. Alors, ils ne leur font rien payer.
[Traducteur – Night]
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« Et le rang deux… ? »
— Aucune idée. Peut-être qu’ils t’offrent une chambre ou un truc du genre.
« Il y a des chambres ? »
— Je te l’ai dit : cet endroit est le refuge le plus sûr pour les criminels. C’est un marché, mais aussi une cachette et un asile.
« C’est presque… »
La version idéale de la Flotte terrestre, selon Yeongwoo.
Et quelqu’un l’avait déjà construite.
« L’univers est vraiment immense. Rien d’étonnant à ce qu’un endroit pareil existe quelque part. »
Mais Yeongwoo croyait toujours qu’il avait ses chances.
« La Flotte terrestre a quand même du potentiel. Si on remplit encore quelques conditions… on pourrait en faire une version supérieure. »
Sans s’en rendre compte, il réalisait une étude de marché.
« Je devrais vérifier le prix de l’immobilier et les loyers, ici. »
Tandis que Yeongwoo réfléchissait, Kejen posa la main sur les commandes.
— Accrochez-vous à quelque chose. On franchit l’atmosphère.
Presque aussitôt, le pare-brise se mit à rougeoyer.
CRRRRRRRAC !!
Enfin, ils pénétrèrent dans la haute atmosphère de la Zone noire.
TATATATATATATAT !
Il n’y avait de hublot ni près de Yeongwoo, ni de Jeonggu, ni du Gobelin doré, mais ils sentirent que la coque se déchirait à toute vitesse.
« On va vraiment s’en sortir ? Je n’ai pas envie de brûler vif pour un marché noir. »
— Fais-moi confiance. Si tu es encore en vie, c’est grâce à moi, non ?
C’était vrai : si l’atterrissage échouait, Kejen mourrait lui aussi.
Yeongwoo s’en remit donc à son instinct de survie.
« On atterrit où, exactement ? Il y a des parkings, ici ? »
— Une aile va se détacher pendant la descente, alors il faut qu’on finisse dans le lac. Il y en a un grand juste devant le passage de la Falaise Noire.
« La Falaise Noire ? »
— Imagine ça comme le rempart extérieur de la Zone noire. Le Gardien de Porte bloque l’unique entrée.
Ce Gardien de Porte était l’examinateur chargé d’évaluer le statut du visiteur.
— Quand on approchera du passage, le Gardien de Porte nous lancera un insigne. Celui qui l’attrape représentera le groupe et passera l’épreuve.
« Rien de compliqué. »
— Le combat sera vite terminé aussi. Alors, ne stresse pas trop. Mais l’idéal serait d’obtenir au moins un laissez-passer de rang cinq. Tu dois vendre le Sceau et ton lingot, tu te souviens ?
CRAC !!
Un claquement sonore retentit : comme Kejen l’avait prédit, une des ailes se détacha.
— C’est l’articulation qu’on a soudée sur Dik. Mais elle a fait son boulot.
« Elle se détache en plein vol et tu appelles ça faire son boulot ? »
— On n’a pas besoin d’ailes pour amerrir, de toute façon. C’est utile, mais pas indispensable.
Kejen se tut.
L’appareil plongeait en diagonale à toute vitesse, subissant de plein fouet l’atmosphère de la Zone noire.
Il devait se concentrer pleinement.
— On y va !!
Au cri de Kejen, l’appareil changea d’inclinaison.
La haute atmosphère turquoise disparut, remplacée par une étendue noire à perte de vue, comme un océan nocturne.
Le fameux marché noir se dévoila enfin.
« Putain… »
Jeonggu se couvrit la bouche, abasourdi par l’immensité des lieux.
Yeongwoo baissa les yeux vers ses poings.
« Un seul Gardien de Porte tient toute la ville en respect ? »
Quel genre de monstre était-ce donc ?
GOUUUUUUUUONG… !
L’appareil vira brusquement vers le lac, devant le rempart extérieur.
— Impact imminent. Tout le monde est solide ?
Juste au moment où Jeonggu demanda :
« Solide comment ? »
KWAAAAAAAH !!!!
Un rugissement violent jaillit d’en dessous.
Leurs corps furent projetés dans tous les sens comme des dés dans un gobelet.
« Mais qu’est-ce que… ?! »
« OUAAAAAH !! »
La coque s’ouvrit et l’eau s’engouffra.
FWOUSH !!
Yeongwoo comprit qu’ils glissaient à la surface du lac.
Puis il vit Kejen s’envoler avec la section du cockpit, et comprit clairement que ce salaud savait qu’il s’en sortirait.
« Espèce de fils de… ! »
« G-Gobelin ! Attrape ton ami ! »
hurla Jeonggu.
Yeongwoo écarta Jeonggu d’un coup de pied, se jeta sur le Gobelin doré qui roulait vers la queue de l’appareil et l’attrapa.
POC !
Le petit corps du gobelin était couvert d’ecchymoses sombres.
— Kiii…
Évidemment, contrairement à Yeongwoo ou Jeonggu, le gobelin n’était pas doté d’une résistance surhumaine.
« Quoi, tu ne vas pas mourir, hein ? »
La coque se fendit de nouveau et l’eau se déversa en cascade.
« OUAAAAAH ! »
Jeonggu s’agita, pris de panique.
Yeongwoo trancha la paroi opposée.
SHRRAAAAAK !!
L’eau jaillit, révélant une vaste étendue sombre…
L’appareil sombrait.
« On y est presque… ! »
L’eau lui monta jusqu’au philtrum, puis lui entra dans le nez.
Yeongwoo défonça la paroi d’un coup de pied, attrapa le gobelin et son père, puis les entraîna de force dehors.
FWOUSH !
Sous eux s’étendaient des montagnes de débris provenant des vaisseaux des visiteurs précédents.
Le fond du lac était un cimetière.
« C’est complètement dingue, ici. »
Yeongwoo contempla la scène, incrédule, puis nagea rapidement vers la surface.
Ce n’est qu’une fois à la surface qu’il croisa le regard de Kejen…
le voleur qui l’attendait sur la rive.
PLOUF !
Yeongwoo jaillit hors de l’eau.
Kejen recula en secouant les gouttes de ses moustaches.
— Je savais que tu t’en sortirais. Je ne peux pas conclure cette affaire sans toi.
« Espèce de taré… Je t’ai vu t’éjecter tout seul. »
— Il faut que je reste en vie pour retrouver le Sceau, non ? J’ai simplement choisi de survivre.
Il lui tendit la main.
— Et je suis sérieux : tu es indispensable pour cette affaire. Je ne peux pas encaisser le coup de ce type.
Kejen regarda derrière eux.
De lourds pas résonnèrent.
BOUM… !
Le Gardien de Porte de la Falaise Noire avait senti l’arrivée du nouveau venu.
Yeongwoo rampa jusqu’à la rive et porta instinctivement la main à sa ceinture.
Toc.
« Ah… pas d’armes autorisées. »
— Non. Ne cherche pas d’ennuis au Gardien de Porte.
« Les boucliers, c’est interdit aussi ? »
— Il faut avoir les mains vides. Les pieds et la bouche aussi.
« Ah. »
Apparemment, quelqu’un avait déjà essayé de foncer sur lui avec un couteau dans la bouche.
« Et sans coordonnées, je ne peux pas non plus le bombarder… »
Yeongwoo leva brièvement les yeux au ciel, puis demanda avec beaucoup de précaution :
« Alors… et la Montagne des Épées ? »
[Traducteur – Night]
[Relecteur – Gun]