Chapitre 559
[Traducteur — Night]
[Correcteur — Gun]
Chapitre 559 : Élixir (1)
L’élixir du Grand-Duc Kabu.
Il renfermait forcément la source d’un pouvoir extraordinaire.
Un simple cuisinier n’aurait jamais pu le digérer.
Comme il l’avait lui-même révélé, c’était un Lagtari de la caste des travailleurs —
l’une des couches inférieures, dont la cultivation martiale était limitée.
« Hé, mon gars. Même le ginseng sauvage peut se transformer en poison s’il ne convient pas à ton corps… Tu as failli y passer ! »
Sur ces mots, Yeongwoo récupéra un minéral rouge dans la flaque de vomi au sol. Le cuisinier tendit aussitôt la main vers lui.
« P-Pitié, rendez-le-moi ! »
« Pourquoi ? Tu ne peux même pas le digérer, et le récupérer n’effacera pas ton crime, si ? »
« C-C’est vrai, mais… »
Bien sûr, Yeongwoo comprenait la situation du cuisinier.
S’il ne pouvait pas le digérer, il pouvait toujours le vendre.
Mais quand même…
« Tu as dit que tu avais déjà vendu les deux autres, non ? Alors pourquoi t’en faut-il un autre ? Tu devrais avoir assez d’argent. »
Le cuisinier agita frénétiquement les mains.
« On m’a confisqué tout l’argent que j’ai gagné en faisant passer les élixirs en contrebande. Et puis… »
« Et puis ? »
« Cet élixir… est différent. »
« Différent ? En quoi, exactement ? »
Frouf.
Yeongwoo leva l’élixir à hauteur de ses yeux pour l’examiner de près. Le cuisinier ajouta à voix basse :
« C’est un remède qui transforme la constitution de celui qui le consomme et développe son énergie interne. »
« Je m’en doutais. C’est pour ça que tu as essayé de le manger toi-même. »
« Sa valeur ne se mesure pas en argent. Je vous en prie… rendez-le-moi. »
« Non. C’est justement pour ça que j’ai dit que je le gardais. Ta vie non plus ne se mesure pas en argent, si ? »
« Hein… ? »
« Sans moi, ces salauds borgnes, là-bas, t’auraient attrapé et tué, non ? »
Yeongwoo brandit le Bâtard et désigna l’arrière. Le cuisinier n’eut rien à répondre.
C’était la vérité, après tout.
« J’ai déjà pris ma décision, alors arrête de discuter. Je le prends. »
Yeongwoo serra avidement l’élixir dans sa main. Du vomi jaune lui coula entre les doigts.
« Mais en échange… »
« … ? »
« Je te garantis que tu seras en sécurité. Même en dehors de ce donjon. »
Les yeux du cuisinier s’écarquillèrent.
« Q-Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« On t’a envoyé dans ce donjon comme une sorte de punition, c’est ça ? »
« … Oui. »
« Alors, si tu arrives à survivre et à en sortir, qu’est-ce qui t’attend ? »
« E-Eh bien… »
Le cuisinier fixa le vide.
« On me renverra dans la Zone d’Exil. »
« La Zone d’Exil ? »
« C’est là qu’on jette ceux qui sont bannis de la Grande Cité. »
« Dans ce cas… tu connais les coordonnées de cette Zone d’Exil ? »
Le visage du cuisinier se déforma de désespoir.
« … Non. Alors, je suis condamné ? »
« Tu l’étais déjà depuis le moment où tu as volé cet élixir. »
« … »
« Mais grâce à ça, il a fini entre mes mains… alors j’aimerais t’aider si je le peux. L’univers a son karma et ses châtiments, tu sais. »
Mais si les coordonnées de cette Zone d’Exil étaient inconnues,
alors même le propriétaire d’un Vaisseau planétaire ne pourrait retrouver le cuisinier dans l’immensité de l’univers.
« Hm. »
Yeongwoo saisit l’avant-bras du cuisinier et lui transmit le code de communication du Vaisseau terrestre.
Vlan !
« Hein ? Qu’est-ce que c’est ? »
« Un code qui te permet de te connecter à mon vaisseau. Si tu as un jour accès à un appareil de communication, envoie une demande de secours à ce numéro. »
« E-Et d’ici là… ? »
« D’ici là, tu devras te débrouiller pour survivre. Mais c’est toujours mieux que de mourir dans le donjon, non ? »
À ce stade, sa dette pour l’élixir était réglée.
Yeongwoo lui demanda donc aussitôt comment le consommer.
« Au fait, comment on prend ça ? Tu es le cuisinier du Grand-Duc, tu dois le savoir, non ? »
L’élixir qu’il avait extrait de l’estomac du cuisinier était un minéral rouge de la taille d’un poing.
« Ne me dis pas qu’il suffit de le fourrer dans sa bouche… »
Le cuisinier acquiesça.
« Il n’y a pas de méthode particulière. Chaque être l’absorbe par son système digestif. »
Bien sûr, si le corps n’était pas assez robuste pour le supporter, il le recrachait, comme le cuisinier venait de le faire.
Au moins, j’ai vérifié que ça ne tue pas quand ça ne marche pas. Ce salaud de cuisinier l’a simplement vomi.
Mais il y avait une variable.
L’espèce.
Le cuisinier était un Artari de naissance, même s’il appartenait à la caste des travailleurs.
Yeongwoo, lui, était un humain venu de la Terre.
Impossible, donc, de savoir ce qui arriverait si un non-Artari consommait l’élixir.
« Qu’est-ce qui se passe si quelqu’un qui n’est pas un Artari en prend ? »
« … Je suis cuisinier, pas médecin. Je n’ai jamais vu personne d’autre que le Grand-Duc en prendre. »
Le cuisinier remua nerveusement, jetant des coups d’œil à l’élixir.
« Mais surtout… l’élixir commence à fondre s’il n’est pas dans un être vivant. Alors… »
« Quoi ? Il fond ? »
Autrement dit, s’il ne comptait pas le manger bientôt, il devait le lui rendre.
« Tu gardais un truc pareil dans ton corps, hein. »
À bien y réfléchir, la lueur de l’élixir s’intensifiait depuis un moment.
Alors Yeongwoo…
Ta-ta !
… empoigna rudement le bras du cuisinier.
« Retournons d’abord là-bas. S’il y a des effets secondaires, au moins ce noble morveux pourra me protéger. »
* * *
[Traducteur — Night]
[Correcteur — Gun]
« Ça sent mauvais. »
Alden Miras, troisième fils de la Maison Miras, eut un mauvais pressentiment dès qu’il vit l’« humain » courir vers lui au loin.
Le Lagtari qu’il traînait derrière lui bavait du vomi jaune, mais ce n’était pas le plus inquiétant…
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Alden désigna le minéral rouge que Yeongwoo tenait entre ses dents. Dame Kanaph répondit :
« On dirait un élixir d’Artari. »
« Un élixir… ? »
Yeongwoo poussa alors le cuisinier vers Alden et prit dans sa main la pierre qu’il avait dans la bouche.
« Pendant que je prends cet élixir, assurez-vous qu’aucun des autres n’essaie de s’enfuir. »
« Quoi ? Et toi ? »
« Moi ? Je risque de me rouler par terre si j’ai des effets secondaires. Il faut bien que quelqu’un surveille les environs. »
En d’autres termes, il confiait ses arrières à Alden Miras, un homme qu’il venait de rencontrer.
« Tu me fais confiance à ce point ? »
« Je ne vous fais pas confiance. Je fais confiance aux gens qui sont obsédés par le nom et l’honneur de leur famille. »
Comme ce crétin, le prince Aldo, parmi les Bienfaiteurs.
Bien sûr, Alden Miras n’avait pas l’air aussi stupide que le prince Aldo,
mais Yeongwoo était sûr qu’il ne le poignarderait pas dans le dos alors que les effets de l’élixir feraient rage.
Il avait appris à mieux lire les gens.
« Vous ne saliriez pas le nom de votre famille en plein voyage, n’est-ce pas ? Je prends cet élixir en m’en remettant à ça. »
« … »
Alden Miras ne répondit pas.
Mais Yeongwoo ouvrait déjà grand la bouche.
« Ça fait un moment que je n’ai rien mangé. »
Et il fourra dans sa bouche la mystérieuse pierre venue d’un autre monde.
Crac !
Elle était bien trop grosse pour qu’un humain puisse l’avaler d’un seul coup. Pourtant, à sa grande surprise,
elle se glissa lentement entre ses lèvres.
« Urgh. »
Sa surface avait fondu après être restée trop longtemps à l’air libre.
« Tu aurais au moins pu l’essuyer avant de l’avaler… »
En voyant l’élixir encore couvert du vomi du cuisinier, Kanaph s’écarta de Yeongwoo.
À cet instant, l’élixir entièrement entré dans sa bouche, Yeongwoo inclina la tête.
Il comprit soudain que, même à moitié fondu, il était bien plus gros que sa gorge.
« Hein ? »
Les joues grotesquement gonflées, il regarda le cuisinier.
Le Lagtari exilé désigna son propre cou.
« Attendez un peu, et il descendra tout seul. »
« Aah ? »
Et alors…
« … ! »
Les yeux de Yeongwoo s’écarquillèrent tandis qu’une lumière écarlate jaillissait de sa bouche entrouverte.
KWAHHHH !!
On aurait dit qu’un canon laser venait de tirer.
« M-Mais qu’est-ce que… ! »
« Aah ! »
Le cuisinier, les deux êtres borgnes, Dame Kanaph et même Alden Miras tressaillirent de stupeur.
Pendant ce temps, Yeongwoo…
« Aaaaaah ! »
… hurlait à pleins poumons, projetant de la lumière dans les airs.
Dans sa bouche, l’élixir fondait à toute vitesse.
Et enfin…
Grouglouglou.
Un bruit de bouillonnement, comme une bouillie en train de cuire, résonna,
et l’élixir, désormais réduit à la taille d’un gravier, glissa dans sa gorge.
« … Hein. »
À cet instant, la lumière qui jaillissait de sa bouche disparut.
« Quoi… c’est quoi, ce bordel ? C’est fini ? »
À ces mots, le cuisinier secoua nerveusement la tête.
« Si ton corps est vraiment capable de digérer cet élixir, alors ce n’est que le début. »
« Le début ? De quoi ? Ne me dis pas que tu as oublié de me dire quelque chose. »
Le cuisinier recula prudemment d’un pas.
« Ce que tu viens d’avaler, c’est l’élixir Agfa. Même le Grand-Duc s’est fait construire une salle spéciale pour lutter contre la puissance spirituelle qui y est scellée. »
« Quoi ?! Il faut combattre l’élixir ? Alors pourquoi tu l’as avalé, bordel ? »
Yeongwoo fronça les sourcils en posant la question. Tous les autres reculèrent, effrayés.
« Qu’est-ce qui vous prend, tout à coup ? »
Le visage trempé de sueur, Dame Kanaph désigna Yeongwoo.
« V-Vos yeux… là… »
« Quoi, mes yeux ? »
Sentant que quelque chose clochait, Yeongwoo leva le Bâtard pour s’en servir de miroir.
Mais la lame était enveloppée d’une aura démoniaque rouge, et il ne parvenait pas à distinguer son reflet.
Il ne remarqua pas que ses yeux avaient viré au rouge.
Il sentit pourtant que la couleur de ses pupilles avait changé.
« C’est quoi, ce… mes yeux ont une drôle de tête ? »
Il pencha la tête.
Puis sa mâchoire se mit à le démanger.
« Bon sang, qu’est-ce qui m’arrive encore ? »
Sa voix tremblait.
Après avoir mangé l’élixir des Artari à tête de céphalopode, cette démangeaison à la mâchoire ne pouvait signifier qu’une chose.
Il leva de nouveau le Bâtard pour regarder son visage.
Frouf.
Son nez s’incurvait vers le bas, beaucoup trop…
comme le museau d’un fourmilier.
« Hein ? »
Et alors…
Crac !
Le bruit de la chair qui se déchire.
Son long nez se fendit en deux — non, en trois —
et se transforma en longs tentacules.
« Merde ! »
Et ce n’était pas tout.
À partir de son épaule gauche amputée, un énorme bras à la peau violette, inhumain, se mit à pousser à toute vitesse.
Quoi que ce fût, son corps subissait une transformation radicale.
« C-Cuisinier ! C’est ça, le combat contre la puissance spirituelle ? »
« J-Je n’en sais rien ! Je n’ai jamais osé entrer dans la salle du Grand-Duc… ! »
Pendant ce temps, le nouveau bras gauche de Yeongwoo enflait de manière anormale.
Il planta le Bâtard dans le sol et retira le « Petit Oiseau », la prothèse qui remplaçait sa jambe gauche.
Clac !
Là où la prothèse s’était détachée, de la chair violette gonfla comme du pop-corn.
« Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Bon sang. Je me fais enfin punir ? »
À présent, la tête de Yeongwoo était déjà transformée à soixante pour cent en celle d’un céphalopode.
Ses cheveux tombaient par touffes tandis que d’étranges motifs se répandaient sur son crâne comme une marée.
« T-Tu… tu es dans de beaux draps ! »
Alors que Dame Kanaph s’écriait en se couvrant la bouche,
une fenêtre système apparut devant Yeongwoo, devenu presque impossible à reconnaître comme humain ou comme Artari.
「Pouvoir d’Artari acquis : +1.1」
« … Quoi ? »
Alors, sous les tentacules qui lui recouvraient le menton, une énergie démoniaque écarlate se déversa.
« GUWAAAAAAAHHHH ! »
[Traducteur — Night]
[Correcteur — Gun]