Chapitre 553
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Gun]
Chapitre 553 : L’Esthétique du Cercle (4)
Sacrifier des membres pour dépasser l’objectif de réussite du donjon.
Et puisqu’il fallait le « dépasser », le sacrifice devait être conséquent.
D’après le raisonnement de Madame Kanaph, pour que Yeongwoo obtienne la récompense cachée, il devait faire sortir du donjon absolument tous les participants.
« C’est absurde… Le nombre de participants requis pour ce donjon est de huit. Même si on exclut tous ceux qui sont ici, il en reste au moins quatre là-bas. »
— Alors tu n’as qu’à les faire sortir tous.
« Avec mes bras et mes jambes ? »
— Si ça ne te plaît pas, tu peux sortir le premier, non ? Je serais ravie de partir plus tôt.
Madame Kanaph haussa les épaules, juchée sur la nuque de Yeongwoo.
Après tout, elle connaissait à peine Yeongwoo et ignorait presque tout du donjon. Forcément, elle s’en moquait éperdument.
Les récompenses cachées ne l’intéressaient pas.
Mais pour Yeongwoo, qui pilotait à cet instant même un vaisseau en direction de la Zone noire, la situation était tout autre.
« Il y a peut-être aussi un catalogue dans ce donjon. Je ne peux pas le laisser derrière moi. Un donjon pareil, ça se présente une fois par jour… non, une fois tous les cent millions d’années. »
— La cupidité te sort par les yeux.
« C’est une question de survie, Madame. Et ça vaut aussi pour toi. »
À ces mots, Madame Kanaph, qui était affalée sans rien faire, se mit soudain à trembler.
— Q-quoi ? En quoi ça se tient ?
« Tu resteras sur mon vaisseau jusqu’à ce qu’on retrouve ce duc ou je ne sais quoi, non ? Alors ma survie, c’est aussi la tienne. »
— …Ça…
Kanaph se tut, incapable de le contredire.
Il n’avait pas tort.
Jusqu’à ce qu’elle retrouve le Duc Dalqui, ce vaurien était son seul protecteur.
« En fait, ce donjon n’est même pas le vrai problème. Après, une montagne d’ennuis nous attend pour nous tuer. »
— A-alors, on n’a qu’à vivre tranquillement…
« Ce n’est pas si simple. J’en ai déjà trop fait. »
Ironiquement, cette conversation rasséréna un peu Yeongwoo.
En songeant à tout ce qu’il aurait à faire une fois sorti d’ici, couper quelques membres pour renvoyer les autres chez eux lui sembla presque insignifiant.
« C’est vrai. Pourquoi pas ? J’ai réussi des épreuves de percée avec des cultivateurs méritants… Je ne vais quand même pas flancher devant un petit donjon comme celui-là ? »
Frouf.
Quand le regard de Yeongwoo balaya les environs, la machine et l’homme-lézard tressaillirent nerveusement.
— … !
— Q-qu’est-ce qu’il y a, maintenant… ?
« Vous deux, allez vivre. Continuez à survivre là-dehors. »
— Quoi ?
« En échange, chacun abandonne un bras. Ne vous inquiétez pas, vous aurez des prothèses ou des remplacements. »
Yeongwoo parla en projetant l’ombre menaçante de Bâtard ; l’homme-lézard recula.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Abandonner un bras ?
Yeongwoo pointa son épée vers le membre mécanique de l’homme-lézard.
« Tu te souviens ? Il faut quatre membres au total pour activer le point d’évasion, non ? »
— …Ouais ?
« Alors vous en fournissez deux. Je m’occupe des deux autres. »
Autrement dit, Yeongwoo fournirait un bras et une jambe, tandis que la machine et l’homme-lézard apporteraient chacun un membre.
« Il ne vous reste donc qu’à décider : qui perd un bras et qui perd une jambe ? »
Il fit négligemment osciller la lame entre eux, et l’homme-lézard protesta, affolé.
— A-attends une minute ! J’ai poursuivi ce salaud jusqu’ici justement pour éviter ce genre de truc !
« Malheureusement pour toi, tu es tombé sur moi. Puisque je suis là, tout le monde pourra sortir vivant. »
L’homme-lézard désigna aussitôt la machine.
— Regarde ! Ce truc n’est même pas vivant. Perdre ses membres ne le tuera pas !
Mais la machine agita aussitôt les bras, alarmée.
— M-monsieur ? Vous n’allez quand même pas accepter ? Sans mes membres, autant dire que je suis mort !
« Du calme. Je ne compte pas te démonter entièrement. Pas de panique. »
Yeongwoo s’accroupit.
« Bref, l’important, c’est que vous sortiez tous les deux d’ici. Alors, soyez équitables : choisissez chacun votre part. Qui abandonne quoi ? »
Pendant ce temps, le compte à rebours dans les airs annonça l’apparition imminente du point d’évasion.
[05:02:41]
— Après tout ça, tu t’attends à ce que je reparte les mains vides… enfin, avec un seul bras ?
L’homme-lézard maugréa de nouveau.
Yeongwoo leva alors son épée et la pointa vers la tête de la créature.
« C’est toujours mieux que de perdre la vie, non ? Tu étais censé mourir aujourd’hui, tu te souviens ? »
Ses yeux brillèrent d’or tandis qu’il prononçait ces mots, et l’homme-lézard frissonna sous son aura écrasante.
— T-tu… Qu’est-ce que tu es ? Quelqu’un comme toi n’a rien à faire dans un endroit pareil.
Il avait visiblement quelques connaissances : la seule présence de Yeongwoo suffit à lui faire blêmir.
Après tout, les adversaires habituels de Yeongwoo étaient des entités cosmiques et des criminels capables de menacer des planètes entières.
Pour quelqu’un de cette envergure, dominer des minables d’un simple regard n’avait rien d’étonnant.
« Moi ? Je suis celui qui va donner bras et jambes pour faire sortir tout le monde… et rafler les récompenses supplémentaires. »
Yeongwoo se redressa, puis désigna la jambe de l’homme-lézard.
« Celle-là. Si on te la coupe, elle repousse ? »
— …Quoi ?
« Je te demande si elle se régénère comme la mienne. »
— Avec assez de nourriture, elle repousse… lentement.
« Lentement ? À quel point ? »
— …
L’homme-lézard comprit alors que ce cinglé en voulait à son membre.
— Très lentement. Il faut au moins deux ou trois jours.
« Ah oui ? Alors, impossible de tout couper maintenant. »
— B-bien sûr que non.
« Dans ce cas, tu vas perdre une jambe. »
— Quoi !?
« Tu viens de dire qu’elle repousserait en deux ou trois jours si tu te reposais. »
— Mais pourquoi la jambe !?
« La machine doit aller travailler demain pour gagner de l’argent. Elle a besoin de ses deux jambes. »
Frouf.
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Gun]
Yeongwoo désigna la machine d’un geste.
L’homme-lézard le regarda, incrédule.
« Ça ne te plaît pas ? Tant pis. Tu ne vas quand même pas te battre contre moi pour une jambe ? »
Le compte à rebours se mit alors à luire en rouge.
Piaaat !
Une heure s’était enfin écoulée : le point d’évasion allait apparaître.
[Arrêt partiel du donjon en cours.]
Une immense figure triangulaire apparut alors dans les airs.
Pop !
« …Qu’est-ce que c’est ? »
Yeongwoo fronça les sourcils tandis que de minces rayons lumineux jaillissaient en diagonale vers le bas depuis chaque sommet du triangle.
« Oh ! Ne me dites pas que… ! »
Comprenant qu’ils indiquaient les points d’évasion, Yeongwoo ramassa à la hâte l’équipement qu’il avait confisqué à la machine et à l’homme-lézard.
Puis, brandissant Bâtard d’un air menaçant, il cria :
« Courez ! »
— Hein ?
— Q-quoi… où ça !?
« Vers le rayon le plus proche ! C’est votre bouée de sauvetage ! »
— Qu’est-ce que tu racontes ? Tu veux dire que c’est le point d’évasion ?
« Évidemment. Et si vous attendez, il disparaîtra quand le donjon s’effondrera ! »
Tout en parlant, Yeongwoo avait déjà filé devant eux.
Même s’ils ne s’échappaient pas, il devait comprendre le fonctionnement du mécanisme.
Tatat !
Yeongwoo fonça à une vitesse terrifiante vers la lumière et aperçut bientôt l’endroit où le rayon touchait le sol.
« Bien, c’est tout près. »
— Comme tu l’as dit, c’est sur le périmètre.
Madame Kanaph désigna l’endroit de son petit doigt.
Comme Yeongwoo l’avait prévu, le point d’évasion était apparu à la limite extérieure du donjon, à quelques minutes seulement d’être englouti par le champ de barrière qui se refermait.
« Sommes-nous les premiers à l’avoir trouvé ? »
La structure finit par apparaître tout entière : une immense machine cylindrique.
Derrière elle, la barrière bleue dévorait déjà l’espace en avançant.
« On a peut-être deux ou trois minutes. »
Yeongwoo posa la main sur la surface de l’appareil.
Toc.
Un panneau holographique clignota et afficha les instructions.
[Bienvenue au point d’évasion.]
[Insérez deux bras et deux jambes dans les fentes d’admission inférieures.]
« …Des fentes d’admission ? »
À ces mots, la partie inférieure du cylindre s’ouvrit sans un bruit.
« Ah. »
C’était donc ça : il fallait jeter les membres dedans pour activer la machine.
[Jusqu’à quatre utilisateurs peuvent se servir simultanément de ce point d’évasion. Les membres utilisés pour l’activation seront incinérés.]
« C’est complètement dingue. »
Il s’y était attendu, mais le voir écrit noir sur blanc lui fit tout de même un drôle d’effet.
Autrement dit, quatre participants devaient chacun sacrifier un membre pour que tout le monde puisse s’échapper.
« Évidemment. Personne ne céderait volontairement ses propres membres. Alors ils se battraient. »
Ce ne fut qu’à cet instant que Yeongwoo comprit vraiment à quel point il serait difficile de « dépasser l’objectif ».
« Me contenter d’offrir mes propres membres ne suffira pas. »
Son regard se porta vers les deux autres rayons, de l’autre côté du donjon.
« Il faudra aussi empêcher les autres de s’entretuer. »
Ce n’est qu’alors qu’il pourrait mettre en place un scénario où tout le monde survivrait en partageant les pertes.
Taaat !
La machine et l’homme-lézard arrivèrent, à bout de souffle.
— C-c’est le point d’évasion ?
La machine fut la première à poser la question.
L’homme-lézard fixa l’appareil d’un air franchement dégoûté.
— Ça a l’air carrément flippant.
On pouvait le comprendre : il allait bientôt y perdre une jambe.
Yeongwoo pointa son épée entre les deux.
« On n’a pas le temps. Coupe-la, maintenant. Tu as déjà bien tenu jusque-là. »
La barrière se refermait vite. Yeongwoo cessa donc de parler et leva sa lame.
Frouf.
« Laisse tomber. Je vais le faire moi-même. »
— Q-quoi !? Non ! Je peux le faire !
Paniqué, l’homme-lézard fouilla derrière son dos et en tira une longue lame fine. Il avait apparemment dissimulé une autre arme.
Yeongwoo sourit légèrement et lui fit signe du doigt.
« Je le savais. Donne-moi aussi celle-là. »
Puis, d’un seul coup net de Bâtard, il trancha la jambe de l’homme-lézard.
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Gun]