Chapitre 529
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Chapitre 529 : La nouvelle normalité (1)
Un loyer journalier variable.
Autrement dit, le loyer pouvait augmenter à intervalles réguliers ou lorsque certaines conditions étaient réunies.
Bien sûr, sur Terre aussi, les loyers augmentaient à la fin du bail, mais ici, il s’agissait d’un loyer journalier.
« Payer cinquante millions par jour, ce n’est pas rien, mais si nous instaurons un loyer journalier variable, est-ce que ça pourra vraiment être rentable ? »
Fidèle à sa réputation de planète soucieuse de ses habitants, la Terre s’inquiétait déjà pour ses futurs résidents.
Mais Jeong Yeongwoo, le propriétaire de facto du Vaisseau terrestre, voyait les choses bien autrement.
« Cinquante millions par jour, ce n’est pas rien ? Seuls ceux qui ont une planète à eux pour s’étendre les jambes peuvent dire ça, non ? »
« … »
« Il y a sûrement des gens qui seraient prêts à payer cette somme, mais qui n’ont nulle part où aller. »
Sur ces mots, Yeongwoo pointa l’index vers l’espace au-delà de la fenêtre.
« Nos clients, ce sont des réfugiés riches, des gens qui croulent sous l’argent, mais ne trouvent toujours pas de nouveau foyer. »
Des réfugiés riches.
L’expression semblait contradictoire, mais rien ne disait que de telles personnes n’existaient pas dans cet univers immense.
« Ça ne sera quand même pas facile. »
« Bien sûr que non. Mais mettre le pied sur le Vaisseau terrestre n’est pas facile non plus. Il doit y avoir quoi, une dizaine de Vaisseaux-planètes dans tout l’univers. »
« … Mmm. »
Il n’y avait rien à redire à cela.
Un endroit qui était une planète, mais se déplaçait hors des orbites naturelles et échappait ainsi à toutes sortes de poursuivants : un refuge.
— C’est vrai. On ne loue pas simplement des chambres : on leur permet de vivre sur un Vaisseau-planète.
Petit à petit, Jiseon commença à se ranger à l’avis de Yeongwoo.
— Par exemple, des criminels fortunés voudraient aussi vivre ici, non ? Des gens qui ont tant d’ennemis qu’ils ne peuvent pas dormir en sécurité à des coordonnées fixes.
« Euh… Je n’avais pas encore pensé aux criminels, mais si les conditions leur conviennent, rien ne s’y oppose. »
Dans ce cas, ils leur feraient sans doute payer des « frais de mauvais karma » en supplément.
Oui. À bien y réfléchir, les locataires les plus aisés viendront probablement du milieu criminel. Qu’ils soient recherchés par un gouvernement ou qu’ils aient simplement trop d’ennemis, fugitifs et Vaisseaux-planètes vont de pair.
Pour parler franchement, ils pourraient même faire évader des prisonniers et les embarquer sur le Vaisseau terrestre.
Bien sûr, seuls quelques criminels ayant de l’argent caché sur une planète pourraient devenir locataires.
« Quoi qu’il en soit, notre Vaisseau terrestre est maintenant ouvert à tous. Devant l’argent, tout le monde est égal. Payez avec ce que vous avez ou gagnez votre loyer au fur et à mesure, mais ne faites pas défaut. »
Après avoir dit tout cela, Yeongwoo eut une autre idée et s’adressa à Kubu.
« Ah, monsieur Kubu. »
— Oui, Patriarche.
« Dis-leur qu’on accepte aussi la location de Mythes en guise de loyer. Considère ça comme une clause spéciale. »
— Par location de Mythes, tu veux dire… ?
« Au lieu de payer le loyer journalier, ils me confient leur équipement de rang Mythique. Tant qu’ils sont locataires, je peux utiliser leur Mythe comme bon me semble et… »
— Mais il y aura des cas de perte ou de destruction, non ?
« Alors, ils obtiennent le droit de résidence permanent. »
À ces mots, la Terre resta bouche bée.
« Ça ne passera jamais. »
« Pourquoi pas ? Tu connais toutes les races de l’univers ? Chacun a ses raisons. »
Et puis, ils avaient déjà un excellent précédent avec les Orques Redfoot.
D’une certaine façon, ils avaient mis leur Mythe en jeu pour que la Terre les accepte.
Après avoir expliqué tout cela, Yeongwoo tourna les yeux vers Kubu.
« Il doit bien y avoir quelque part des gens qui ont urgemment besoin d’un pied-à-terre pour diverses raisons et qui ne possèdent que le Mythe de leur race. »
— Compris. Je transmettrai aussi cette clause spéciale du côté de Doatel.
Des réfugiés dont le seul bien était l’argent.
Et des réfugiés dont le seul bien était leur Mythe.
Kubu s’évanouit sur-le-champ, porteur d’une offre destinée à ces deux groupes.
Frouf.
Bientôt, de sinistres annonces de location seraient diffusées depuis la planète du Courtier de Vertu, au loin.
« C’était vite réglé. De toute façon, je pensais qu’il fallait trouver des locataires au plus vite. »
« À supposer qu’on arrive à en trouver… qu’est-ce que tu comptes faire ensuite ? Retourner tranquillement à Doatel ? »
« Non. Il nous reste au moins deux choses à faire. »
« Au moins deux ? »
« Comment veux-tu que je me montre à Doatel sans avoir rien accompli ? On s’occupe de ce marchand d’armes, puis on y va. »
Ensuite, il y avait la transformation radicale de la Terre, en prévision de l’arrivée éventuelle d’une Force de poursuite galactique.
Voilà les deux tâches qui les attendaient.
« Tu vas encore foncer tête baissée ? »
« Les deux premières fois, c’était pour m’échauffer. »
Le visage impassible, Yeongwoo fit mine de regarder le sol de la salle de contrôle et posa une question.
« Au fait, ceux qui ont apporté les résultats de l’arpentage sont déjà arrivés en bas ? »
Il parlait des ordres qu’il avait donnés le matin même par annonce planétaire.
N’avait-il pas demandé aux représentants régionaux de recenser les « zones inoccupées » et d’en rapporter les résultats ?
« La plupart sont là. Certains traînent encore près du couloir de transit. »
« Ah oui ? Alors descendons ensemble. »
« Quoi ? Pourquoi moi ? »
« Au moins, tu aideras à détendre l’atmosphère. Je n’ai pas le temps de les “convaincre” un par un. »
Ici, « convaincre » signifiait les battre à deux doigts de la mort.
« Et notre trajectoire ? On retourne dans le système stellaire de Golux ? »
À la question de la Terre, l’étoile Golux s’illumina.
Ils rentraient enfin chez eux.
« Bien sûr. Et il est temps de laisser ces messieurs partir. »
Yeongwoo désigna successivement Golux et Nurpf. Nurpf leva la tête vers le vide et brilla de mille feux.
« B-bien, dans ce cas… »
Nurpf s’envola à travers le plafond de la salle de contrôle.
Mais cette fois, Yeongwoo ne l’arrêta pas.
Ils en avaient fini ici, de toute façon.
« Alors, retour à Golux. »
À ces mots de la Terre, la vue derrière la fenêtre se retrouva de nouveau enveloppée par les hologrammes de la zone de relais. Pendant ce temps, Yeongwoo se tenait déjà devant la porte de la salle de contrôle.
Clac.
« Allons-y. Ça nous changera de voir quelques visages. »
* * *
Dix heures quatre.
Quand Yeongwoo et la Terre apparurent à l’étage inférieur de la salle de contrôle, les différents représentants régionaux arrivés dans l’arrondissement de Gwangjin se ruèrent vers eux en masse.
Il s’agissait certes d’une convocation quelque peu humiliante — un compte rendu sur l’arpentage des terres —, mais c’était aussi une bonne occasion de voir en chair et en os le représentant de la planète.
« C-c’est lui, le représentant de notre planète ? »
« Il est bien plus jeune que je ne le pensais. »
« Et ce gamin serait aussi fort ? »
Les représentants régionaux, emportés par leur enthousiasme, se mirent à courir, puis ralentirent un peu plus tard pour retrouver leur dignité.
Ils se rappelèrent que le représentant de cette planète de dingues portait toujours une caméra allumée.
Malgré tout…
Faitata !
Pas moins de quatre représentants régionaux continuèrent à courir sans ralentir.
Et il s’agissait de…
« Oh. »
Reconnaissant quelques visages et leurs épithètes, Yeongwoo salua les quatre premiers. Les deux coureurs de tête crièrent à pleins poumons.
« Chef Jeong… ! »
« Ça fait un bail ! »
Les Doubles Démons du Shandong, Zhang Jaham et Wu Qingjin, étaient venus.
Derrière eux accouraient Ottavio, d’Italie, et Ricardo, du Brésil.
C’étaient ceux qui avaient été affectés au même groupe lors du premier donjon.
« Alors, vous avez tous survécu. »
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Tandis que Yeongwoo marmonnait cela, les Doubles Démons du Shandong arrivèrent les premiers et le saluèrent solennellement, poing dans la paume.
« Nous saluons le Chef Jeong, l’Épéiste invincible ! »
« … D’accord. Alors, qu’est-ce qui vous amène ? Vous n’avez pas englouti toute cette vaste Chine, j’imagine. »
À la question de Yeongwoo, Zhang Jaham s’inclina et répondit.
« Une instance délibérative vient enfin d’être formée. Nous ne sommes ici qu’en tant que représentants. »
Autrement dit, une sorte d’union chinoise venait de voir le jour.
Wu Qingjin prit alors la parole.
« Il reste beaucoup de choses à régler… mais, quoi qu’il en soit, avoir été désignés comme représentants est bon signe. »
« Donc, vous n’avez pas encore réussi à mettre tout le monde d’accord. »
Yeongwoo hocha la tête d’un air entendu.
Ils avaient envoyé les Doubles Démons du Shandong comme représentants, mais cela ne signifiait pas que toutes les grandes figures de Chine soutenaient Jeong Yeongwoo.
Ils pourraient bien devenir des trouble-fête inattendus lors d’un nouveau vote.
Tandis que Yeongwoo se grattait le menton, Ottavio s’approcha et lui tendit la main.
« Monsieur Jeong Yeongwoo, vous avez bonne mine. »
« À voir votre tête, vous avez des soucis. »
Ottavio parut surpris par les paroles de Yeongwoo.
Puis il se confia.
« L’Italie n’a aucune zone à proposer à la location. La plupart des endroits sont déjà assez densément peuplés. »
« Ah. »
Ottavio avait lui aussi été choisi comme représentant en raison de ses liens avec Yeongwoo.
« Si vous exigez qu’on crée une zone libre malgré tout… on pourrait sans doute vider Palerme, une ville côtière. »
Ottavio avait même prévu une solution de secours.
À ses côtés, la Terre expliqua :
« La plupart des pays européens sont dans le même cas. Leur superficie est tout simplement trop réduite. »
Palerme se trouvait en Sicile, qui relevait de l’autorité d’Ottavio.
Autrement dit, même cette solution de secours était un plan qu’Ottavio avait eu bien du mal à élaborer dans les limites de son pouvoir.
« C’est embêtant. Dans ce cas, nous devrions d’abord créer des zones de location dans les pays les plus vastes. »
Quand Yeongwoo marmonna cela, Ricardo prit la parole d’un ton assuré.
« Au Brésil, presque tout l’ouest est inhabité. Nous pouvons déplacer tous les habitants en deux jours. »
« Oh… C’est la meilleure nouvelle que j’aie entendue aujourd’hui. »
« Mais il y a un problème. »
« Lequel ? »
« Les villes voisines de la zone de location réclament une compensation. »
Yeongwoo fronça violemment les sourcils.
« … Une compensation ? »
« Oui. Ce n’est pas vraiment facile de vivre côte à côte avec des extraterrestres. »
« … »
Il pouvait le comprendre, mais indemniser toutes les régions voisines était absurde.
Si les locataires l’apprenaient plus tard, cela provoquerait à coup sûr des tensions.
Yeongwoo exprima donc clairement sa position.
« Dis-leur d’arrêter leurs conneries. Le fait que l’humanité n’ait pas disparu et puisse continuer à vivre sur Terre, ce n’est pas une compensation suffisante ? »
En outre, les loyers journaliers des locataires dépasseraient de loin les impôts prélevés dans les régions voisines.
Dans les faits, les locataires contribueraient davantage au Vaisseau terrestre dans son ensemble.
« Au suivant. »
Après avoir balayé d’un revers de main le problème du Brésil, Yeongwoo appela le représentant suivant. Une épéiste s’avança alors de derrière Ricardo.
Un pas.
« Oh ? »
C’était Tomiko Hayama, l’Empereur de l’Épée de Miyagi, que Yeongwoo avait nommée nouvelle représentante du Japon après avoir pris le contrôle du pays.
« Tu n’as toujours pas changé : tu as l’esprit aussi simple qu’avant. »
Tomiko était l’une des rares personnes à parler aussi franchement à Yeongwoo en face.
C’était lui qui l’avait forcée à accepter une fonction dont elle ne voulait pas.
« Euh… Comment va le Japon ? Vous avez un endroit qui pourrait servir de zone de location ? »
Après tout, il avait tenté un plongeon tête la première dans la mer, juste à côté du Japon.
Un peu gêné, Yeongwoo regarda Tomiko, qui lui répondit d’un ton glacial :
« Non. »
« Enfin, pour être juste, Tokyo est déjà quasiment sous notre contrôle… »
« Mais je veux en créer une. »
« … ? »
Il ne s’était pas du tout attendu à cette réponse.
« Qu’est-ce que tu veux dire, tu veux en créer une ? »
« Il reste beaucoup de yakuzas dans le sud. Il faut donc faire le ménage. »
« Quoi ? »
En gros, elle disait qu’elle allait déclencher une guerre civile.
Et c’était pour obtenir l’approbation du représentant de la planète qu’elle était venue en personne.
« Les radicaux japonais ne vont pas non plus t’aider à améliorer ta cote de popularité. »
Tomiko lâcha cette phrase glaçante comme si de rien n’était. La Terre proposa alors une réponse à moitié favorable, à moitié réticente.
« Elle n’a pas tort… mais une nouvelle baisse de la population n’a rien de souhaitable. »
Tomiko se tourna vers la Terre.
« Je ne dis pas qu’il faut tuer des civils. Il suffit d’éliminer quelques-uns de ceux qui contrôlent encore le sud. »
« Et “quelques-uns”, ça représente combien ? »
« Je ne sais pas. Mille, si on compte les petits poissons ? »
« Mille ? À l’échelle actuelle de l’humanité, c’est une guerre. »
À ce moment-là, le Vaisseau terrestre était déjà revenu dans le système de Golux, et Yeongwoo commençait à manquer de temps.
Une longue file de représentants régionaux s’était formée derrière Tomiko.
« Combien de temps suis-je censé régler tout ça un par un ? Très bien. J’approuve la guerre civile de madame Tomiko. Après tout, c’est vous la représentante du Japon. »
« Quoi ? »
« En échange, je vous accorde jusqu’à demain pour évacuer. Les civils comme les yakuzas qui ne participeront pas à la guerre civile devront se replier dans le centre ou le nord du Japon. »
« Entendu. »
Tomiko hocha la tête.
« En échange, une fois la guerre civile terminée, nous viderons Kumamoto d’une manière ou d’une autre et la proposerons comme zone de location. »
« Vraiment ? Alors, pour soutenir la guerre civile, nous vous prêterons la Première Lance de Séoul. »
La Première Lance de Séoul.
Un nom que Yeongwoo avait inventé lui-même, et qui désignait Yechan.
En bref, il disait au sud du Japon : « Rendez-vous, tout simplement. »
Puis Yeongwoo lança aux représentants alignés derrière Tomiko :
« Au suivant ! Non, venez tous en même temps. On ferme dans dix minutes. »
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]