Chapitre 486
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Chapitre 486 : Équilibre (3)
« Hein ? »
« … Quoi ? »
Le sas d’amarrage de Doatel s’ouvrit.
Song Jiseon et Kubu furent surpris à tour de rôle, puis Moro enfonça le clou.
« Quoi ? Ils nous arrêtent ? »
À vrai dire, tout le monde, sauf Jeong Yeongwoo, s’était attendu à ce dénouement.
« … C’est quoi, ce bordel ? »
Seul membre du groupe à ne pas croire ce qui se passait, Jeong Yeongwoo se frotta les yeux et fixa le message flottant.
[Le petit vaisseau |Doatel-4024| a ouvert un sas d’amarrage.]
« … Ces enfoirés ont vraiment perdu la tête. »
Ces têtes de caramel gonflées d’audace avaient pris la décision de retenir leurs visiteurs jusqu’à ce que leur identité soit vérifiée.
Et ils n’avaient même pas prévenu leur supposée cible.
« Pourquoi traiter comme un criminel quelqu’un qui essaie de reprendre sa vie en main ? »
— Eh bien, de leur point de vue, tu as débarqué sans invitation et tu les as braqués avec tes armes… Ça se comprend, non, qu’ils t’arrêtent ?
« Tu as oublié ? Ma mère est aussi à bord. »
— S’ils t’arrêtent, c’est qu’ils doivent être raisonnables. Ils ne vont probablement pas nous tuer sans autre forme de procès.
Song Jiseon haussa nonchalamment les épaules et enfila son casque, tout en vérifiant l’espadon sanglé dans son dos.
— Mais, par précaution, mieux vaut rester sur nos gardes.
Jeong Yeongwoo leva les yeux au ciel et acquiesça.
« Bon… Je suppose que découvrir la procédure d’arrestation royale, ce n’est pas si terrible. Ça devait bien arriver un jour. »
Après tout, ce vaisseau d’escorte était leur seul moyen d’entrer dans Doatel.
Une fois dans Doatel, je trouverai un moyen de rencontrer Aldo.
Il avait gravement sous-estimé la difficulté de rencontrer un prince royal sans invitation.
Ce petit contretemps n’était donc même pas vraiment un problème.
Fsssshh !
Enfin, un portail blanc laiteux apparut au centre de la salle de contrôle.
« J’ai accepté leur demande d’amarrage. Traversez ce portail et vous arriverez directement sur le vaisseau d’escorte. »
Comme on leur indiquait le portail, Song Jiseon se tourna vers la Terre et demanda :
— Il mène directement au vaisseau d’escorte ? Ça ne veut pas dire qu’on risque de se faire tabasser dès qu’on aura passé le portail ?
« Hum… Je ne sais pas vraiment comment Doatel procède pour les arrestations. »
Personne ne le savait.
Qui parmi eux s’était déjà fait arrêter sur une autre planète ?
« On n’a qu’à voir. Je passe en premier. »
Jeong Yeongwoo s’avança vers le portail, tandis que tous les autres le regardaient partir, le visage tendu.
S’il lui arrivait quelque chose après son passage, son père, Jeonggu, deviendrait le nouveau seigneur de la Famille.
Ce serait une bénédiction… ou un désastre ?
Une chose était sûre : la croissance fulgurante et peu orthodoxe de Jeong Yeongwoo ne serait plus possible.
« Essaie de revenir vivant. Tu as encore beaucoup de chemin à faire. »
Sur ces mots d’adieu de Moro — non, de sa belle-mère —, le corps et la conscience de Jeong Yeongwoo furent happés par le portail blanc laiteux.
Ffffff !
Ouah, qu’est-ce que… Ce portail ne ressemble pas aux autres.
En le traversant, Jeong Yeongwoo ressentit un étrange malaise.
Contrairement aux portails de donjon, qui le transportaient entièrement dans un autre domaine, celui-ci ne faisait que le faire passer au-delà de la barrière d’amarrage ; sa composition même semblait différente.
Et enfin…
Frouf !
Alors que sa vision trouble s’éclaircissait, des murs à la texture de porcelaine apparurent.
« Alors, c’est ça, le vaisseau d’escorte ? »
Jeong Yeongwoo contempla les matériaux assez luxueux qui habillaient l’intérieur, un brin envieux, et jeta un regard autour de lui. C’est alors qu’une voix grave et profonde retentit au-dessus de sa tête.
— Comment souhaitez-vous que l’on s’adresse à vous ?
« … Hein ? »
Quand Jeong Yeongwoo leva les yeux, un immense chevalier en armure caramel le dominait.
Le plafond du vaisseau devait culminer à au moins six mètres, et le sommet du crâne du chevalier le frôlait presque.
Il est gigantesque.
Le chevalier avait une tête carrée, signe, dans la culture de Doatel, qu’il était du genre fiable et solide.
— Comment souhaitez-vous que l’on s’adresse à vous ?
Le chevalier caramel, qui le dépassait de plusieurs têtes, répéta sa question.
Après un instant de réflexion, Jeong Yeongwoo répondit :
« Appelez-moi seigneur Jeong Yeongwoo. »
À cet instant, sa mère apparut derrière lui. Il ajouta donc sa présentation.
« Et voici ma mère, l’impératrice au Sang de fer Song Jiseon. »
Song Jiseon, qui reprenait tout juste ses esprits, tourna la tête vers son fils.
— Qu’est-ce que tu racontes comme bêtises ?
« C’est ta carte de visite, à Doatel. »
— Quoi ?
Tandis qu’ils fronçaient les sourcils et échangeaient quelques mots à voix basse, le géant caramel tendit son bras épais et désigna l’avant.
— Seigneur Jeong Yeongwoo, impératrice au Sang de fer Song Jiseon. Par ici.
Le chevalier prit alors la tête du groupe.
Ploc, ploc.
Le couloir qu’ils empruntaient était immense.
Il faisait environ six mètres de haut et dix de large ; à une trentaine de mètres devant eux se dressait une grande porte en arc.
Il va sans doute se passer quelque chose quand on arrivera là-bas.
Comme on les traitait encore plutôt bien pour des détenus, Jeong Yeongwoo décida d’observer la situation un peu plus longtemps.
— Tiens. Je pensais qu’on me tomberait dessus dès mon arrivée, mais rien du tout ?
Song Jiseon marmonna en marchant derrière Jeong Yeongwoo.
Il jeta un coup d’œil au chevalier caramel qui les précédait et répondit à voix basse :
« Quoi qu’il arrive, méfions-nous de lui. »
— … Pourquoi ?
« Il est venu nous accueillir seul, nous qui sommes sur le point de nous faire arrêter. Ça veut dire qu’il est fort. Assez fort pour gérer tout ce qui pourrait arriver ici, tout seul. »
C’était quelque chose que Jeong Yeongwoo avait appris au fil de ses réinitialisations.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Les gens vraiment forts ne se déplacent pas en groupe.
Parce qu’ils n’en ont pas besoin.
As-tu déjà vu le Président se promener avec des gardes du corps ?
Évidemment, il n’aurait pas osé comparer ce chevalier caramel au Président, mais il était sans doute, au minimum, celui qui réglait les problèmes à bord de ce vaisseau d’escorte.
Ploc, clac !
Bientôt, l’agent Caramel atteignit le bout du couloir et se retourna.
— Veuillez entrer ici.
« Qu’est-ce qu’il y a, à l’intérieur ? »
Jeong Yeongwoo avait à peine fini sa question que la porte en arc, au bout du couloir, coulissa sur le côté. Une rangée de chevaliers en armure blanc argenté lui apparut alors, emplissant son champ de vision.
Alors, voilà les petits poissons.
Jeong Yeongwoo pouvait même deviner à quelle faction appartenaient les Caramels à l’intérieur.
Leur armure était exactement la même que celle des gardes royaux du prince Aldo.
Il s’en souvenait bien, car ils l’avaient aidé lors d’une cérémonie de mariage.
Alors, comme j’ai mentionné le prince, les chevaliers royaux sont venus en personne ?
C’était la seule conclusion logique.
Cependant, aucun d’eux ne l’ayant reconnu sur-le-champ, il semblait que ceux qui étaient venus sur Terre à l’époque ne se trouvaient pas là.
Un pas.
Alors, un Caramel particulièrement dégingandé se fraya un chemin parmi les silhouettes imposantes et s’avança.
— Ah… L’odeur est déjà insupportable.
« Hein ? »
Jeong Yeongwoo ouvrit grand les yeux en voyant la tête de l’autre, pointue comme un cône.
Il avait déjà vu beaucoup de Caramels, mais c’était la première fois qu’il en voyait un au crâne aussi anguleux et effilé.
« L’odeur ? Vous ne parlez pas de nous, quand même ? »
Le tête-de-cône releva le menton d’un air hautain et rétorqua :
— Vous empestez. Une odeur écrasante de karma obscur s’accroche à vous. Une puanteur immonde.
Il frissonna légèrement, puis balaya l’air d’un geste de la main.
— Oser prononcer le nom du prince tout en traînant cette souillure avec vous… C’est une véritable profanation.
À présent, c’était clair.
Ils étaient venus arrêter des criminels.
« Profanation ou pas, votre prince est mon ami. Il est même venu sur notre planète et nous a offert un cadeau de mariage. »
Le tête-de-cône entra dans une rage folle.
— Quel mensonge abject ! Faites-le taire ! Cette puanteur empire !
« … Espèce de petit… »
Une lueur meurtrière passa dans les yeux de Jeong Yeongwoo ; le tête-de-cône et tous les chevaliers présents tressaillirent instinctivement.
— D-Désarmez-le d’abord.
Le tête-de-cône recula et donna ses ordres aux chevaliers autour de lui.
L’un des grands Caramels en armure argentée s’avança et tendit la main vers Jeong Yeongwoo.
— Citoyen Jeong Yeongwoo, remettez vos armes. Tous les visiteurs de Doatel doivent être désarmés.
Mais juste derrière lui, on apercevait un autre chevalier qui préparait une paire de menottes.
« … Sérieusement ? Vous pensez qu’on va marcher alors que quelqu’un brandit déjà des menottes ? »
De toute évidence, Doatel n’avait jamais eu affaire à un vrai criminel.
Sinon, ses chevaliers royaux ne s’y prendraient pas aussi maladroitement pour arrêter quelqu’un.
« Hé, tête-de-cône. Sois franc avec moi. Si je monte à bord sans résister, est-ce que je pourrai rencontrer le prince Aldo à un moment donné ? »
Quand Jeong Yeongwoo fit un pas en avant en posant cette question, tous les chevaliers dégainèrent aussitôt leurs épées.
Fiiing !
— Hein ?!
— N-Ne bougez pas !
— Premier avertissement ! Désarmez-vous immédiatement !
« … »
Jeong Yeongwoo se demanda combien d’avertissements ils allaient lancer avant de passer à l’action.
Non pas qu’il ait envie de chercher des noises à ces Caramels beaucoup trop polis.
Tant qu’il pouvait rencontrer le prince Aldo, il était prêt à supporter quelques formalités.
« Répondez-moi. Si je monte à bord, est-ce que je pourrai voir Aldo ? J’imagine que vous ne me raconterez pas un mensonge abject, comme celui que vous prétendez que je vous ai servi. »
Le tête-de-cône tordit vivement la pointe de son crâne, signe d’une tension extrême.
Comme Jeong Yeongwoo s’y attendait, il ne ressortit pas une remarque sur les mauvaises odeurs.
— … Ce vaisseau se dirige vers la prison en altitude, dans le sud de Doatel.
« Quoi ? Vous comptiez donc m’envoyer en prison ? »
— C’est actuellement la saison des festivités royales…
D’après le tête-de-cône, durant cette période, aucun membre de la famille royale n’avait le droit de recevoir des étrangers. Il était donc impossible que le prince ait invité qui que ce soit.
Comme Jeong Yeongwoo avait prétendu avoir été invité et avait même braqué les canons de son vaisseau sur eux, on l’avait considéré comme un terroriste.
« Des festivités ? Alors qu’un nouveau vaisseau planétaire vient d’apparaître dans la galaxie ? Et vous, vous jouez à la fête ? »
Comme Jeong Yeongwoo haussa la voix en posant la main sur son arme hybride, le tête-de-cône recula vivement et s’éclaircit la gorge.
— Quoi qu’il en soit… vous allez devoir nous accompagner. Veuillez poser votre arme au sol. C’est votre deuxième avertissement.
Fidèle au règlement, le tête-de-cône continua à distribuer ses avertissements.
Mais cette fois, il semblait plus sûr de lui.
Clic !
La porte en arc, qui s’était refermée, coulissa de nouveau. Celui qui leur bloquait la retraite n’était autre que l’« agent » de tout à l’heure.
« Oh-ho. Regardez-moi ça. »
Jeong Yeongwoo eut un sourire mauvais en voyant que la tête de l’agent était passée du carré à l’hexagone.
Song Jiseon porta prudemment la main à l’espadon dans son dos et demanda :
— Qu’est-ce que tu comptes faire ? On a besoin de ce vaisseau pour traverser les réfugiés et atteindre Doatel, non ?
« Oui. C’est pour ça qu’on est à bord. »
— Euh… oui, mais…
« Maintenant, il ne nous reste qu’à changer de destination. Au lieu de la prison en altitude, on ira à la salle des fêtes royales. »
— … Comment ?
Sentant venir une sombre perspective, la voix de Song Jiseon trembla dans son casque.
Jeong Yeongwoo lui répondit brièvement :
« Comme ça. »
Puis, sans prévenir, il se rua en avant et décocha un coup de pied en plein torse du tête-de-cône.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]