Chapitre 456
[Traducteur – Night]
[Relecteur – Gun]
Chapitre 456 : Seigneur Jeong Yeongwoo (9)
—Qu-Quoi… Ce salaud… !
Kwavek se retourna, stupéfait de voir Yeongwoo debout sur le palanquin d’un chef de maison.
Le chef de maison avait beau avoir ordonné qu’on lui ouvre le passage, la sécurité venait tout de même d’essuyer un échec flagrant.
Et Bioto, le seigneur de la maison Satral, en restait lui aussi bouche bée.
—Toi… Qui diable es-tu… ?
Cette phrase recelait deux questions.
D’abord, qui était donc cet homme dont on n’avait toujours pas révélé clairement l’identité ?
Et ensuite, comment pouvait-il manquer à ce point de savoir-vivre ?
Les familles de l’univers avaient des coutumes cérémonielles qui variaient selon la culture de chaque planète.
Certaines maisons exprimaient leur gratitude envers leurs invités en leur offrant de grandes quantités de karma.
D’autres exposaient leurs armes les plus précieuses et laissaient leurs invités en choisir une en guise de cadeau de retour.
Bien sûr, certaines maisons excentriques allaient jusqu’à défier leurs invités en duel pour leur souhaiter la bienvenue.
Mais même ces coutumes inhabituelles n’étaient, au fond, que des prétextes pour témoigner du respect à leurs invités.
Même les familles qui avaient fait du duel une coutume s’arrangeaient souvent pour perdre exprès.
Mais ce salaud, quoi qu’on en dise…
—Cinq maisons nobles sont réunies ici. Qu’est-ce que tu crois faire, au juste ?
Bioto fusilla du regard le chef de maison fraîchement nommé qui avait grimpé sur son palanquin.
À cet instant, il désigna le ciel.
KWAARRRR… !
Quatre immenses vaisseaux apparaissaient les uns après les autres dans le ciel de Gwangjin-gu.
Les maisons de l’univers se respectaient mutuellement, mais entretenaient aussi une rivalité féroce.
Ce fameux « respect » découlait en fin de compte de la puissance.
Chaque maison s’efforçait donc de paraître puissante.
C’était aussi pour cette raison que la maison Satral s’était permis de lancer une protestation publique et agressive contre la Terre.
Elle comptait montrer qu’on pouvait réprimander et malmener une maison encore toute jeune.
Mais après avoir rencontré la nouvelle Maison Renaissance… quelque chose clochait.
« Ce que je fais ? Espèce d’abruti, sur Terre, on a la politesse de ne pas faire de bruit quand quelqu’un dort. Tu oses brailler dans un haut-parleur pendant que je dors ? »
Yeongwoo découvrit les dents, furieux.
Le problème, c’était que le message avait été diffusé sur toute la planète.
Yeongwoo devait donc récupérer l’honneur qu’il avait perdu en dormant.
« Je ne vais pas te tuer. Juste un coup de poing. »
FWOUP !
Yeongwoo leva le poing droit en faisant un geste grossier.
Bioto, toujours assis tranquillement sur son siège, répondit d’un ton détaché :
—Les actes d’un être méprisable, à son image.
Si son adversaire était trop ignorant pour connaître les bonnes manières, il fallait les lui enseigner par la force.
Heureusement, cet univers accordait une grande importance à l’ordre et disposait d’un système pour régler ce genre de situations.
On l’appelait la Déférence honorifique.
Si la différence de prestige était suffisante, la partie la plus faible ne pouvait pas déployer toute sa puissance.
C’était une loi universelle : les faibles devaient s’incliner devant les forts.
—Je t’écouterai te présenter à mes pieds ! À genoux !
Bioto se décida enfin à agir. Son casque s’illumina d’un éclat bleu flamboyant tandis qu’il libérait dans l’arène son immense aura dissimulée.
KWAHHHH !
Surpris par la force de l’univers qui l’enveloppait désormais, Yeongwoo marmonna :
« …Argh ! »
Il laissa échapper un bref grognement, puis lança aussitôt son poing.
FIOU !
Il fila droit vers le visage de Bioto.
« Qu’est-ce que tu racontes, connard ? »
Malgré l’aura déployée par Bioto, le poing de Yeongwoo s’écrasa en plein sur son casque sans perdre de sa force.
BAAAM !
—Keugh !
La précieuse Déférence honorifique de Bioto n’avait pas fonctionné.
Persuadé que le poing de son ennemi ralentirait, Bioto avait tendu la main, mais trop tard.
Il ne balaya que le vide.
Et celui qui fut le plus choqué, ce fut Kwavek, le capitaine des chevaliers Satral.
—Hein… ?
Si le seigneur Bioto n’avait pas pu bloquer le coup, c’est que leurs prestiges étaient presque équivalents.
—Capitaine !
Mais bientôt, un appel aux renforts résonna dans les airs.
Il venait de Bioto lui-même, qui gisait maintenant sur son palanquin après avoir encaissé le coup.
—Tuez-moi ce salaud ! Tout de suite !
Son casque fendu à l’avant laissait voir son visage contusionné tandis qu’il hurlait de rage.
À son cri, des dizaines de Chevaliers Bleus encerclant le palanquin dégainèrent leurs épées. Kwavek leva même son immense épée à deux mains, un véritable sacrilège puisqu’il maniait son arme sur le palanquin de son seigneur.
—Haaaaah !
Du haut de ses six mètres, Kwavek brandit une épée aussi grande que lui.
Debout, fier, sur le palanquin, Yeongwoo se tourna vers lui, les yeux dorés luisants.
« Ton seigneur est toujours sous mon poing. »
—… !
À ces mots, Kwavek se figea, l’épée toujours levée d’un air menaçant.
Non seulement son seigneur se trouvait bel et bien sous le poing de ce fou, mais il était physiquement incapable de bouger correctement.
—Qu-Qu’est-ce que c’est que ça ?
La voix de Kwavek trembla, déconcertée.
La maison Satral n’avait pas mené de guerre totale depuis des millénaires, mais elle avait tout de même connu des affrontements physiques lors d’opérations cosmiques.
Et à chaque fois, c’était Kwavek qui avait pris les choses en main au nom de la maison.
Il le savait donc parfaitement : son corps paralysé était la conséquence d’un écart d’aura écrasant.
La loi de la Déférence honorifique était à l’œuvre.
« Cet univers est vraiment un endroit agréable où vivre… à condition d’être fort. »
Ravi de voir Kwavek complètement immobilisé, Yeongwoo reporta son regard sur Bioto.
« Permets-moi de me présenter comme il se doit. Je suis le maire de Séoul de Métal, la Ville spéciale de Dogo, le maître de la Montagne des Vingt Épées et le commandant de la Flotte terrestre : Jeong Yeongwoo. »
[Traducteur – Night]
[Relecteur – Gun]
—Qu-Quoi ?
En entendant la présentation officielle de Yeongwoo, Bioto le dévisagea, hébété, à travers son casque fendu.
La seule partie qu’il parvint à comprendre fut « commandant de la Flotte terrestre ».
Il lui fallut donc éclaircir le point crucial une nouvelle fois.
—Attends un peu… Quel est exactement ton lien avec la Présidente Dogo ? Tu as dit que c’était la Ville spéciale de Dogo… ?
« Je suis le maire d’une ville à laquelle la Présidente accorde une importance particulière, espèce d’abruti ! »
À peu près au même moment, d’immenses vaisseaux commencèrent à se poser les uns après les autres dans la clairière, là-bas.
Floc !
Les quatre autres maisons nobles qui avaient accompagné la maison Satral dans sa visite sur Terre venaient enfin d’arriver à Gwangjin-gu.
—C’est pas vrai… !
En voyant cela, Bioto eut l’air extrêmement embarrassé et regarda tour à tour Jeong Yeongwoo et les quatre vaisseaux qui venaient d’atterrir.
Si cette visite s’achevait sur une telle humiliation, la réputation de la maison Satral en pâtirait à coup sûr.
Mais tout miser sur un combat à mort ne le tentait pas non plus : son adversaire n’avait pas l’air d’être quelqu’un qu’on pouvait prendre à la légère.
Ne venait-il pas de réduire son armure de protection en miettes d’un seul coup de poing ?
S’il se battait sérieusement…
—……
Les yeux de Bioto détaillèrent son adversaire de la tête aux pieds.
Et, durant ce bref instant, il repensa aux millénaires de paix dont avait joui la maison Satral.
La décision qu’il prendrait aujourd’hui pourrait bien mettre fin à cette paix.
Alors, en tant que chef de maison, il fit son choix final.
—U-un seul coup.
D’une voix très faible, il proposa un marché à celui qu’on appelait le « maire spécial de Dogo ».
« …Quoi ? Qu’est-ce que tu as dit ? »
Yeongwoo fronça les sourcils et se pencha vers lui. Bioto redressa son corps meurtri et reprit, les lèvres à peine entrouvertes :
—Donne-moi juste un coup. Je suis dans une sale situation, là.
Il y avait beaucoup de non-dits dans cette phrase, mais Yeongwoo pouvait lire bien des choses dans le regard de son interlocuteur.
« …… »
Il venait tout juste d’être nommé chef de maison, mais Yeongwoo était lui aussi un représentant qui avait de lourdes responsabilités.
Certes, il ne connaissait rien à la structure de l’univers ni à la politique entre les maisons.
Mais il savait une chose : quand un représentant se faisait humilier en public, il ne s’agissait pas seulement de perdre la face. Il y avait bien plus en jeu.
Il devait donc demander :
« Combien ? »
—Quoi… ?
« Combien vaut ta fierté ? Et combien vaut ma douleur ? Deux prix différents. Réfléchis bien. »
—Espèce de taré.
« Quoi, tu crois que t’es le seul chef de maison ? Je suis là, devant toute la population d’une planète. »
À proprement parler, Bioto avait déjà perdu bien plus aux yeux du public.
Yeongwoo n’était rien d’autre que le représentant d’une maison fraîchement née, qui venait à peine de faire son entrée dans l’arène.
« Franchement, je n’ai rien à perdre, même si on va jusqu’au bout. Enfin, si… si je gagne… »
Alors qu’il s’apprêtait à dire : « Je ne peux qu’y gagner », Bioto le saisit par le col.
Hap !
Puis, le visage furieux mais la voix étrangement prudente, il demanda :
—…Combien ? Le prix de ta douleur.
Yeongwoo empoigna brutalement le poignet de Bioto.
Clac !
« Trois billets. »
Comme s’il avait préparé cette réplique depuis le début.
Et il ne tendait que trois doigts de la main qui serrait le bras de Bioto.
—Trois billets… ? Ça veut dire quoi ?
Mais Bioto, qui ne connaissait pas les expressions terrestres, resta perplexe. Yeongwoo ferma brièvement les yeux avant de préciser :
« Trois milliards. Crache. »
—Quoi ?
Bioto tressaillit devant cette somme colossale tandis qu’au loin, les vaisseaux commençaient à ouvrir leurs parois extérieures.
Enfin, les chefs et les délégués des autres maisons nobles s’apprêtaient à débarquer.
« On n’a plus le temps. Décide-toi vite. »
Yeongwoo, toujours retenu par le col, le pressa. Bioto se mit à transpirer et répondit :
—Je vais… Je vais te frapper au visage, comme ça. Ensuite…
« Non. Ça n’arrivera que si notre marché est conclu. »
—Hein ?
« Je te demande combien vaut ta fierté. »
Yeongwoo réclama calmement un supplément, et Bioto en resta bouche bée.
—Tu veux plus de trois milliards ? Petit… C’est du vol…
Bioto s’interrompit en pleine tirade, comme s’il venait de comprendre quelque chose.
Il s’en était enfin souvenu.
De ce que l’unique maison de cette planète avait choisi comme principale activité commerciale.
—……
Alors, sans un mot, Bioto déplia lentement deux des doigts qui agrippaient le col de Yeongwoo.
Yeongwoo esquissa un sourire.
« Bienvenue sur Terre, chef de maison. »
[Traducteur – Night]
[Relecteur – Gun]