Chapitre 450
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Chapitre 450 : Seigneur Jeong Yeongwoo (3)
Yeongwoo le pressentit instinctivement.
Si le « futur prédit » consigné dans les archives prévoyait un taux de mortalité de 84 % et une fin en prison, c’était sans aucun doute à cause d’un pot-de-vin versé au fisc.
— Corrompre le fisc ? Tu es fou ?
Comme prévu, même Jiseon, ancienne femme d’affaires, resta bouche bée d’incrédulité.
De son point de vue, c’était une méthode d’optimisation fiscale complètement absurde.
Yeongwoo interrogea donc de nouveau Kubu :
« Tu me le conseilles parce que c’est au moins possible, pas vrai ? Mais est-ce seulement possible de ne pas se faire prendre ? »
Kubu cligna des yeux avant de répondre :
— Il arrive que des gens se fassent prendre.
« Quoi ? »
— Dans ce cas, il existe aussi la méthode qui consiste à corrompre l’inspecteur chargé de l’enquête.
« … Pardon ? »
Il en eut le vertige.
Donc, si on se faisait prendre à corrompre le fisc, il suffisait de corrompre aussi l’équipe d’inspection ?
« Mais si l’inspecteur est trop honnête et refuse le pot-de-vin ? »
Yeongwoo pensa à quelqu’un comme le prince Aldo, deuxième fils de la famille royale Shelbir.
Non seulement il n’aurait pas besoin d’argent, mais même s’il était né sans le sou, il n’aurait jamais accepté de pot-de-vin.
Mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, il y avait même une solution de secours pour ce cas de figure.
— Les inspections internes du fisc sont réparties par juridiction.
« Par juridiction… ? »
Il devinait où tout cela allait les mener.
— Parmi les personnes à corrompre, celles qui dépendent d’une équipe d’inspection mal intentionnée coûtent le plus cher.
« … Pff. »
En clair, si on voulait corrompre le fisc, mieux valait prévoir le double en pots-de-vin, par sécurité.
« Comment ça, les inspections internes sont réparties par juridiction ? Et les gens qui ont un score de mauvais karma élevé ne devraient même pas pouvoir intégrer les équipes d’inspection, non ? »
Estimant que l’univers était complètement pourri, Yeongwoo, lui-même un criminel karmique, s’emporta.
Kubu fit rouler ses yeux dans tous les sens.
— Il y a des inspections surprises, mais elles ont généralement lieu tous les vingt ans. Quant aux changements de juridiction au sein des équipes d’inspection interne, ils surviennent tous les cent ans, sans préavis.
« Vingt ans ? Cent ans… ? »
— À l’échelle de l’univers, c’est un cycle assez court.
Ce n’était pas faux.
Les planètes vivant pour ainsi dire une éternité, les organismes universels avaient forcément une autre notion du temps que les humains.
Après tout, les humains vivaient à peine un siècle.
« Donc, tu me dis de profiter de ces cycles courts et de prévoir le double en pots-de-vin pour échapper aux impôts ? »
— En tant qu’agent administratif, ma position officielle est qu’il s’agit d’optimisation fiscale.
« Ah… oui, cette optimisation fiscale. »
— Pour vous, en tant que chef de famille humain, le délai devrait suffire. Toutefois, dans le cas improbable où…
Kubu fit de nouveau rouler ses yeux d’un air suspect.
Yeongwoo l’imita.
« Dans le cas improbable où quoi ? »
— Si un héritier de la lignée familiale apparaît, il faudra peut-être envisager une autre solution de secours.
« Un héritier ? Tu veux dire mon enfant ? »
Presque au même instant, Jeonggu et Jiseon s’exclamèrent :
« Mais non, un petit-… »
— Un petit-enfant ? On parle d’un petit-enfant, là ?
Mais Yeongwoo fronça les sourcils et secoua la tête.
« C’est n’importe quoi. Je ne vivrai peut-être même pas cent jours de plus, alors cent ans… et tu me parles d’un enfant ? Avec qui, d’ailleurs ? »
Avoir un enfant avec la princesse Parina, la fille du Soleil ?
C’était inimaginable.
Et avoir un enfant illégitime ?
Putain, c’est tout aussi absurde. Même si ça arrivait par miracle, on finirait tous les trois morts sous les griffes monstrueuses de Parina.
Il y aurait Yeongwoo, sa mystérieuse partenaire et l’enfant.
En plus, lui-même étant né hors mariage, il ne pouvait pas se résoudre à concevoir un autre enfant illégitime.
Hors de question. Pourquoi est-ce que j’aurais des enfants, d’abord ?
Quoi qu’il en soit, l’essentiel était que, si la Maison Renaissance voulait prospérer longtemps, il lui fallait une vision à long terme : pas seulement pour un siècle, mais pour un millénaire et au-delà.
« À long terme, corrompre le fisc me paraît donc incroyablement risqué. »
— Cela fait certes peser le risque sur les générations futures, mais si la corruption permet une croissance plus rapide grâce à l’optimisation fiscale, le fardeau ne sera peut-être pas si lourd.
« Hmm. »
Au fond, cela correspondait plutôt bien au tempérament de Yeongwoo.
Bien sûr, cette optimisation fiscale fondée sur la corruption finirait par être découverte. Mais si l’entreprise connaissait une croissance fulgurante pendant les vingt ans séparant les inspections et le siècle précédant la redistribution des juridictions, les choses pourraient tourner autrement.
Ouais. Et d’ici là, je pourrai recommencer avec une offrande bien plus grosse… ou écraser le fisc une bonne fois pour toutes.
Prenons le Président Dogo, par exemple.
Sa vie serait-elle ruinée par une seule accusation de corruption ?
Si Jeong Yeongwoo bâtissait une entreprise de la taille de celle de Dogo en cent ans, une sanction rétroactive pour fraude fiscale commise un siècle plus tôt ne serait pas un vrai problème.
« Pour l’instant… cherchons un fonctionnaire à corrompre. On décidera ensuite de la stratégie d’optimisation fiscale agressive. »
Quand Yeongwoo finit par se montrer ouvert à la corruption, Jiseon ferma les yeux très fort.
Puis elle les rouvrit soudain en grand et interrogea Kubu :
— Attends, Administrateur. Quelle est la deuxième méthode ? Tu as dit que la corruption était la première.
Kubu fit rouler ses yeux vers Jiseon.
— Oui. Il existe une deuxième méthode d’optimisation fiscale agressive.
— Et laquelle ?
— Les activités caritatives de façade.
— Quoi ?
« Rien de tout ça n’a l’air légal… »
Yeongwoo eut un rire incrédule, et Kubu s’empressa de se défendre.
— À strictement parler, cela relève de l’évitement fiscal, qui est légal. En revanche, corrompre des agents du fisc est illégal.
« Ah bon ? »
Les yeux de Yeongwoo s’illuminèrent à la perspective d’une stratégie rapportant cent cinquante millions de wons par semaine.
Si l’optimisation fiscale est légale, il n’y a aucune raison de s’en priver.
« En quoi faire semblant de mener des œuvres caritatives aide à payer moins d’impôts ? »
— Les organisations caritatives paient presque aucun impôt sur les dons, et le fisc se montre généralement indulgent dans l’examen des dépenses.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Autrement dit, en dirigeant une organisation caritative, on pouvait gonfler ses dépenses pour réduire le montant des impôts calculés.
Jiseon intervint alors :
— Attends. Tu veux dire qu’ils paient presque pas d’impôts sur les dons ? Alors, si on transforme simplement les revenus commerciaux en dons, ça revient à ne pas payer d’impôts du tout, non ?
Kubu répondit, l’air surpris :
— C’est exact. C’est le principe de la fraude caritative. On facture des services sous couvert de dons afin de profiter de l’exonération fiscale, tout en faisant bénéficier de déductions fiscales l’entreprise partenaire qui effectue le don.
C’était possible précisément parce que les donateurs bénéficiaient eux aussi de déductions fiscales.
« Donc, c’est… une organisation caritative du côté obscur ? »
Yeongwoo hocha la tête, ayant compris le stratagème.
C’était un montage d’évitement fiscal assez convaincant.
« Mais ça ne peut pas être si simple, pas vrai ? Les autorités fiscales ne sont pas stupides. Si on déclare de faux dons à la place des bénéfices commerciaux, elles ne vont pas simplement exonérer les impôts. »
— C’est pour cela qu’il faut combiner cette méthode à la première : la corruption.
« Ahh. »
En résumé : le double évitement fiscal.
Ce qui, au bout du compte, était illégal.
— Par exemple, si vous prétendez avoir acheté de nouveaux canons navals à des fins caritatives… vous pouvez déclarer la totalité de leur prix comme une dépense professionnelle indispensable et la déduire de vos revenus.
« Et il suffit de trouver une raison plausible pour expliquer pourquoi une œuvre caritative avait besoin de canons navals ? »
— Exactement. Mais même si vous corrompez un fonctionnaire, il n’est pas tout-puissant. Il faut donc que l’opération ait au moins un semblant de logique.
« Donc, l’important, c’est que c’est faisable. »
L’avenir commença à se dessiner.
Après la cérémonie officielle de salutations aux systèmes stellaires, demain, le Vaisseau terrestre partirait sous le couvert d’une organisation caritative à l’échelle galactique.
« Il faut absolument que je rencontre la Chancelière Herisa demain… Elle dirige aussi une organisation caritative, pas vrai ? »
Nul ne pouvait dire si cette affaire lui reviendrait un jour en pleine figure sous forme de rétribution karmique, ou si elle deviendrait la fondation de la prospérité de Renaissance.
Mais une chose était sûre : quand on se lançait dans quelque chose, il fallait le faire jusqu’au bout.
Si tu franchis la ligne, franchis-la jusqu’au bout. Sinon, reste sur le droit chemin !
D’autant que les Terriens et le Système solaire avaient déjà embarqué à bord du vaisseau planétaire pour échapper à leur orbite.
Après avoir déjà dépassé les limites de la naissance, qu’est-ce qui pouvait encore les empêcher de dépasser celles de la fiscalité ?
« Administrateur, mets les deux plans à exécution. »
Frouf !
Sa décision prise, Yeongwoo fit signe à Kubu.
Puis, levant les yeux au ciel, il lança fièrement :
« À partir de maintenant, nous serons libres non seulement du futur prédéterminé, mais aussi des impôts prédéterminés ! »
* * *
22 h 54.
Alors que des conditions météorologiques extrêmes étaient sur le point de s’abattre, Jiseon, Jeonggu, Yechan et Suna regagnèrent chacun leur logement.
Quant à Yeongwoo…
« Enfin, un peu de calme. »
Il savourait un rare moment de tranquillité en contemplant le District de Gwangjin, à présent désert.
Il attendait, bien sûr, le donjon nocturne qui s’ouvrirait à vingt-trois heures.
« Il n’y a pas de combat de promotion planétaire aujourd’hui… Alors, quel genre de donjon va apparaître ? »
À côté de lui, Negwig leva doucement la tête.
Pendant ce temps, le Gobelin doré et Pofu Tenta levèrent les yeux au ciel, l’air inquiet.
Ils redoutaient déjà les conditions extrêmes qui allaient bientôt s’abattre sur eux.
« Cette fois, on attend juste à côté du site du donjon, donc les brûlures ne dureront qu’un instant. »
Yeongwoo leva alors lui aussi les yeux vers le ciel.
Mais contrairement aux deux esclaves, il se contentait de regarder la voûte sombre.
Il se demandait où le Soleil et la princesse Parina pouvaient bien se trouver à présent.
J’ai beau y réfléchir, j’ai l’impression que le Soleil bouge. Pourtant, en réalité, c’est nous qui tournons autour de lui… C’est fascinant.
Tandis qu’il réfléchissait ainsi et posait la main au sol, une alerte vibra près de son poignet.
Bip-bip !
« Ah. »
Il était maintenant vingt-trois heures.
Au même moment, l’avertissement météorologique apparut.
[À compter de maintenant, [Conditions météorologiques extrêmes] : éruption de lave en cours.]
Une éruption de lave.
Comme son nom l’indiquait, le sol sous les pieds de Yeongwoo se mit à luire d’un rouge ardent.
Frouuush !
« Jette-la là-bas ! »
Yeongwoo ordonna aussitôt au Gobelin de lancer l’orbe doré, puis esquiva la chaleur.
Vlan !
Une colonne de lave rougeoyante jaillit du sol. Dans le même temps, l’orbe doré roula au loin et noircit, signe que l’invocation d’un donjon était désormais possible.
« Qu’est-ce que c’est que ce temps, aujourd’hui ? Il y a quelque chose qui cloche. »
Voyant le sol rougeoyer tout autour de lui, Yeongwoo toucha rapidement l’orbe noir.
Toc !
Comme toujours, les alentours devinrent gris cendre et les conditions extrêmes s’apaisèrent complètement.
Puis…
Gron… !
Il sentit de nouveau le sol se soulever sous ses pieds, comme lors du premier donjon nocturne.
Un donjon-tour ?
Comme le premier donjon nocturne avait lui aussi surgi du sol, Yeongwoo s’éloigna calmement de l’orbe.
Mais un événement inattendu se produisit.
CRAC !
« Mais qu’est-ce que… »
Soudain, le ciel se déchira et une immense présence — de toute évidence liée à un donjon — émergea des hauteurs.
— Kiit ?
Sentant que quelque chose n’allait pas, le Gobelin doré leva la tête. Puis une immense tour blanche jaillit des profondeurs, tandis qu’une structure noire semblable à une épine déchirait le ciel.
« C’est quoi, ce bordel… Il y a deux donjons !? »
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]