Chapitre 150
Au bout du compte, ce qui poussa Hoin à agir ressemblait à ça.
La raison pour laquelle il était encore en vie. Quand il avait suivi Yugil, un homme d’âge mûr lui avait demandé :
—
« À ce stade, tu aurais très bien pu survivre tout seul. Tu as sauvé l’ami qui t’accompagnait ? C’est admirable. »
—
C’était clairement un compliment, et pourtant, ça n’en avait pas l’air.
Pour en arriver là, Hoin n’avait fait que frapper comme toujours. Il avait passé chaque instant à balancer une batte de baseball… sauf qu’à présent, il avait remplacé la batte par une épée ou un marteau.
Il frappait sans réfléchir, par habitude. Il laissait quelqu’un d’autre penser à sa place. Ses pensées à lui étaient ailleurs.
Cette impuissance qui le représentait lui semblait être un immense marécage. Avant même qu’il puisse réagir, il se faisait repousser, incapable de porter ne serait-ce que quelques coups corrects.
Tout lui paraissait synonyme d’impuissance. Hoin n’y était pas habitué. L’impuissance… une chose pareille. Il avait grandi fort et bien bâti ; impossible qu’il s’y soit accoutumé.
Un chef. Un colosse né. Voilà quelle avait toujours été sa place. Protéger les autres allait de soi. Refuser de les protéger… seuls les faibles pouvaient y penser.
Les faibles pouvaient se le permettre. Ils avaient déjà fort à faire en se contentant de veiller sur eux-mêmes. Mais Hoin avait vécu autrement. Protéger les autres et prendre les devants… c’était tout naturel pour lui.
« Mais Muyeong… »
Lui l’avait sauvé.
Ça lui était étranger. Muyeong trouvait bizarre que Hoin se démène plus que les autres. Quelque chose qui aurait dû être naturel… selon lui, ça ne l’était pas.
C’était grâce à ça qu’il avait vécu plus longtemps.
Si Muyeong ne l’avait pas arrêté, Hoin serait déjà mort. Il aurait péri bêtement en se jetant dans la bataille pendant l’événement où ils avaient rencontré Cha Hyeongseo. Sinon, il serait mort quelque part dans la rue, incapable d’évaluer correctement la situation.
Alors, Hoin comprit quelque chose.
Muyeong était son frein ; sans lui, il mourrait. Il avait vécu en étant bien trop exposé à la mort, et cette vérité lui était gravée dans les os.
Muyeong était son frein, et son cerveau.
C’était égoïste, mais Hoin ne voulait pas vivre en se triturant les méninges pour des choses aussi compliquées. Il en était incapable, contrairement à Muyeong. Il était du genre à bouger avant de réfléchir.
Hoin s’était toujours jeté dans le danger en croyant qu’il s’en sortirait. Parce qu’il en était capable. Parce que c’était lui.
Mais tout comportait des variables.
Comme Kim Taekjin, la variable du moment.
Alors…
Il devait, par pur égoïsme, garder Muyeong en vie.
Pour pouvoir lui refiler tout le travail de réflexion et de jugement.
Hoin fonça. L’esprit vide, avec un seul objectif en tête, il se sentit même plus léger. Plus besoin de calculer ou d’hésiter. Sa cible était juste là, suspendue… Il n’avait qu’à bondir.
Les objets qui comprimaient son corps tombèrent. Des notifications s’affichèrent les unes après les autres… sa force diminuait, son agilité revenait.
Jusqu’ici, il ne s’était pas reposé uniquement sur tout ce qu’il avait développé.
Hoin avait toujours eu un talent naturel pour se servir de son corps. Le mouvement de ses muscles, l’impulsion… il savait exploiter tout ça efficacement.
Alors, il ne perdrait pas. Pas comme ça. Au minimum, il se battrait avant de perdre. Son orgueil ne lui permettrait pas de s’incliner ainsi.
Et puisqu’il avait mis son orgueil en jeu…
« Hoin !! »
Le cri de Muyeong, qui agrippait le poignet de l’ennemi, sonna plutôt comme un déclencheur. Il voulait probablement l’arrêter, mais pour Hoin… qui avait déjà franchi le dernier pas et tournoyait dans les airs pour frapper avec la force centrifuge, ce n’était qu’un signal de départ.
Clang !
Son attaque fut aussitôt bloquée. Il s’y attendait. Ce qu’il voulait voir, c’était la manière dont elle serait bloquée.
Est-ce que ce monstre allait, comme tout à l’heure, le neutraliser sans effort d’une seule main, ou…
« Ou peut-être qu’il n’en est pas encore tout à fait là. »
Et devant lui se tenait un monstre qui « n’en était pas encore tout à fait là ».
Car l’homme avait envoyé Muyeong valser au loin avant de dégainer son épée dans la foulée.
Agir sans réfléchir, se fier entièrement à son instinct, procura à Hoin un sentiment de liberté intense. Pas besoin de soupeser chaque attaque. Rien à protéger. Prendre quelque chose n’était pas la même chose que le protéger.
Il recula d’un pas, puis enchaîna aussitôt avec une nouvelle attaque. Depuis le sol, il lança la forme d’attaque la plus pure qu’il connaissait… la plus difficile à esquiver et à bloquer.
Alors, forcément…
Ce fut ce mouvement monstrueux qu’il avait vu plus tôt. Réduire la distance en un instant, puis reculer vivement, avant de charger à nouveau.
S’il employait cette même technique contre celui qui l’avait utilisée en premier, évidemment, il se ferait bloquer.
Et, fondamentalement, leurs physiques étaient différents. L’autre avait une carrure plus menue et plus agile. Il ne pouvait pas ignorer le désavantage de vitesse dû à leur différence de taille.
Mais…
Leur musculature était différente, et sa taille lui donnait l’avantage en force brute.
Pas que l’autre manquât de force.
Mais, au moins, il savait qu’il avait le dessus en force pure.
Il devait donc exploiter cet avantage plus franchement. Rapide… mais sans trop forcer. Assez pour repousser la force adverse et obliger l’autre à reculer.
Une épée rapide.
Il ne pouvait pas tout reproduire. Ce qu’il avait appris en maniant une épée à deux mains, c’était à insuffler à chaque attaque une puissance efficace et à la transformer en force destructrice.
Il pouvait donc combiner les deux.
Hoin fit un salto arrière et recula. Après un bref face-à-face, il lâcha son épée à deux mains.
« Hoin ! »
La voix de Muyeong retentit tandis que des épées roulaient vers lui.
Hoin saisit deux épées longues, une dans chaque main, et bondit aussitôt en avant.
Il chargea.
Comme pour contrer sa charge, l’autre s’avança à son tour avec célérité.
Juste avant que leurs épées ne s’entrechoquent, Hoin pivota.
Les deux lames frôlèrent l’épée adverse selon un angle subtil, la contournèrent complètement et filèrent à l’horizontale vers sa taille.
En pivotant, il exposa naturellement son avant-bras.
Mais il savait une chose :
« Ma lame est plus rapide. »
L’avant-bras ou le ventre.
S’il fallait choisir la partie la plus importante, c’était le ventre.
Cet homme irait-il vraiment jusqu’à accepter une entaille au ventre juste pour frapper son avant-bras ?
S’il était stupide… s’il était aveuglé par l’excitation… peut-être.
Hoin plongea son regard dans le sien.
Il ne détourna pas les yeux une seule fois.
—
« Tout se reflète dans les yeux. »
—
Comme l’avait dit Johanna, tout se reflétait vraiment dans les yeux.
Sa Jaeheon n’était pas excité.
Dans toute cette situation, il n’y avait aucune excitation… seulement un jugement froid et calculé.
Un homme comme lui ne se laisserait jamais entailler.
Ce qui signifiait que l’avant-bras de Hoin ne serait pas entaillé non plus.
En revanche, si cet homme reculait, Hoin aurait davantage de temps pour bouger.
Hoin était déjà en pleine rotation.
Si son adversaire reculait, il verrait le dos de Hoin.
Alors, forcément…
Il chargerait de nouveau.
C’était là le problème avec cet homme.
Il partait du principe qu’une personne qui lui tournait le dos ne pouvait rien faire.
Pourtant, même en tournant le dos, on pouvait encore agir.
Bien sûr, ça demandait plus d’efforts et les chances de réussite étaient moindres, alors on privilégiait généralement de meilleures postures défensives.
Mais il y avait toujours moyen d’attaquer.
Toujours en train de tourner, Hoin appuya sur l’épée avec son annulaire et son auriculaire, abaissant la lame derrière lui. Puis il la reprit fermement en main, la fit remonter avant de l’abattre derrière lui.
Il n’avait pas besoin de toucher.
C’était à la fois une attaque et une défense.
Un geste défensif pour gagner le temps de retourner son corps. S’il touchait, tant mieux. Sinon, ce n’était pas grave.
Il abattit la lame derrière lui et ne sentit rien toucher. Il acheva aussitôt sa rotation et recula.
Il reprit correctement ses épées en main.
Encore et encore, ils s’affrontèrent. Parfois, ils déviaient les coups ; parfois, ils en encaissaient un pour en porter un autre dans la foulée.
Quand la lame de Sa Jaeheon effleurait son avant-bras, Hoin avançait au contraire davantage et raccourcissait sa prise sur l’épée… l’une frappait d’estoc, l’autre taillait.
L’une des deux atteignit sa cible.
Tout comme Sa Jaeheon avait accepté d’être poignardé à la cuisse pour éviter qu’on lui tranche la gorge.
Une attaque incessante.
L’autre aussi avançait sans relâche.
Tout s’entrechoquait, s’enroulait dans une tempête.
Les blessures se multipliaient sur le corps de Hoin. Un liquide chaud coulait de son cou. Il s’était mordu la langue à plusieurs reprises à force de serrer les dents, et le sang lui emplissait la bouche.
Des avertissements concernant l’utilisation excessive de ses compétences s’affichèrent sans cesse.
Malgré tout…
« Je ne perdrai pas. »
Même s’il ne pouvait pas gagner ce combat, Hoin se rua une nouvelle fois sur son adversaire, déterminé à ne pas perdre.