Basto, Veil et Nordics restèrent tous interdits.
« De l'indépendance ? »
« Oui. Quand j'aurai retrouvé papa, ça ira. Je ne supplierai plus papa de s'occuper de moi comme avant. »
« ... »
« Il est temps de vivre chacun sa vie, tu sais. »
Tous trois fixèrent Tie, l'air déconcerté. Mais ils ne pouvaient guère demander à une enfant pourquoi elle en était venue à penser ainsi.
« ... On ne peut pas rester éternellement sous l'aile de papa, après tout. »
Car l'expression sur le visage de Tie était bien trop complexe pour une enfant de son âge. Au bout d'un moment, Veil haussa les épaules.
« Oui, peu importe. »
Sa voix paraissait plus légère, presque indifférente.
« Quatre ans, c'est largement assez pour devenir indépendante, franchement. »
Les yeux de Basto et de Nordics s'écarquillèrent devant cette affirmation absurde, mais Veil poursuivit sans ciller.
« Moi, je me débrouille tout seul depuis que j'ai deux ans, gamine. »
« Vraiment...? »
« Oui. »
« Alors je suppose que je devrais vraiment devenir indépendante, moi aussi, maintenant...? »
« Évidemment. Concentre-toi sur ton travail de mercenaire et gagne de l'argent. Si tu as besoin d'une aide d'adulte, tu as moi, Basto et le vieux Nordics. Où est le problème ? »
Tie hocha gravement la tête.
« C'est vrai. Je ne suis plus seulement une enfant de la classe des Cailles de la maternelle Hanbit. »
« ... »
« Je suis le Roi Nécromancien, maintenant. »
L'enfant, ayant achevé sa résolution intime, bondit sur ses pieds.
« Je vais travailler dur ! À partir de maintenant ! »
Veil, qui l'observait d'un air discrètement content, glissa la main dans sa poche intérieure. Puis il en sortit une feuille froissée et un stylo.
« Bon, puisqu'on en parle, je te l'écris ? »
« Écrire quoi ? »
« Un engagement disant que tu ne quitteras absolument jamais Agavert. »
Les yeux de Tie s'arrondirent.
Cette nuit-là, Basto, qui partageait la chambre de Tie, se tourna et se retourna toute la nuit. En tournant la tête, il voyait Astie dormir paisiblement dans le lit voisin du sien. Une blanche lueur de lune s'était posée sur le visage de l'enfant. Elle fronçait les sourcils de temps à autre, comme prise dans un rêve. En la regardant, Basto laissa échapper un petit soupir.
« ... On trouvera bien une solution. »
Sur la table de chevet entre leurs lits était étalée une feuille couverte d'une écriture dense.
[ENGAGEMENT]
Kim Astie, en tant que membre et chef de guilde d'Agavert, s'engage par la présente à exécuter fidèlement les dispositions suivantes :
Premièrement, reconnaissance des responsabilités : la soussignée reconnaît les devoirs et le rôle qui lui sont confiés au sein d'Agavert et s'engage à les remplir fidèlement.
Deuxièmement, exécution des obligations : en conséquence, la soussignée s'acquittera de toutes les obligations et responsabilités qui lui incombent en tant que Roi Nécromancien à l'avenir.
Troisièmement, restriction du retrait : la soussignée convient qu'elle ne peut quitter l'organisation sans l'accord des cadres Veil Theodore, Basto Paerix et Nordics Omen. (En aucun cas, sous aucun prétexte.)
Cet engagement a été établi de la libre volonté de Kim Astie. La soussignée a compris les dispositions ci-dessus et s'engage à les respecter fidèlement.
Signataire : Kim Astie (signature)
Adresse : Jongno-gu, République de Corée, Séoul, Empire de Talocium
Et ainsi, le lendemain, une nouvelle matinée claire et ensoleillée se leva.
« On y va ? »
Basto attrapa son manteau et jeta un coup d'œil au lit. Tie, assise dessus, leva la main bien droite.
« Oui ! Allons-y ! »
L'enfant était élégamment vêtue de son uniforme de la guilde Agavert. Veil, adossé au mur, prit la parole.
« Gamine. Tu sais que tu ne peux pas te comporter comme ça une fois dehors, hein ? »
Tie hocha la tête, et son expression devint solennelle.
« Comment oses-tu ! Quelle insolence ! Appeler ton souverain "gamine" ! »
« ... C'est quoi, un souverain ? »
« C'est comme ça que se désignent les rois ! Je suis le Roi Nécromancien, donc je suis un roi, moi aussi ! »
Veil la fixa sans réagir un instant, puis rit malgré lui.
« Oui, peu importe. »
« Alors partons. »
Nordics fut le premier à sortir de la chambre. Tie mit prudemment son sac à dos rose sur l'épaule et le suivit.
« Au fait, gamine. Ton invocation noire qui ressemble à un lézard, pourquoi tu ne l'as pas fait sortir ? »
demanda Veil, et Tie chercha frénétiquement une réponse.
« C'est... c'est parce que ça demande beaucoup d'énergie de garder une invocation dehors ! »
La vérité, c'était que Lukarion s'était réveillé plus tôt dans la matinée, pendant que Basto était brièvement descendu chercher de la nourriture. Mais Lukarion avait l'air fatigué. Après avoir posé à Tie quelques brèves questions sur ce qui s'était passé, il avait disparu de nouveau dès la fin de la conversation, non sans avoir dit à Tie qu'elle devait bien manger et bien dormir parce qu'il s'inquiétait pour elle.
Kkamang est vraiment bizarre. Pourquoi il s'inquiète pour moi ?
Pour Tie, tout allait très bien, à part un peu de tristesse à cause de papa.
Visage sérieux !
Quoi qu'il en soit, une fois dehors, devant l'auberge, Tie murmura cette phrase assez bas pour être la seule à l'entendre. Mais alors qu'elle s'apprêtait à marcher courageusement derrière Basto...
« Courez ! Courez, tout le monde ! »
Quelqu'un jaillit de la ruelle d'en face comme une balle. Il passa à un cheveu de Tie. Si Basto ne l'avait pas soulevée, elle serait entrée de plein fouet dans l'homme et aurait roulé sur le sol. Alors que Tie cillait encore de stupeur, plusieurs autres personnes débouchèrent en courant du coin du bâtiment.
« Seradin est mort ! Le sanctuaire est brisé ! Une pierre de mana est apparue à la jetée ouest, la jetée ! »
La jetée. C'était du côté de l'océan.
Un monstre est apparu... dans l'océan ?
La bouche de Tie s'ouvrit grand. C'était encore un coup de tonnerre.
Les pierres de mana. C'étaient ces tours d'origine inconnue qui avaient surgi sur tout le continent, jadis paisible, il y a cent deux ans. Des monstres se déversaient des pierres de mana et des failles qui les entouraient, et, quand l'Empire s'était retrouvé au bord de l'effondrement, la Cour impériale avait pris une décision : abandonner la plus grande partie du territoire de la nation, à l'exception de la Capitale impériale. Elle avait résolu de ne protéger que la Capitale, le strict minimum de terrain défendable, avec tous les chevaliers qu'elle pouvait rassembler.
Reprenons nos terres ! Écrasons les monstres !
Mais, bientôt, des mercenaires qui s'étaient levés dans tout le pays avaient repris les territoires perdus. S'ensuivit une ère de guerre civile au sein de l'Empire. Les mercenaires et les seigneurs régionaux qui avaient reconquis leurs foyers se retournèrent contre la Cour impériale : ils estimaient que la Cour les avait abandonnés. Avec les attaques de monstres qui faisaient encore rage et le conflit civil qui s'aggravait par-dessus, la Cour fut contrainte de prendre une nouvelle décision.
Nous élargirons les limites de la Capitale impériale !
C'était exactement ce que cela voulait dire : elle allait élargir les frontières de la Capitale.
Tous ceux qui résident dans la Capitale élargie verront leur sécurité garantie personnellement par le souverain.
Et ainsi, le nombre de « citoyens de la Capitale » enfla. De petits nobles qui vivaient en périphérie devinrent soudain, du jour au lendemain, « noblesse de la Capitale ». Beaucoup furent séduits par ce geste, mais la Cour peinait toujours à retrouver son autorité d'antan. Le conflit entre chevaliers sacrés et mercenaires, la fracture entre la Capitale et les terres au-delà, tout cela persistait. En vérité, même ceux qui avaient été nouvellement absorbés par la Capitale étaient réticents à jurer fidélité à la Cour impériale. La ville portuaire de Pearl City était l'un de ces endroits.
Regardez ce que Pearl City a enduré ! Les chevaliers sacrés ont fermé les yeux, l'Empereur a fait comme si nous n'existions pas, et nous avons survécu en nous accrochant du bout des ongles ! Et maintenant, on nous dit que nous sommes des citoyens de la Capitale ? Nous avons survécu sur des bateaux pendant des années quand la terre ferme est tombée, et vous trouvez ça drôle ?!
Pearl City était une étape pour les voyageurs en route vers le continent du Sud et pour ceux qui en revenaient. Avec sa grande population flottante, elle avait toujours attiré des essaims de mercenaires, et, naturellement, le ressentiment local envers la Cour et les chevaliers sacrés était profond. La Cour voulait regagner la loyauté de Pearl City, car le port était un bastion politique et militaire crucial. Elle chercha une solution et finit par en trouver une.
Par décret de l'Ordre : une consécration sera posée sur les eaux entourant Pearl City, et l'ensemble de la mer de l'Ouest est ici désigné comme sanctuaire ! Le sanctuaire recevra la protection divine de Seradin !
Le moyen d'unir les habitants de Pearl City et de reconquérir leurs cœurs, c'était la religion. L'Ordre choisit de se servir de Seradin, une divinité populaire issue des traditions locales de Pearl City.
Vous savez, depuis la consécration de l'Ordre, on a l'impression qu'il apparaît moins de pierres de mana par ici, non ?
N'est-ce pas ? Ça doit être parce que notre Pearl City est spécialement protégée par le dieu Seradin.
Je ne savais même pas que Seradin était un vrai dieu avant maintenant. Je croyais que ce n'était qu'un truc des contes pour enfants...
En réalité, les chevaliers sacrés surveillaient depuis toujours les pierres de mana des environs. Mais les habitants ordinaires croyaient que tout était dû à la consécration de l'Ordre : que la divinité populaire Seradin existait vraiment et qu'elle protégeait Pearl City, qu'une pierre de mana apparaissant en mer, ou des monstres surgissant de l'eau, ne pouvaient jamais, au grand jamais, se produire. Et pourtant.
« Qu'avez-vous dit ? Dans la mer, qu'est-ce qui est apparu ? »
« Une pierre de mana, Votre Excellence ! Une pierre de mana a surgi dans les eaux, non loin de la jetée ! »
Le visage de la magistrate de Pearl City, récemment nommée, la marquise Marianne Wavrill, de petite noblesse, devint blanc comme un linge.