Le grand jour du départ arriva enfin. Tandis que le soleil rond montait dans le ciel, Tie boucla solidement son sac à dos de maternelle. Veil passa la tête à travers la rambarde de l'étage.
« Hé, crevette ! Tu es sûre d'avoir tout pris ? »
Tie hocha la tête avec dignité et fit une dernière vérification. Dans le gros sac que monsieur Basto porterait pour elle, toutes ses affaires étaient soigneusement rangées en rang.
« Mon uniforme de la guilde Agavert, mon chapeau du marché, mon pyjama, mon papier toilette et mon eau pour quand je dois faire pipi dans la forêt, mes goûters... »
Tout y était, rien ne manquait !
« Oh ! »
Mais, à cet instant, elle se rappela une seule chose oubliée et pivota vivement pour vérifier derrière elle.
« Kkamang ! »
Heureusement, Lukarion était exactement là où il devait être. Il s'était installé dans son sac à dos de la maternelle Hanbit, seule sa tête dépassant, l'air parfaitement indifférent. Tie sourit enfin et agita la main bien haut vers Veil.
« J'ai tout pris ! »
Veil hocha la tête. Puis il attrapa ses propres sacs et descendit au rez-de-chaussée de l'auberge. Basto, assis sur la chaise près de la fenêtre, se leva.
« Et l'arme que tu avais envoyée en réparation ? »
« Je l'ai récupérée depuis longtemps. Tu as du retard, dis donc. »
Le ton était hérissé, mais Basto laissa passer. Ils n'étaient pas ensemble depuis longtemps, mais il avait déjà cerné le caractère de Veil.
« Êtes-vous prêt, monsieur ? »
Nordics, qui bavardait avec le vieux couple d'aubergistes dans la cuisine, se retourna. Il n'avait pas beaucoup de bagages : un vieux sac à dos, un bâton de marche et une lunette astronomique accrochée à la ceinture, c'était tout.
« J'ai fini depuis longtemps. Quand tu voudras partir, mon garçon. »
Basto se leva de son siège et jeta sur une épaule l'énorme sac, contenant à la fois les affaires de Tie et les siennes.
« En route. »
Tie hocha rapidement la tête, avide. Son visage débordait à parts égales de nervosité et d'excitation. La grand-mère de l'auberge sortit de la cuisine et serra Tie dans une forte étreinte.
« Reviens nous voir, ma chérie. Si jamais tu as une raison de passer par la porte, viens voir mamie, tu entends ? »
« Oui, merci pour tout... »
Tie la serra fort à son tour et inspira profondément. Puis elle s'inclina profondément aussi devant le grand-père de l'auberge. Bientôt, Basto ouvrit la porte, et une brise fraîche s'engouffra sous le soleil ardent.
Visage sérieux !
Se le rappelant, Tie partit d'un pas courageux. À l'instant où elle sortit de l'auberge, elle dut redevenir le « Roi Nécromancien ».
Je peux le faire. Je me suis préparée mentalement tellement bien.
... Mais, une fois de plus, il ne fallut pas longtemps à Tie pour s'en rendre compte : la vie n'est pas tendre.
« Hein ? Le Roi Nécromancien s'endort. »
Quelques heures plus tard. Tie rouvrit en grand ses yeux qui tombaient. Le paysage autour d'elle était toujours exactement le même qu'avant. Veil la taquina à côté d'elle, un rictus aux lèvres.
« Le Roi Nécromancien qui s'endort ? Tu es censée être le Roi Nécromancien, et tu fais la sieste en plein jour ? »
« Je n'ai pas sommeil ! »
« Pas sommeil, hein ? Alors c'est quoi, ça, sur l'épaule de Basto ? »
Tie tressaillit. L'épaule de Basto, contre laquelle elle s'était appuyée, était trempée de bave.
« C... c'est... ! »
« Ce n'est rien, Tie. Continue à dormir. Il nous reste encore une demi-journée de marche jusqu'à Pearl City. »
Tie referma la bouche, penaude. Elle essuya la bave sur l'épaule de Basto avec sa manche, réfléchit un instant, puis leva la main en l'air.
« Monsieur, je vais marcher maintenant ! »
Tout le monde peinait à marcher, et il était hors de question que Tie soit la seule à dormir : elle était le Roi Nécromancien, après tout. À l'instant où elle descendit du dos de Basto, elle sentit du sable rugueux sous ses pieds.
Je croyais qu'une fois la porte de la capitale franchie, il y aurait tout de suite de grands bâtiments, comme à Jongno-gu.
Même au-delà de la porte, les environs étaient désolés. Les bâtiments épars semblaient inhabités, et les tempêtes de sable qui soufflaient sans cesse lui piquaient les yeux. Sans le bandana que Veil lui avait noué sur le nez, elle aurait certainement toussé.
« Monsieur, Pearl City ressemble à ça aussi ? »
Tie ne put contenir sa curiosité. Basto secoua la tête.
« Ce n'est pas aussi désolé. Pearl City est un port. »
Un port... ?
L'émission « À travers le pays », qu'elle regardait avec la tata du 203, lui traversa l'esprit : de pittoresques petites maisons, une mer bleue, des poissons argentés qui frétillaient quand on remontait les filets, et des marins en tabliers luisants qui tiraient sur des cordes... Les yeux de Tie étincelèrent.
Ça a l'air tellement génial.
Les villes côtières qu'elle avait vues à la télé étaient comme sorties d'un rêve.
« Monsieur, combien de nuits on reste à Pearl City ? »
« Difficile à dire. On y fait juste une brève halte avant de gagner le Quartier des armureries de Populosa, alors on prévoit pas plus de deux jours. »
Jusqu'à ce matin-là, Tie et les membres d'Agavert se trouvaient à la Première Porte de la Capitale. Quand ils l'avaient franchie pour la première fois et étaient entrés dans la capitale proprement dite, c'était excitant : derrière la porte, il y avait un quartier animé que seules les personnes munies d'un permis d'entrée dans la capitale et les chevaliers sacrés pouvaient utiliser. Mais Tie et son groupe n'avaient pas eu le temps de le visiter.
Il faut atteindre Pearl City aujourd'hui. Après environ deux jours à Pearl City, on file droit au Quartier des armureries de Populosa.
La capitale était bien, bien plus grande qu'elle ne l'avait imaginé. Franchir la porte ne voulait pas dire qu'on pouvait atteindre aussitôt le centre où se trouvaient le palais impérial et le quartier général de l'Ordre des chevaliers sacrés.
« Pfff, c'est pour ça que je te disais de le laisser au forgeron de la porte. Quand est-ce qu'on est censés faire tout ce détour jusqu'au Quartier des armureries de Populosa, puis aller au centre de la capitale ? Tout ça pour un stupide marteau, sérieusement... »
« Ce marteau de guerre est une arme sur mesure, Veil. Sans les mains d'un véritable armurier, sa solidité ne peut pas être rétablie. Ou tu as oublié ? S'il n'avait pas été là lors du dernier siège, tu serais déjà mort. »
Pendant que Basto et Veil se disputaient, Tie dessina une carte dans sa tête : aller au port de Pearl City, puis au Quartier des armureries de Populosa ! Après cela, ils se rendraient au centre de la capitale, là où se trouvait papa. Le problème, c'était que la route de la porte à Pearl City était plutôt rude. Tie ne le comprit qu'après avoir traversé le quartier animé à l'intérieur de la Première Porte. Au-delà, une vaste friche s'étendait devant eux. Selon Basto, Veil et Nordics, cette friche n'était apparue que depuis quelques années. Ils disaient que c'était parce qu'il y avait ici plusieurs grandes pierres de mana. Normalement, les grandes pierres de mana qui apparaissaient dans la capitale étaient éliminées aussitôt, il était donc étrange que cette friche ait simplement été laissée telle quelle. Quoi qu'il en soit, Tie et son groupe avaient décidé de la contourner.
« Hé, Basto. Tu sais tout ça, alors pourquoi se disputer ? Depuis que la friche est apparue, il faut au moins un jour et demi pour aller d'ici à Pearl City. Pourquoi ne pas simplement louer une voiture ? »
Devant la friche, il y avait un endroit qui vendait ou louait des voitures aux gens pressés. Mais...
C... ce n'est pas possible... ! Je n'ai plus d'argent ! J'ai donné trop de pots-de-vin au méchant chevalier sacré... mmph.
Veil lui plaqua la main sur la bouche avant qu'elle finisse, mais c'était vrai : le groupe de Tie n'avait plus d'argent. C'était parce que Tie avait dépensé jusqu'à la dernière gemme pour rétablir le numéro d'identification de Basto. L'argent que les trois autres avaient sur eux avait aussi disparu, dépensé en uniformes de guilde et en divers achats. Basto semblait se sentir terriblement coupable, mais Tie, elle, ne s'en souciait pas du tout.
On pourra toujours récupérer d'autres gemmes plus tard, non ?
C'était ce que les Amis Os avaient dit. Des gemmes comme ça ? Il y en avait des tas dans les tombes.
Des tombes ?
Oui ! Il n'y avait pas de tombes dans les environs, alors ils ne pouvaient pas lui en donner pour l'instant, mais ils avaient dit que si elle allait quelque part où il y avait beaucoup de tombes, ils lui en trouveraient d'autres ! Malgré cela, une chose inquiétait Tie. Quand on trouve quelque chose dans la rue, on est censé l'apporter au commissariat et retrouver le propriétaire. Elle se demandait s'il était vraiment acceptable d'utiliser des gemmes provenant des tombes d'autres personnes. Mais, à cet instant, quelque chose que la mamie du 107 avait dit il y a longtemps lui traversa soudain l'esprit.
« Pourquoi enterrer de l'or dans la terre ? En Afrique, non, laissez tomber les autres pays. Même dans ce quartier, combien d'enfants peinent sans parents ? Ils devraient faire don de cet or pour que des enfants comme ça puissent s'en servir... »
Tie pencha la tête.
Maintenant que j'y pense...
Peiner sans parents... c'est moi, non ?
En ce moment, Tie était exactement le genre de « pauvre enfant » dont parlait la mamie du 107.