Chapitre 83
« Parfois, pour faire une omelette, il faut casser quelques œufs, exécuter les poules qui les ont pondus sous des prétextes fallacieux et incendier le poulailler le plus rebelle pour servir d’exemple aux autres. »
— Impératrice de l’Effroi Maleficent II
Derrière moi, la Quinzième se forma en bélier.
Les cohortes se repositionnèrent avec fluidité au fil des ordres de Juniper, formant une longue colonne large dont je prenais la tête, avec Gallowborne. Les Procerans et les diables essuyaient encore quelques tirs sporadiques des engins de Pickler, mais on avait largement laissé les mercenaires s’enfuir. J’avais eu une conversation difficile à ce sujet avec le Limier infernal quelques instants plus tôt : elle estimait que la kabili de Nauk devait les balayer, pour qu’il nous en reste moins à combattre à l’intérieur des murs, où les rues étroites entraveraient ma Légion. Elle avait fini par céder lorsque je lui avais rappelé un fait important : l’Héritière cherchait quelque chose à l’intérieur des murs. Sans cela, elle n’aurait pas brûlé autant de ponts, renoncé à une commission que le Chevalier Noir lui-même lui avait confiée et invoqué une véritable armée de diables, bon sang. Ce n’était plus un siège, mais une course ; et j’aurais besoin de chaque soldat à mes côtés.
Depuis, ce qui me sembla une éternité s’était écoulé. L’exécution de Barika avait quelque peu calmé ma colère, mais l’agitation l’avait remplacée. Plus d’une fois, j’avais songé à entrer sans attendre, avec Gallowborne, sans le reste de la Quinzième, mais le risque était trop grand. Je ne pouvais pas me le permettre, pas avec des Héros en maraude et l’Héritière à un prétexte près de se rebeller ouvertement contre la Tour. Masego était toujours penché sur son bibelot de scrutation, observant la bataille qui faisait rage à l’intérieur des murs.
« Je croyais qu’on ne pouvait pas scruter au-delà des remparts de la ville, dis-je.
— Les diables ont perturbé les protections, répondit l’Apprenti. Je peux regarder partout, sauf dans le palais ducal lui-même. Et dans le lac. Cet endroit regorge tellement de puissance sacrée que je doute que l’un de nous puisse même en manger les poissons.
— Comment ça se passe pour les défenseurs ? demanda Hakram d’une voix rocailleuse.
— Leur commandant a établi des lignes de défense concentriques à l’intérieur de la ville, répondit le mage à lunettes. Les remparts sont perdus, mais pendant leur retraite, ils ont incendié toutes les maisons derrière eux. Ça semble ralentir les diables, et les soldats se rassemblent sur la première ligne pour leur tenir tête.
— L’Épéiste Solitaire ? demandai-je.
— Je l’ai repéré deux fois, dit Masego. Pour l’instant, il semble tenir seul une avenue contre les diables.
— Garde-le à l’œil, ordonnai-je. Nous irons dans sa direction dès que nous aurons établi une tête de pont.
L’Apprenti répondit par un geste qui tenait à la fois de l’assentiment et de la fin de non-recevoir, sans quitter son instrument des yeux. Derrière nous, les cors sonnèrent enfin, signalant le début de l’avancée. Tel un grand animal qui s’éveillait, la Quinzième se mit en marche. Je lançai Zombie au trot et Gallowborne suivit. Du coin de l’œil, je vis Hakram rappeler doucement à l’Apprenti qu’il était censé marcher, le tirant de ses pensées. Je n’arrivais pas à savoir exactement où tout avait commencé, même si je pensais que c’était au milieu de la colonne. Une voix s’éleva, puis des centaines d’autres s’y joignirent, et l’avalanche emporta toute la Légion. Mes soldats chantaient.
« C’était un prince, un beau garçon
Sur un joli cheval blanc, tout en armure
Sa lance était d’argent, mais son cœur d’or
Un champion sans égal, à ce qu’on dit
Oh ! Le Seigneur des Lances d’Argent ! »
La plupart de mes légionnaires chantaient atrocement faux, mais avec autant de voix à l’unisson, difficile de s’en rendre compte. Je jetai un regard à Hakram, qui sifflotait l’air en s’efforçant de ne pas sourire.
« Alors il nous a coincés sur une colline boueuse
Ses chevaliers s’élançaient, avides de tuer
Mais il a dit : « Halte ! Inutile de combattre !
Seule la sorcière mourra cette nuit ! »
Oh ! Le Seigneur des Lances d’Argent ! »
Au moins, ils avançaient. L’air avait été réglé sur le rythme de marche rapide des légionnaires, évidemment. Nous fûmes bientôt à portée de tir des remparts, mais il ne restait personne pour nous prendre pour cible. Tous les défenseurs s’étaient repliés. Le commandant adverse avait fait preuve de prévoyance : ses hommes avaient reçu des ordres au cas où les remparts seraient franchis.
« Il est venu à cheval et a sonné du cor
A appelé la Patronne, plein de mépris
Puis il est resté là, fier comme l’enfer
À attendre qu’elle fasse ses adieux
Oh ! Le Seigneur des Lances d’Argent ! »
Les barges fluviales ne fumaient plus, mais le terrain était difficile à traverser. Gallowborne dut rompre ses rangs autour de ce qui avait été une proue, boucliers levés et regards méfiants vers l’avant. Hakram tenait sa hache en main depuis le début de notre avancée — il avait changé d’arme après Marchford et s’était révélé plus meurtrier avec celle-ci qu’avec la précédente. De temps à autre, il poussait Masego dans la bonne direction, car le Soninké refusait toujours de détourner les yeux de son instrument.
« Alors on lui a transpercé la gorge
Adieu l’armure et les grands airs
Retenez la leçon de ce triste jour :
La Quinzième, tu cherches, tu le paies
Oh ! Pauvre Seigneur des Lances d’Argent ! »
Je reniflai. Voilà au moins une leçon à tirer de Three Hills. Si chanter des chansons qui n’étaient au fond que des provocations maintenait le moral de ma Légion, je n’allais pas toucher à la recette. Gallowborne se forma en pointe à mesure que nous approchions des portes, ralentissant l’allure. On avait remis les portes à leur place, mais même depuis ma selle, je voyais que seul leur poids les maintenait debout.
« Adjoint, dis-je.
Le grand orque éclata de rire et s’avança, tandis que ma garde personnelle s’écartait pour le laisser passer. Après avoir rangé sa hache dans la boucle de cuir qui lui servait à la porter, Hakram leva son bouclier-tour et se voûta. Je sentis son Nom s’embraser et plissai les yeux dans sa direction. À mes sens, son Nom évoquait quelque chose de solide et d’imposant, presque comme de la pierre. C’était étrange que je puisse percevoir cela chez lui — jamais chez l’Apprenti, l’Héritière, ni même Noir. Il chargea si vite que mon œil avait du mal à le suivre, et son bouclier percuta les portes métalliques dans un tintement de cloche. Un battement de cœur plus tard, l’ensemble bascula et s’écrasa au sol dans un nuage de poussière. Des flèches s’abattirent presque aussitôt tout autour de lui ; deux d’entre elles ricochèrent sur son bouclier avec un cliquetis métallique. Il recula et Gallowborne forma un cercle de boucliers autour de lui. À travers la fumée et la poussière, de l’autre côté, je distinguai des bâtiments en flammes et quelques archers déjà en retraite.
L’un d’eux s’attarda pour tenter de me tirer dessus, mais l’un de mes gardes surgit de derrière les boucliers et lui planta un carreau dans la poitrine. L’homme s’effondra, sans doute mort, et cela suffit à faire fuir les autres. Des éclaireurs, conclus-je. Postés là pour avertir William de notre passage par les portes. Croyaient-ils encore que l’Héritière et moi faisions équipe ? Impossible, pas après que Pickler eut tourné les balistes contre les mercenaires. Peut-être que cela leur importait peu, songeai-je. Pour les Héros, toute force autre que la leur qui parvenait à tenir la ville représentait un désastre.
« En avant, ordonnai-je. Sécurisez la zone.
Gallowborne se mit en mouvement tandis que les premiers légionnaires nous rattrapaient. Les soldats réguliers de Hune, suivis des sapeurs. Juniper voulait établir au moins des fortifications élémentaires autour des portes, au cas où nous devrions défendre ce goulet contre les diables. Pour l’instant, la prise de l’entrée semblait ne rencontrer aucune résistance, mais je doutais que cela dure. À mes yeux, les défenseurs avaient deux problèmes à régler. D’abord, ils devaient repousser les diables. Sinon, ceux-ci se déchaîneraient dans la ville et tueraient tous ceux qu’ils pourraient attraper. Ensuite, ils ne pouvaient pas laisser la Quinzième s’installer au-delà des portes. Si nous y parvenions, ils ne nous en délogeraient plus : le combat urbain n’était pas le point fort des Légions de la Terreur, mais nous avions des soldats professionnels et assez de munitions pour nous frayer un chemin, pâté de maisons après pâté de maisons. Dès que Juniper aurait une solide tête de pont, leur sort serait scellé. Zombie me fit dépasser ma garde personnelle et entrer sur la place derrière les portes, les laissant se hâter pour nous rattraper.
Du coin de l’œil, je vis du mouvement autour d’un toit et levai aussitôt mon bouclier. C’était un diable. L’une des créatures ailées que j’avais aperçues plus tôt, semblable à une gargouille naine et poilue, avec des griffes et des ailes de chauve-souris. Le diable se tenait sur le toit en flammes, apparemment nullement gêné par la fumée et les flammes.
« Un diable, criai-je. Préparez-vous à recevoir une vague.
Le capitaine Farrier aboya des ordres et Gallowborne resserra les rangs. Restée sur mon cheval, j’observai calmement le diable tandis que Hakram s’avançait à mes côtés.
« Il n’attaque pas, dis-je.
Le grand orque émit un son pensif. « Il attend des renforts ?
— L’Héritière va chercher à s’enfoncer dans la ville, pas à nous attaquer au moment où nous entrons, dis-je. Sinon, elle se découvrirait juste devant l’Épéiste Solitaire.
Une telle situation ne se finirait probablement pas bien pour elle. Si Masego disait vrai, le Héros transformait chaque rue où il se trouvait en abattoir à lui tout seul. S’il venait à manquer de diables à tuer, il passerait à l’offensive, c’était certain.
« Elle pourrait regarder à travers ses yeux, suggéra Hakram.
C’était plus probable. Inutile de laisser faire plus longtemps.
« Farrier, criai-je. Arbalètes sur le diable.
Avant même que quinze battements de cœur ne se soient écoulés, la créature tentait en vain d’éviter les tirs, hurlant tandis qu’un carreau lui clouait la patte au chaume. Il ne se défend pas du tout, songeai-je en fronçant les sourcils. Masego arriva à mes côtés, daignant enfin lever les yeux de son instrument de scrutation. Je me penchai sur ma selle.
« Tu peux le capturer ? demandai-je.
Il haussa un sourcil et leva brusquement le poignet en marmonnant quelques mots. Des panneaux de lumière bleue formèrent une pyramide autour du diable, l’emprisonnant sans difficulté. D’un autre geste, il arracha la pyramide du toit et la fit glisser au sol jusqu’à nous. Une demi-douzaine d’arbalètes visaient la créature prisonnière avant même qu’elle eût fini de se déplacer. Je descendis de cheval, ignorant les protestations de mes gardes, et m’approchai du diable. Je m’agenouillai devant lui.
« Apprenti, dis-je. Ouvre le panneau devant moi.
Tout le monde se mit aussitôt à protester, sauf Masego, mais je leur fis signe de fermer leur gueule.
« Il ne va pas m’attaquer, dis-je.
Le panneau disparut en un clignotement et je me penchai en avant, pointant un doigt vers le diable. Il recula en hurlant de détresse.
« Il ne peut pas m’attaquer, dis-je.
L’Apprenti s’agenouilla à mes côtés et prononça quelques mots dans la langue arcanique. Il claqua la langue d’un air désapprobateur.
« Seulement neuf couches de liens, dit-il. Du travail bâclé, même pour une invocation de masse.
Neuf lignes de runes lumineuses apparurent dans les airs devant lui. Le mage à la peau sombre les parcourut du doigt et s’arrêta à la huitième.
« Ils ne peuvent attaquer personne appartenant aux Légions, dit-il, surpris. S’ils touchent un légionnaire, ils doivent simplement… s’immobiliser.
Je fermai les yeux et laissai échapper un rire essoufflé.
« Bien sûr qu’ils ne le peuvent pas, dis-je. L’Héritière va prétendre ensuite qu’elle essayait de s’assurer que l’ange n’aurait personne à convertir, au cas où j’échouerais. Elle ne faisait que prendre toutes ses précautions, en bonne citoyenne impériale.
Hakram laissa échapper un souffle sec. Je ne m’étais même pas rendu compte qu’il se tenait derrière moi.
« Si elle veut prétendre ça, ses diables ne peuvent pas tuer de légionnaires, dit-il. Sinon, elle s’immisce dans une opération militaire autorisée par la Tour.
« Eh bien, murmurai-je. Voilà qui change les choses.
Je souris lentement, d’un air mauvais, découvrant trop de dents pour que cela puisse passer pour un sourire amical. Pour une fois, la politique ne semblait pas jouer contre moi.
« Hakram, dis-je en me relevant. Envoie un coureur à la commandante Hune. Dès que nous aurons assez de troupes dans la ville, je veux qu’elle fasse pivoter ses forces vers l’est en masse pour prendre les diables à revers. Qu’ils massacrent tous les rejetons de l’enfer qu’ils apercevront et n’affrontent les défenseurs que s’ils sont attaqués.
L’Adjoint salua et s’exécuta aussitôt. Je tendis la main à l’Apprenti pour l’aider à se relever.
« Tu sais encore à peu près où se trouve l’Épéiste Solitaire ? demandai-je.
— Il est allé plus à l’est, répondit Masego, mais je peux le retrouver. C’est là que nous allons ?
— Dès que Hakram sera de retour, nous partirons.
— Tu m’emmènes dans des endroits si intéressants, Catherine, dit l’Apprenti d’un ton sec. Quelle sera la prochaine étape ? Une église pleine de démons, qui serait aussi en feu ?
Je haussai les épaules. « La journée ne fait que commencer.
Nous longeâmes le mur vers l’est, autant pour tomber sur des diables que pour éviter de tomber sur des rebelles. Avec une seule compagnie de soldats réguliers, nous dûmes tout de même tuer une vingtaine de créatures en chemin : les hommes de Gallowborne comprirent vite que, si on leur fonçait dessus, elles reculaient sans combattre, ce qui les rendait très faciles à coincer. Surtout des têtes-de-chacal et des griffes-de-fer, mais l’un des lieutenants maniait l’arbalète avec adresse et abattit quelques-unes des chauves-souris-singe, déjà affublées d’un surnom. Il était difficile d’estimer le temps dans une ville en flammes, ce qui était regrettable vu le nombre de fois où je semblais me retrouver dans une telle situation. Nous croisâmes deux petits groupes d’éclaireurs, mais ils battirent en retraite sans combattre. Difficile de leur en vouloir : peu de gens auraient envie de se frotter à une compagnie de vétérans aguerris dirigée par trois personnages Nommés. Plus nous avancions vers l’est, plus les diables se pressaient. Ils se mettaient à fuir dès qu’ils nous apercevaient, ce qui était agaçant, mais pouvait jouer en notre faveur. Si notre simple présence suffisait à dégager les endroits où nous passions, nous pouvions soulager les défenseurs.
La marge de manœuvre serait mince. Je ne voulais pas que William et ses troupes s’en tirent trop facilement, sous peine de voir la Quinzième en subir les conséquences plus tard ; mais s’ils s’effondraient maintenant, nous étions tous dans le pétrin. Quand j’avais compris comment les diables de l’Héritière étaient liés, une idée m’était venue : elle pourrait les neutraliser de façon radicale. Encore fallait-il que je me trouve au bon endroit pour la mettre en œuvre, et cet endroit était au cœur de la bataille. Là où se trouvaient tous les soldats ennemis. Ce n’était pas, je le reconnaissais, l’idéal. Mais si je ne commençais pas à improviser dès maintenant, toute cette bataille était foutue. Pire encore, impossible de savoir où se trouvait l’Héritière : l’Apprenti ne parvenait pas à la repérer en scrutant les environs, et je n’avais toujours pas la moindre foutue idée de ce qu’elle cherchait vraiment. Je ne pouvais m’empêcher de penser que les diables étaient une autre diversion, destinée à m’occuper pendant qu’elle avait le champ libre pour accomplir… quoi que ce fût qu’elle avait entrepris. Mais je ne peux pas m’en occuper avant d’en avoir fini avec William.
Si l’Épéiste Solitaire surgissait alors que je m’occupais de l’Héritière, j’étais pratiquement morte. Tous les plans que j’avais prévus contre lui nécessitaient un minimum de conditions contrôlées, et c’était en partie pour cela que Masego ne me quitterait pas d’une semelle jusqu’à la fin de la bataille. Le meilleur résultat que je pouvais espérer avec les Héros était une trêve jusqu’à ce que les diables ne soient plus une menace, mais cela semblait… improbable. Éviter d’ouvrir un front supplémentaire l’un contre l’autre serait peut-être plus réaliste, mais si l’Héritière avait déjà franchi leurs lignes, je devrais la poursuivre — et je doutais qu’ils me tapent dans le dos en me laissant passer. Ça risquait de tourner au vinaigre. Cieux en pleurs, ma vie n’était qu’une succession de catastrophes toujours pires que les précédentes. J’avais un peu espéré que le degré de pourriture finirait par atteindre un plateau et s’y maintenir, mais pour l’instant, je n’en voyais pas le bout. Enfin, il faut que je survive à cette journée pour assister à ce rayon d’espoir lumineux, songeai-je sombrement. Je ralentis Zombie d’un ordre silencieux, et Gallowborne ralentit avec moi. Depuis un moment, une démangeaison me tiraillait entre les omoplates, et j’avais d’abord cru qu’elle était due à la sueur et à mes vêtements rêches. Mais elle ne s’apaisait pas.
« Ne tirez pas, dis-je à mes gardes. Voleuse, montre-toi, bon sang. Qu’on discute.
Un long silence suivit, et je commençai presque à croire que j’avais interprété les choses de travers. Mais non : la femme aux cheveux courts sortit tranquillement d’une ruelle voisine, les mains dans les poches. Aucune arme en vue, mais après avoir lancé deux douzaines de bateaux sur le champ de bataille, un tel détail ne signifiait pas grand-chose. Elle souriait, mais ses yeux ne souriaient pas.
« J’adore discuter, dit la Voleuse. Ça me permet de poser toutes sortes de questions, comme : « Pourquoi, putain, tu as invoqué une bande de diables, espèce d’imbécile impie ? »
« Ce n’est pas moi, dis-je. On les élimine partout où on le peut.
« S’ils ne sont pas de ton côté, demanda la Voleuse en plissant les yeux, pourquoi ne t’attaquent-ils pas ?
— C’est compliqué, répondis-je. Pour résumer, l’Héritière manigance quelque chose.
— Ah, ben voilà qui règle tout, fit l’Héroïne avec un sourire désagréable. Ça veut dire qu’on est amies, maintenant ? On se tient la main ? Je te tresse les cheveux ?
— L’Héritière n’aurait pas eu de prétexte pour tenter un coup pareil si vous autres, bande de connards, n’aviez pas invoqué un ange qui lave le cerveau des gens, répliquai-je sèchement.
Il y avait des limites à la civilité dont j’étais capable envers ces gens, comme à celle que j’étais prête à tolérer de leur part.
« Nous vivons une période désespérée, dit la Voleuse, le visage impassible. Qu’est-ce que tu veux, Foundling ?
« Je veux parler à William.
— Je ne suis pas sûre qu’il ait très envie de discuter, répondit l’Héroïne.
— Ça, ce sera mon problème, répliquai-je.
La Voleuse réfléchit un instant, puis haussa les épaules.
« Ça ne me fait ni chaud ni froid s’il te descend. Suis-moi, dit-elle. La dernière fois que j’ai eu des nouvelles, il était parti à la chasse à ton petit ami.
Je fronçai les sourcils. « L’Héritière ?
« C’est ça, acquiesça la Voleuse. Ils doivent être en train de jouer à « qui va perdre un bras » d’ici là.
L’Héroïne se pencha en avant.
« Petit indice : la réponse est généralement « pas lui ».