Chapitre 69
« Il faut savoir goûter les petits plaisirs de la vie : les matinées paresseuses, les fraises et l’invasion de Callow par une armée invisible. »
— Impératrice de l’Effroi Maléfique III
Un battement de cœur s’écoula tandis que mon cerveau tentait d’assimiler toutes ces surprises à la fois. Je me forçai à me concentrer sur une seule à la fois. L’Héritière venait-elle vraiment de bannir un putain de démon, comme si de rien n’était ? Non, c’était impossible. Je ne pensais même pas qu’elle fût mage, et même si c’était le cas, une fille à peine plus âgée que moi ne pouvait pas avoir autant de pouvoir à sa disposition. Même l’Apprenti n’en était pas capable, alors que la sorcellerie était au cœur de son Nom. Je pouvais imaginer Noir sortir un tour de son sac apparemment sans fond, Warlock sans doute, Malicia presque certainement, mais l’Héritière ? Non. Il me manquait quelque chose. Mon regard glissa vers la selle de ma rivale et s’arrêta sur sa main gantée, posée sur un long manche de bois. Du vieux bois, où de nouvelles runes avaient été gravées. Il me fallut un autre battement de cœur pour comprendre. Masego nous avait dit que les démons de Triomphante avaient été liés aux étendards de ses Légions. *Elle ne l’a pas libéré. Elle l’a fait sortir et, une fois qu’elle a obtenu ce qu’elle voulait, elle l’a simplement… remis dedans.* Le visage agaçant de perfection de l’Héritière affichait une amabilité sans faille, mais je crus voir une lueur d’amusement cruel dans ses yeux lorsqu’elle croisa mon regard.
« Est-ce bien elle qui a lâché le démon ? » demanda Archer d’un ton très, très calme.
« C’est bien elle », confirmai-je.
Le visage de l’Héritière exprima une surprise que j’aurais crue sincère si je n’avais pas su à qui j’avais affaire. Dans l’obscurité, je ne distinguais pas grand-chose, mais tout ce que je voyais était impeccable. Pas une poussière sur ses écailles d’acier polies ni sur ce joli châle vert enroulé autour de son cou. Même son cheval était immaculé, et c’était une magnifique bête, toute grise, de race callowane qui plus est.
« Est-ce ainsi que vous comptez vous sortir du piège que vous avez creusé ? En me faisant porter le chapeau ? Nous savons toutes les deux que les Lances d’Argent ne seraient jamais passées par-dessus le temple qui abritait le démon si vous ne les aviez pas harcelées avec tant d’insistance après votre victoire. »
« Oh, espèce de garce », répliquai-je.
« Un langage grossier ne fait que trahir vos origines inférieures », m’informa-t-elle avec un rictus méprisant. « Je ne servirai pas de bouc émissaire, Écuyer. C’est vous qui avez décidé de les harceler pendant leur retraite, par pure mesquinerie, m’a-t-on dit. Une histoire de tribun Nilin mort ? »
Mes doigts se crispèrent sur la poignée de mon épée au point d’en blanchir. J’avais cru connaître la haine, à l’époque où je vivais sous la coupe de Mazus. Je découvrais à présent que je m’étais trompée. Le gouverneur qui écrasait la ville sous son talon menait une attaque impersonnelle, dirigée contre tout un peuple plutôt que contre moi. Mais ça ? Ça, c’était personnel.
« Eh bien, mademoiselle, sourit Archer. Vous et moi avons un compte à régler. Je vous conseille de vous débattre ; ce n’en sera que plus satisfaisant. »
Mes yeux restèrent rivés aux doigts gantés de l’Héritière, qui tambourinaient distraitement contre le manche de bois. Je distinguais l’endroit où des anneaux de métal avaient autrefois retenu la partie en tissu de l’étendard. La méchante à la peau sombre croisa de nouveau mon regard, et la menace implicite était limpide. *Je l’ai libéré une fois. Si ma vie est en danger, je pourrais bien recommencer.*
« Vous êtes bien l’émissaire du Refuge ? » demanda ma rivale.
Archer fit pivoter son poignet et tourna lentement le long couteau dans sa main.
« Peut-être que je suis simplement une citoyenne inquiète », répondit-elle.
L’Héritière pencha la tête sur le côté. « Si j’ai bien compris, on vous a envoyée pour aplanir un petit différend diplomatique avec la Tour. Je me demande quelles seraient les conséquences pour votre maîtresse si vous tentiez d’assassiner une aristocrate de Praes en plein jour. »
« Oh, je ne vais rien “tenter” du tout », ricana Archer. « Et puis, je doute que quiconque ici témoigne pour votre cadavre ensuite. »
Pourquoi l’avait-elle fait rentrer dans l’étendard ? Je laissai leurs paroles me passer au-dessus tandis que je mobilisais toute mon attention pour résoudre cette énigme. Si elle avait attendu quelques instants de plus, le démon aurait pu me tuer. Ou me corrompre ; elle aurait alors eu une excuse pour m’abattre que même l’Impératrice n’aurait pu contester. *Son plan ne prévoit pas de m’éliminer définitivement.* Alors que cherchait-elle vraiment ? À estropier la Quinzième, peut-être. *Ou peut-être cherchait-elle à éviter quelque chose qui la ferait perdre.* Si j’étais morte ou corrompue, la défense de Marchford se serait probablement effondrée. Toute la population et les restes d’une Légion seraient alors devenus des pantins corrompus. Et Noir l’aurait tuée sur-le-champ, car elle aurait été responsable d’une menace existentielle pour l’Empire.
En s’arrêtant là, elle n’avait affaibli que la seule force présente sur le champ de bataille : la mienne. La Quinzième était en lambeaux, j’avais irrémédiablement endommagé mon Nom et elle pouvait se contenter d’apparaître à la fin du combat pour s’attribuer le mérite de la « victoire ». C’était un plan tordu et labyrinthique, avec au moins une demi-douzaine de points de défaillance que je pouvais nommer sans réfléchir. Exactement le genre de complot que les méchants de Praes affectionnaient. Je mesurai peu à peu l’ampleur de ce qu’elle venait de faire. En fin de compte, elle s’était servie d’une véritable menace pour la Création comme d’un putain de chien de chasse afin de saper ma position. Des centaines de soldats, *mes soldats*, étaient morts simplement pour que cette ratée souriante puisse me handicaper pour le reste de la guerre. Je pris une longue inspiration. Archer avait raison : l’Héritière ne pouvait pas s’en tirer après ça.
« Apprenti, tu es toujours avec nous ? » lançai-je.
« Toujours en vie », répondit Masego entre ses dents serrées.
« Si tu avais l’étendard auquel un démon est lié, tu pourrais t’en servir ? » demandai-je en jetant un coup d’œil au mage à lunettes.
« Un jeu d’enfant », répondit-il en montrant les dents à l’Héritière.
« Il va falloir que tu retiennes le démon un moment », dis-je à Archer. « Ça va devenir le bordel. »
La femme à la peau ocre acquiesça sèchement, se penchant en avant, impatiente. L’Héritière s’éclaircit la gorge.
« Quant à votre remarque précédente sur les témoins, émissaire, dit-elle en agitant nonchalamment la main, je contesterais cette affirmation. »
Le nuage de poussière et de cendres qui flottait encore se dissipa sous l’effet d’un vent invisible. De la magie, compris-je aussitôt. Sans incantation, ce qui était encore plus inquiétant — mais pas autant que ce qui se révéla alors. Des hommes en armure légère, armés de grandes targe ovales et de lances, descendaient silencieusement l’avenue. Difficile d’évaluer leur nombre, mais je les voyais se déployer au loin, au-delà de la limite de mon champ de vision. *Au moins mille.* Derrière moi, j’entendis Nauk ordonner à mes légionnaires de se mettre en rangs. Par les dieux, j’avais mal compris son objectif final. Elle ne voulait pas nous voir massacrés pour en tirer un avantage à long terme. Elle voulait nous affaiblir autant que possible avant de nous anéantir avec ses propres hommes, en invoquant ensuite la menace d’une corruption comme bouclier politique. Et j’avais dansé au son de sa musique sans même savoir qui tenait le luth. Je tendis la main vers mon Nom et le trouvai presque à sec. *Je pourrais peut-être contourner ça en puisant dans la Lutte.*
Des cris d’alarme retentirent un instant plus tard à l’arrière de la colonne de l’Héritière. Par principe, je refusai de me hausser sur la pointe des pieds pour voir ce qui se passait. Je regardai plutôt l’aristocrate et, pour la première fois, je vis une lueur d’incertitude traverser son visage. Le carreau d’arbalète passa à trois pouces de la tête de sa monture et claqua au sol. Je me retournai et vis Robber descendre d’un toit sur ma gauche, telle une araignée verte, laide et grimaçante. Ses sapeurs occupaient tout le flanc, arbalètes chargées et prêtes à tirer.
« Bonsoir, patronne », dit-il.
« Tribun », répondis-je, m’efforçant d’afficher l’air de quelqu’un qui savait exactement ce qui se passait.
Depuis que j’avais pris le commandement d’une Légion, j’avais eu bien des occasions de m’entraîner à ça.
« Les volontaires callowans sont en position, annonça-t-il. Apprendre qu’une bande de pillards procerans était venue s’installer chez eux les a bien motivés. »
Je me rappelai que la moitié de l’armée de l’Héritière était composée d’infanterie légère procerane. Robber n’avait pas assisté au briefing où la Générale Sacker m’avait appris ça… mais Juniper, si. *Trois vivats pour ce fichu Limier infernal ; puisse-t-elle toujours garder une longueur d’avance sur nos ennemis*, pensai-je en me tournant vers mon adversaire.
« On dirait que tu as interrompu tout ça trop tôt », dis-je à l’Héritière.
« J’ai les nombres de mon côté », fit-elle remarquer d’un ton neutre.
« Dame, intervint Robber avec un sourire malveillant. On vient de foutre en l’air une bande de diables et la plupart de nos mercenaires, avec la main d’un démon enfoncée dans leur cul. S’occuper de vos jolis garçons, ce sera un échauffement avant d’aller se coucher. Mais je vous en prie, doutez de moi. *Essayez donc*. »
Je ris. « Tu as entendu le gobelin, Akua, dis-je avec un sourire. Sors ton épée. La dernière fois qu’on a eu l’occasion de danser, tu as pris tes jambes à ton cou avant qu’on arrive au meilleur. »
Le visage de l’Héritière se figea. Elle resta silencieuse un long moment, puis soupira.
« Je suppose qu’il faut parfois savoir se contenter d’une égalité. »
« Je maintiens qu’on devrait lui planter un couteau dans le corps et ficher sa tête au bout d’une pique », gronda Archer.
« Si tu la tues maintenant, l’Impératrice devra peut-être déclarer la guerre au Refuge, admis-je. Elle n’est pas sans soutien. »
En grondant de nouveau, la porteuse d’un Nom rengaina ses longs couteaux et s’éloigna à grands pas. Ma rivale sembla sur le point d’ajouter une remarque bien sentie, mais quelqu’un lui lança une bouteille vide à la tête. Ou plutôt essaya : elle la manqua d’un bon mètre.
« Bouuuuh ! » cria la Barde errante. « Bouuuuh, les méchants, bouuuuh ! »
Almorava avait évidemment fini par débarquer. Cette nuit n’aurait pas été assez pourrie sans l’apparition de l’héroïne grande gueule. De toute évidence, le quota divin de coups bas à mon égard n’avait pas encore été entièrement rempli ce mois-ci. *Je parie qu’elle s’est entraînée à huer ; impossible que ce soit aussi insupportablement irritant autrement.*
« J’ai payé cher cette place », lança-t-elle depuis le rebord où elle était assise, entourée d’une rangée de mes sapeurs. « Montrez-moi un peu de sang, ou au moins, perdez quelques vêtements ! »
L’héroïne à la peau olive portait toujours la seule tenue que je lui eusse jamais vue : des soieries criardes un peu trop larges pour elle. Les manches dépassaient ses bras et ses poignets, flottant au gré de ses gestes. Je distinguais quelques taches sur ses vêtements ; j’avais été serveuse assez longtemps pour reconnaître les marques laissées par l’alcool sur de beaux habits. Du travail bâclé.
« Lieutenant Rattler, s’étrangla Robber. Que signifie ceci ? Pourquoi cette femme a-t-elle encore ses reins ? C’est contraire à tout ce en quoi nous croyons. »
Une gobeline — la lieutenante Rattler, supposai-je — salua avec nonchalance.
« Je crains qu’elle ne m’ait soudoyée, monsieur », répondit-elle.
« Nous n’acceptons pas les pots-de-vin », la réprimanda le tribun aux yeux jaunes.
« Je vous en donne la moitié ? »
Robber se tourna vers moi. « Le protocole a été respecté, patronne. »
Je savais par expérience qu’il était presque impossible de faire partir la Barde, mais au moins mes soldats arrondissaient leurs fins de mois grâce à sa présence. C’était… une victoire, peut-être ? Le simple fait de devoir me poser la question me donna honnêtement l’impression d’avoir déjà perdu quelque chose.
« Vous, encore », lâcha l’Héritière avec dégoût.
« Oh, c’est… l’Héritière ? La Successeure ? La Légataire, peut-être ? » médita Almorava. « Désolée, vous n’étiez pas très intéressante. Enfin, ravie de vous revoir. Qu’est-ce que vous avez fait depuis que vous avez libéré ce démon ? »
Du coin de l’œil, je vis Archer s’immobiliser un instant avant de reprendre son chemin. La plupart de mes légionnaires n’étaient pas assez près pour entendre la déclaration de la Barde, mais ceux qui l’avaient entendue regardaient l’Héritière comme s’ils cherchaient où lui planter leur couteau. Jusqu’ici, seuls les officiers supérieurs de la Quinzième savaient exactement qui avait causé nos ennuis avec le démon ; désormais, il était certain que tous mes soldats sauraient qui blâmer avant l’aube. Bon sang. Je n’avais aucune raison de garder cette information secrète, à part le fait que je ne voyais pas pourquoi la propager. Mais Almorava l’avait balancée, et c’était une mauvaise nouvelle. *Elle*, en revanche, avait forcément une raison, et je doutais qu’elle joue en ma faveur.
« Il est curieux que vos accusations coïncident avec celles d’une héroïne bien connue, dit l’Héritière en gardant un œil sur moi tout en faisant face à la ménestrelle ivre. Cela sent… la sympathie déplacée. »
« Je surveillerais mes paroles, à votre place, répondis-je gaiement. Les accidents arrivent si vite, en campagne. »
« Tu as fini par te faire à ton rôle de méchante, hein, Cat ? » médita la Barde. « Je veux dire, tu as la blessure distinctive, avec ta démarche boiteuse. Tu as déjà ton tic notable, avec tes doigts qui se crispent, alors il ne te manque plus qu’une phrase fétiche et le tour sera joué. »
J’en avais effectivement une. Une phrase forgée en réponse aux paroles d’un héros, même. Pas question de l’avouer à cette satanée peste.
« Tu arriveras probablement même à accumuler quelques atrocités avant la fin de la guerre, si ton amie ne te devance pas », poursuivit Almorava en levant sa bouteille de rhum à moitié vide pour trinquer avec moi.
« Ah, les postures héroïques, dit doucement l’Héritière. Vu le comportement de votre petite bande de meurtriers à Summerholm, les “atrocités” dans votre bouche relèvent du comble de l’hypocrisie. »
« C’est ce que dit l’esclavagiste », sourit la Barde.
« Je n’emploie que des hommes libres », rétorqua l’aristocrate avec mépris.
« Eh bien, au moins, vous les avez bien nourris après les avoir achetés, concéda Almorava. Vraiment, vous êtes la crème de la lie de la Création. »
Tiens. La Barde arrivait à faire sortir l’Héritière de ses gonds presque sans effort. Bon à savoir. Est-ce que je pouvais exploiter ça tout de suite ? Peu probable. À ma connaissance, l’Ashurane n’avait aucune aptitude réelle au combat. D’une certaine manière, sa présence soudaine m’inquiétait davantage : je pouvais me préparer à une agression physique, mais les formes plus subtiles de guerre entre Noms m’échappaient largement. Je pouvais essayer de trancher la gorge de l’Héritière pendant qu’elle était distraite, mais j’étais presque impuissante quand elle donnait toute sa mesure. Sans compter que je ne savais pas exactement quelles seraient les conséquences si j’y parvenais. Une nouvelle bataille contre ses mercenaires, sans doute ; et même si j’avais prétendu que cette idée me laissait indifférente, je ne voulais vraiment pas appuyer sur la gâchette. Mes hommes étaient épuisés et les volontaires n’étaient pas de vrais soldats. Nous gagnerions peut-être, mais les chances n’étaient pas de notre côté.
« Pourquoi es-tu là, Almorava ? » demandai-je plutôt, pour gagner du temps.
Ça devrait la distraire assez longtemps pour que les sapeurs que Robber avait, j’en étais presque sûre, mobilisés discrètement passent à l’action.
« Pourquoi sommes-nous tous là, Écuyer ? » s’interrogea-t-elle en faisant tournoyer sa bouteille désormais presque vide. Je ne l’avais même pas vue boire une autre gorgée. « Voilà une question intéressante. Eh bien, toi, c’est parce que tu crois faire ce qu’il faut. La route des Enfers que tu pavés a vraiment belle allure, ces derniers temps. Ton amie méchante, elle, croit *être* ce qu’il faut, et se trompe de façon hilarante sur presque tout ce qui compte. Quant à moi, je suis juste venue jeter un coup d’œil. »
« Un de ces jours, ma petite étrangère détestable, dit aimablement l’Héritière, je vous ferai coudre la bouche. »
« Que tous ceux qui sont vraiment nés à Callow lèvent leur putain de main », dis-je d’une voix douce.
Robber leva la main.
« Spirituellement parlant, j’estime avoir dit la vérité », se justifia mon tribun quand je lui lançai un regard noir.
« Les normes de discipline des Légions ont vraiment baissé si vous laissez passer ce genre d’insolence, ricana l’Héritière. J’imagine que c’est l’effet de ruissellement. »
« Oh, tu ne veux pas t’engager sur ce terrain », répliquai-je en montrant les dents.
Almorava poussa soudain un cri, coupant court à la tension avant qu’elle ne s’envenime.
« Clatter, tu m’as trahie ? »
« Rattler, lui rappela le sapeur. Je m’appelle Rattler. Et oui. »
« Je croyais qu’il y avait quelque chose de vrai entre nous », gémit l’Ashurane.
Une série de détonations plus sourdes retentit sous le toit où la Barde était assise. Les tuiles s’effondrèrent, laissant un trou net dans lequel l’héroïne disparut. Un long moment s’écoula, puis un autre gobelin passa la tête par la porte d’entrée de la maison.
« Pas de corps, madame », annonça-t-il.
Oui, je ne comptais pas vraiment en trouver un. Au moins, elle était partie. Du coin de l’œil, je vis la lieutenante Rattler mordre dans une pièce d’argent et jurer en la pliant sans effort. De l’argent contrefait, compris-je, les lèvres tressaillant malgré moi. Elle avait soudoyé mes sapeurs avec de la fausse monnaie, et même pas une bonne contrefaçon.
« Il semble que nous en ayons terminé ici », décida Akua en faisant faire demi-tour à son cheval. « Mon hôte occupera le manoir de la comtesse, car c’est le seul logement dans ce… trou perdu qui soit digne d’une personne de mon rang. »
« Fais donc », grognai-je en la regardant rejoindre ses troupes.
J’attendis qu’elle soit hors de portée de voix.
« Robber ? »
« Patronne ? »
« Je veux que ce manoir soit en flammes avant qu’elle en foule le sol. »
« Par les dieux, j’adore cette tenue », avoua le gobelin aux yeux jaunes.