Chapitre 511
D’ordinaire, les Voies du Crépuscule étaient un lieu magnifique, mais cette fois, elles ressemblaient à une mer de blessés et de mourants.
Nous fîmes tout ce que nous pûmes. Les rares mages encore capables de lancer des sorts se dépensèrent jusqu’à l’épuisement dans les tentes des guérisseurs ; les soignants de la Maison Insurgée passaient avec lassitude d’un demi-cadavre à l’autre, et j’exigeai la même chose de chaque Nom capable de bouger. Tariq, qui semblait lui-même avoir un pied dans la tombe, ne s’arrêta pas un instant et pâlissait à vue d’œil. Masego — empruntant les derniers souffles de sorcellerie de l’Invocateur — enseignait la chirurgie d’urgence à l’Apprenti sur les lits les plus éprouvés, arrachant les moindres étincelles de vie pour les attiser jusqu’à en faire des flammes. Même Akua, bien que certains refusassent son aide et que je dusse l’entourer d’une escorte de protection. J’y allai aussi, bien sûr. Avec la Nuit, on ne pouvait guère faire plus que retarder la mort, mais cela avait son utilité.
Chaque heure de plus signifiait un prêtre de plus que la Lumière ne consumait plus de l’intérieur, un mage de plus dont les membres cessaient de trembler assez pour qu’il puisse lancer des sorts. Je ne pouvais pas les sauver, car la Nuit resterait toujours le pouvoir d’une voleuse, mais je pouvais leur dérober quelques heures, le temps que quelqu’un d’autre en ait la possibilité. Le temps se brouilla, enveloppé d’une brume où l’on aurait pu se perdre toute une vie à tourner en rond, et j’allai de blessure en blessure. Des soldats au visage rongé, aux membres arrachés, aux os ayant percé la peau. Et les cris, Dieux, lescris. J’extrayais poison et malédictions, ralentissais le sang jusqu’à le faire couler au compte-gouttes et forçais les cœurs à continuer de battre ; la Nuit affluait dans ma main, précise et inébranlable.
Je me perdis dans le rythme, sachant que la Générale Zola et l’Adjoint pourvoiraient aux besoins de la Deuxième Armée sans moi.
Je ne m’obligeai à m’arrêter que lorsque le pouvoir s’alourdit dans mes mains, que mon tissage dérapa et que je faillis attirer le poison dans le cœur d’un jeune gobelin au lieu de l’extraire de ses veines. La Nuit ne guérissait pas de façon intuitive, contrairement à la Lumière ; la moindre erreur de ma part risquait donc de tuer le blessé. Je m’éloignai en boitant, après avoir confié mon patient à un prêtre qui ne devait pas avoir plus de dix-sept ans —j’ai envoyé une génération de mon peuple à la guerre, déplorai-je,je les ai moissonnés comme un fermier récolte le blé— et en m’appuyant lourdement sur mon bâton. Ma jambe me lançait si fort que j’en avais presque les larmes aux yeux, et, à présent que j’avais relâché la Nuit, ma vision se brouillait. Une des phalanges, qui m’avait suivie toute la nuit comme un chien fidèle, s’approcha pour m’offrir son bras. Je lui fis sèchement signe de me laisser tranquille.
Je m’efforçai de ne pas entendre les gémissements et les pleurs qui montaient des tentes, ni les soldats que nous ne pourrions sauver faute d’avoir encore assez de forces pour le faire. Le vent continuait pourtant de me les porter aux oreilles ; je m’éloignai donc toujours plus. Au-delà des abords du camp, je trouvai une colline herbeuse où je m’affalai lentement dans la fraîcheur des brins d’herbe. Je vis vaguement les phalanges commencer à monter la garde autour de moi, mais elles ne se faisaient pas remarquer et je m’obligeai à ne pas les voir. Allongée dans l’herbe, mon bâton à côté de moi, je contemplai le ciel crépusculaire de ce royaume étrange que nous comprenions encore si peu. Je reposai les yeux sans dormir. J’étais, d’une certaine façon, trop épuisée pour cela. Je ne sus dire combien de temps je restai ainsi, mais je finis par entendre des pas gravir la colline.Pas Hakram, pensai-je, aussitôt rongée par la culpabilité. Si les phalanges ne s’étaient pas interposées, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter ; je gardai donc les yeux fermés.
Je ne reconnus la personne que lorsqu’elle s’assit dans l’herbe près de moi et gémit de douleur. D’après ce que j’avais compris, les articulations de Tariq lui faisaient parfois encore plus souffrir que ma mauvaise jambe. Même la faveur des anges ne pouvait entièrement protéger des ravages du temps : le Pèlerin Gris était aussi vigoureux que pouvait l’être un homme de son âge, mais il n’en avait pas moins cet âge. Les Héros ne pouvaient pas tricher avec le vieillissement comme les nôtres, figés à jamais au faîte de leur croissance et de leur puissance.
« L’Apprenti s’est retiré lui aussi, dit le Pèlerin. Le Hiérophante, en revanche, continue. C’est un jeune homme d’une volonté remarquable. »
J’esquissai un sourire.
« Il est plus esprit que corps, dis-je. Il l’a toujours été. »
Je soupçonnais qu’il lui plairait beaucoup de devenir entièrement intellect et d’être débarrassé des faiblesses et des besoins de la chair. Mais mon sourire s’effaça bien vite. Je n’entendais pas les blessés d’ici, le vent m’en préservait, mais je pouvais me les représenter si nettement que seule ma concentration empêchait leurs cris de parvenir jusqu’à mes oreilles.
« Il n’existe aucune autre armée pareille, finit par dire le Pèlerin Gris. J’ai assisté à bien des batailles, Reine Catherine, mais jamais aucune n’a autant veillé à garder ses hommes en vie. »
Je n’allais pas prétendre en être l’âme, alors que je n’avais fait qu’imiter les Légions de la Terreur tout en ayant la possibilité de recruter des prêtres, moi aussi.
« Il y a toujours trop de morts, répondis-je avec lassitude. Toujours, Tariq. Même quand on gagne. »
Le vieil homme rit. L’amusement m’aurait rendue furieuse, mais il n’y en avait pas la moindre trace dans ce rire : il contenait assez de chagrin pour noyer une douzaine d’hommes.
« Certains ennemis sont impossibles à vaincre, Catherine, dit le Pèlerin Gris. Tout ce que nous pouvons faire, c’est nous user les mains jusqu’à l’os et enterrer les morts, en espérant en avoir sauvé autant que possible. »
Ce n’est pas une épidémie, pensai-je.Ce n’est pas la malveillance banale du monde qui les a tués, Tariq. C’est moi qui les ai amenés ici. Je les ai conduits dans cet endroit, si loin de tous les foyers qu’ils aient jamais connus, pour qu’ils meurent pour des inconnus. Au nom d’un bien supérieur.Alors ils étaient venus, ils s’étaient battus, et ils étaient morts. Par dizaines, terrifiés et souffrants. Certains de leurs corps, ceux que nous n’avions pas brûlés assez vite, nous les reverrions sous les bannières de Keter.
« Je t’en ai voulu un peu, autrefois, dis-je à voix basse, pour cette nuit à Callow. Celle où tu as refusé de m’aider alors que nous nous trouvions au carrefour des possibles. »
Le vieil homme ne répondit pas, mais, les yeux fermés, je le sentis se courber comme sous un poids immense.
« Mais, poursuivis-je, je crois mieux comprendre maintenant pourquoi l’idée de t’asseoir sur le Trône Déchiré te terrifiait tant. »
Vive la reine Catherine Foundling, avaient-ils dit en posant la couronne sur ma tête. Première de son nom, sacrée reine de Callow.J’étais une seigneure de guerre assise sur un trône, les bottes encore couvertes de poussière et mon épée empestant le sang, mais dans cette salle où les Fairfax et les Alban avaient régné, ils m’avaient sacrée. Et mon peuple m’avait suivie depuis jusque dans l’horreur, sans broncher. Ma légende, mon histoire — mon mensonge — était encore jeune. J’avais été une percée du printemps après un long hiver, et l’on avait posé sur mon front plus d’espoirs que je ne méritais d’en porter. La légende de Tariq Isbili était ancienne, plus ancienne que le vieil homme lui-même, et imprégnée de tout ce que signifiait appartenir au Dominion du Levant. Dans les années qui avaient suivi la Folie, mon peuple m’avait suivie dans les ténèbres sans ciller.
Le Levant aurait suivi le Pèlerin n’importe où, même si cette fidélité devait le briser.
« Même ta bonté laisse des bleus, finit par répondre Tariq, après un long silence. »
J’inclinai la tête en signe d’assentiment, car il n’avait pas tort.
« Un jour, je leur en demanderai trop, dis-je, sur un ton qui annonçait la fin du sujet. »
Je ne savais pas ce qui m’effrayait le plus : qu’ils finissent par me refuser, ou qu’ils ne lefassent pas. Une pointe de douleur me saisit : Vivienne me manquait. Elle aurait compris, pensai-je. D’une façon dont personne d’autre n’était capable, pas même les autres membres de Woe.
« Ou un jour, ils t’en demanderont trop, répondit le Pèlerin d’un ton étrangement doux. »
Nous en restâmes là. Nous demeurâmes tous deux silencieux dans l’herbe, jusqu’à ce que je finisse par m’endormir.
Je me réveillai devant un repas chaud et une tasse de thé. Le fauteuil roulant de l’Adjoint était calé dans la pente de la colline, à côté de moi, et le Pèlerin Gris avait disparu. Hakram me laissa émerger des derniers lambeaux de sommeil à mon rythme ; il ne prit la parole qu’une fois que j’eus attaqué le porridge et réchauffé mes os avec la tisane.
« La Générale Zola a les rapports sur les pertes, dit-il. »
Ce fut presque suffisant pour me couper l’appétit, mais après quelques bouchées, je découvris que j’étais affamée. Je reposai tout de même ma cuillère et soufflai sur la vapeur qui s’élevait de mon thé.
« C’est grave ? demandai-je à voix basse. »
« Mille neuf cent soixante-quatorze morts. »
Il n’avait pas cherché à adoucir le coup, ce que j’appréciai. Mes doigts se crispèrent autour de la tasse, dont la céramique trop chaude me brûlait la peau. J’endurai la douleur. Près de deux mille morts. Un cinquième de la Deuxième Armée avait péri à la Bataille de la Botte de Maillac.
« Des blessés à vie ? »
« Soixante et onze, dit l’Adjoint. Entre Masego et le Pèlerin, peu de blessures étaient impossibles à guérir. Il s’agit surtout de troubles mentaux provoqués par des blessures à la tête, pourtant guéries. »
Je soufflai, soulagée. Sur ce point, du moins, nous avions fait des prouesses. Il était plus rare que des rubis qu’une armée puisse s’en tirer avec autant de morts, mais si peu de blessés handicapés à vie. Je bus mon thé, tout en mesurant encore l’ampleur de nos pertes. Nous n’avions pas perdu un tiers des nôtres, comme cela aurait été le cas en nous repliant sans préambule par les portes, et nous avions certainement durement étrillé les armées qui nous avaient assaillis — ce que nous n’aurions pas réussi à faire en battant en retraite trop tôt —, mais perdre un cinquième des effectifs n’avait rien d’anodin. Dans son état actuel, la Deuxième Armée risquait de plier avant même l’arrivée de la deuxième vague si elle devait livrer de nouveau la bataille que nous venions de traverser.
En tant que force indépendante, elle était désormais trop vulnérable pour affronter une armée de même niveau. Il faudrait lui adjoindre d’autres troupes, de préférence capables d’encaisser la majeure partie des pertes à la place de mes soldats.Et nous avons perdu des officiers chevronnés, pensai-je.Des sapeurs, des mages et d’autres spécialistes que je ne peux pas remplacer.Le cœur de l’Armée de Callow et de ses composantes restait l’infanterie formée aux méthodes des Légions, ainsi que les recrues que je pouvais encore lever. Mais toutes ces troupes spécialisées qui permettaient à l’Armée de mettre en pièces des forces supérieures étaient difficiles, voire impossibles, à remplacer. Comme les munitions gobelines qui m’avaient permis d’arracher tant de victoires à la gueule de la défaite, leurs réserves s’épuisaient peu à peu.
« Nous avons saigné à blanc, finis-je par dire.
— Et fait payer cher chaque goutte à nos ennemis, gronda l’Adjoint. Chaque cadavre que nous avons enterré à la Botte est un adversaire de moins que nous aurons à affronter devant la capitale. »
C’était vrai, même si j’avais toujours envie de contester. Je terminai plutôt le reste de mon porridge, ce plat éternel du légionnaire. Le thé ne tarda pas à subir le même sort. Le silence persistant de Hakram ne m’échappa pas. Je le regardai, trouvai son visage difficile à déchiffrer et fronçai les sourcils.
« Alors, qu’est-ce que tu as décidé de garder pour toi jusqu’à ce que j’aie fini mon… » Je m’interrompis, ne sachant plus combien de temps s’était écoulé ni quel repas c’était.
« Un petit-déjeuner matinal, précisa-t-il. Et ce n’est pas forcément un problème, Catherine, même si la situation devra être gérée avec précaution. »
Mon froncement de sourcils s’accentua.
« Ça ne concerne pas l’armée, décidai-je, ou du moins pas principalement. C’est donc lié à mon autre autorité. »
Officière supérieure de la Grande Alliance, représentante des méchants soumis à la Trêve et aux Conditions.
« Quelqu’un a reçu un Nom pendant la bataille, dit Hakram. »
Tiens. J’imaginai que le carnage avait été assez brutal pour faire jaillir cette étincelle, si les bonnes dispositions étaient réunies.
« Brandon Talbot ? devinai-je. »
Il se trouvait au croisement de plusieurs histoires, à condition de regarder les choses sous le bon angle. De vieille lignée, valeureux au combat, aussi intègre qu’un noble pouvait l’être sans cesser d’être un noble. Dans certaines régions de Callow, beaucoup croyaient encore en ce qu’il représentait. Je n’avais pas senti de Nom se former, mais les derniers pas avant d’en recevoir un pouvaient parfois être très brusques.
« Non, dit l’Adjoint. Mais il appartient à l’Ordre des Cloches Brisées. Un jeune homme qui a été désarçonné pendant la contre-charge près des hauts-fonds et qui a rejoint les rangs à pied après le repli de son aile, en ralliant d’autres survivants autour de lui. »
Tiens. Cela se tenait, après tout. Les Corbeaux savaient que ce n’étaient pas toujours les noms les plus anciens qui recevaient l’assentiment d’En-Haut ou d’En-Bas.
« Qu’est-ce qu’on sait ? demandai-je. »
« Seize ans, originaire de Laure. Il a grandi dans un orphelinat avant d’être recruté par l’Ordre, il y a trois ans, répondit Hakram. Je cherche encore lequel. Il s’appelle Arthur Foundling. »
Je me figeai, stupéfaite. Foundling. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu ce nom accolé à quelqu’un d’autre que moi. Pourtant, je n’avais pas le monopole de ce nom, la Création venait de me le rappeler. Un orphelin, hein. Je ne savais pas si cela m’emplissait de nostalgie ou d’inquiétude. Puis un dernier détail fit son chemin jusqu’à moi.
« Seize ans, répétai-je lentement. Ça veut dire qu’il est encore… »
« Un écuyer, gronda l’Adjoint. L’Écuyer, depuis hier. »
Je ris doucement, mais mon rire était dénué de joie. Il semblait qu’En-Haut et En-Bas avaient enfin estimé que je m’étais assez éloignée du dernier Nom que j’avais porté pour qu’un autre puisse chausser ces vieilles bottes usées.Putain, pensai-je. Un Écuyer. Cela compliquait les choses. Pas forcément tout de suite, mais certainement à terme. Et cela n’avait même pas directement rapport à moi : je ne savais pas encore de quel côté penchait le garçon, mais, dans tous les cas, je n’avais aucune intention de tomber dans le piège de lui offrir autre chose qu’un mentorat sommaire. Pourtant, comme Malicia me l’avait un jour dit, un écuyer devait finir par devenir chevalier. Et les miens aimaient leurs chevaliers. Ils chantaient leurs louanges, racontaient leurs histoires. Ils les suivaient au combat.
Parfois, ils leur mettaient même une couronne sur la tête.
Seize ans, songeai-je. Vivienne était plus âgée, mais pastant que ça. Si cet Arthur Foundling devenait le porte-étendard, voire le véritable chef d’une faction au sein du royaume de Callow, un mariage destiné à consolider sa place sur le trône ne serait pas forcément impossible. Je voyais peut-être trop loin, m’inquiétant de choses qui ne se produiraient peut-être jamais, mais je n’avais pas l’intention de laisser ma succession au hasard. Je crispai les doigts. S’il devenait une menace… que Dieu me pardonne, mais j’avais déjà tué des garçons de seize ans. Cela n’en arriverait peut-être pas là, me rappelai-je. Mais tout cela sentait les Cieux qui revendiquaient une fois de plus leur droit sur mon foyer, et je n’aimais pas du tout la tournure que cela prenait.
« Qu’est-ce que les phalanges ont déterré sur lui ? demandai-je. »
« Son passé est une impasse, mais nous avons des contacts dans l’Ordre, répondit Hakram. Il est populaire auprès des autres écuyers, et les chevaliers le jugent téméraire. La chevaleresse dont il était l’écuyer est morte à la Botte, et il se dit qu’il pourrait prêter serment à Brandon Talbot à sa place. »
« Hors de question, déclarai-je sèchement. »
J’appréciais le grand maître, mais il avait aussi appartenu aux Regals — une faction noble malheureuse de ma cour — avant que je ne la démantèle. La Maison Talbot avait autrefois régné sur Marchford en tant que comtes, et figurait parmi les familles les plus riches et les plus anciennes de la haute noblesse callowana. Même privé de terres et de richesses, Sir Brandon conservait des liens étroits avec des pans de la noblesse du royaume qui n’avaient jamais accepté mon règne.Et qui pourraient s’opposer à ce que mon successeur choisi monte sur le trône après moi, qu’il soit noble ou non.
« Ces bruits ne viennent pas de Talbot lui-même, précisa Hakram. Il a plutôt fait remarquer que, son nouveau Nom faisant de lui un représentant, il est d’abord soumis à l’autorité de la Trêve et des Conditions. »
Hm. Il faisait preuve d’une retenue admirable, même si je n’étais pas certaine que ses espoirs s’en tiendraient vraiment là. Talbot savait où se situait ma limite, et ce qu’il lui en coûterait de la franchir. Cela le garderait à l’œil pendant un temps.
« Sa vie privée ? demandai-je. »
« Il avait une relation avec un autre écuyer, mort pendant la retraite, répondit l’Adjoint. L’autre garçon était de haute naissance : la Maison Bickham, des chevaliers terriens autrefois liés à Dormer. Pauvres, et nobles depuis une seule génération avant la Conquête. »
Je grimaçai, à la fois devant le lourd chagrin que le Destin avait jugé bon de réserver à Arthur Foundling et à cause d’un détail gênant qui venait d’être révélé.
« On sait s’il ne s’intéresse qu’aux hommes ? demandai-je. »
« Je n’en suis pas sûr, reconnut Hakram.
— Renseigne-toi, ordonnai-je. Ça fermerait certaines portes. »
Comme la possibilité que Vivienne l’épouse, si les choses en arrivaient là. Des mariages dynastiques de ce genre avaient déjà eu lieu, mais leur mauvaise réputation n’était pas sans raison, et la descendance poserait… eh bien, problème.
« Vivienne, dit lentement l’Adjoint, ayant parfaitement deviné où je voulais en venir. C’est mettre la charrue deux villages avant les bœufs, à mon avis. »
« Nous sommes encore loin d’une situation où l’on envisagerait même cette possibilité, approuvai-je, mais je veux que toutes les éventualités soient prises en compte. »
Il hocha la tête. Je soupirai en m’étirant les bras.
« Il faudra aussi que je l’évalue en personne, dis-je. Et puisque nous parlons d’évaluation… »
Je le regardai en haussant un sourcil.
« La Générale Zola s’est montrée compétente dans l’exercice de ses fonctions, sans être exceptionnelle, dit l’Adjoint. Quelques erreurs mineures, toutes corrigées rapidement. »
« Elle n’est aux commandes que depuis moins d’un jour, et elle a été promue en pleine bataille après l’assassinat de sa prédécesseuse, déclarai-je sèchement. Elle prendra ses marques, Hakram. »
« Je ne remets pas en cause ses capacités, répondit calmement l’orc. J’essaie de tempérer tes attentes, Catherine. Elle promet d’être une commandante solide, qui maîtrise bien la logistique, mais elle ne sera pas Hune. Ce sera une autre Bagram, pas un de ces talents rares que nous avons dénichés au début de notre carrière. »
Je crispai les doigts. La réputation de Hune n’était pas aussi répandue que celle de Juniper — la Maréchale de Callow avait incarné l’armée sous mon règne et était visiblement associée à mes campagnes depuis les premiers jours de la Quinzième —, mais nul ne pouvait nier qu’elle avait été extrêmement douée. Ce n’était pas sans raison qu’elle avait été la deuxième officière la plus haut gradée de l’Armée de Callow. Je hochai sèchement la tête.
« Je m’en souviendrai, dis-je. Et j’ai une question, d’ailleurs. »
Je me tapotai légèrement la tempe au lieu de poser la question directement. Je n’avais pas manqué de remarquer que Zola Osei avait les yeux ambrés des nobles soninkés — plus ambrés que dorés, mais le doré était relativement rare.
« La sœur du seigneur Osei actuel, liée par serment au Haut Seigneur Dakarai de Nok, dit Hakram. Leur lignée n’est pas ancienne, mais ils ont la faveur du pouvoir depuis un certain temps et ont fait de bons mariages. Elle était du côté perdant dans le conflit de succession après la mort de son père, et elle s’est engagée dans les Légions pour échapper aux lames des assassins. Elle a été tribune chargée du ravitaillement au service du Général Afolabi ; c’est nous qui l’avons promue au rang de légate. »
La dernière partie ne me surprit pas particulièrement, tout bien considéré. Après la Folie d’Akua, l’un des grands attraits que nous avions proposés aux officiers des Légions intégrées à nos rangs était que l’Armée de Callow manquait tellement de vétérans que tout officier qui nous rejoignait était presque assuré de gagner au moins un grade. Au cours de la décennie qui avait précédé les Guerres civiles, les Légions de la Terreur avaient aussi promu leurs soldats assez lentement, ce qui rendait la tentation d’autant plus forte.
« Dakarai est le principal soutien de Sepulcral, alors il faudra surveiller ce lien, dis-je. Elle n’est peut-être pas en position de nous causer des problèmes pour l’instant, mais cela ne signifie pas que son alliance ne cherchera pas à s’immiscer dans l’Armée de Callow. »
Bien que j’aie eu tendance à soutenir Sepulcral plutôt que Malicia, je ne me faisais aucune illusion sur la vipère à laquelle j’avais affaire. J’avais connu Abreha Mirembe à l’époque où elle n’était encore que Haute Dame d’Aksum, et elle était déjà d’un sang-froid stupéfiant, même selon les critères praesi. Avoir l’œil sur la Tour ne ferait rien pour améliorer son caractère.
« Nous allons nous renseigner, dit l’Adjoint. Nous avons hérité du travail que les Yeux avaient fait sur elle, mais je contacterai la Scribe dès que possible pour voir si elle a d’autres informations. »
« Bien, dis-je en gémissant tandis que je me redressais. »
Mon repos avait été, comme toujours, bien trop court. Je m’immobilisai toutefois lorsque je vis le visage de Hakram. J’aimais croire que je le connaissais comme peu de gens le connaissaient — même aujourd’hui, il était peut-être la personne dont j’étais la plus proche dans toute la Création — et, au fil des ans, j’avais certainement appris à mieux le lire. Tout à l’heure, il avait délibérément retardé l’annonce de certaines nouvelles, mais son silence était différent, à présent. Il hésitait, me semblait-il.
« Il y a autre chose, dis-je. »
« Ce n’est pas une nouvelle, répondit Hakram. Pas comme les autres. »
Je hochai lentement la tête.
« Et pourtant ? »
Il se lécha les babines, toujours hésitant.
« Masego dit que la prothèse de jambe a bien pris, dit Hakram. Il faudra encore quelques jours d’observation, mais il envisage d’accélérer le calendrier des prochaines interventions. »
« La hanche, dis-je. »
« Je pourrais marcher, dit-il. Quand nous arriverons à Hainaut. Pas bien, pas vite, et seulement avec des béquilles, mais… »
« Tu pourrais marcher, achevai-je avec un sourire attendri. »
Il hocha la tête, presque comme s’il ne trouvait pas ses mots.
« Je voulais simplement que tu le saches, dit l’Adjoint. »
Nous prîmes notre temps pour descendre la colline, entre son fauteuil roulant et ma démarche claudicante, mais le silence qui nous enveloppait me parut plus léger qu’il ne l’avait été depuis longtemps.
Il ne me fallut qu’un seul regard sur Arthur Foundling pour savoir qu’il deviendrait un héros.
Le garçon avait une apparence presque outrageusement héroïque, comme si une puissance supérieure avait pris le moule du « jeune héros » directement dans la culture callowane avant d’y verser de quoi le façonner. Les cheveux sombres, les yeux bleus, le visage anguleux et les épaules larges, je voyais déjà qu’il deviendrait un bel homme. Après avoir été conduit dans la tente, il s’agenouilla devant moi, son épée au fourreau raclant le sol dans la précipitation de son mouvement. Avec un brin d’amusement, je vis sa mâchoire tressaillir sous l’effet d’une grimace réprimée. Pourtant, après l’avoir observé un instant, je le trouvai… émacié. Épuisé. En deuil. Il avait perdu sa mentore et son amant le même jour, m’avait dit l’Adjoint. Sous son calme apparent, je soupçonnais une boule de douleur et de colère prête à exploser.
« Relevez-vous, dis-je. »
Le jeune homme se redressa, en prenant cette fois soin de ne pas traîner son fourreau par terre. Il semblait incertain, la mâchoire serrée. Je compris alors, avec une compassion qui me venait du plus profond de moi, qu’on ne lui avait probablement pas enseigné l’étiquette d’une audience royale.
« Dans quel orphelinat avez-vous grandi ? demandai-je d’un ton désinvolte. »
Il sursauta de surprise.
« Euh… Arthur Foundling prit la parole. C’était le Foyer de la reine Mary pour les garçons égarés, Votre Majesté. »
J’éclatai de rire, incrédule.
« Attendez, vous venez de chezQueenie ? dis-je. Ils essaient de faire de tous leurs pupilles des scribes ou des prêtres. Dieux, cette vieille sœur acariâtre y est toujours ? Je ne me rappelle plus son nom… »
« Sœur Jessica est toujours en vie, à ce que je sache, répondit l’écuyer d’un ton qui trahissait ses efforts pour ne pas médire du clergé. Elle, euh… n’approuvait pas que je rejoigne l’Ordre. »
Je me demandai comment il réagirait si je lui racontais que cette fameuse sœur Jessica m’avait un jour donné trois coups de bâton sur les doigts parce que je lui avais lancé une boule de neige en pleine figure. En réalité, je visais ce petit connard qui avait défoncé le mur de notre fort, trois rues plus haut, mais je l’avais raté et elle avait ouvert la porte à cet instant. Elle avait la main assez vive pour une vieille dame ; ça m’avait fait mal pendant plusieurs jours.Bon sang, elle doit approcher des soixante-dix ans, maintenant.
« La matrone de notre maison m’aurait envoyée à la cathédrale suivre un cours de rattrapage en morale si elle avait appris que je voulais entrer à l’École de guerre, lui dis-je avec ironie. »
Je n’avais jamais découvert qui, dans mon orphelinat, espionnait pour l’Empire — honnêtement, connaissant Black, ils avaient probablement été plusieurs —, mais ce n’était pas elle. Mon orphelinat avait été fondé et financé par Praes, mais la matrone, elle, ne dépendait directement d’aucun Praesi. Le garçon aux cheveux sombres me regarda avec avidité à ces mots, comme s’il se noyait et que je venais de lui jeter une corde.
« C’est vrai, alors ? dit Arthur Foundling. Votre Majesté. Vous venez du Foyer des Filles tragiquement orphelines ? »
« Vous pouvez l’appeler la Maison des Rieuses, ricanais-je. J’ai tout entendu, vous savez. »
L’orphelinat du garçon, dans la rue voisine — pas celui de Queenie, qui se trouvait dans un tout autre quartier, mais le Refuge de Laure pour garçons abandonnés —, avait inventé ce surnom. En représailles, on avait baptisé le leur le Refuge flasque.
« C’est vraiment vrai, dit le garçon, presque émerveillé. Enfin, les histoires le racontaient, mais il y a tant de choses qui se disent… »
Putain, pensai-je. Sur le papier, je savais qu’il y aurait des ressemblances. Qu’il pourrait toucher une corde sensible. Pourtant, j’avais sincèrement cru qu’il me serait facile de ne pas y prêter attention, de mettre cela de côté. Au lieu de cela, je regardais un garçon qui pourrait devenir une menace pour l’héritage que je voulais laisser derrière moi, et je voyais une ombre de moi-même à seize ans, les jointures meurtries et tout juste sorti des portes de l’orphelinat.
« C’est vrai, dis-je. Mais ce n’est pas de moi que nous sommes venus parler. »
Son visage se ferma. Je me demandai, en passant, si j’avais eu le même air lorsque Black me parlait, à l’époque. Toujours en équilibre entre l’espoir et la peur, protégeant mes pensées avec tant d’acharnement que j’aurais tout aussi bien pu les afficher sur mes manches.
« Je connais la Trêve et les Conditions, Votre Majesté, dit Arthur Foundling. »
« Non, répondis-je sans détour. Vous croyez seulement les connaître. Si je ne me trompe pas, vous penchez du côté des Cieux… »
« Je ne suis pas unhérétique, dit le garçon, vexé. »
« … ce qui vous mettra dans une situation délicate, achevai-je en haussant un sourcil devant l’interruption. »
Son visage redevint impassible, mais il ne s’excusa pas. J’appréciais qu’il ait du caractère, pourvu qu’il sache quand il dépassait les bornes.
« En tant que Nom héroïque, votre représentant au titre des Conditions sera le Chevalier Blanc, dis-je. »
Il ne dissimula pas bien sa surprise. Je comprenais son point de vue, bien sûr. Un héros callowan élevé dans la nature ne se serait pas estimé lié à moi, sauf peut-être par inimitié ; mais lui avait été écuyer dans mon propre ordre chevaleresque pendant trois ans. Il ne voyait pas les choses sous l’angle d’un héros et d’une méchante : j’étais à la fois sa reine et un Nom plus ancien que le sien. À ses yeux, j’étais l’autorité naturelle. Pas forcément une autorité qu’il aurait entièrement crue ou à laquelle il aurait obéi, mais indéniablement une autorité.
« Mais vous êtes la Reine de Callow, Votre Majesté, dit-il avec hésitation. »
« Oui. Et à moins que vous n’ayez l’intention de renoncer à vos serments de chevalier de l’Ordre de la Cloche Brisée… » Je m’interrompis et il secoua vivement la tête. « … je reste votre commandante. D’où les complications. Pour l’instant, elles sont mineures, mais quand nous aurons rejoint notre armée sœur, il me faudra parler de tout cela au Chevalier Blanc. »
Je plissai les yeux et étudiai le garçon.
« Vous avez des projets, dis-je. »
L’Écuyer blêmit et se raidit, mais ne le nia pas. Il ne serait pas devenu un Nom si quelque chose ne brûlait pas en lui, et nous le savions tous les deux.
« Je croyais savoir où ma vie me conduisait, dit-il avec amertume. Et maintenant, Sir Alexis est mort et… »
Ses lèvres se pincèrent et il se tut.
« On s’est renseigné sur vous, dis-je doucement. Nous savons pour votre amant. »
« J’espérais garder ce chagrin pour moi, dit Arthur Foundling. »
Et, l’espace d’un instant, tandis que son visage s’assombrissait, j’entrevis l’étoffe d’un chevalier en lui. Il avait du potentiel. Restait à savoir s’il serait un atout ou un danger.
« Cette possibilité est partie en fumée, dis-je avec franchise, au moment où vous êtes devenu l’Écuyer. On vous surveille, désormais, Arthur Foundling. Vos actes auront des conséquences. »
« Je voulais simplement devenir chevalier, répondit-il avec lassitude. Faire resurgir les bannières que les Praesi ont enterrées et que vous avez laissées dans leur tombe, Votre Majesté. »
Ce n’était pas le moment, songeai-je, d’avoir une discussion sur les difficultés inhérentes à la constitution d’une importante force montée — surtout si elle se composait en grande partie de petite noblesse dont l’allégeance envers moi oscillerait entre précaire et purement nominale — dans le Callow que j’étais venue gouverner après le Doom de Liesse. Peut-être un jour, si le garçon était destiné à être autre chose qu’un homme à cheval particulièrement doué pour tuer des gens au nom de la justice, mais pas aujourd’hui. Je me méfiais d’autant plus de l’idée de lui enseigner ce que Black m’avait appris autrefois que j’en avais très envie. Je me souvenais de ce que cela faisait, d’être à cette place et de se sentir à la fois plus capable et plus perdu que jamais.
Une part de moi brûlait de lui transmettre ces leçons comme on me les avait transmises, et c’étaitdangereux.
« Je les ai laissées là pour une raison, dis-je, mais nous en reparlerons un autre jour. »
Je tambourinai pensivement des doigts contre le côté de mon bâton. Mieux valait limiter avec soin le temps que je passerais auprès de lui.
« L’Adjoint vous exposera en détail la Trêve et les Conditions, afin que vous compreniez pleinement vos droits et vos responsabilités, dis-je. En attendant, vous restez écuyer dans l’Ordre de la Cloche Brisée. »
Il posa le poing contre son cœur en signe d’acquiescement.
« Vous ne prêterez serment d’écuyer à aucun autre chevalier avant que j’aie, au minimum, consulté le Chevalier Blanc à ce sujet, ajoutai-je. Votre situation est déjà trop compliquée à mon goût. »
« Oui, Votre Majesté », reconnut-il.
« Bien, dis-je. Vous pouvez disposer, Arthur Foundling. »
Il s’inclina, mais lorsqu’il se redressa, il hésita au lieu de partir. Je haussai de nouveau un sourcil.
« Les histoires, dit le garçon, racontent que vous avez vous aussi été l’Écuyer. »
« C’est vrai, répondis-je en penchant la tête sur le côté. »
« Alors vous les avez eues aussi, dit Arthur. Les rêves, je veux dire. »
Tiens. Des rêves de Nom, déjà.
« J’ai eu des rêves, dis-je, mais probablement pas les mêmes que vous. »
Quoique, bon sang, j’avais été le dernier Écuyer, non ? Allait-il recevoir des rêves de Nom tirés demesannées sous ce Nom ? J’étais encore en vie, mais Black aussi l’avait été quand j’avais eu des aperçus de sa vie. À moins qu’il ne rêve d’un Écuyer qui se dirigeait vers les Cieux, et que je n’aie rêvé de la carrière de mon père parce qu’il avait été le dernier Écuyer à recevoir un Nom lié à En-Bas. Je n’avais pas vraiment de réponse à cela. Les Corbeaux, quelques années plus tôt, il aurait été pratiquement impossible d’obtenir des réponses à ce sujet : avant la Trêve et les Conditions, héros et méchants ne s’asseyaient pas exactement pour discuter paisiblement de la nature des Noms.
À vrai dire, ils ne le faisaient toujours pas, dus-je reconnaître, mais au moins cette idée n’avait-elle plus rien d’aussi absurde et criant.
« Alors, vous n’avez pas rêvé de l’épée ? demanda l’Écuyer. »
« Quelle épée ? »
« Celle qui est brisée, dit-il avec hésitation. Les morceaux sont dans des endroits lointains, mais toujours sous l’eau, profondément. »
Je gardai un visage calme, même si une vague de fureur et d’indignation me traversa.Foutus Hashmallim, jurai-je. Foutu Chœur de Contrition et ses mains poisseuses qui se mêlaient de tout. J’avais brisé la Lame du Pénitent en des dizaines de morceaux et dispersé certains d’entre eux jusqu’à la Mer Tyrrhénienne. Je n’allais pas laisser cette foutue épée être reforgée. Si quelqu’un la brandissait à nouveau, ma mort était assurée. Il allait falloir que je parle au Hiérophante de la manière concrète d’exprimer mon mécontentement à ce sujet.
« Je connaissais cette épée avant qu’elle ne soit brisée, dis-je. Mieux vaut la laisser dispersée, Arthur Foundling, à moins que vous ne vouliez que Contrition plante ses griffes dans votre âme. »
Il n’avait pas l’air de me croire tout à fait, mais mon avertissement ne lui était pas non plus entré par une oreille pour ressortir par l’autre : le jeune écuyer semblait particulièrement peu enthousiaste à l’idée d’être lié aux anges. Cette fois, il prit congé pour de bon, me laissant appuyée contre mon bureau, l’air tiraillé. L’Écuyer semblait être un brave garçon, honnêtement. Un peu brut de décoffrage, mais rien qu’il ne puisse corriger en grandissant.
J’espérais ne pas avoir à le tuer avant que tout cela ne soit terminé.
Le premier jour, la Deuxième Armée se reposa. Le deuxième, elle se mit en marche, et le cinquième, nous retrouvâmes l’autre colonne.
À partir de là, je le savais, il n’y avait qu’une seule destination : la capitale, où tout se jouerait.