Chapitre 463
« À vrai dire, c’était ma faute : je n’avais pas précisé que la forteresse volante devait pouvoir voler dans d’autres directions que vers le haut. Oh, elle peut aussi descendre ? Splendide. Gardes, traînez le seigneur Warlock sous ma forteresse. Ce serait dommage de ne pas s’en servir au moins une fois. »
— Empereur de l’Effroi Inimical, l’Avare
« Explique-moi tout ça, dis-je, avant d’ajouter : au sens figuré, bien sûr. »
Masego referma la bouche d’un coup sec. Ses quartiers étaient plus grands que je ne l’avais imaginé, mais je connaissais assez bien sa façon de les remplir, après toutes ces années passées ensemble. C’était inhabituel, selon les critères des Terres désolées. Comme la sorcellerie s’accompagnait généralement d’une certaine richesse et d’une certaine influence — du moins à Praes —, les pièces des mages que j’avais rencontrés étaient souvent meublées avec goût. Beaucoup disposaient même d’un coin aménagé pour recevoir des invités et de quelques bibelots magiques d’apparence impressionnante, destinés à éblouir les profanes. Les recherches ou la pratique de la sorcellerie se déroulaient ailleurs : dans des ateliers et des tours de mage, derrière de puissantes protections et à l’abri des regards indiscrets des rivaux. Masego, en revanche, n’avait jamais considéré la sorcellerie comme quelque chose qu’il pratiquait. Il était mage avant tout, même sans sa magie ; à ses yeux, rien ne distinguait donc ses quartiers d’un atelier. Les lieux en témoignaient avec éclat.
Mes propres quartiers, à l’Arsenal, possédaient un salon où recevoir. Lui avait plutôt une bibliothèque bien rangée et organisée, dont les étagères montaient du sol au plafond. Un confortable bureau de copiste — j’avais déjà vu des coussins comme celui-là sur des meubles d’Alcazar, et le rouge jurait avec le bois : Indrani l’avait probablement volé —, avec assez de place pour ses jambes afin qu’il puisse lire sans se sentir à l’étroit, était la seule concession au fait qu’il s’agissait d’un lieu de vie. On ne pouvait pas en dire autant de la grande pièce du fond, où le mélange de désordre paresseux et d’ordre presque rigide m’offrit un spectacle nostalgique : on aurait dit ses tentes en campagne ou ses chambres à Laure. Des vêtements sales, des assiettes à moitié pleines et le nécessaire d’entretien de lame qu’Hakram avait offert à Indrani quelques années plus tôt traînaient partout, sans le moindre souci ; mais cela ne faisait que souligner le contraste avec les endroits que Zeze prenait la peine de garder propres.
Par exemple, une longue table couverte d’une demi-douzaine de manuscrits reliés de cuir. Le seul ouvert laissait voir la calligraphie minutieuse de Masego, à l’encre, et plusieurs ouvrages de référence que je reconnus vaguement grâce à mes cours de sorcellerie avec Akua. Tous regorgeaient de signets, mais aucun autant que le lourd grimoire intitulé Métaphysique des royaumes, écrit par un ancien Warlock du nom d’Olowe. Des rouleaux empilés, des parchemins soigneusement pliés et un beau fauteuil de cuir m’indiquaient que Zeze travaillait sans doute là. La table, elle, ne portait pas la moindre miette ni le moindre grain de poussière. Un autre coin ressemblait à un petit laboratoire d’alchimie, un autre à une table d’enchantement, et un troisième disparaissait sous des cloches de verre renfermant des champignons lumineux aux pulsations régulières. Des expériences, espérais-je. Autour de ces îlots d’ordre, même les copeaux des figurines de bois qu’Indrani avait semés sans précaution dans le reste de la pièce semblaient hésiter à s’aventurer.
Je ne serais pas surprise que Masego les ait protégés par des sorts.
Le grand lit dans un coin, que ni lui ni Indrani n’avaient visiblement pris la peine de faire, semblait avoir été installé là presque après coup : on l’avait fourré à la va-vite dans l’espace qui restait, une fois les choses importantes en place. Je soupçonnais déjà qu’il avait oublié d’y mettre de vrais meubles au départ ; les commodes disposées aux deux extrémités de la pièce et le placard coincé maladroitement près d’une armoire dont les portes s’ouvraient dans l’autre sens ne firent que renforcer cette impression. Elle devint une certitude lorsque je remarquai que la petite table où ils prenaient leurs repas — à en juger par les assiettes sales — portait des sculptures qui ne pouvaient être que l’œuvre d’Archer. Zeze n’aimait pas particulièrement les tapisseries ; je supposai donc que les quelques-unes accrochées aux murs étaient là grâce à Indrani. En revanche, l’abondance de lumières magiques et de chandelles était entièrement son fait. De magnifiques tapis ouvragés, manifestement des Terres désolées — personne ne les tissait comme les Taghrebs —, apportaient une touche de couleur qui rendait la pièce assez agréable pour y vivre.
Pourtant, nous nous tenions dans une petite pièce dissimulée derrière tout cela, derrière une porte d’acier étroitement protégée, afin qu’aucune influence du reste de ses quartiers ne puisse s’y infiltrer et contaminer les travaux. Ici, les murs étaient de pierre nue, tout comme les tables et les chaises, en granit poli ; seul son travail sur les Saisons en quartiers rompait la monotonie minérale. Une demi-douzaine de boîtes de cuivre, coiffées de couvercles de verre et contenant de l’eau enfermée dans des sphères de cristal — une amélioration par rapport aux traditionnelles vasques de divination, quoique beaucoup plus fragiles —, révélaient des formes colorées qui changeaient, venues de lieux au-delà de la Création. Sur le mur de gauche, une immense ardoise était couverte de marques et de formules illustrant les secrets que le Hiérophante avait réussi à arracher à la Trame. On m’avait invitée à m’asseoir sur une des chaises de granit, mais je préférai rester debout à ses côtés, les yeux rivés sur l’ardoise.
Je fis signe au Hiérophante de commencer. D’un hochement de tête sec, il s’approcha de l’ardoise. Il trouva un coin encore vierge, puis s’interrompit et se tourna vers moi. Pas de tout son corps : seuls ses yeux pivotèrent, ce qui suffit à attirer mon attention.
« Je commencerai par souligner que les renseignements du Magicien traqué ont été déterminants dans cette réussite, dit Masego. »
Je haussai un sourcil. Je m’étais doutée que ces informations seraient utiles, mais ses éloges dépassaient largement mes attentes. Le Hiérophante ne faisait jamais preuve de fausse modestie lorsqu’il estimait être l’auteur d’une réussite intellectuelle, et il restait, à ce jour, parfaitement indifférent à la politique. S’il vantait les mérites du Magicien, chaque mot était donc sincère.
« J’ai entendu dire qu’il avait eu quelques ennuis au regard des Termes ? poursuivit Masego.
— Il a travaillé avec la Barde, entre autres choses, répondis-je. Je ne tiens pas à réclamer son exécution, vu ce qu’il peut nous apporter, mais il ne s’en tirera pas avec une simple tape sur les doigts. »
« Ces affaires m’intéressent peu, reconnut Masego. Mais puisque vous m’avez dit qu’il avait livré ce qu’il savait dans le cadre d’un arrangement en échange d’indulgence, je tiens à préciser que ses informations m’ont probablement épargné des années de travail, au sens propre. Je cherchais au mauvais endroit. »
Cela pèserait dans la balance, mais moins que Zeze ne le croyait peut-être. À mon sens, le Magicien traqué ne pouvait pas acheter son immunité, quelle que soit la valeur de ce qu’il nous proposerait. Toutefois, tout ce qu’il nous avait signalé et qui s’avérait exact devait être versé au dossier, pour justifier le choix de certaines peines plutôt que d’autres.
« Je transmettrai ça à son tribunal, dis-je. Et j’aurai peut-être besoin que tu le mettes par écrit, à un moment donné. »
Il hocha la tête.
« C’est noté. »
À son expression, il avait déjà relégué toute l’affaire dans la pile des choses dont il ne jugeait pas utile de se souvenir. À mes yeux, c’était déjà un progrès qu’il ait pris la peine d’aborder le sujet, au lieu de supposer que je m’en chargerais. J’en étais donc plutôt contente.
« Le nœud de la question vient d’un des rares ouvrages estimables sur la sorcellerie publiés dans la Principauté : Essences des Fées, de Madeline de Jolicoeur, expliqua Masego, visiblement ravi de son sujet. »
Il traça un petit cercle sur l’ardoise, ses longs doigts agiles. C’était toujours réconfortant de le voir vraiment dans son élément. Pourtant, une seconde plus tard, je fronçai les sourcils.
« Je suis presque certaine d’avoir déjà entendu ce nom, lui dis-je.
Où ? Dans l’histoire procerane, de toute évidence, mais mes études en la matière avaient été assez biaisées. Je m’étais concentrée sur les grandes guerres et les tournants décisifs, ainsi que sur l’ascension et le règne de Cordelia Hasenbach. Vu l’immensité de la Principauté, et même si cet État n’existait que depuis la moitié du temps écoulé depuis la fondation de Callow, quantité de choses avaient forcément échappé à mon apprentissage.
« Je crois que ses contemporains la connaissaient aussi sous le nom d’Enchanteresse des Fées, dit Masego. »
Ah, elle. On pouvait toujours compter sur Zeze pour se rappeler avant tout la méchante qui avait pris le contrôle de la majeure partie de Cantal et de l’Iserre, avant d’échouer à renverser Salia et la Haute Assemblée, malgré ses recherches magiques apparemment remarquables.
« Dame Madeline était elle-même en partie fée et connaissait bien les Cours d’Arcadie. Cela l’a finalement amenée à se demander ce qui arrivait aux Fées lorsqu’on les tuait, poursuivit Masego. Son ouvrage fut le premier à avancer qu’elles ne pouvaient pas vraiment mourir et que le changement des saisons était le mécanisme par lequel les Cours se renouvelaient. »
« Donc, les Fées ne meurent pas, dis-je. Tu me l’as dit plusieurs fois et j’en ai vu la preuve de mes propres yeux. Qu’est-ce que ça nous apprend d’utile ? »
« Quand le corps physique d’une Fée est tué, elle n’est pas détruite, répondit Masego. Nous savons que son essence continue d’exister, puisqu’elle sera à nouveau façonnée en une autre Fée au changement des saisons. Alors, où va cette essence ? »
Tiens. Je n’y avais pas pensé, en fait. Les fées n’avaient pas d’âme ; elles ne passaient donc pas dans l’au-delà pour être ressuscitées quand leur cycle éternel en aurait de nouveau besoin.
« Elle pourrait retourner à la couronne de sa Cour, finis-je par dire. Certaines Fées sont ducs lors d’un cycle et princes lors du suivant, donc leur puissance varie dans une certaine mesure. Peut-être que la “couronne” est un système qui répartit cette puissance entre les différentes Fées. »
Masego tourna vers moi ses yeux brûlants, visibles même sous le bandeau.
« Akua a eu une excellente influence sur toi, dit-il avec gravité. »
De quoi faire tomber la moitié de Callow dans les pommes de rage. Mais je décidai de le laisser finir avant de réagir.
« Tu as toujours été intelligente, reprit Zeze, mais désormais, tes instincts reposent sur le savoir. Je suis heureux qu’elle t’ait donné des leçons, même si votre proximité rend Vivienne malheureuse. »
« Vivienne n’est pas la seule, lui rappelai-je, sans en dire davantage. »
Il haussa les épaules, peu préoccupé par les implications plus générales. La plupart du temps, j’aurais aimé en faire autant, tant cela simplifierait ma vie.
« Moi aussi, j’ai d’abord pensé que l’essence retournait à la couronne, me dit le Hiérophante. C’est ce qui m’a amené à créer les yeux de cuivre. Par un procédé que tu n’es pas assez instruite pour comprendre, même si je te l’expliquais, j’ai produit une puissance qui devait se comporter comme celle du Printemps ou de l’Automne, puis je l’ai libérée en différents endroits pour tenter de la suivre jusqu’aux couronnes. »
Je connaissais déjà cette partie, mais pas le raisonnement qui l’avait menée là. Les « yeux de cuivre », les boîtes de divination dans la pièce, étaient conçues pour suivre la puissance qu’il lâchait dans la nature et ainsi repérer les couronnes. Elles étaient reliées à des appareils de mesure installés, non sans difficulté, dans différentes strates de la Création et dans les royaumes adjacents. Pourtant, malgré tous ces efforts, la dernière fois que j’en avais entendu parler, cette piste n’avait mené nulle part.
« Mais ça n’a pas marché, dis-je.
— Si, ça a parfaitement marché, me contredit Masego. Ça n’a simplement rien trouvé. Quand j’ai obtenu ces résultats, j’ai supposé que je ne libérais pas la puissance aux bons endroits. Ce n’était pas improbable, étant donné la taille de l’Arcadie à elle seule, sans parler de toute l’étendue de la recherche. »
« Alors, qu’est-ce qui a changé ? demandai-je.
— Pour comprendre, il faut d’abord considérer une théorie plus récente, proposée par mon propre père, dit Masego en traçant un deuxième cercle sur l’ardoise. Selon lui, toute l’Arcadie — les Fées elles-mêmes comprises — est faite de la même matière fondamentale, et les différences entre une pierre et une duchesse sont essentiellement superficielles. Père avançait que les Fées ne meurent pas vraiment, non pas parce que leur essence serait effectivement immortelle, mais parce qu’elles ne sont pas véritablement vivantes. »
Il évoqua Warlock avec une pointe de nostalgie, mais son chagrin s’était visiblement estompé. Cela ne me surprenait pas tant que ça. Quand le Roi Mort ne chevauchait pas les pensées de Masego, celui-ci gérait ses émotions mieux que la plupart des membres de Woe. Je laissai cette pensée de côté pour me concentrer sur ses paroles, sur la théorie avancée par le Souverain du Ciel Rouge. Je n’étais pas sûre d’y croire, pas après certaines choses dont j’avais été témoin.
« Si les Fées étaient entièrement enfermées dans leurs cycles narratifs, je serais d’accord, dis-je. Mais cette théorie n’explique pas Larat. »
Lui qui avait renoncé à la royauté du Crépuscule pour devenir autre chose. Si les Fées n’étaient pas plus capables de réfléchir qu’un trébuchet ou un moulin à eau, seulement plus complexes, comment expliquer ses actes ?
« Une contradiction fascinante, approuva chaleureusement Masego. Larat et ton ancienne Chasse sauvage sont-ils donc les premières Fées à avoir jamais vécu, ou bien le fait même de vivre les empêche-t-il d’être encore des Fées ? »
« Quel rapport avec les Saisons en quartiers ? demandai-je.
— Aucun, répondit le Hiérophante sans hésiter. Je trouve simplement cette énigme captivante. »
Bon, j’aurais dû m’y attendre. À vrai dire, il était tellement absorbé par le sujet qu’il n’avait bifurqué qu’une seule fois.
« Pour revenir au cadre théorique, reprit Masego avec enthousiasme, si nous croyons à la fois dame Madeline et Père, nous aboutissons à une situation bien précise. Les Fées ne sont pas détruites lorsque leur corps est tué, elles reviennent selon un cycle et ne se distinguent pas fondamentalement du reste de l’Arcadie. »
Je plissai les yeux.
« Un retour à la terre, dis-je. Voilà où tu veux en venir. Comme si l’Arcadie était une mare : lorsqu’elles “meurent”, les Fées retournent simplement à l’eau. »
« Exactement, sourit le Hiérophante. À partir de là, je m’appuie non sur les travaux d’autrui, mais sur les miens, si tu veux bien pardonner cette vanité intellectuelle. »
« Je daignerai magnanimement te le pardonner, répondis-je. »
Il me jeta un regard en biais. Il avait compris qu’il y avait du sarcasme dans ma phrase, mais ne tenait guère à découvrir où ni pourquoi. Il traça un troisième cercle, sous les deux premiers et entre eux.
« Ma théorie des Saisons en quartiers s’est bâtie sur les deux théories plus anciennes que je viens de te présenter, dit Masego. Madeline de Jolicoeur avançait que le changement des saisons permettait aux Cours de se renouveler, mais je pousserais l’idée plus loin. Les saisons elles-mêmes existent pour remplir cette fonction : deux saisons peuvent être actives pendant que les deux autres deviennent diffuses et commencent à se condenser pour prendre leur forme à venir. Ta vision, Catherine, a clairement montré que les transitions entre les saisons n’étaient pas instantanées. Étant donné que l’Arcadie respecte si peu les lois de la Création, il doit y avoir une raison mécanique à cela. »
« Tu me perds, reconnus-je. Je croyais que ta théorie portait sur la séparation entre la “couronne” d’une Cour et sa “puissance”. »
« C’est bien le cas, dit Masego. Imagine l’Arcadie comme la mare dont tu parlais. »
Il traça un grand cercle au milieu de l’espace.
« Chaque Cour est, faute d’un meilleur terme, un étang plus petit, qu’un canal remplit à intervalles réguliers. »
Sa main se remit en mouvement : il dessina quatre lignes partant du grand cercle pour rejoindre quatre petits cercles.
« Toute puissance est limitée, affirma le Hiérophante, en remplissant distraitement le grand cercle d’“eau”. Je crois que, pour des raisons de stabilité et de cohérence, seuls deux étangs peuvent être remplis sans danger avec l’eau de la mare. La puissance nécessaire à deux autres étangs retourne alors dans l’Arcadie diffuse, où elle prend lentement la forme des saisons à venir. Si les quatre étangs sont remplis… »
« La mare se viderait, dis-je en fronçant les sourcils. Et l’Arcadie s’appauvrirait. Ça semble dangereux. »
« Ce le serait. C’est pourquoi je pense qu’un mécanisme plus profond veille à ce que seuls deux étangs soient pleins à la fois, dit Masego. La déchéance du Printemps ou de l’Automne après leur victoire, jusqu’à ce qu’ils deviennent l’Été ou l’Hiver, que tu as vue en vision, serait la manifestation visible de ce mécanisme. »
« Donc, l’eau, c’est la puissance. Ça, j’ai compris, dis-je. Mais ça n’explique toujours pas les couronnes. »
Il hocha la tête, satisfait, puis dessina méthodiquement de petites couronnes au-dessus de chacun des quatre petits cercles, les « étangs ».
« En fait, les couronnes ne sont que la forme de l’étang dans lequel l’eau est versée, dit Masego. Cependant, vu l’ampleur cosmique de ces “eaux”, elles en font tout de même des puissances divines à tous égards. »
Je regardai l’ardoise, les doigts se crispant puis se desserrant. Il ne poursuivait pas : il m’avait donc exposé les règles telles qu’il les comprenait. Ce qui voulait aussi dire que je pouvais peut-être les déduire en partie. C’était une mauvaise habitude de tout me faire expliquer, qui finirait peut-être par me jouer des tours. Je me forçai donc à réfléchir.
« Quand le Roi de l’Hiver et la Reine de l’Été se sont mariés, dis-je, aucun des deux n’a perdu sa couronne. Ils ont cessé d’être royaux pour devenir la royauté de quelque chose de nouveau. »
« Exact, dit Masego. »
Il traça un trait sur deux des couronnes qu’il avait dessinées, à l’opposé l’une de l’autre, car le Hiérophante était précis jusque dans ses gribouillis.
« Mais je sais qu’ils n’ont pas gardé la puissance de l’Hiver, puisque je m’en suis emparée, poursuivis-je. Et ensuite, Sve Noc l’a dévorée pour stabiliser la Nuit, afin qu’elle ne détruise pas toute leur espèce si elle s’effondrait. »
Il raya l’un des étangs, déjà privé de sa couronne.
« Je ne sais toujours pas si l’absence de la couronne correspondant à la puissance dont tu as hérité t’a permis de garder l’esprit à peu près intact, ou si elle était plutôt la cause de tes problèmes d’aliénation des principes, reconnut Masego. Quoi qu’il en soit, c’est sans aucun doute ce qui explique que tu n’aies jamais pu commander qu’une infime partie de cette puissance. »
« Si ton “mécanisme plus profond” fonctionnait comme prévu, lors de la formation de la nouvelle Cour d’Arcadie resplendissante, deux étangs auraient dû se vider dans la mare, dis-je lentement. Les puissances du Printemps et de l’Automne. »
Il eut un sourire en coin. J’avais sous-estimé depuis combien de temps il attendait de parler de tout ça à quelqu’un. Le secret était tel que même nous n’avions pas tout raconté à Woe, même si Hakram connaissait certains détails et qu’Indrani avait sans doute fouillé dans les papiers de tout le monde, comme à son habitude. Masego raya deux étangs, ceux qui avaient encore leurs couronnes.
« Puisqu’à ce stade leur fonction même est de prendre une nouvelle forme pour le cycle à venir, cela expliquerait la facilité avec laquelle cette Cour d’Arcadie resplendissante, sans précédent, a pu se former, approuva Masego. Et nous voyons deux couronnes de contrôle pour deux étangs de puissance, ce qui donnerait un équilibre très stable et expliquerait que l’Arcadie ne se soit pas effondrée depuis. »
« La puissance de l’Hiver est passée dans la Nuit, dis-je. Donc, c’est forcément l’Été qui est passé dans le Crépuscule : c’était le seul étang de puissance encore libre. Sauf que nous n’avions aucun droit sur cette puissance, Zeze. »
« C’est exact, approuva le Hiérophante. Pourtant, tu as conclu un pacte avec le Prince du Crépuscule, qui, lui, en avait. »
Je lui avais promis sept couronnes mortelles et une autre. Pourtant, même si nous étions indéniablement tous les deux en guerre contre l’Été à l’époque, aucun de nous n’avait eu droit à sa puissance. Mais la Princesse du Zénith emprisonnée n’avait-elle pas perdu son sang-froid quand je lui avais parlé de mon pacte avec Larat ? Elle avait dû pressentir une menace à l’horizon, même de si loin.
« Je ne vois pas comment nous aurions pu nous en emparer, même à ce moment-là, reconnus-je.
— Je ne peux pas en être certain, mais je pense que des rouages aveugles ont tourné en notre faveur, dit Masego. Larat était une Fée ; son apothéose ritualisée a donc appelé une puissance féerique. Elle a fait couler l’eau dans le canal, pour ainsi dire, et il ne restait qu’un seul étang à remplir. »
« Et les sept couronnes, plus une ? demandai-je.
— Pour forcer un mécanisme aussi puissant à fonctionner, il faut dépenser une certaine quantité de puissance, avança le Hiérophante. Il est révélateur que la même Fée qui a échappé à la fondation d’une Arcadie unifiée ait réclamé cette récompense précise, parmi toutes celles qu’elle aurait pu demander. »
Autant de couronnes auraient eu un poids certain, c’était indéniable. Était-ce ce que la Princesse du Zénith avait aperçu, ce qui l’avait fait paniquer ? Pas forcément que Larat finirait par consumer l’essence même de l’Été ; je doutais que même les Fées puissent voir aussi loin. Mais peut-être avait-elle compris qu’il voulait créer sa propre Cour. Ça se tenait, je devais l’admettre. S’il existait une recette pour créer une Cour, les membres de la royauté des deux côtés de la barrière devaient au moins en connaître les grandes lignes.
« Donc, comme on le pensait, il ne reste que les couronnes du Printemps et de l’Automne à trouver, dis-je. Où étaient-elles, pour que le Magicien traqué puisse t’aider ? Attends, en fait, qu’en est-il des Fées que nous avons affrontées ici, à l’Arsenal ? »
Je fronçai les sourcils. Je les avais presque oubliées, mais leur présence mettait à mal ce qu’il venait de m’expliquer.
« Elles étaient de l’Automne, dis-je. D’après ta théorie, Masego, l’Automne ne devrait plus exister. »
« Roland a trouvé la réponse, sans le savoir, dit le Hiérophante. Il a capturé vivant l’une des Fées, dont nous avions déjà détruit le corps physique. Le Duc des Vergers Verts, tué à Dormer, qui se fait maintenant appeler Comte des Pommes Vertes. »
Je ne m’étais donc pas trompée quand j’avais remarqué cette ressemblance inquiétante.
« Je l’ai vu, reconnus-je. J’avais remarqué son visage. Tu veux dire que toutes ces Fées qui ont attaqué l’Arsenal sont des cadavres récupérés ? »
« Les entités dont le corps a été tué ne pourront jamais renaître avec un nouvel Hiver ou un nouvel Été, puisqu’il n’y en aura plus jamais, expliqua Masego. Elles continuent donc d’exister, mais sans but. Certaines ont dû se lier à la couronne de l’Automne pour s’en trouver un. D’autres, sans doute, sont d’une autre nature et se maintiennent en vie grâce à des liens extérieurs, comme des contrats ou des dettes. Mais j’imagine qu’une bonne partie d’entre elles seront celles qui ont été tuées durant la Campagne d’Arcadie. Pour toutes celles qui se sont ancrées à l’Automne ou au Printemps, je m’attends à ce que dix fois plus soient devenues sauvages et se nourrissent maintenant de toutes sortes de puissances, en Création ou ailleurs, pour subsister. »
Le Prince des Feuilles tombées aurait donc continué à exister à cause de la dette impayée du Magicien traqué. L’ironie mordante de la chose m’amusa malgré moi : cet homme avait vraiment le don de se tirer une balle dans le pied, pas vrai ? Maintenant que j’y pensais, mon pacte avec le Prince du Crépuscule au sujet des couronnes ne l’avait-il pas empêché de devenir l’un des princes vassaux de l’Arcadie ? Larat, pensai-je avec une admiration réticente. Le plus malin des renards.
« Donc, des Fées sont passées entre les mailles du filet de notre bazar et se nourrissent maintenant de tout ce qu’elles trouvent, y compris l’Automne, résumai-je. »
À long terme, les Fées lâchées dans le monde et affamées risquaient de poser problème. Mais, pour l’instant, nous avions des chats plus pressants à fouetter. Je me rendais aussi compte que si les Fées mortes de mon ancienne campagne avaient été exclues de la nouvelle Cour qui lui avait succédé, la plupart des souverains de l’Hiver et de l’Été avaient été éliminés. C’étaient précisément le genre d’entités qui pourraient rivaliser avec ceux qui siégeaient sur les trônes nouveaux-nés.
Quelque part, je soupçonnais la créature qui avait jadis été le Roi de l’Hiver d’afficher un sourire.
« Plus ou moins, approuva Masego. Et pour répondre à la question que tu n’as pas fini de poser, le Magicien traqué ne m’a pas exactement fourni un emplacement. Il n’y a pas, si tu me pardonnes la métaphore, de trésor enterré à déterrer. C’est ce qu’il m’a éclairci : je ne pouvais pas trouver de couronne parce que, d’une certaine manière, elle n’existe pas encore. Ce qu’il nous a donné, ce sont les circonstances qui feront apparaître la couronne de l’Automne. Plus précisément, un rituel à accomplir dans un lieu et selon un alignement bien précis. »
« Alors, quand tu as dit que tu avais trouvé la couronne de l’Automne, dis-je d’un ton entendu… »
« Une figure de style, répondit fièrement Masego. J’ai seulement confirmé que le rituel fonctionnerait et trouvé un site ainsi qu’une date qui conviendraient. »
Je laissai échapper un son admiratif.
« Beau travail, dis-je. On parle de quel délai ? »
Vu l’importance des saisons pour les Fées, j’aurais dit à peu près un an. Peut-être jusqu’au solstice d’automne, ou à une date du même genre.
« Trente et un jours, dit le Hiérophante.
Je clignai des yeux, puis restai sans voix, sous le choc.
« Je pourrais tenter le coup demain, dit Masego, prenant mon silence pour autre chose. Mais voyager et préparer le rituel en si peu de temps augmenterait considérablement le risque d’échec. »
« Ça… commençai-je, presque incapable de trouver mes mots. Ça change tout. Le lieu, les ressources nécessaires, tout est prêt ? »
« Je devrai puiser largement dans les réserves de gemmes et de métaux précieux de l’Arsenal, et mobiliser au moins deux cents mages. Trois cents seraient plus confortables : cela permettrait de remplacer des personnes et de procéder à des ajustements. Mais en principe, nous avons tout ce qu’il faut, répondit Masego. »
Voyant ma surprise, il sourit.
« Tu as contribué à créer l’un des plus grands centres d’étude et de pratique de la magie de Calernia, Catherine, dit-il. Ne sois donc pas étonnée qu’il s’acquitte brillamment de cette tâche. »
Je toussotai, un peu gênée.
« Le site du rituel te sera familier : le cimetière des Princes a été le théâtre d’un combat à proximité, poursuivit-il.
— Les prières maviennes sur la colline ? demandai-je.
— En effet, dit Masego. Il existe d’autres lieux dont l’alignement serait peut-être plus précis, mais celui-ci a l’avantage d’abriter une Porte du Crépuscule permanente. Les bénéfices logistiques sont évidents. »
Je pouvais tout à fait croire que ce tumulus conviendrait comme site rituel, du moins. Je me souvenais encore d’avoir marché parmi les hautes pierres dressées et senti les échos d’une puissance depuis longtemps éteinte, ainsi que l’appel qu’elles avaient lancé aux dernières bribes de pouvoir féerique en moi.
« Le rituel pourrait échouer, dis-je.
— Tous les rituels peuvent échouer, fit remarquer Masego.
— Permets-moi de reformuler, dis-je. Si le rituel échoue, quelles en seront les conséquences ? »
« Le site du rituel sera anéanti, une grande partie des mages présents mourront ou sombreront dans la folie, et la trame de la Création sera affaiblie à l’échelle régionale pour plusieurs siècles, énuméra calmement le Hiérophante. »
Je crispai les doigts. Ce n’étaient pas des pertes négligeables.
« Et la Porte du Crépuscule ? me forçai-je à demander.
— Trois chances sur cinq qu’elle résiste aux dégâts et reste pleinement fonctionnelle, répondit Masego. Aucune chance qu’elle soit détruite, ni qu’elle perde une partie de ses fonctions. Nous n’avons pas fabriqué un artefact fragile, Catherine. »
Vu l’immense quantité de Nuit que nous avions maniée ce jour-là et la façon dont il avait obtenu un aspect en plein milieu du processus, je n’avais pas envie de le contredire.
« Quelles sont les chances de réussite ? insistai-je.
— Demain, peut-être une sur cinq, réfléchit le Hiérophante. Probablement un peu moins. Avec le délai que je propose, je dirais entre sept et huit chances sur dix. Plus près de huit, d’après mes calculs. »
« Si on attend plus longtemps, tu peux augmenter ces chances ? demandai-je.
Il fronça les sourcils et garda le silence un long moment.
« Avec deux mois de plus, peut-être un peu plus de huit chances sur dix, finit par répondre Masego. Avec un contingent complet de mages des Terres désolées et un mois pour les former, on pourrait approcher les neuf chances sur dix. Mais je crois que l’Impératrice de l’Effroi Malicia ne serait pas disposée à nous les prêter. »
À l’entendre, c’était fort mesquin de sa part. Je réprimai un sourire. Vraiment, comment osait-elle laisser la politique internationale et toutes ces guerres se mettre en travers d’un des grands exploits magiques du siècle ?
« Pour l’instant, je penche pour attendre trois mois et réunir toutes les garanties possibles, dis-je. Mais j’en discuterai avec nos alliés, puisque les Saisons en quartiers commencent à devenir un véritable atout militaire. »
Ne serait-ce que pour disposer d’un tel outil, les commandants de la Grande Alliance qui défendaient une stratégie défensive pour cette guerre auraient de bien meilleurs arguments. La princesse Rozala et le prince Otto Reitzenberg soutenaient depuis le début que, tant que nous conservions nos frontières défendables, le temps jouerait en notre faveur : soit grâce au nombre de personnes dotées d’un Nom que nous réunirions, soit parce que l’Arsenal finirait par produire une arme capable de renverser le cours de la guerre à l’échelle stratégique. La couronne de l’Automne pourrait bien répondre à ces critères. Elle ne serait pas vraiment utile contre des armées en campagne, mais nous permettrait peut-être de nous occuper de Neshamah lui-même. Pas de le détruire, non : c’était le rôle de la Séparation. Mais le neutraliser comme menace comptait davantage que le détruire purement et simplement.
« En supposant que tu parviennes à faire apparaître la couronne, dis-je, sera-t-elle un artefact physique ? »
Masego hocha la tête.
« Quelque chose qui ressemblera à la couronne du Crépuscule lors de sa formation, dit-il. Même si la puissance divine réside dans le concept, et non dans la matière. »
« Et une fois l’artefact en notre possession, repris-je, tu pourras commencer à le façonner. »
« J’ai fait construire depuis un moment un atelier adapté à ces travaux dans l’Arsenal, mais il est actuellement scellé, expliqua le Hiérophante. Il est difficile d’estimer le temps qu’il me faudra pour façonner la puissance divine : même les travaux du Roi Mort à Keter ne présentent que de vagues similitudes sur lesquelles je puisse m’appuyer. Il faut compter au moins plusieurs mois. »
Je fredonnai. Nous n’aurions de toute façon pas besoin de la couronne pour reprendre Hainaut, et à mon avis, c’était une condition préalable à toute tentative contre Keter. Nous ne pouvions pas dégarnir les défenses terrestres face à ses armées comme il nous faudrait le faire pour tenter une véritable percée contre la Couronne des Morts : le risque d’effondrement était trop grand. Mais repousser Keter au-delà des lacs nous permettrait de nous retrancher et de rassembler correctement nos armées pour lancer un assaut contre la capitale de l’Horreur Cachée au printemps ou à l’été prochain.
« On peut se le permettre, dis-je. Surtout si ça nous fait gagner la guerre, ce qui sera le cas si nous parvenons à lui faire perdre le contrôle des morts-vivants. »
C’était après tout le cœur même des Saisons en quartiers. À l’instar de la Séparation, une arme offensive, la couronne pourrait être repoussée. C’était pourquoi nous n’attaquerions pas le Roi Mort : nous allions lui donner la couronne. Pas de manière qu’il puisse refuser, mais tout de même comme un présent de puissance divine. D’après Masego, cela franchirait la grande majorité de ses défenses ; et le Hiérophante avait passé presque toute l’année avec Neshamah installé au fond de son esprit. Il connaissait le Roi Mort, le comprenait d’une manière que la plupart d’entre nous ne pouvaient qu’entrevoir. L’astuce, c’était que nous ne nous contenterions pas de lui lancer la couronne de l’Automne : le Hiérophante la façonnerait d’abord. Elle devait rester assez puissante pour qu’il ne puisse pas se dégager de l’obligation de l’accepter comme un cadeau, mais nous aurions le choix de la puissance qu’elle lui conférerait. Et des contraintes qui l’accompagneraient, bien sûr : le manteau de la divinité ne pouvait guère être gratuit.
J’étais parfaitement prête à rendre le Roi Mort physiquement indestructible, si ce pouvoir devait lui coûter, par exemple, la capacité de commander les morts.
Je m’arrachai à mes pensées : il me restait une question que j’avais oublié de poser.
« La couronne du Printemps sera toujours quelque part, dis-je. Ça me paraît dangereux de la laisser simplement traîner. »
Ce n’était pas la priorité absolue, mais, vu mon rôle personnel dans la destruction de l’ancien ordre de l’Arcadie, il aurait été irresponsable de faire l’autruche lorsqu’il était question du Printemps.
« Je suis d’accord, dit calmement le Hiérophante. Et comme nous n’en aurons peut-être pas besoin pour les opérations militaires, je réfléchis à d’autres façons de l’utiliser. »
Je pinçai les lèvres. Je savais où il voulait en venir. Masego n’avait jamais caché qu’il comptait toujours atteindre l’apothéose, même s’il avait temporairement mis ces projets de côté face aux horreurs qui menaçaient de déferler sur le continent.
« Je ne suis pas certaine d’avoir assez d’influence pour te laisser mettre la main dessus, reconnus-je. Pas après le fiasco de l’Iserre, avant la paix. Et j’ai aussi des problèmes avec les Héros ; pour être franche, ta quête de divinité pourrait bien être la fameuse étincelle qui mettrait le feu à la poudrière. »
« Je crois que tu as encore moins de pouvoir sur cette affaire que tu ne le penses, Catherine, dit le Hiérophante. J’ai tenté de réduire le nombre de sites rituels possibles pour la couronne du Printemps afin d’y vérifier la résonance des essences. Mais, sur les cinq lieux que j’ai scrutés, trois ont repoussé mon sort. »
J’inspirai brusquement. Masego n’avait peut-être pas directement accès à l’Observatoire, probablement le meilleur centre de divination qui soit, mais il restait l’un des meilleurs praticiens vivants de cet art et disposait d’un trésor de ressources. Bien peu de gens, ou de protections, pouvaient simplement le repousser.
« Le Roi Mort ? demandai-je, d’un ton sombre. »
Si Neshamah mettait la main sur une puissance divine, tout ce que nous pourrions en tirer aurait l’air d’un jeu d’enfant en comparaison.
« Non, dit Masego en secouant la tête. À ma troisième tentative, je m’attendais à être contré et j’ai réussi à entrevoir quelque chose avant que ma sphère de divination ne soit brisée. Je vais te montrer. »
Il s’approcha d’une des tables de granit. Je le regardai ouvrir un compartiment et en sortir ce qui ressemblait à une petite sphère d’argent, scintillante de sorcellerie. Son aspect pulsa et il en extirpa une illusion qu’il tissa sous mes yeux. L’arrière-plan était flou ; je crus distinguer une grande bande grise, peut-être de la pierre, et du vert trouble, peut-être un champ. Mais le premier plan était net. Une silhouette grande, mince et inhumaine se tourna vers nous et nous observa de ses yeux démesurés. Elle ne bougea pas, mais le sort se brisa moins d’un battement de cœur plus tard. Le silence s’abattit un instant sur la pièce, puis je laissai échapper un long soupir.
C’était, malheureusement, un elfe.