Chapitre 436
« L’ennemi est venu mourir sur ce champ, mes amis, pour un prince abominable et une solde dérisoire. Nous, en revanche, sommes venus mourir sur ce champ pour un prince abominable et une solde dérisoire. Il devrait être évident que les Cieux sont de notre côté. »
— Capitaine Thierry l’Acide, s’adressant à sa compagnie avant la tristement célèbre et sanglante bataille de Motte-aux-Foins
L’impatience flottait dans l’air comme de la fumée.
Le sigil du Septième Général, Vesena la Mordeuse de lances, était peint sur des milliers de pans d’étoffe sombre, suspendus aux bras, aux armures et même aux cheveux : deux crocs monstrueux et dentelés déchiraient ce qui ressemblait à un éclair de fer. Le rouge et le blanc sur fond noir attiraient le regard ; lorsque la brise soufflait dans les faubourgs de Serolen, une mer de dents pâles mordant le fer s’animait avec elle. Ces drows n’étaient pas ceux des Anneaux Extérieurs que j’avais combattus autrefois, le rebut de l’empire du rebut. Non, les Vesena portaient des armures de fer et d’obsidienne, des cuirasses polies et des casques en forme d’ailes de chauve-souris anguleuses. Le cuir résistant des tezkuze, ces énormes lézards aveugles à la peau dure qui pouvaient dévorer même un Puissant s’il se montrait imprudent, avait été façonné en pantalons et en vestes à manches longues, rehaussés de bracelets tintinnabulants et de jambières sculptées dans la pierre ou le fer mat. Cette troupe des Premiers-nés, à la différence de la plupart des leurs, était bien ordonnée : à l’époque de l’ancien Empire toujours ténébreux, le Puissant Vesena la Mordeuse de lances avait été connu sous le nom de « Général implacable dont les victoires coulent comme un fleuve ».
Les Vesena n’étaient pas tant un sigil que la dernière armée de campagne de l’ancien Empire toujours ténébreux, maintenue sur pied au fil des âges par les meurtres brutaux de tous ses rivaux et détracteurs, perpétrés par la Mordeuse de lances. Le temps avait fait son œuvre ; les guerriers avaient remplacé les soldats, mais aucun autre sigil des Premiers-nés ne ressemblait davantage à une armée professionnelle. Il avait occupé toute la ville de Great Noglof avant de partir avec l’Exode, et transformé la cité entière en un camp militaire grouillant d’activité, entretenu par le butin en Nuit ainsi que par les présents et la nourriture rapportés après chaque campagne par les drows combattants du sigil. Même à présent, un œil averti pouvait reconnaître les éléments constitutifs d’une armée de campagne à la seule façon dont les guerriers étaient équipés.
Venaient d’abord de longues lignes d’escarmoucheurs, portant de petits boucliers de fer solides, peints aux couleurs de leur sigil ; de longs javelots barbelés pendaient dans leur dos et de courtes lames reposaient à leur ceinture. La plupart étaient des dzulu, mais les Vesena comptaient parmi les rares sigils qui enseignaient des Secrets aux leurs ; tous maîtrisaient donc une redoutable technique de flamme noire qui leur donnait du mordant. Derrière eux venaient les chasseurs, ceux qui auraient formé l’infanterie régulière d’autrefois. Répartis en compagnies de neuf fois neuf, chacune menée par le moins puissant des Puissants, un ispe, ils étaient armés comme je n’avais vu que la Garde l’être : s’ils portaient de longues épées en acier forgé dans la Nuit sur leurs flancs, ils avaient aussi des arcs en corne. Courts, trapus et recourbés, ces petits prodiges ne valaient pas un bon grand arc déoraithe, mais ils tiraient à une portée étonnante. Des flèches ordinaires n’auraient guère servi contre les morts, bien sûr ; les Vesena s’étaient donc adaptés en imprégnant des pointes d’obsidienne de Nuit, de sorte qu’elles éclatent à l’impact.
Au cœur de l’armée se tenaient les meilleurs guerriers des Vesena : trois mille silhouettes massives et imposantes, dont les carapaces d’obsidienne cerclée de fer ne laissaient pas la moindre ouverture, de la tête aux pieds. Les Ébèneclad formaient une cabale à part au sein des Vesena ; chacun était un jawor qui puisait dans la Nuit pour respirer et voir à travers son armure close, et manier sa lourde masse de pierre et d’acier. Autre particularité exotique, le sigil Vesena comptait pas moins de dix de ces énormes engins appelés zanikzen, les fameux moteurs d’annihilation que le Puissant Ysengral avait tenté de voler à neuf reprises, sans jamais y parvenir. De la taille d’une maison et entièrement constitués d’os et d’onyx, ils ressemblaient à des chariots à deux roues portant les os soudés d’une centaine d’anciens drows. Leurs silhouettes misérables, à peine visibles, tendaient les mains vers l’horizon et formaient une gueule béante garnie de pointes d’onyx semblables à des lances. Comme engins de siège en rase campagne, je les jugeais inférieurs à ceux de l’Empire et de Callow, mais ils s’étaient révélés meurtriers pour défendre les tunnels.
Et tout au centre de l’armée, assis sur un trône vivant et frémissant, fait d’anciens ennemis Puissants dépouillés de leur Nuit jusqu’à en devenir des nisi, le Puissant Vesena la Mordeuse de lances attendait. Plus âgé que Rumena, il aurait dû paraître aussi ravagé par le temps, mais les longues cicatrices striant son visage empêchaient de deviner à quoi il avait pu ressembler. Il portait une cuirasse d’obsidienne sur des étoffes pâles et flottantes ; des aiguilles d’os étaient tressées dans ses longs cheveux clairs pour les maintenir en un chignon élaboré. Pour seule arme, il avait choisi une hache au long manche — presque aussi haute qu’eux — dont la tête d’acier, si profondément imprégnée de Nuit, vacillait comme de la fumée. Une garde d’honneur de rylleh se tenait autour de lui, vêtue de couleurs vives, mais les Puissants de moindre rang avaient été répartis dans la troupe pour commander les dzulu. Les Sœurs m’avaient dit que la plupart des titres parmi les Puissants avaient autrefois été des grades militaires de l’Empire toujours ténébreux ; les soldats avaient été parmi les premiers à prospérer dans les nuits qui avaient suivi la fin des Sages du Crépuscule, et les Vesena, d’une certaine façon, restaient ceux qui s’étaient le plus rapprochés de cette ancienne vérité.
Ils étaient vingt mille en tout : à peine un cinquième de la puissance du sigil Vesena, mais ses crocs les plus acérés étaient tous déployés ici, entre les arbres. Face à eux, il n’y avait que l’obscurité profonde et les brumes de l’Obscurité. Six cents pieds de terrain découvert s’étendaient après la lisière de la forêt, qui m’avait semblé être le champ de bataille choisi par le Roi Mort : les morts s’en sortaient mal dans les bois. Contre les drows, en tout cas.
« Ils n’ont même pas creusé de tranchées, fronçai-je les sourcils. C’est bâclé. Ysengral aurait fait mieux. »
Le Puissant Ysengral, le Berceau d’Acier, s’était distingué à mes yeux comme le meilleur général des Premiers-nés, même s’il se situait parmi les derniers des Dix Généraux en matière de puissance brute. Cela restait impressionnant, quand bien même on pouvait débattre de la deuxième ou de la troisième place de Rumena parmi eux.
« Ysengral défendait la Marche Flétrie contre une nouvelle percée, dit Komena, et j’en frissonnai presque. »
Debout à ma gauche, les yeux bleu argenté et le corps à peine plus qu’une ombre vacillante, l’image de celle qui avait été une femme mortelle partageait le spectacle avec moi. Chaque fois que je détournais le regard d’elle, j’apercevais un crâne aux longs crocs sous les ombres ; mais si j’essayais de le voir de plus près, il avait déjà disparu. Sa voix avait quelque chose de fer et de sang, une saveur que je ne pouvais m’empêcher de sentir contre mon palais. Komena portait une armure et une épée à la ceinture. Elle était la Nuit la plus jeune.
« Nous n’avons pas vu venir l’Horreur Cachée avant qu’elle ne s’avance dans l’Obscurité, dit Andronike, dont la voix venait de ma droite. »
Ses yeux brûlaient eux aussi d’un bleu pâle. Mais sur son visage vacillait la forme du masque de fer qu’elle avait autrefois porté en tant que Sage du Crépuscule, et l’épaisse cape flottante dont elle s’était parée évoquait presque des ailes de plumes sombres quand elle bougeait. Des fils s’enroulaient autour de ses doigts, qu’elle ne cessait de faire tournoyer. L’effet de ses paroles était plus subtil, comme une boisson qu’on croit inoffensive jusqu’à ce que la langue s’engourdisse. Elle était la Nuit la plus ancienne.
« Vous n’avez pas eu le temps de vous retrancher, compris-je. Vesena était le plus proche ? »
« Kurosiv, répondit Komena en secouant la tête. Mais sa horde était dispersée. Vesena était prêt pour la guerre. »
« Il arrive à passer vos éclaireurs avec des armées entières, murmurai-je. »
Putain. S’ils ne pouvaient savoir que le Roi Mort attaquait qu’au moment où il commençait à pénétrer dans l’Obscurité, combien de temps cela leur laissait-il ? Une demi-journée, tout au plus ? Ils devraient soit installer en permanence une garnison considérable pour défendre toute la frontière sud de Serolen, ce qui handicaperait leurs raids sur le territoire de Keter, soit trouver un moyen de percer le voile qui dissimulait les mouvements de ses armées sur ce front. J’aurais poursuivi la conversation, mais l’occasion me fut ravie : la bataille commençait. Tout commença par un son semblable au sifflement d’une flèche en pleine chute, mais assourdissant. Puis des éclairs aveuglants fauchèrent la brume en cinq endroits, telles les griffes d’un titan, et, l’espace d’un instant, les sorcelleries du Roi Mort forcèrent le passage entre Keter et Serolen. Dans ce battement de cœur, de longues échelles d’acier aux extrémités hérissées de pointes tombèrent à travers l’ouverture et s’enfoncèrent profondément dans le sol, leurs runes gravées brillant d’un éclat vif. Une route d’acier, destinée à maintenir la brèche ouverte.
« Du deuxième au sixième, ordonna le Puissant Vesena d’une voix retentissante. Hurlez. »
Les Corbeaux et moi nous tenions à ses côtés ; nous avions donc vu qu’il n’avait pas cligné des yeux, même lorsque la lumière avait été à son comble. Cinq des énormes zanikzen s’illuminèrent ; des milliers de glyphes en Crépusculaire apparurent sur les os dévoilés, et, tandis que les équipages s’affairaient autour des engins, je vis la chaleur s’élever de leur surface et la moitié du corps d’un nisi trop proche de la gueule se changer en cendres. L’air trembla entre les pointes d’onyx ; des lances d’air presque invisibles, d’une chaleur inconcevable, jaillirent en un arc lent et bas vers les échelles. Les aiguilles s’immobilisèrent brusquement, puis poussèrent un son étrange, pareil aux hurlements d’une centaine de créatures inhumaines. La première échelle touchée se cabossa et son extrémité fondit comme neige au soleil, mais les morts avaient réagi assez vite pour en contester trois des quatre restantes. Des goules qui avaient foncé comme l’éclair s’interposèrent, s’offrant à l’annihilation pour amortir le choc. L’une des lances perça leur défense et brisa l’extrémité d’une échelle dans une gerbe de terre, mais les deux autres tinrent bon. Les morts avaient trois têtes de pont. Plus loin, cinq nouveaux éclairs annoncèrent que Keter élargissait son offensive.
« Deux par brèche, ordonna le Puissant Vesena. »
Les engins d’annihilation drows se mirent à bombarder les nouvelles têtes de pont, tandis que le sigil Vesena avançait sans attendre d’ordre.
« Ils sont remarquablement disciplinés, pour un sigil, admis-je sans quitter la bataille des yeux. »
« Vesena a fait des anciens règlements de l’armée occidentale un ensemble de rites sacrés, m’expliqua Komena avec tendresse. On dit que quiconque les enfreint trahit le sigil et peut être tué sans que personne ne s’y oppose. »
J’avais compris que Vesena la Mordeuse de lances était l’un de ses chouchous, ce qui ne me surprenait pas tant que ça. Komena avait tendance à favoriser les vieux chevaux de guerre qui avaient survécu à l’effondrement de l’Empire toujours ténébreux.
Les morts, toujours implacables, n’avaient pas tardé à franchir les protections des trois échelles qui avaient atteint le sol : des soldats-boucliers grands comme des ogres, vêtus de lourdes armures de plates, protégeaient en cercle les mages plus vulnérables, qui dressaient des boucliers translucides de sorcellerie pour empêcher les tirs répétés des engins de passer. Si Keter suivait sa doctrine habituelle du nord, une autre ceinture de mages cadavériques arriverait avec la deuxième vague pour tenter de lever des protections sommaires, mais rapidement opérationnelles, qui rendraient difficile le délogement des morts. Les Premiers-nés le savaient, bien sûr. Tandis que le premier rang d’une muraille de boucliers se formait au-delà des têtes de pont, les escarmoucheurs drows achevèrent de réduire la distance. Les javelots sifflèrent dans les airs ; les drows ne ralentirent pas leur allure en les lançant. Les pointes barbelées frappèrent les boucliers des morts avec un bruit sourd, puis explosèrent en flammes noires de Nuit.
Les murailles de boucliers se rompirent, éclatant comme des fruits trop mûrs lorsque le premier rang d’escarmoucheurs dégaina ses épées et se rua au corps à corps. Les rangs suivants dispersèrent encore davantage les morts qui se rassemblaient, permettant aux drows agiles de se faufiler dans les brèches de leurs défenses. J’avais cru comprendre que le Puissant Vesena avait été l’un des rares généraux des Premiers-nés à remporter des victoires contre les nains pendant la guerre qui avait brisé l’Empire toujours ténébreux. Il les avait généralement gagnées en frappant de plein fouet les armées naines lourdement cuirassées mais lentes lorsqu’elles étaient en mouvement, sans jamais leur laisser le temps de déployer les engins de siège et les terribles sorcelleries qui avaient brisé tant d’armées drows. Je retrouvais des traces de cette stratégie ici, me dis-je en regardant les escarmoucheurs drows de l’aile droite — celle que l’assaut grandissant du Roi Mort avait transformée en aile droite — se glisser plus profondément derrière les lignes de Keter.
Leur objectif était évident : frapper les mages morts qui dressaient les boucliers avant que la deuxième vague ne puisse ériger ses protections, puis arracher au Roi Mort ses brèches, l’une après l’autre. C’était une défense bien plus agressive que celle qu’Ysengral avait l’habitude de mener, et même que celle de l’autre général que je connaissais le mieux : Radosa. L’Effroi Silencieux préférait laisser les forces supérieures des morts franchir l’Obscurité avant de frapper les défenses affaiblies des brèches, éliminant ses ennemis à loisir dans la forêt. Ses batailles duraient deux fois plus longtemps que celles des autres, mais ses pertes ne représentaient généralement qu’un tiers des leurs.
« Il a déjà affronté Vesena, grimaçai-je. Et personne d’autre n’utilise les escarmoucheurs à flamme noire. Si on répète trop souvent les mêmes astuces contre l’Horreur Cachée… »
Au loin, une nouvelle série d’éclairs aveuglants brilla. Et encore. Et encore. Tu vas manquer d’escarmoucheurs avant qu’il ne manque de cabales capables d’en fabriquer, Vesena, pensai-je avec une grimace. Et je devais reconnaître les mérites de la Mordeuse de lances : les trois premières brèches ouvertes par le Roi Mort avaient été repoussées. Les escarmoucheurs n’avaient été qu’un peu trop lents ; un flot de Liens cuirassés les avait rattrapés et massacrés jusqu’au dernier. Mais une deuxième vague de guerriers à l’épée longue s’était frayé un chemin jusqu’aux mages avant que la vague suivante ne puisse dresser ses protections, soutenue par les tirs nourris de leurs frères. Ils s’étaient glissés dans les ombres et avaient dansé autour des géants d’os, des artistes dans leur genre ; mais que valaient trois têtes de pont quand dix autres venaient d’apparaître le temps de les dégager ? L’aile droite s’était tue, mais les hurlements des zanikzen annonçaient que le conflit s’étendait au centre et à l’aile gauche. Les Vesena se redéployèrent avec une célérité remarquable, telles une machine bien huilée. Mais cette fois, lorsque les escarmoucheurs frappèrent les premières têtes de pont, ils découvrirent que l’ennemi les attendait.
Des silhouettes élancées, presque insectoïdes, jaillirent des flammes noires.
« Des hexengoules, murmurai-je. »
Putain, Neshamah ne retenait vraiment pas ses coups. Ces petites horreurs n’étaient pas comme la plupart des goules : rapides et assez intelligentes pour servir à la fois d’unités de harcèlement et de substituts à la cavalerie dont le Roi Mort manquait cruellement. Non, elles étaient presque aussi intelligentes que des humains. Les hexengoules, nommées ainsi par les Lycaonais, n’excellaient que dans deux domaines : tuer et perturber la magie par leur seule présence. Elles avaient des tiges de bronze durci à la place des os, enchantées de telle manière que, m’avait expliqué Masego, elles déstabilisaient la structure des formules de sort dès qu’elles s’en approchaient suffisamment. Ces bêtes féroces étaient la raison pour laquelle les mages lycaonais étaient relativement rares, alors même que leur peuple avait tout intérêt à préserver ses lignées magiques. Chaque année, franchissant cols et montagnes, ces monstres descendaient dans les basses terres pour y chasser. Ce soir, déployées en un nombre que j’avais rarement vu, elles taillèrent dans les escarmoucheurs comme une faucille dans le blé. Les rares dzulu assez rapides pour invoquer la Nuit découvrirent qu’ils ne parvenaient pas à la maîtriser correctement et furent massacrés en quelques instants.
La Nuit n’était pas de la sorcellerie, mais de toute évidence, le Roi Mort avait modifié ce qu’il faisait graver sur ces tiges de bronze.
La deuxième vague de guerriers à l’épée longue les repoussa, même si elle n’en détruisit qu’une poignée. Mais, derrière les hexengoules en retraite, se dressait désormais une lourde muraille de squelettes. Trop solide pour être percée à temps : les guerriers se jetèrent vaillamment contre elle, mais la deuxième vague de mages de Neshamah arriva. Les protections se levèrent et, une position enfin assurée, les morts déclenchèrent leurs véritables offensives. Des beorns dévalèrent le champ de bataille, écrasant sans égard les squelettes sous leurs pas, puis recrachèrent les cadavres qu’ils contenaient au milieu des rangs drows. Les dzulu ne pouvaient rien contre des créatures de ce genre, et encore moins contre les « défenses », encore mieux cuirassées. Ces dernières étaient une nouveauté dans l’arsenal de Keter, rarement observée sur mon front : des constructions nécromantiques de la taille d’une catapulte, façonnées comme des planches. Contrairement à nombre de créations de l’Horreur Cachée, elles ne contenaient aucun mort inférieur. Elles étaient plutôt remplies de pierres, et leurs défenses d’acier dentelées devaient en faire des béliers mobiles, conçus pour éventrer les murailles de boucliers.
Contre de l’infanterie drow ? Elles piétinaient les rangs comme s’ils n’existaient pas.
« Et maintenant, murmurai-je, le tir à la corde. »
Une vague de nouvelles victimes, et la Nuit et la nécromancie entrèrent en jeu. Tandis que les Puissants officiers détruisaient les constructions de guerre ou mouraient en essayant, les cadres de mages de Keter rivalisaient avec les drows pour savoir si les cadavres se relèveraient comme morts-vivants ou seraient d’abord vidés de leur Nuit. Les drows morts-vivants ne pouvaient pas utiliser la Nuit, mais ils explosaient avec ce qu’ils avaient contenu quand leurs cadavres étaient brisés. Il était difficile de tenir une ligne de bataille quand ses propres morts vous explosaient à la figure en les repoussant. Pas qu’il y eût vraiment une ligne de bataille : tout au mieux pouvait-on dire qu’une ligne marquait la rencontre entre les Vesena et les morts. Et, à chaque battement, une cinquantaine de Premiers-nés devaient mourir. Derrière, c’était un chaos hideux où Puissants et constructions de guerre s’emmêlaient dans des duels sans égard pour les guerriers alentour. Malgré tous les efforts de Vesena la Mordeuse de lances pour imiter les vieilles armées de l’Empire toujours ténébreux, cela ne restait qu’une imitation. Les Puissants n’étaient pas de véritables officiers : c’étaient des chefs qui cessaient de prêter attention à leurs compagnies dès qu’un grand ennemi se présentait à combattre.
« Utiliser les Puissants comme tueurs de constructions plutôt que comme officiers serait plus efficace », remarquai-je, les sourcils froncés. Si la Mordeuse de lances envoyait des groupes de pravnat et de jawor contre les beorns et les défenses, on pourrait les abattre bien plus vite. Au lieu de ça, ils se jettent sur des ispe et des pravnat isolés et les écrasent. »
La stratégie de Vesena n’aurait fonctionné que si le sigil avait réussi à percer les défenses initiales des brèches et à les fermer avant que les pertes ne s’accumulent ; mais elle avait échoué. À présent, la tentative du sigil de se frayer un chemin parmi les morts tournait au hachoir, le genre de carnage capable de détruire une armée entière si un général s’entêtait. Le centre et l’aile gauche essuyaient de tels coups que les Vesena avaient dû dégarnir leur aile droite pour renforcer les lignes ravagées par les constructions. Et même alors, les escarmoucheurs restants ne servaient plus à rien : ils faisaient un long détour par les bois, dans un vaste cercle qui leur permettrait peut-être de prendre un jour l’aile gauche des morts à revers, mais qui, dans les faits, les écartait du combat pour le reste de sa durée. Mauvaise décision. À mon avis, ils auraient été plus utiles à renforcer la mince aile droite.
« Les Vesena infligent de lourdes pertes aux morts, répondit Andronike. »
« Certes, balayai-je. Ces Puissants officiers massacrent les Os et les Liens de Keter. Ça ne fait aucun doute. »
Difficile de le nier quand un ispe, le moins puissant des Puissants, n’avait qu’à atteindre la muraille de boucliers des morts pour la briser avec mépris.
« Et je ne veux pas minimiser ce qu’ils accomplissent, poursuivis-je. À ce stade, le Puissant Vesena a perdu quoi, trois ou quatre mille combattants ? »
« Plutôt quatre mille, me répondit Komena. »
« Et cela a coûté au Roi Mort plus de soixante de ses meilleures constructions de guerre, sans compter au moins trois fois plus de fantassins, dis-je. Le problème, c’est que le sigil Vesena tue l’ennemi, mais pas d’une façon qui lui permette de gagner la bataille. »
Je désignai la zone où le massacre faisait rage, là où les lignes allaient et venaient.
« Depuis que la bataille a véritablement commencé, ils gagnent et perdent les mêmes trente pieds, fis-je remarquer. Peut-être peuvent-ils gagner cette bataille à ce rythme, en échangeant leurs vies contre celles des morts-vivants, mais poursuivre ainsi reviendrait à gâcher la guerre. Des groupes de Puissants frappant ensemble pourraient porter des coups décisifs, contrairement à des forces dispersées. »
« Le Général Rumena a dit à peu près la même chose, répondit Andronike. Il a toutefois estimé que les méthodes de Vesena seraient bien plus efficaces en attaque. »
Je plissai les yeux. Oui, je pouvais le concevoir. En tant qu’armée offensive, ils écraseraient toutes les forces que le Roi Mort pourrait placer sur leur chemin ; celles-ci comptaient généralement peu de constructions de guerre. Et s’ils en rencontraient quelques-unes, les mêmes rylleh qui n’avaient pas encore bougé d’un pouce pourraient s’en charger.
« C’est possible, marmonnai-je. »
La bataille tournait mal pour les Vesena, même un idiot aurait pu le voir, mais la Mordeuse de lances devait croire qu’elle pouvait encore renverser la situation. Les zanikzen avaient éliminé toutes les brèches qu’ils pouvaient, ne laissant que les quatre protégées par des wards ; ils se mirent donc à pilonner les morts. Chaque déferlement de chaleur brûlante fauchait des compagnies entières, et les équipages visaient prudemment bien au-delà des combats pour éviter de toucher les leurs. Ils ne pourraient pas maintenir longtemps une telle cadence sans risquer de faire exploser les engins, mais ils n’en avaient pas besoin. La précision remarquable de leurs tirs desserra l’étau des morts autour des drows et, flairant une ouverture, le Puissant Vesena lança ses meilleurs guerriers dans la mêlée. Les Ébèneclad avancèrent sans un bruit, comme s’ils glissaient sur le sol. Des signaux s’élevèrent dans le ciel, tissés de Nuit, et un couloir s’ouvrit pour leur permettre de frapper les morts sans entrave. La scène était… Je laissai échapper un souffle bref, sincèrement impressionnée. C’était comme regarder un marteau s’abattre sur un œuf : enfermés dans leurs armures d’ébène scellées par du fer fondu, les Ébèneclad étaient intouchables pour les morts. En revanche, leurs lourdes masses de guerre libéraient des vagues de Nuit à chaque coup et réduisaient les morts en bouillie, même à travers leurs armures.
Les défenses et les beorns qui n’avaient pas été neutralisés furent attaqués par groupes de dix, avec méthode et précision, sans grand souci des dégâts collatéraux parmi les dzulu. Cette armure ne semblait pas les empêcher de se fondre dans des nappes d’ombre et ils paraissaient même maîtriser cette technique mieux que la plupart : parfois, ils se glissaient le long des créatures et ne faisaient émerger que le haut de leur corps de l’ombre pour frapper les constructions nécromantiques en toute impunité.
« Impressionnée ? demanda Komena. »
« Ils sont exceptionnels, reconnus-je. Mais Vesena vient de se faire berner comme un bleu. »
On l’avait poussé à engager ses meilleurs soldats avant que Keter ne révèle ses dernières cartes.
« Ah ? fredonna Andronike. »
Cette bataille avait déjà eu lieu ; elles savaient donc ce qui s’était passé, alors que je ne pouvais que deviner. Mais si Akua avait pu me faire remarquer que le Roi Mort avait appris à connaître mes ruses, l’inverse était vrai aussi.
« Nous n’avons pas encore vu de Revenants, dis-je. Quand ils arriveront, je parie que tout va rapidement partir en vrille. »
Les Ébèneclad se frayèrent un chemin parmi les morts sur deux des brèches et lancèrent de sérieuses attaques contre deux têtes de pont protégées. Je pris mon mal en patience et comptai jusqu’à dix-sept avant que mon cynisme ne soit « récompensé ».
Comme de grandes griffes labourant le ciel, cinq lumières s’embrasèrent de nouveau là où la bataille avait commencé. Sur l’aile droite, si affaiblie pour renforcer les autres.
« Vesena vient de perdre cette bataille, dis-je sombrement. »
Bien que les zanikzen fussent sur le point de se disloquer, ils continuèrent à tirer sans faillir sur les nouvelles brèches. Deux par brèche, comme le Puissant Vesena l’avait ordonné plus tôt. Ou du moins, ils essayèrent. Trois des engins d’annihilation explosèrent en tempêtes de chaleur cendreuse, tuant leurs équipages sur le coup, et l’un d’eux interrompit son tir. Malgré tout, chaque brèche reçut un tir direct au moment où les échelles couvertes de runes s’abattaient ; l’une d’elles en reçut même deux. Celle-là céda. Les quatre autres tinrent bon, protégées par ce qui ressemblait à des essaims de goules clouées à leurs extrémités pour former un bouclier macabre. L’armée étant déjà trop engagée sur toute la ligne, tenter de redéployer les troupes aurait été désastreux. Le Puissant Vesena envoya donc vers les brèches les quelques soldats réguliers qui lui restaient, accompagnés de ses combattants les plus redoutables : les rylleh. Malheureusement, le Roi Mort avait choisi son moment à la perfection. Avant même qu’ils n’aient parcouru la moitié du chemin, des Revenants sortirent des brèches protégées et fondirent sur les Ébèneclad. Il fallut rappeler la moitié des rylleh, semant la pagaille.
« Alors c’est là qu’était passé Stitcher, marmonnai-je. »
Une abomination de la taille d’un château, composée des corps d’une demi-douzaine d’horreurs assemblées — écailles et os d’un dragon, ce qui semblait être les têtes d’au moins trois serpents de mer, épaisse fourrure et cuir des Anciens ratelins — se frayait un chemin à travers les Ébèneclad, et même un rylleh qui s’approcha trop près fut balayé d’un coup. La Revenante se trouvait à l’intérieur, et il était diablement difficile de l’abattre. Nous ne l’avions pas vue depuis un an ; j’avais donc espéré que la Lame de la Miséricorde l’avait suffisamment abîmée pour la rendre inutilisable lors de leur dernier affrontement, mais apparemment, non. Hanno était convaincu qu’elle avait été guérisseuse avant que l’Horreur Cachée ne mette la main sur elle, ce qui rendait le tout encore plus effroyable. Sous mes yeux, le Puissant Vesena tenta de reprendre la situation en main en tirant ses derniers engins d’annihilation directement sur les Revenants. Un seul fut touché, et quelques centaines d’Ébèneclad périrent dans l’échange. Mauvais calcul : le Septième Général perdait son sang-froid.
Pire encore, les rylleh qui atteignirent les nouvelles têtes de pont ne trouvèrent pas, à leur surprise comme à la mienne, des essaims de goules ou de squelettes. Ils y découvrirent des mages morts et de grandes cuves de métal chauffées à blanc, remplies de deux choses : sorcellerie nécromantique et débris d’acier. Elles éclatèrent comme des shrapnels, leurs métaux maudits ignorant la plupart des défenses que la Nuit pouvait dresser ; je tressaillis en voyant trois rylleh tomber. Ils se relevèrent peu après, bien sûr : les rylleh étaient plus difficiles à tuer que ça, et même si l’un d’eux avait réellement péri, cela n’aurait sans doute pas longtemps éloigné du combat les drows de ce rang. Mais les mages cadavériques brandissaient d’étranges bâtons de métal et, même si je ne voyais aucune trace visible de sorcellerie, les trois rylleh frappés… restèrent à terre.
« Cieux en larmes, murmurai-je. Il a trouvé un moyen de neutraliser la Nuit ? »
« Pas tout à fait, répondit Andronike d’une voix glaciale. Ces bâtons étaient faits d’un alliage d’étain et d’antimoine, et enchantés d’une façon étrange : ils ne perturbaient pas la Nuit et ne l’éteignaient pas, ce contre quoi nous aurions pu lutter. Ils la détournaient de nos guerriers et l’envoyaient dans le sol. »
Quelques instants plus tard, de vulgaires goules, que les rylleh auraient autrement pu massacrer par centaines, se mirent à déchiqueter les guerriers à terre. Elles dévorèrent leur chair pour les empêcher de se remettre de cette mort. Dieux, que je détestais me battre contre le Roi Mort. Il y avait toujours une autre saloperie dans sa manche, prête à être dévoilée. Des Liens commencèrent à déferler des brèches, se regroupant sous les tirs de flèches des Vesena, de plus en plus en infériorité numérique et pris à revers. Si personne n’agissait bientôt, la défaite tournerait au désastre, et je ne fus pas la seule à le comprendre.
Le Septième Général, Vesena la Mordeuse de lances, prit personnellement part au combat.
Je ne le vis même pas bouger ; l’instant d’après, il se tenait devant Stitcher, sa longue hache posée contre l’épaule.
« Sa vrede ? demanda le Puissant Vesena à la Revenante. »
En es-tu digne ? Je frissonnai en entendant mes paroles prononcées par l’un des anciens monstres des Premiers-nés, prises pour parole de foi. Peur ou excitation — peut-être les deux —, je n’aurais su le dire. Vesena ne reçut aucune réponse. Alors que les cous et les têtes recousus des serpents de mer s’élançaient vers lui, le Septième Général disparut dans les ombres et réapparut au sommet du monstre. Sa hache s’abattit, sa tête mordant les écailles du dragon ; à l’intérieur de la bête, une mer de Nuit se déchaîna. Fendu en deux, le monstre de Stitcher déversa du sang, des entrailles et d’étranges liquides de toutes les couleurs. Une jeune femme morte hurla en son sein, tandis que les cadavres drows se rassemblaient autour d’elle pour former une nouvelle carapace. Mais le Puissant Vesena atterrit devant la Revenante, les jambes dans le sang et les entrailles jusqu’aux genoux. Son épaule tressaillit une fois, puis une seconde. Il démontra alors pourquoi on l’avait surnommé la Mordeuse de lances. J’avais autrefois cru que ce surnom faisait simplement référence aux lances, mais ce n’était pas le cas. Vesena avait jadis combattu un ancien détenteur de sigil qui avait déterré et partiellement réparé l’une des merveilles de l’ancien Empire toujours ténébreux : une grande tour d’acier forgé par les arcanes, qui attirait la foudre et la rejetait autour d’elle en une tempête incessante. Ses murs d’acier avaient trente pieds d’épaisseur et étaient entourés d’une mort perpétuelle. La tour se dressait au fond d’un gouffre de l’Anneau Intérieur, ce qui avait poussé les Premiers-nés à l’appeler la Lance.
La Nuit jaillissait de lui tandis qu’il tressaillait. Le Puissant Vesena hurla de douleur et sa mâchoire se décrocha, révélant une gueule bestiale aussi grande que ne l’avait été le détenteur du sigil lui-même. Des ailes semblables à celles d’une chauve-souris lui jaillirent du dos. Stitcher tentait de façonner un homoncule macabre avec des cadavres drows grouillant de Nuit, mais l’horrible créature dont Vesena s’était mué ouvrit encore davantage ses puissantes mâchoires, dévoilant des crocs étincelants, puis mordit à travers les cadavres et la Revenante comme elle avait jadis traversé trente pieds d’acier massif. Elle avala Stitcher et une large portion sanglante de son ouvrage tout entiers.
Les officiers appelèrent à la retraite, obéissant à un ordre invisible, et les Vesena battirent en retraite dans un ordre relativement bon. Leur détenteur de sigil continua de semer la destruction à gauche et à droite, couvrant le repli avec les rylleh restants, et je soufflai lentement.
« Et ensuite ? demandai-je. »
« Ils se replièrent, puis Kurosiv noya les envahisseurs dans la violence, les repoussa jusqu’aux brèches et détruisit ensuite les protections lui-même, dit Andronike, sans laisser transparaître son opinion sur ce Puissant. »
Le Puissant Kurosiv l’Omniscient, le Deuxième Général. Il s’embarrassait rarement de stratégies complexes : il envoyait des guerriers sur l’ennemi, mais vu leur nombre absurde dans son sigil, cela fonctionnait malgré tout. Je trouvais répugnant qu’il tire profit de la mort des siens et les y encourage ; je soupçonnais les Sœurs d’en penser autant, mais pour d’autres raisons : Kurosiv avait trouvé le moyen de s’engraisser comme un parasite niché au cœur de la Nuit, exploitant le système qu’elles avaient bâti comme nul autre avant ou après lui. Rumena l’aurait prétendument jugé assez menaçant pour exterminer ses cinq premiers sigils, ce qui lui avait valu le surnom de Fossoyeur. Mais il était révélateur qu’au bout du compte, ce ne fût pas Kurosiv qui se fût établi dans les Anneaux Extérieurs.
« Trois autres batailles furent livrées la même nuit, Reine des Objets perdus et trouvés, dit Komena. »
Les images défilèrent rapidement dans mon esprit, comme un souvenir partagé, sans tout à fait l’être.
Ysengral le Berceau d’Acier, le Huitième Général : un sourire édenté et un rire gloussant dissimulaient un esprit aussi acéré qu’un piège d’acier. Et des pièges, il en maniait : labyrinthes, folie et embuscades, derrière lesquelles se tenaient des soldats d’acier et des machines de guerre qui fonctionnaient grâce à la Nuit, s’en nourrissaient et la recrachaient. Des bandes interminables de morts traversaient l’Obscurité, éprouvant les défenses jour et nuit.
Ishabog l’Adversaire, le Quatrième Général : toujours en mouvement, toujours agité, une lance à la main, un chant aux lèvres et une lueur dans l’œil. Seuls les Puissants pouvaient prétendre appartenir aux Ishabog, et leur vocation était à la hauteur de leur nom : toujours un contre dix, dix contre cent, cent contre mille. Des créatures féroces faites de chair morte chassaient en meute dans les bois obscurs, avant d’être chassées à leur tour.
Radhoste le Rêveur, le Sixième Général : une couche de pierre pareille à un sarcophage, portée par des êtres figés dans l’effroi. Les yeux clos mais voyants, un esprit qui s’étendait sur des lieues et scrutait les vivants endormis et les morts. Cent batailles livrées contre l’Ennemi, comme un escrimeur sur le terrain, avançant et reculant sans cesse, toujours à la gorge, tandis que mille êtres mouraient chaque heure.
Tout cela se déroulait, toutes ces batailles se livraient.
« Rappelle à Cordelia Hasenbach qu’elle devra elle aussi livrer ces batailles si elle ne tient pas ses laquais en laisse, siffla Komena à mon oreille. »
Et, dans le battement de cœur qui suivit, elles disparurent. L’aube jeta un regard timide à travers les pans de ma tente. Je contemplai mes mains tremblantes, puis poussai un soupir.
Adieu, la bonne nuit de sommeil avant le départ.