Chapitre 395
« Voici la seule justice que je compte faire régner dans les vallées : une épée aux mains d’un homme juste. »
— Reine Elizabeth Alban de Callow, la Reine des Lames
La pierre frappa l’homme en pleine joue. Il hurla de douleur tandis que l’os se brisait et que le sang se mettait à couler. D’autres projectiles suivirent, pour la plupart des détritus ramassés dans la rue plutôt que des pavés descellés. Sœur Marie assistait pour la première fois de ses propres yeux à une lapidation, même si certains des textes sacrés les plus anciens évoquaient cette pratique dans des circonstances précises : autrefois, les traîtres de Salamans avaient été traités de la sorte, à l’époque reculée où la Confédération d’Arlesen existait encore et où les Gigantes tentaient parfois de ramener à la raison leurs esclaves évadés en rébellion. Sœur Marie estima qu’on pouvait soutenir qu’en ces temps troublés, un nordien à Salia était assez proche d’un traître pour que… la chose ne fût pas sans précédent.
« Je vous en prie, supplia l’homme. Je ne suis même pas lycaonais, c’est un… »
Une boule de glace lancée à toute volée coupa court à ses paroles. Sœur Marie avait-elle aperçu une dent ? Difficile à dire : les torches ne projetaient qu’une lumière vacillante, et les cris de la foule distraient. Il y avait fort à parier que l’homme n’était effectivement pas lycaonais : il n’était certes pas le premier à porter un nom vaguement nordien qu’on traînait hors de sa boutique ce soir-là pour le livrer au jugement de la foule. Mais cela importait peu. Le sermon de la jeune prêtresse avait attisé une frénésie parmi l’étrange centaine de Saliens qui fréquentaient régulièrement son temple, et rien ne pouvait l’apaiser facilement. Frère Rémi, qui se tenait entre elle et les Saints, avait été catégorique : il ne fallait rien dire qui pût tempérer la juste colère du peuple contre la tentative de la princesse Hasenbach de se faire reine.
« Procer n’est pas un royaume ! cria Sœur Marie sous les acclamations de la foule. C’est une assemblée des plus hauts dignitaires aux yeux des Cieux, et que tous les tyrans… »
Son regard fut attiré par un éclat qui tournoyait. Elle se retourna, surprise, et vit un homme à la peau sombre rattraper une pièce d’une main ouverte. La foule s’était écartée autour de lui sans même s’en rendre compte, comprit Sœur Marie. Comme un banc de petits poissons autour d’un plus gros. Des yeux calmes se posèrent sur les siens, sereins au milieu du chaos hurlant. Un battement de cœur plus tard, une brûlure de Lumière aveuglante la traversa et une douleur fulgurante lui transperça le crâne, puis elle ne sentit plus rien. Le cadavre décapité de Sœur Marie s’effondra au sol, tout ce qui se trouvait au-dessus du cou réduit en cendres.
« Dispersez-vous », ordonna d’un ton égal le Chevalier Blanc à la foule.
Louis de Sartrons découvrit, à sa grande surprise, que le travail de terrain lui avait manqué. Il ne se considérait pas comme un sentimental, mais il éprouvait un étrange plaisir à s’occuper lui-même des tâches nécessaires. Comme se limer un ongle, songea-t-il, ou se faire craquer une articulation. L’homme qui lui faisait face, dans la pièce sombre, était réveillé, mais la cagoule qu’on lui avait mise avait suffi à le réduire au silence pour l’instant. L’agent des Lettres d’Argent croyait peut-être même qu’en gardant son calme, il pourrait retracer son chemin jusqu’à cette planque. Si c’était le cas, le chef du Cercle des Épines saluait son dévouement. Non que cela lui servît à grand-chose.
« Allez-y », ordonna Louis.
L’un de ses assistants arracha la cagoule, révélant le visage quelconque d’un homme d’âge mûr aux boucles blondes luxuriantes. L’espion cligna des yeux, ébloui par le retour soudain de la vue, mais il ne distinguait pas grand-chose : entouré d’orbes de lumière magique, il était ligoté et assis sur l’unique îlot de lumière de la salle d’interrogatoire. Louis, lui, resterait dans l’ombre, réduit à une voix, jusqu’à ce qu’il en décide autrement.
« Vous faites une putain d’erreur, qui que vous soyez ! lança l’espion.
— Ma mère, dit Louis d’une voix sèche comme la poussière, était une chasseuse d’un grand talent. Cerfs, sangliers… même des oies et des cygnes, chez nous, sur les rives du lac Artoise. Elle tenait à ce que j’apprenne, mais je n’ai jamais réussi à partager son enthousiasme pour cette activité. »
« On remarquera mon absence, dit l’homme, la peur commençant à prendre le dessus sur la colère dans sa voix.
Il n’arrivait jamais rien de bon aux hommes ligotés dans des pièces sombres à qui l’on racontait des histoires nostalgiques.
« Si vous me rendez aux miens, j’essaierai de plaider en votre faveur, poursuivit l’espion. Sinon, ils vous mettront en pièces, je me fiche de votre naissance. Je suis une Lettre d’Argent… »
« Nous le savons », acheva l’un des assistants de Louis, derrière le prisonnier.
« Alors, qu’est-ce que vous voulez ? » siffla le prisonnier.
« De vous ? répondit Louis. Rien que vous ne finissiez par nous donner. »
Il se leva lentement, puis jeta un coup d’œil sur le côté. Le Cercle disposait d’un vaste choix d’outils, ses installations en ville étant bien équipées.
« Mais il y a une chose pour laquelle je remercie encore ma mère de m’avoir insisté, médita tout haut Louis de Sartrons. Elle était vieux jeu et exigeait que je dépouille et découpe moi-même mes prises, au lieu de laisser un domestique le faire à ma place. »
Ses doigts se refermèrent sur le couteau à dépouiller, élégamment incrusté d’argent.
« Écoutez, je suis prêt à parler, dit précipitamment l’espion. Dites-moi simplement ce que vous voulez savoir et… »
« Vous ne savez rien d’important, dit l’assistant. Vous n’êtes qu’un parasite au sein de la bande de bêtes de Balthazar. »
« Alors, qu’est-ce que vous voulez ? » demanda désespérément l’espion.
« Que vous hurliez assez fort pour que les autres prisonniers nous entendent », répondit tranquillement Louis.
Sa mère avait vraiment été bonne de veiller à ce qu’il apprenne tôt à manier un couteau avec précision. Et à s’en servir, aussi : entre un cerf et un homme, la différence était étonnamment mince.
Du moins sous la peau.
« Qu’est-ce qui fout le bordel ? » cria le prince Arsene du haut de son cheval.
Balthazar Serigny réprima un rictus. L’homme avait insisté pour venir, mais avait à peine quitté les jardins du palais qu’il s’était mis à se plaindre de tout et de rien. Le grand maître-espion glissa discrètement un couteau dans la longue manche de son manteau et se fraya un chemin à pied, bousculant les soldats devant lui pour atteindre le début de la colonne. Une fois arrivé, il n’eut toutefois aucune difficulté à comprendre ce qui se passait. Ceux qui leur barraient le passage formaient une troupe hétéroclite, assemblage disparate d’armes et d’uniformes — quand ils en avaient. On y trouvait des gardes de la ville de Salia et des soldats de la garnison, mais aussi des civils : beaucoup de vétérans lycaonais, âgés et blonds, qui s’étaient tirés du lit pour gagner les rues au nom de l’un des leurs. La loyauté que Hasenbach inspirait encore aux siens, même après les avoir abandonnés aux loups, était franchement troublante. Quelques jeunes gens portant des armes et des armures ouvragées, manifestement de haute naissance, peut-être même de lointains membres de la famille royale, s’étaient eux aussi rassemblés avec un courage tout à fait galant. C’étaient de loin les plus bruyants. Leurs défis lancés aux soldats que le prince Arsene de Bayeux était censé commander — mais qui obéissaient en réalité au capitaine Julien, aux ordres de Balthazar — étaient aussi fanfarons qu’invraisemblables, comme le voulait la coutume alamane.
Le maître-espion fut malgré lui impressionné par la jeune femme qui affirma sans détour qu’elle les tuerait tous avec un demi-glaçon, d’une seule main, s’ils osaient avancer d’un pas.
Il n’empêche, c’était une perte de temps, et le temps était son adversaire le plus dangereux, à présent. Chaque instant qui passait laissait le vieux salaud de Simon en liberté dans la capitale plus longtemps, et augmentait les chances qu’il ait retrouvé Hasenbach. Balthazar avait déjà estimé l’homme moins haut encore après son incapacité à déceler une conspiration d’une telle ampleur parmi les Saints, mais nul ne pouvait nier que la Société sainte comptait de nombreux amis et repaires en ville : si frère Simon mettait la main sur la sauvage, le coup d’État ne s’en remettrait probablement pas. Il n’était donc pas question de perdre du temps à ménager ces imbéciles, qui avaient dressé une barricade de bric et de broc en travers de la rue, bloquant le passage aux quelque trois mille hommes que les conspirateurs avaient réunis pour étouffer dans l’œuf toute chance de fuite pour Hasenbach. Ils étaient quelques centaines tout au plus et seraient balayés en quelques instants si les épées entraient en jeu. Le chef des Lettres d’Argent repoussa l’un de ses propres soldats, qui restait planté là sans savoir quoi faire tandis qu’on l’injuriait. Cette foutue garnison de Salia n’avait aucune colonne vertébrale, et à peine plus de fierté. L’ancien fantassin s’avança vers la barricade et éleva la voix.
« Au nom de la plus haute Assemblée, je vous ordonne de vous disperser ! cria Balthazar. Vous vous rendez complices de trahison et d’hérésie en nous barrant la route. »
Quelques-uns hésitèrent, car les deux crimes qu’il avait nommés étaient passibles de la peine capitale, et l’on se montrait généralement généreux quand il s’agissait de distribuer la mort pour les éradiquer. Un vieil homme hirsute et barbu — ivre, à en juger par son allure — franchit la barricade, un simple couteau long à la main.
« Escroc, dit-il d’un fort accent lycaonais. Escroc et serviteur d’escrocs. Hannoven est tombée pour toi, et maintenant tu lui plantes un couteau dans le dos. »
« Vous n’aurez pas d’autre avertissement, cria Balthazar en l’ignorant pour s’adresser à la foule.
« Que l’aube ne se lève pas ! » hurla le vieil homme, et des centaines de voix reprirent ses paroles.
Quels imbéciles. Ils chargèrent depuis la barricade. Balthazar battit précipitamment en retraite en ordonnant à grands cris de former un mur de boucliers, et le massacre commença.
Francesco serra les dents et frappa de nouveau, jusqu’à ce que les volets de bois cèdent enfin. Les autres poussèrent des cris de joie, et Anselme l’aida à dégager les débris avant de passer par la fenêtre. Quelques instants plus tard, l’autre homme ouvrit la porte de l’intérieur, et ils entrèrent tous dans la boutique. Quelques-uns cherchèrent des pièces que le marchand de drap aurait pu garder, mais les pillards moins ambitieux se contentèrent d’attraper tous les rouleaux d’étoffe et les tapisseries exposées. Tout cela était un péché, Francesco le savait, mais la vertu ne remplissait pas les estomacs. Cette jolie tapisserie illustrant des vers du Livre de Toutes Choses, en revanche, le pourrait peut-être ; aussi, malgré sa honte, la décrocha-t-il soigneusement avant de la plier sous son bras. Au bruit de déchirure qui retentit à côté de lui, tous ses compagnons n’avaient pas pris autant de précautions. Quel gâchis.
« Lâchez tout ! lança une voix de femme. Ou vous ne sortirez pas vivants d’ici ! »
Il se retourna et vit que la marchande de drap était sortie de l’arrière-boutique. Elle était corpulente et avait largement dépassé la cinquantaine ; la voir brandir une fine épée de duelliste en chemise de nuit était plus risible qu’inquiétant.
« On prendra aussi l’épée, merci ! » ricana Alessandra en se moquant de la femme qu’ils dévalisaient.
Il fréquentait une bande de durs, ces derniers temps, mais avec un crime à son actif, la garde de la ville le chassait chaque fois qu’il essayait d’assister aux distributions d’aumônes du Premier Prince. Avec qui d’autre aurait-il pu traîner, s’il ne voulait pas mourir de faim ou de froid dans la rue ? Du coin de l’œil, Francesco aperçut un éclat et vit une pièce s’élever en tournoyant. Elle tourbillonnait si haut et si élégamment qu’elle aurait dû toucher le plafond ; pourtant, elle disparut. Une silhouette encapuchonnée s’appuyait contre le chambranle derrière eux, mais Francesco la remarqua à peine : celle qui avait lancé la pièce se déplaça comme le vent, et la tête d’Alessandra roula sur le sol. L’homme — car Francesco voyait à présent qu’il s’agissait bien d’un homme — s’arrêta pour regarder Anselme, puis le tua à son tour.
Un seul coup d’épée longue, voilà tout ce qu’il fallut. Tandis que les pillards prenaient la fuite, l’inconnu recommença encore et encore. Un regard, un coup, une mort. La marchande de drap s’était pissé dessus à cette vue, mais Francesco pouvait difficilement la juger, puisqu’il avait fait de même. L’homme se tourna enfin vers lui. Grand, la peau sombre, il croisa les yeux de Francesco par pur hasard. Il y vit une pièce d’argent tournoyer, frappée d’épées croisées sur une face et de lauriers sur l’autre. Puis la vision s’évanouit, et il revint à lui, comprenant que ce n’était là qu’un aperçu de la folie. L’épée de l’inconnu reposait contre son cou ; il en tapota doucement la lame du plat.
« Changez de vie, dit le Chevalier Blanc. Tant qu’il en est encore temps. »
Puis il s’écarta, et Francesco tressaillit, s’attendant à ce que l’homme change d’avis ou mette fin à quelque jeu cruel. Mais l’inconnu se tourna plutôt vers la marchande de drap, qui était tombée à genoux et avait lâché son épée, tremblant de terreur.
« Vous avez raison d’avoir peur, dit froidement l’inconnu. Ils voient tout. »
Un éclair de lumière jaillit, et le cadavre calciné de la marchande retomba en arrière, la moitié de son visage se dispersant en cendres. L’homme jeta un dernier regard autour de lui avant de quitter la cour des supplices, suivi sans un mot par la silhouette encapuchonnée.
Francesco vomit et manqua de s’étouffer dans les immondices, car il pleurait de soulagement.
« Intéressant », dit Louis de Sartrons en se lavant les mains dans une bassine.
Il les essuya avec un linge de soie qu’il posa de côté. Il reporta toute son attention sur la femme près de lui et le compte rendu qu’elle venait de réciter de mémoire. Elle avait un don prometteur pour retenir les choses sans notes, mais Louis n’était pas en mesure de lui décerner officiellement une récompense. S’il s’avérait que les Lettres d’Argent n’avaient pas été utilisées par une puissance étrangère, ses enlèvements et la torture de leurs membres, qu’il avait ordonnés, seraient considérés comme un grave dépassement du mandat du Cercle. Dans ce cas, il confesserait avoir abusé des ressources de l’organisation par profonde loyauté personnelle envers Cordelia Hasenbach, et en assumerait l’entière responsabilité. Pour préserver cette fiction, toutefois, il fallait qu’il donne l’impression d’avoir agi seul, à l’insu de ses pairs. Une récompense consignée dans les registres ferait plutôt tache.
« Il semble que les Lettres d’Argent aient commencé à démasquer l’infiltration de Praes il y a cinq mois, dit son assistante. L’interrogatoire d’un espion capturé leur a fourni des renseignements qui les ont menés à plusieurs planques, dont deux où ils ont trouvé des parchemins et de la correspondance. Balthazar Serigny aurait accordé une grande attention personnelle aux découvertes de la seconde. »
« Et nous avons laissé passer des opérations d’une telle ampleur ? » Louis fronça les sourcils. « Comment ? »
« De tous ces agents, nous ne connaissions que les deux Yeux de l’Empire de la maison close de Madame Soucillon. Leur capture et leur mort ont toutefois été déguisées en affaire criminelle, si bien qu’elles n’ont éveillé aucun soupçon, répondit la femme. Pour le reste, les Lettres d’Argent semblent avoir découvert une véritable filière d’espionnage praesienne qui nous était inconnue. »
Que le Bâtard n’ait pas transmis dès que possible au Cercle des Épines toutes les informations liées à l’Empire de l’Effroi était impoli, mais pas franchement condamnable. On pouvait arguer que l’incapacité du Cercle à débusquer les Praesi avait dégagé les Lettres d’Argent de leurs obligations, et cet incident, à lui seul, ne suffisait pas à justifier l’attaque que Louis avait ordonnée contre elles. Mais, comme il l’avait dit plus tôt, c’était un détail intéressant.
« Faites surveiller immédiatement tous les infiltrés praesiens connus ou soupçonnés de se trouver en ville, finit par dire Louis de Sartrons. Et il est temps de déployer tous nos… moyens d’acquisition. »
« Monsieur ? » murmura-t-elle, l’air surpris.
« Trouvez-moi quelqu’un qui ait eu vent du contenu de la correspondance que le Bâtard a récupérée, ordonna le maître-espion. La douceur et la discrétion ne sont plus de mise. »
« Les coupe-feu sont prêts ? » demanda Balthazar.
Le vent s’était levé, mais selon les critères de l’hiver salien, la nuit restait plutôt douce. Le grand tueur savait qu’il fallait agir sans tarder pour abattre Hasenbach, mais il n’avait nullement l’intention de réduire toute la capitale en cendres. La princesse Malanza lui saurait peut-être gré de ce qu’il avait fait, mais elle devrait tout de même ordonner son exécution pour apaiser la foule. Comme il n’était pas stupide, il avait fait creuser des coupe-feu autour des quartiers huppés et amener de grandes quantités de neige pour empêcher les incendies qu’on s’apprêtait à déclencher de se propager. Cela suffirait probablement. Avec un peu de chance, il neigerait même dans la nuit ou au matin, et les braises seraient étouffées.
« Ils le sont, confirma le capitaine Julien. Êtes-vous certain que ce soit prudent, monsieur ? Beaucoup de membres de la famille royale ont des hôtels particuliers dans ce quartier. Ils risquent de ne pas apprécier de rentrer chez eux et de trouver des cendres plutôt qu’un joli salon. »
« Nous traversons des temps difficiles, Julien, dit doucement Balthazar. Et nous avons confirmé que le Premier Prince Cordelia a chargé des mages d’invoquer des démons quelque part dans les quartiers, afin de reprendre la ville. Le rituel doit être interrompu, quel qu’en soit le prix. »
L’autre homme n’en crut pas un mot, mais il était assez sage pour garder le silence. En vérité, même si les gens instruits jugeraient l’accusation extravagante, Balthazar n’avait pas choisi ce prétexte au hasard. Peu de Procerans connaissaient la magie, et tout le monde savait que Hasenbach avait fait renaître les arts magiques en fondant son Ordre du Lion Rouge. La grande majorité de la Principauté, qui ne savait presque rien de la sorcellerie, trouverait l’histoire assez crédible. Quant aux gens instruits, ils savaient qu’il ne fallait pas s’en prendre à une Première Princesse largement populaire, qui disposait d’une grande influence au sein de la plus haute Assemblée et du soutien enthousiaste de la Maison de la Lumière.
« Soit, dit le capitaine Julien en murmurant « Que les dieux nous protègent tous » dans sa barbe.
Malgré ses hésitations, il ne tarda pas à faire allumer les feux. Balthazar avait ordonné qu’on commence par les quartiers les plus au nord et qu’on progresse vers le sud, pour faire sortir Hasenbach si possible : mieux valait encore la faire prisonnière que la tuer, mais pas au point de laisser passer une occasion de lui décocher une flèche. Les quartiers huppés avaient des égouts, surveillés par ses hommes, et des soldats et des gardes tenaient toutes les issues. Une femme que l’on soupçonnait d’avoir la jambe cassée ne pouvait pas se dérober au piège. Les torches touchèrent les fagots imbibés d’huile, qui s’embrasèrent et gagnèrent l’hôtel particulier voisin. Tandis que le feu crépitait gaiement, Balthazar le Bâtard sourit : il aurait la sauvage enchaînée avant l’aube, même s’il devait fouiller chaque foutue rue.
La lieutenante Pauline avait la nausée depuis près d’une demi-heure, et se vider l’estomac n’y avait absolument rien changé. Elle était garde de la ville, se répétait-elle ; elle n’était pas censée gérer ce genre de désastre. Au moins deux cents cadavres jonchaient la rue où les « autorités » s’étaient affrontées aux « rebelles ». La plupart appartenaient à ces pauvres bougres qui s’en étaient pris aux soldats de la garnison commandés par Julien, armés à peine mieux que le premier voyou venu. Le mur de boucliers les avait fauchés comme du blé, mais un bon nombre avaient obstinément continué à avancer. Quelques vieux vétérans et soldats de la garnison restés fidèles aux loyalistes avaient tenté de former leur propre mur de boucliers, mais le capitaine Julien avait amené des archers, et les rebelles ne disposaient pas d’assez de boucliers pour essuyer une salve organisée, de près ou de loin.
Tout cela avait tourné au massacre, et l’odeur lui restait à présent dans le nez et la bouche, même lorsqu’elle se couvrait le visage d’un linge et se tournait à contrevent. Dieux, si seulement elle n’avait pas aimé la décoction de pavot. Si ses dettes n’avaient pas été si lourdes, les Lettres d’Argent ne l’auraient jamais… Peu importait. Elles étaient aussi lourdes que possible, et elle devait de l’argent aux pires individus. Hasenbach avait été assez bonne envers les habitants de la capitale, mais pas assez sainte pour que Pauline sacrifie sa propre vie pour le Premier Prince. À sa connaissance, il n’y avait pas un seul saint à Salia, et une femme devait prendre soin d’elle-même quand les choses tournaient mal. Elle aurait seulement voulu que cette puanteur s’en aille.
« Empilez les corps correctement ! cria-t-elle à travers le linge. Il faut que les charrettes puissent passer pour les emporter. Et vous autres, qui restez plantés là, vous pourriez filer un coup de main, putain ? »
Seuls ses propres gardes obéirent. Les soldats et les fantassins qui traînaient — probablement des Lettres d’Argent — l’ignorèrent complètement. Comme ils représentaient la moitié des quelque cent hommes qu’on lui avait laissés, il n’était pas étonnant que cette boucherie n’en finisse pas. Même si ces foutues charrettes finissaient par arriver, il faudrait attendre que les tripes et les cadavres cessent d’obstruer la rue. Le Bâtard dirigeait ce coup d’État, apparemment, et il ne lui avait pas fait assez confiance pour laisser ses gardes s’occuper seuls de la besogne. Soit. Mais il aurait au moins pu lui laisser autre chose qu’une bande de foutus guetteurs, s’il voulait que la rue soit assez propre pour ne pas ressembler à un abattoir au petit jour.
« La moitié d’entre eux n’étaient même pas armés », dit calmement une voix d’homme.
La lieutenante Pauline manqua de bondir hors de sa peau. Celui qui venait de parler était un grand étranger, mais bien habillé. Probablement l’un des hommes de Balthazar, s’il avait traversé les autres barrages sans encombre. Peut-être saurait-il quand les charrettes arriveraient. Pauline remarqua alors la femme encapuchonnée à ses côtés, dont elle apercevait des fragments de masque dans l’ombre. Oui, c’étaient sans doute des espions.
« Ils étaient assez armés, grommela Pauline. Et vous avez la critique facile pour l’un des leurs, je trouve. »
« Je ne juge pas, répliqua l’homme à la peau sombre. Le jugement a pourtant été prononcé à votre encontre. »
« Vous n’êtes pas un des hommes de Balthazar, dit la lieutenante Pauline, le ventre noué.
« Non, dit le Chevalier Blanc. Mais je pense que nous nous rencontrerons le moment venu. Je marquerai les personnes absoutes, Antigone. Pour les autres, faites comme bon vous semble. »
La femme inclina sa tête encapuchonnée tandis que le vent se levait soudain. La dernière chose que Pauline vit, ce fut une lame qui brillait comme le soleil.
« Et vous êtes absolument certain, dit Louis de Sartrons, que le parchemin parlait des limites de l’Augure ? »
« Oui, répondit le prisonnier aux cheveux noirs. Je n’ai vu qu’une partie du parchemin, mais il prétendait contenir les réflexions du Seigneur Charogne en personne sur la question. »
Voilà donc le piège que la Tour avait tendu. Il avait été conçu avec assez d’astuce pour impressionner le maître-espion émacié, devait-il reconnaître. Si le parchemin avait été découvert lors de la première opération des Lettres d’Argent, Balthazar aurait compris qu’il s’agissait d’un appât. Au lieu de quoi, l’autre maître-espion avait connu une ascension progressive et grisante : des informations qui en révélaient d’autres, des opérations réussies sans jamais être trop faciles, jusqu’à ce qu’il mette la main sur tout un amas de documents compromettants, dont ce parchemin. Serigny avait sans doute eu quelques doutes lui aussi, mais il avait fini par décider que même l’Empire n’était pas assez impitoyable pour sacrifier près d’une centaine d’espions et d’agents uniquement pour transmettre des renseignements à quelqu’un. Il n’avait jamais vraiment compris les Yeux de l’Empire, pas vrai ? Oh, Balthazar avait parfois contrecarré leurs plans, mais il y avait une raison pour laquelle les pions de la Tisseuse de toiles revenaient à Louis et à ses pairs, et non au Bâtard. Balthazar pouvait se montrer rusé à l’occasion, mais il était habitué aux manœuvres du flux et du reflux : les alliances changeantes et les secrets, les procédures et les précédents labyrinthiques de la plus haute Assemblée, accompagnés de chantage et d’assassinats occasionnels.
Et la Tour avait bel et bien recours à ces méthodes. Mais la Tour était une bête maudite qui se dévorait la queue ; aucun stratagème n’était trop impitoyable pour elle. Pire encore, après que le Scribe et la mystérieuse dame Ime eurent arraché les rênes des mains de leurs prédécesseurs, elles avaient prouvé qu’elles étaient d’une habileté exquise dans ce jeu. Certaines des manœuvres qui avaient délogé les agents du Cercle à Mercantis avaient été exécutées avec une telle maîtrise que Louis, en lisant les rapports, en avait été davantage admiratif que furieux. Sous la direction de ces deux femmes, les Yeux de l’Empire étaient devenus les égaux du Cercle des Épines en tout point. Louis avait un grand respect pour cette organisation, qu’il étudiait depuis des décennies : tout portait ici la marque caractéristique d’une conspiration praesienne. De tout temps, les Praesi avaient préféré financer et renforcer des traîtres locaux plutôt que d’introduire leur propre complot, quand c’était possible. Sous l’impératrice de l’Effroi Malicia, l’Empire avait à maintes reprises transformé ses richesses en poison coulant dans les veines de la Principauté, et cette affaire ne faisait pas exception.
Pourtant, quand les rapports de l’autre ordre commencèrent à affluer, ce qui était clair jusque-là se brouilla.
« Pardonnez-moi, dit Louis. Je ne suis pas certain d’avoir bien entendu. »
« Ils s’entretuent, monsieur, répondit l’assistante. Ce n’est pas une coïncidence : nous avons confirmé dix incidents distincts où des agents impériaux connus ou soupçonnés se sont affrontés. »
Une lutte de factions au sein des Yeux ? On disait que le Chevalier Noir et l’impératrice de l’Effroi avaient rompu leurs liens, mais le Cercle en doutait, faute de conséquences concrètes de part et d’autre. Ce ne serait pas la première fois que ces deux-là feignaient une querelle pour attirer leurs ennemis et les tuer. Ce n’était pourtant pas impossible.
« Dans sept cas sur dix, le groupe attaqué tentait de déclencher un incendie en ville, récita l’assistante. Dans deux de ces sept cas, les assaillants ont eu recours à la magie. Les assaillants ont remporté les dix affrontements et se sont repliés. Plusieurs sont suivis. »
Les mages, songea Louis, étaient le problème. Le grand avantage des espions de Praes tenait à leur capacité de transmettre par scrutation les informations qu’ils recueillaient, ce qui compliquait grandement la tâche lorsqu’il s’agissait de déterminer si un individu suspect était réellement en contact avec ses supérieurs. C’était pour cette raison que les Yeux protégeaient si soigneusement l’identité de leurs mages en Procer, préférant souvent sacrifier tout un groupe d’espions sur le terrain plutôt que de mettre en danger cet élément plus important. Deux avaient déjà été démasqués ce soir, et d’autres pourraient suivre. Cela signifiait que, quoi qu’il en soit, ce stratagème valait la peine de brûler ces agents et potentiellement une part considérable des Yeux de l’Empire à Salia — sinon dans tout Procer.
Ou bien, dut-il admettre avec amertume, il y avait bel et bien des luttes intestines au sein des Yeux. Entre l’impératrice et le Seigneur Charogne, ou, plus concrètement, entre dame Ime et le Scribe. On disait que la première ne quittait jamais la Tour, à supposer qu’elle existât vraiment, mais l’autre… Elle aurait séjourné dans les provinces centrales par le passé, selon des informations jugées peu fiables. Il n’était pas impossible qu’elle se trouve à Salia en ce moment même. Un camp essayait d’allumer des incendies, l’autre de les empêcher. L’incendie volontaire ne pouvait pas, à lui seul, représenter le risque : vu le chaos qui régnait dans la capitale, il serait presque impossible d’imputer sérieusement les incendies à Praes. Pas alors que la bande de pions de Balthazar en déclenchait déjà allègrement sans qu’on le lui demande.
« Les émeutes vont s’aggraver si les incendies prennent de l’ampleur, dit Louis en fronçant les sourcils, à voix haute. Celles des partisans du Premier Prince comme celles des conspirateurs. »
Plus précisément, celles de la Maison de la Lumière, qui savait mieux que quiconque attiser la colère du peuple. Cela dit, Cordelia Hasenbach avait des amis à Salia et restait populaire auprès de la population — en particulier parmi les soldats, retraités ou non, mais aussi parmi les artisans et les pauvres.
« De vrais combats ont éclaté entre nos hommes et les Lettres d’Argent, précisa son assistante. Ainsi qu’entre les Yeux et les Lettres d’Argent, mais c’est rare et nous pensons qu’il pourrait s’agir d’accidents. »
Le regard de Louis de Sartrons s’aiguisa.
« Où ? demanda-t-il. Où les Yeux et les Lettres s’affrontent-ils ? »
Il fallut réclamer les détails, mais une idée venait de jaillir, et il la suivit lentement jusqu’à sa conclusion. Comme toujours, le diable se cachait dans les détails. On pouvait raisonnablement supposer qu’il y avait à présent quatre groupes d’espions à Salia : les Lettres d’Argent, le Cercle des Épines, et ce qu’on pourrait appeler les incendiaires praesiens et les hacheurs praesiens. Les hacheurs, justement, étaient la clé. À mesure que les descriptions se confirmaient, il apparaissait qu’ils étaient nettement moins nombreux que les incendiaires — on le savait parce que certaines de leurs équipes d’exécution avaient été aperçues à plusieurs reprises.
Les incendiaires praesiens se faisaient méthodiquement éliminer par les hacheurs avant de pouvoir mettre le feu à des quartiers vulnérables où les flammes risquaient de se propager facilement. Or, les hacheurs n’intervenaient pas quand les Lettres d’Argent affrontaient les incendiaires, mais ils avaient eux-mêmes attaqué plusieurs planques des Lettres d’Argent. Ce qui signifiait que les « hacheurs » praesiens tentaient d’empêcher les « incendiaires » de mener à bien un complot, tout en cherchant probablement à s’emparer d’une preuve compromettante. Pendant ce temps, les Lettres d’Argent étaient attaquées de toutes parts, y compris par les éléments les plus martiaux du Cercle, et ripostaient à l’aveuglette.
Les hacheurs étaient chargés de contenir et d’étouffer dans l’œuf un complot que quelqu’un avait manifestement jugé malavisé. Vu leur petit nombre, leur efficacité, leur coordination étrangement experte et leurs attaques précises contre les planques des Lettres d’Argent, Louis croyait savoir qui les dirigeait. Il fit apporter son manteau et préparer une escorte pour le conduire aux Horizons Lugubres. Les autres membres du Cercle seraient partis depuis longtemps, mais ce n’était pas eux qu’il avait l’intention de rencontrer.
« Monsieur, demanda son assistante tandis qu’on le conduisait vers la sortie, j’ai fait préparer une pièce comme vous l’aviez ordonné. À qui dois-je dire aux guetteurs de s’attendre ? »
« Oh, dites-leur que c’est une vieille amie, répondit Louis de Sartrons avec un sourire. Mais je pense qu’elle entrera sans qu’on ait à l’inviter. »
Les princes cédaient, et Balthazar pouvait presque goûter la victoire dans l’air.
Les deux derniers membres de la famille royale qui n’étaient pas déjà à la plus haute Assemblée avaient envoyé des messagers pour annoncer qu’ils ne viendraient pas siéger, et qu’ils se déplaceraient avec leur suite, vu le désordre qui régnait en ville. Ils avaient exigé que le blocus s’écarte à leur arrivée pour les laisser passer, et Balthazar avait accepté — à condition qu’ils viennent seulement à pied ou à cheval et que chacun soit fouillé avant de passer. Ils étaient désormais assez désespérés pour que ni le prince Renato de Salamans ni le prince Ariel d’Arans n’aient même mentionné que le chef des Lettres d’Argent mettait le feu au quartier où se trouvaient leurs propres hôtels particuliers. Ils avaient compris que la cause était perdue et se rangeaient dans le rang. Le capitaine Julien s’était opposé à ce qu’on laisse leurs suites entrer en ville, mais elles comptaient moins de deux mille hommes en tout ; Balthazar n’était donc pas d’accord. C’étaient certes des soldats d’élite, mais ils ne pouvaient s’emparer de la ville si peu nombreux. S’ils prenaient le palais, ils pourraient peut-être le tenir face à des forces supérieures, mais Balthazar avait ordonné qu’on n’y laisse entrer que vingt soldats par prince, et que toute tentative d’en faire entrer davantage soit réprimée par la violence.
Comme les soldats des conspirateurs se trouvaient pour l’instant du bon côté des murs et des portes, les deux princes n’auraient tout simplement pas la force de prendre le palais à l’épée, même s’ils concluaient une alliance improbable. Et quand bien même ils y parviendraient par miracle, ils ne pourraient pas le défendre : les domestiques du palais avaient peut-être apprécié Hasenbach, et certains s’étaient même opposés à sa prise de pouvoir, mais Balthazar avait placé des Lettres d’Argent parmi eux. Elles ouvriraient des passages secrets si le palais devait être repris. Tandis qu’un autre hôtel particulier partait en fumée, l’homme au visage féroce attendait au bord de la chaleur du brasier des nouvelles du palais. À présent, les Saints et la princesse Clotilde auraient dû couronner leurs princes de paille, et les décrets pouvaient commencer à être promulgués pour de bon. La déposition de Cordelia Hasenbach serait probablement la première. Les soldats avaient commencé à empiler le bois contre les murs d’un autre hôtel particulier, tandis qu’un autre détachement fouillait rapidement les domestiques et les petits nobles sortis du précédent avant de les envoyer vers le sud par petits groupes. C’est alors que le messager arriva. Balthazar reconnut l’une de ses propres Lettres d’Argent : Rosalie. Une personne peu agréable, mais absolument sans scrupules, et donc fiable pour tous les types de missions.
« Ai-je manqué l’élection de Rozala Malanza au poste de Première Princesse ? » demanda Balthazar, amusé.
La femme rousse grimaça.
« Non. La plus haute Assemblée ne s’est même pas encore officiellement réunie », répondit-elle.
Pour une fois, il fut davantage stupéfait que furieux. Pendant un instant, du moins, puis la colère reprit ses droits.
« Quoi ? siffla Balthazar. Ils sont tous ivres ? Cela fait presque une cloche, qu’est-ce qui peut bien prendre autant de temps ? »
« Ils ne peuvent pas entrer dans la Chambre de l’Assemblée, dit Rosalie.
Il cligna des yeux, ne sachant que répondre. Un enchantement avait-il été placé sur le seuil ?
« Ils n’ont pas la clé, expliqua-t-elle. Il n’y en avait qu’une, et elle était entre les mains du Maître des Ordres… »
« Un des hommes de Hasenbach, dit Balthazar en fronçant les sourcils.
« Personne ne le trouve, répondit Rosalie. Il a dû fuir le palais. J’ai envoyé nos hommes à sa recherche, mais il pourrait être n’importe où, à présent. »
En théorie, c’était un revers : la plus haute Assemblée ne pouvait se réunir que dans la Chambre, et aucune motion adoptée en dehors ne serait contraignante. Mais ce n’était qu’en théorie.
« Vous me dites que personne ne peut simplement enfoncer ces portes ? gronda le maître-espion. Vu leur âge, quelques bons soldats devraient suffire. »
« La princesse Clotilde a refusé, dit sombrement Rosalie. Et les Saints l’ont approuvée. Ils estiment qu’en enfonçant les portes de la Chambre, on mettrait en doute la légitimité de l’accession de Malanza. »
« De toutes les crises de folie furieuse, jura Balthazar. »
Il demanda qu’on lui amène un cheval, puis fit appeler le prince Arsene. Cette partie de la ville était sous contrôle ; il semblait qu’on avait besoin d’eux au palais. Balthazar Serigny ferait réussir ce coup d’État, même s’il devait enfoncer lui-même ces foutues portes.