Chapitre 25
« Les grands desseins à la guerre sont vanité. La victoire revient au général qui commet le moins d’erreurs. »
— Theodosius l’Inconquis, Tyran d’Heliké
J’avais su dès le début que les ogres seraient le plus gros problème. Sans mauvais jeu de mots. En fait, je détestais plutôt les jeux de mots. Les deux principaux traités militaires que j’avais étudiés étaient l’Ars Tactica et les Praecepta Militaria, même si les Commentaires sur les campagnes du deuxième Empereur de l’Effroi Terribilis, plus courts, s’étaient révélés bien plus intéressants — et utiles — à lire. Aucun des trois n’expliquait comment s’occuper d’un dixième d’ogres en armure lourde. Le brave Terribilis avait soumis une bande de géants en démantelant les royaumes croisés, mais contrairement à lui, je ne pouvais pas me permettre d’incendier une petite ville et de tirer sur tout ce qui en sortait en rampant.
J’avais demandé à Noir de me trouver des manuels utilisés sous le royaume de Callow, mais il m’avait expliqué que ma patrie ne possédait rien d’équivalent à l’École de guerre. Les nobles qui souhaitaient donner une éducation militaire à leurs enfants les faisaient soit entrer dans un ordre de chevalerie, soit servir quelques années dans l’Ordre de la Main Blanche. Puisque l’Ordre avait été exterminé avec une efficacité remarquable et que les ordres de chevalerie étaient désormais illégaux à Callow, je n’avais rien à espérer de ce côté-là.
Je m’étais donc penchée sur les anciens jeux de Juniper. Après tout, elle battait Morok à chaque affrontement, et même si la Compagnie des Rats serait loin d’exécuter ses techniques avec la même précision, nous avions, en théorie, les bons outils pour les employer. En bref, elle avait manœuvré le dixième. Elle avait systématiquement attiré Morok sur un terrain qu’elle avait préparé pour transformer la grande taille des ogres en désavantage, ou carrément miné la zone avec des charges de démolition. Une fois le dixième dispersé ou à terre, elle avait fait concentrer les tirs de ses mages sur chaque ennemi jusqu’à ce qu’il soit hors de combat. Le fait que le Limier infernal n’ait jamais utilisé de bombes à fragmentation contre les ogres indiquait qu’elles ne seraient probablement pas efficaces ; j’en avais tenu compte.
C’était l’une des deux raisons pour lesquelles la Compagnie des Rats avait officiellement choisi le modèle de siège. Morok avait cru, jusqu’à récemment, que sa trahison me prendrait par surprise. Il ne s’attendra donc pas à ce que l’entrée principale soit minée. L’inefficacité supposée des autres munitions que nous pouvions déployer contre lui n’avait été qu’un appât supplémentaire pour l’inciter à nous trahir. La deuxième raison était que j’avais pu faire courir la centaine de légionnaires de la Compagnie des Loups sur la colline pour prendre les Lézards de flanc. Choisir le modèle de siège revenait à déclarer mon intention de m’en prendre à Snatcher et à ses fortifications — l’une des principales conditions que Bishara avait posées en échange de son aide contre Morok. L’autre condition était bien plus coûteuse, mais je n’aurais pas à m’en préoccuper avant un bon moment.
« Ratface, dis-je. Retourne à ta ligne. Les choses vont devenir intéressantes. »
Le lieutenant taghrébin hocha la tête, ramassa son bouclier et s’éloigna en faisant rouler son épaule pour l’assouplir. Je gardai les yeux rivés sur l’escarmouche. J’avais demandé à Pickler d’enfouir des charges de démolition sous l’entrée que Morok faisait emprunter à sa compagnie. J’avais craint qu’après s’être fait avoir par Juniper de la même façon, il n’envoie d’abord ses troupes sacrifiables — comme il le faisait justement avec un dixième d’avant-garde composé de lourds —, mais elle m’avait assuré que cela ne poserait pas de problème. Elle avait modifié les détonateurs pour qu’ils ne s’activent qu’à partir d’un certain poids : à moins d’une erreur de sa part, les charges devraient ignorer les dix premiers lourds. Je fronçai les sourcils en voyant les dix légionnaires en armure lourde ralentir à l’entrée, rengainer leurs épées et tendre la main vers… Je me levai.
« KILIAN ! hurlai-je. FEU, MAINTENANT ! »
Je vis la lieutenante rousse se tourner vers moi ; ma voix avait réussi à porter jusqu’à elle. Mais quand elle commença à incanter, il était déjà trop tard. Les lourds de Morok firent rouler des bombes à fragmentation sur le terrain miné ; les billes d’argile explosèrent un instant plus tard et déclenchèrent nos charges de démolition. Putain. Dix boules de feu filèrent dans le nuage de poussière et de pierres qui s’ensuivit, en guise de conclusion ironique : impossible de savoir si elles avaient touché quoi que ce soit. Plus important encore, le dixième d’ogres avait le champ libre jusqu’à mes mages. À l’exception de mes sapeurs, c’était de loin ma ligne la plus vulnérable. Et si les guérisseurs se font éliminer, personne ne pourra remettre mes blessés sur pied.
« Capitaine, lança une voix derrière moi. Quels sont les ordres ? »
Hakram et le reste de notre ligne étaient venus se placer derrière moi pendant que j’étais distraite. Le grand orque semblait nullement inquiet, alors que notre première ligne de défense venait littéralement de partir en fumée. Son calme apaisa mes nerfs et je pris une grande inspiration.
« Que Pickler noie la brèche sous les bombes fumigènes, ordonnai-je après un battement de cœur. Ratface et Nauk sont en position ? »
Mettre mes légionnaires en ordre de bataille sans qu’ils en aient l’air avait été délicat. J’avais placé la ligne de Ratface à gauche de l’entrée principale et celle de Nauk à droite, dans l’espoir qu’elles se referment comme une mâchoire sur les premiers soldats de la Compagnie des Lézards à passer. Kilian et ses mages se trouvaient juste devant l’ennemi, avec la ligne de Pickler juste derrière eux. J’avais gardé mes hommes en réserve pour combler les brèches ou contrer une éventuelle attaque de flanc, si l’occasion se présentait.
« Ils sont prêts, grommela mon sergent après avoir envoyé un messager à Pickler. »
Au loin, je vis les lourds de l’avant-garde sortir de la fumée, indemnes. Bon sang, Kilian n’aurait-elle pas pu en éliminer au moins un ?
« Qu’ils forment un coin, la pointe tournée vers nous, ordonnai-je. Vite. »
La zone de tir serait ainsi assez vaste pour que les mages de Kilian puissent faire des dégâts en déversant sans cesse des flammes dans la mêlée. Une douzaine de bombes fumigènes tombèrent dans la brèche au moment où je terminais ma phrase, masquant la visibilité qui commençait à peine à s’améliorer. Je regardai au-delà des limites de mon camp : alors que les lourds de Morok percutaient la ligne de Ratface, les hommes d’Aisha allaient enfin atteindre le flanc gauche de la Compagnie des Lézards. Les mages à l’arrière de sa compagnie lancèrent des boules de feu sur l’ennemi juste avant que les lignes ne se heurtent ; les fantassins de la Compagnie des Loups s’engouffrèrent dans les brèches créées par les impacts pour éventrer la formation.
Morok redéployait sa compagnie afin de protéger son flanc gauche ; une ligne se déplaçait à la hâte pour l’étendre et empêcher Aisha de l’encercler. Allez, espèce de sale bâtard. Tu sais que si Aisha réussit à te contourner, c’est fini. Envoie donc les ogres faire des dégâts dans ses troupes. Les ogres sortirent de la fumée, marteaux levés. Je fermai les yeux. Quel était son plan ? Il n’engageait pas assez d’hommes pour retenir la Compagnie des Loups plus que quelques instants. Il fonçait donc droit sur nous. Pourquoi ? C’était un connard, pas un idiot. Il ne chercherait pas à se venger au beau milieu d’une mêlée.
« Il veut le camp, capitaine, dit soudain Hakram. Il essaie de nous en chasser pour utiliser les fortifications contre la Compagnie des Loups. »
J’ouvris les yeux.
« Préparez notre ligne, grimaçai-je. Si ça tourne mal pour eux, nous intervenons. »
La ligne de Ratface peinait déjà à contenir le dixième de lourds : elle ne reculait pas, mais ne parvenait pas non plus à les repousser. Une pluie de boules de feu s’abattit sur les ogres tandis qu’ils avançaient, mais les ralentit à peine — Kilian n’avait pas pensé à concentrer ses tirs sur une seule cible. Les flammes glissèrent sur leurs plaques d’armure, puis les ogres percutèrent les lourds de Nauk. Ô cieux en pleurs. À l’orphelinat, j’avais vu un jour une fille poser une plaque chauffée sur un bloc de beurre. Voir les ogres écraser le premier rang de lourds dès leur premier coup m’évoqua étrangement cette scène. Les boucliers se brisèrent, les légionnaires tombèrent, et seule l’intervention rapprochée du deuxième rang de lourds les arrêta. Je vis Nauk recevoir un coup sur le bras qui tenait son bouclier ; même si je ne pouvais pas entendre ses os se briser d’où je me tenais, mon imagination me fournit une représentation saisissante. Le lieutenant tomba au sol en lâchant son bouclier, mais c’est alors que les choses devinrent… bizarres. Le grand orque eut un spasme, puis un deuxième, et j’entendis Hakram inspirer brusquement.
« Sergent, commençai-je, qu’est-ce que… »
Nauk poussa un hurlement à glacer le sang et se releva. Je l’avais déjà vu affronter deux légionnaires à mains nues, mais il avait alors gardé une certaine maîtrise, malgré ses rugissements. Il n’en restait rien. Il sauta sur le dos de l’ogre qui l’avait frappé, abandonna son arme et se mit à marteler à mains nues le casque du légionnaire. Dès le premier coup, ses mains ne furent plus qu’une bouillie sanglante ; la suite fut pire encore.
« Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? lâchai-je d’une voix faible. »
« Tu t’es déjà demandé pourquoi Nauk n’avait jamais été pressenti pour devenir capitaine ? demanda doucement Hakram. C’est pour ça. Il est sujet à la Rage rouge. »
« C’est un berserker ? » demandai-je.
Mon sergent secoua la tête. « Les berserkers peuvent… enfin, pas la contrôler, mais au moins la diriger. Lui, il ne le peut pas. Il continuera à se battre contre tout ce qui bouge jusqu’à tomber, ami ou ennemi. »
Comme pour illustrer ses propos, la botte blindée de Nauk percuta le visage d’un de ses propres soldats et l’envoya rouler à terre. Sa ligne était au bord de l’effondrement et d’autres lourds approchaient déjà du camp, prêts à renforcer le dixième qui bloquait mon flanc gauche.
« Nous nous en sommes bien mieux sortis contre les soldats de Juniper, remarquai-je en fronçant les sourcils. Ratface ne devrait pas s’en tirer aussi mal. »
« Ils ne nous sous-estiment plus, capitaine, grommela Hakram. Tu as pris la forteresse à forces égales, au dernier jeu. Les gens l’ont remarqué. Ils nous prennent au sérieux, maintenant. »
« Merde, lâchai-je avec émotion. Il faut limiter les dégâts. Nous allons soutenir Nauk. »
Le sergent peau-verte aboya des ordres et nous nous mîmes en marche d’un bon pas. La ligne de Pickler s’écarta en silence et je laissai la mienne prendre un peu d’avance tandis que je m’arrêtais pour parler à la lieutenante.
« Capitaine, grimaça la gobeline. J’aurais dû tenir compte des bombes à fragmentation. C’est ma faute. »
« On pourra se rejeter la faute quand tout ça sera fini, grognai-je. Ne lésine sur rien, Pickler. Je veux des bâtons lumineux et des bombes à fragmentation sur eux dès qu’ils auront rempli le coin. Attends mon signal. »
Elle hocha la tête. Je sentis Robber se glisser derrière moi avant de le voir ; je me retournai et dévisageai le gobelin de petite taille. Il me lança une bombe à fragmentation que je rattrapai de ma main libre, un sourcil levé.
« Si tu arrives à en glisser une sous l’armure, tu en élimineras un des grands, expliqua-t-il avec un sourire. Va leur montrer de quoi tu es capable, capitaine. J’ai hâte de voir le chaos. »
Évidemment. Je fus à deux doigts de lui lancer l’engin en pleine tête, mais ce n’était pas le moment de faire ma gamine. J’accélérai le pas et rattrapai ma ligne juste au moment où elle arrivait à hauteur de celle de Nauk. Je me faufilai dans une brèche avant que mes fantassins ne la comblent et fonçai droit sur l’ogre le plus proche. Était-ce bien un galon de lieutenant que je distinguais sur son épaule ? Comme d’habitude, la chance semblait prendre un malin plaisir à me pourrir la journée. Allez, Catherine. C’est comme un entraînement avec la Capitaine, sauf qu’elle ferait deux mètres de plus et voudrait vraiment me démolir. La montagne d’acier gigantesque se dirigea vers moi ; impossible de distinguer son visage sous son casque à plaques ajusté. L’ogre frappa avec une vitesse féroce, son marteau visant mon épaule en un clin d’œil. Avec calme et précaution, je reculai d’un demi-pas, hors de portée. Mon adversaire ralentit son coup en se rapprochant, et je bondis alors en avant. Tout était dans le timing, comme Noir me l’avait appris. Je me glissai sous la garde de mon ennemi et frappai le casque de l’ogre du plat de ma lame. Elle rebondit dans un tintement aigu.
Bon, ça n’a servi à rien. J’esquivai un coup de pied qui m’aurait envoyée valser, tentai de frapper l’articulation du genou, puis dus reculer pour éviter un coup de marteau maladroit. Vu la taille de l’engin, même un coup faible aurait eu assez de poids pour me mettre en pièces. Mes doigts se resserrèrent autour de la bombe à fragmentation que Robber m’avait donnée tandis que j’essayais de contourner l’ogre, évitant un autre coup de marteau de justesse. Je compris soudain que le malveillant petit sergent ne m’avait rien donné pour l’allumer. Comme si j’avais eu une main libre pour m’en servir, de toute façon. Robber, espèce de connard. Je jetai un coup d’œil à ma ligne et vis qu’elle parvenait tant bien que mal à contenir l’avancée ennemie, submergeant les ogres par le nombre, au prix de lourdes pertes. Devant moi, les mages de Kilian retardaient l’avancée de l’ennemi grâce à un flot presque ininterrompu de boules de feu, mais les lourds de Morok se rassemblaient pour former un mur de boucliers ; dès qu’ils y parviendraient, ce serait fini. Les fantassins ne pouvaient pas traverser un barrage de sorcellerie, contrairement aux lourds.
Mon manque d’attention me valut un coup de marteau à l’épaule. Le coup était tout au plus effleuré, mais il me fit tout de même tournoyer comme une feuille. Je parvins à rester debout, mais l’instant d’après, je reçus un coup de pied dans la poitrine. Je tombai à genoux et regrettai vaguement d’avoir mangé, car ma viande séchée faisait de son mieux pour remonter. Est-ce que je viens de sentir ma cotte de mailles se desserrer ?
« Très bien, râlai-je en me remettant debout. Ça suffit. »
L’ogre laissa échapper un rire métallique. Je ramassai la bombe à fragmentation que j’avais laissée tomber après le coup de pied et courus vers mon adversaire. Allez, les chances sont vraiment contre moi. Ça ne compte pas comme une Lutte ? Mon Nom frémit légèrement, mais je ne sentis aucune soudaine poussée de pouvoir. Tant pis, un filet d’énergie suffirait. Les dents serrées, je regardai le marteau se lever et comptai. Un, deux, trois pas et… le voilà. Apparemment las de jouer, l’ogre abattit son arme d’un coup qui m’aurait pulvérisé les épaules en une multitude d’éclats d’os douloureux s’il avait atteint sa cible. Mais il était trop lent. Le marteau frappa le sol un peu à ma droite et je bondis sur la poitrine de l’ogre, enfonçant la bombe à fragmentation dans l’articulation entre son cou et son épaule. Accrochée à lui pour sauver ma peau, je m’emparai de force du mince filet de pouvoir que mon Nom m’avait accordé et le poussai dans ma main. Mes doigts crépitèrent d’une énergie noire comme le poix et je frappai la bombe aussi fort que je le pus.
À vrai dire, ce n’était pas le plan le plus élégant que j’aie jamais conçu.
L’impact me projeta loin de l’ogre. J’atterris douloureusement dans la poussière, le souffle coupé et les oreilles bourdonnantes. Je souris en sentant le sol trembler, puis ouvris les yeux sur mon adversaire renversé. Tu vas avoir une sacrée commotion, mon ami, mais c’est pour ça qu’on a des guérisseurs. Je me relevai, toussai un peu de poussière et promenai un regard trouble autour de moi. Je semblais avoir atterri près du coin. Je jetai un coup d’œil à ma gauche et sentis mon sang se glacer. Je m’étais retrouvée dans le coin, compris-je. En plein milieu. Juste avant que les lourds de Morok n’avancent avec leur mur de boucliers.
« C’est leur capitaine, lança une voix de fille dans les rangs ennemis. Elle figure sur la liste des cibles prioritaires. »
La Compagnie des Rats répondit en envoyant une salve de boules de feu droit sur le mur de boucliers, même si elles étaient nettement moins lumineuses qu’au début du combat. Mes mages fatiguaient. Je crachai un morceau de pierre coincé dans ma bouche, m’essuyai les lèvres et observai le reste du combat. Le dixième d’ogres était à bout de forces, submergé par le nombre et privé de tout renfort par l’action de Kilian. Deux d’entre eux se battaient encore, mais mes légionnaires et ceux de Nauk s’agglutinaient autour d’eux au point de les empêcher presque de bouger. Il me suffisait de distraire l’ennemi assez longtemps pour qu’on les élimine.
« Par les dieux, ça fait désagréablement héroïque, marmonnai-je. »
Je pris une grande inspiration et détendis mes doigts.
« CAPITAINE MOROK ! criai-je. SORS DE LÀ, ESPÈCE DE CLOPORTE. TOI ET MOI, ICI, SUR LE CHAMP DE BATAILLE ! »
Un battement de cœur s’écoula dans le silence.
« Elle a bien frappé une bombe à fragmentation, remarqua quelqu’un à voix haute. Ça rendrait n’importe qui débile. »
Je lançai un regard offensé au jeune Soninké en question. Inutile de s’en prendre à moi personnellement. Je jetai un nouveau coup d’œil à la mêlée sur ma gauche : il ne restait plus qu’un ogre, et il était en difficulté. Allez, Morok. Tu es un fier à bras. Tu peux encore sauver les apparences en m’éliminant.
« COMPAGNIE DES LÉZARDS, EN AVANT ! » beugla le capitaine en question.
Et mon appât n’avait pas fonctionné. Bon sang, je détestais quand mes ennemis étaient compétents. Ça compliquait tout. Je pris le temps d’afficher un air de défi, puis espérai que Pickler était assez proche pour m’entendre par-dessus le vacarme du combat.
« PICKLER, MAINTENANT ! » hurlai-je.
Pendant un instant, rien ne se produisit et j’eus l’air d’une parfaite idiote, plantée devant une trentaine de lourds ennemis, l’épée tendue. Puis une douzaine de cylindres d’argile passèrent au-dessus de moi et roulèrent aux pieds de l’avant-garde de Morok. Je fermai les yeux juste avant que la lumière aveuglante ne m’atteigne, tournai les talons et détalai aussi vite que possible avant que l’ennemi ne puisse me rattraper. Quand je rejoignis ma ligne, le dernier ogre était à terre et les sapeurs de Pickler avaient lancé une salve de bombes à fragmentation dans les rangs ennemis. Je grimaçai en songeant que nous avions gaspillé au moins la moitié de nos munitions dans ce qui était censé être notre bataille la plus facile, mais je n’y pouvais rien. La Compagnie des Lézards n’aurait pas été si bien classée s’il avait été facile de s’en débarrasser. Je vis Hakram tirer un Nauk inconscient derrière nos lignes et le laisser tomber sans douceur ; lorsqu’il remarqua mon retour, il se retourna et me salua.
« Où en sommes-nous, sergent ? demandai-je à bout de souffle, rengainant mon épée avant de me mettre à couvert derrière mes hommes qui se rassemblaient. »
« Avec le reste des lourds et les cadets encore capables de se battre, nous avons de quoi tenir une bonne partie d’une ligne, grommela-t-il. »
Ça ne méritait guère le nom de bonne nouvelle, mais je m’en contenterais. Je repoussai une mèche de cheveux trempée de sueur qui s’était échappée de sous mon casque.
« Envoie un messager à Kilian, dis-je à mon sergent. Je veux que son dixième de boucliers aille soutenir Ratface. Nous devons commencer à les chasser du camp. »
« Je m’en charge. Mais ce ne sera peut-être même pas nécessaire, capitaine, sourit férocement le grand orque. La fumée se dissipe. Regarde ce que fait Bishara. »
Je regardai. Les quelques bombes fumigènes que j’avais fait jeter à l’entrée au début du combat commençaient enfin à se dissiper. La Compagnie des Loups avait contourné le flanc étendu de Morok avec un mépris presque désinvolte, retourné toute une ligne et utilisé l’élan pour pousser l’autre droit sur les pieux qui entouraient mon camp. La Compagnie des Lézards avait envoyé un autre dixième dans la mêlée pour tenter de sauver la situation, mais elle s’effondrait déjà sous la pression. D’un instant à l’autre, les Loups atteindraient les arrières des lourds de Morok alors qu’ils tentaient de franchir mon coin.
« Il ne peut pas renverser la situation, compris-je. Il doit battre en retraite, ou il est éliminé. »
Les conditions d’élimination d’une compagnie étaient très simples : il fallait soit mettre hors de combat tous ses officiers de rang lieutenant ou supérieur, soit huit soldats sur dix. La Compagnie des Rats avait réussi, de justesse, à éliminer une ligne. Les légionnaires d’Aisha en avaient fait autant à deux autres et s’attaquaient déjà à une troisième. Si Morok ne se retirait pas immédiatement, les Lézards risquaient l’élimination par le nombre. C’était précisément ce que je voulais, en fait. Le nombre de prisonniers et de blessés ennemis que cette escarmouche allait produire était si élevé que les effectifs nécessaires pour les surveiller seraient une véritable entrave. Nous ne pourrions ni déplacer autant de monde rapidement et facilement, ni les enfermer dans une forteresse défendable. Il fallait briser les Lézards ici et maintenant, ou ils me laisseraient un carnage à gérer.
Morok sembla partager mon analyse. Sa compagnie sonna la retraite, tandis que le dixième aux prises avec Ratface peinait encore à se replier en bon ordre. J’ordonnai aussitôt à ma ligne d’avancer et fis signe à celles de mes anciens capitaines de faire de même. Le terrain était irrégulier là où les charges de démolition avaient explosé, mais les deux lignes se reformèrent aussi bien que possible. Nous tinmes nos positions à l’entrée tandis que la Compagnie des Loups s’apprêtait à achever l’encerclement. Ce n’est plus qu’une question de temps. Un éclair jaillit soudain de la ligne de mages d’Aisha et un trait frappa le milieu de la formation ennemie. Je ne vis pas qui ils avaient touché et l’effort me sembla quelque peu vain, mais quelques battements plus tard, le tonnerre gronda au loin. L’étendard de la Compagnie des Lézards apparut dans le ciel sous la forme d’une image gigantesque, barrée d’une traînée rouge. Éliminée. Elle a dû viser Morok.
Je levai mon épée en signe de victoire et ma compagnie acclama derrière moi.
Le nettoyage du champ de bataille demanda autant de travail que le combat lui-même.
Les légionnaires des deux compagnies victorieuses fouillaient les sacs de la compagnie vaincue et mettaient de côté les munitions gobelines en un gros tas que nous distribuerions plus tard. Aisha avait accepté de les partager à parts égales quand nous avions conclu notre accord, mais il m’avait fallu beaucoup insister. Elle avait fini par céder, puisque si nous devions toutes deux attaquer les fortifications de Snatcher, je pouvais difficilement envoyer mes cadets dans la brèche avec des réserves réduites. Les mages de toutes les compagnies s’occupaient déjà des blessés : les Rats et les Loups parce qu’il nous faudrait repartir sous peu, et les Lézards parce qu’ils devaient pouvoir rejoindre leur point de récupération avant d’être escortés jusqu’à Ater. L’ambiance était à la fête du côté des vainqueurs ; les légionnaires échangeaient plaisanteries bon enfant et vantardises tandis que je recueillais les rapports de pertes de mes lieutenants.
Le bilan n’était pas aussi lourd qu’il aurait pu l’être : Ratface avait joué la prudence et n’avait qu’une poignée de blessés à déplorer. La ligne de Nauk avait essuyé les coups les plus violents et le lieutenant orque était toujours inconscient. Le sergent Nilin s’occupait de ses tâches en attendant que les guérisseurs le ramènent à lui. Au total, vingt-sept de mes hommes étaient blessés, et la plupart seraient de nouveau sur pied après une séance avec nos guérisseurs. Les quatre plus gravement atteints pouvaient encore marcher, même s’ils ne participeraient plus aux combats au corps à corps. Ça ira. Ça aurait pu être pire, et je peux encore les affecter à la garde. Je congédiai mes officiers en voyant Aisha descendre l’entrée principale, escortée par une poignée de ses légionnaires. Ratface lui jeta un long regard avant de la saluer et de retourner auprès de sa ligne. Je me retins de justesse de soupirer. Ce n’était pas le moment pour le lieutenant de se mettre à soupirer d’admiration devant la capitaine de la Compagnie des Loups.
« Capitaine Callow, me salua Aisha avec un sourire. Belle bataille. »
Je lui saisis l’avant-bras qu’elle me tendait.
« C’est toi qui as fait le plus gros du travail, reconnus-je. Nous nous sommes contentés de tenir la ligne. »
« Ton idée de génie avec les fumigènes lui a fait plus de mal que tu ne le crois, m’assura la capitaine taghrébine. C’était astucieux de l’empêcher de concentrer ses forces grâce à la fumée, pour que les boules de feu puissent le tenir à distance. »
Qu’est-ce que j’avais fait, au juste ? J’avais ordonné à Pickler de jeter les fumigènes sur un coup de tête, après que Morok avait fait exploser les charges ; je n’y avais pas vraiment réfléchi. À l’origine, j’avais prévu que la Compagnie des Lézards remplirait le coin que j’avais formé, afin que les munitions de mes sapeurs aient un effet maximal, même si, avec le recul, je voyais bien que cela aurait mal tourné. Si Morok avait réussi à faire entrer autant de troupes dans mon camp, il aurait sans aucun doute percé nos lignes et tout serait allé de mal en pis.
« Je fais de mon mieux, répondis-je avec neutralité, m’efforçant de cacher que j’ignorais tout de mon prétendu “génie tactique”. Et de ton côté, combien de pertes ? »
« Peu, constata la jeune femme à la peau olive. Nous serons prêtes à reprendre la marche dans un quart de cloche. »
Je grimaçai.
« Il m’en faudra au moins le double, répondis-je. Mes mages sont à court d’énergie et les ogres ont fait des ravages parmi mes lourds. »
« Ils ont souvent cet effet, dit Aisha avec compassion. C’est pour ça que j’entends dire que tu étais si furieuse que tu as frappé un ogre jusqu’à le rendre inconscient ? »
Je fermai les yeux et me frottai l’arête du nez, implorant les Cieux de m’accorder patience.
« Ce n’est pas ce qui s’est passé, lui dis-je. Enfin, je comprends que ça ait pu donner cette impression de loin, mais j’ai utilisé une bombe à fragmentation. »
L’autre capitaine me tapota l’épaule, les yeux sombres pétillants d’amusement.
« Allons, Callow, tu n’as pas besoin de faire semblant avec moi, me consola-t-elle. Il y avait déjà des rumeurs sur ta rancune contre eux, de toute façon, après que tu en as castré un en combat singulier. »
« Je croyais que les filles de mon orphelinat étaient les pires commères au monde, soupirai-je, mais j’ai ensuite rejoint l’École. »
La jeune femme aux cheveux sombres ricana, mais reprit bientôt son sérieux.
« Je me suis inquiétée quand tu as tardé à me donner le signal, dit-elle. Que s’est-il passé ? »
« Nous avons commencé dans une mauvaise position, grommelai-je. Au milieu de la plaine, au sud. »
Aisha haussa un sourcil.
« Et vous n’avez pas réussi à arriver avant le coucher du soleil ? Je croyais que Ratface entraînait mieux tes cadets que ça. »
« Avant le coucher du soleil ? demandai-je avec scepticisme. Le soleil se couchait déjà quand nous sommes sortis de la magie du sang. »
La jeune Taghrébine cligna des yeux, surprise.
« C’est étrange. Nous étions toutes réveillées vers la cloche de l’après-midi, m’apprit-elle. »
Oh, va te faire foutre, Héritière. Sérieusement ?
« Il y a dû y avoir une erreur dans l’incantation, grommelai-je, peu disposée à donner la véritable explication. »
L’autre capitaine ne parut pas convaincue, mais elle n’insista pas.
« Quoi qu’il en soit, reprit Aisha, j’ai eu le temps de reconnaître les environs en détail. La Première Compagnie se trouvait hier dans les plaines, de l’autre côté de la forêt, mais où elle est maintenant, mystère. Morok semble avoir commencé dans le canyon, ce qui signifie que la Compagnie des Renards est à l’est de nous. »
« Dans les terres arides, grimaçai-je. Par les Enfers brûlants. Il aura fortifié son nouveau camp à l’extrême, où qu’il soit. »
« D’un côté, fit remarquer mon alliée temporaire, il n’aura pas pu abattre beaucoup d’arbres de la forêt, voire aucun. Mais il a peut-être renoncé au bois et construit en pierre ; ce serait… problématique. »
« Il faut le trouver avant qu’il ne construise un véritable château, alors, grognai-je. Je vais dire à mes mages de se dépêcher. »
« Ce serait apprécié, acquiesça Aisha. Je vais confier la distribution des munitions à l’un de mes lieutenants. »
Malheureusement, les sbires de Kilian ne pouvaient puiser qu’une quantité limitée de magie par jour et leurs feux d’artifice précédents en avaient consommé la majeure partie. Les incantations étant physiquement épuisantes, je ne pourrais même pas imposer un rythme soutenu pendant la marche : après la promenade au clair de lune de la nuit dernière et les combats du matin, ils seraient physiquement incapables d’avancer aussi vite. Je finis par respecter ma prévision initiale d’une demi-cloche, mais de justesse. Toute la force alliée prit la direction du sud-est pour la première étape du voyage ; la Compagnie des Loups savait bien à quel point il était facile de débouler des bois pour prendre quelqu’un de flanc, puisqu’elle venait de faire exactement cela. Je plaçai cette fois la ligne de Ratface en tête et laissai Hakram s’occuper de la mienne, tandis que je gardais Nauk à mes côtés, tout juste réveillé. Le grand orque était mortifié par toute cette histoire de Rage rouge et s’excusa au moins deux fois avant que je ne mette fin à la conversation.
« Hakram m’a dit que c’était pour ça que tu n’avais jamais été pressenti pour devenir capitaine, lui dis-je. »
« On ne peut pas avoir un homme aux commandes qui entre dans une rage folle dès qu’il est trop gravement blessé, grommela Nauk. J’ai eu la chance d’avoir Nilin avec moi depuis mon premier semestre ; il sait prendre le relais quand je perds le contrôle. »
« Ratface est trop prudent quand il commande, remarquai-je, et je comprends pourquoi te confier les rênes pourrait poser problème. Mais Kilian et Pickler, pourquoi n’ont-elles jamais tenté leur chance ? »
Ce serait mentir que de dire que je n’avais pas été consternée par le score lamentable de la Compagnie des Rats. J’avais du mal à le concilier avec leurs performances lors de nos premiers jeux de guerre, mais après la bataille que nous venions de livrer, je comprenais que l’une des raisons pour lesquelles ma bande de survivants avait été si efficace était que la Première Compagnie nous avait largement sous-estimés. Le fait que la ligne de vingt fantassins de Ratface n’ait pas réussi à repousser un seul dixième de lourds révélait tristement les performances réelles de mes cadets dans un combat frontal.
« Kilian souffre d’une sorte de trouble lié au sang de créature, m’expliqua Nauk. Parfois, elle puise trop de magie et se met à parler en langues. »
Du sang de créature ? Il faudrait que j’interroge mon sergent là-dessus. Bref, la moitié de mes officiers supérieurs risquaient déjà de se retrouver hors de combat si la situation s’envenimait. Pas étonnant qu’ils s’écroulent dès que les autres compagnies leur mettent la pression…
« Et Pickler ? demandai-je. »
Le grand orque parut mal à l’aise ; sur son visage à la peau épaisse, cette expression aurait été amusante si le sujet n’avait pas été si sérieux.
« Elle a échoué en tactique avancée, avoua-t-il. Si ça n’a pas rapport avec le génie militaire, ça ne l’intéresse pas. »
Parmi les problèmes posés par mes officiers, c’était le moins grave. La gobeline faisait assez bien son travail de lieutenante à la tête de ma ligne de sapeurs ; il me suffisait de veiller à ne jamais la laisser prendre des décisions d’une trop grande portée. Je tapai dans le dos de Nauk, en évitant avec soin son bras encore douloureux, puis regagnai la tête de ma colonne en réfléchissant à ce que j’avais appris. Des officiers pleins de failles, mais rien d’ingérable. Je devais simplement trouver comment les employer au mieux.
Au coucher du soleil, nous nous étions enfoncés assez loin dans les terres arides.
Quelques heures plus tôt, les éclaireurs de la Compagnie des Loups avaient trouvé une piste vieille d’un jour qui menait droit à la forêt, puis une autre, plus récente, aux traces bien plus profondes. Les hommes de Snatcher avaient ramené du bois à l’endroit où il s’était retranché. Les éclaireurs avaient tenté de remonter les traces jusqu’à son camp, mais, après une étendue de roche nue, elles avaient tout simplement disparu. Évidemment, ça n’allait pas être si facile. Robber avait grimpé au sommet d’une aiguille rocheuse et signalé que le versant au sud-est descendait ; il n’y avait aucun signe de camp en contrebas, même s’il était bien sûr possible que Snatcher se soit caché derrière l’une des nombreuses collines de pierre. Après en avoir discuté avec Aisha, nous avions décidé de nous diriger vers le nord-est malgré tout. Le terrain devenait plus difficile à parcourir dans cette direction, ce qui en faisait le meilleur endroit pour que la Compagnie des Renards s’installe.
Nous établîmes le camp juste avant la nuit, sans que l’une ou l’autre de nos compagnies fasse le moindre effort pour fortifier le creux que nous avions choisi. J’ignorais quelles étaient les raisons d’Aisha, mais je répugnais simplement à imposer davantage de corvées à mes légionnaires après leur journée. J’avais besoin qu’ils soient aussi frais que possible pour l’assaut contre les fortifications de Snatcher, surtout les mages. Je refusai néanmoins de réduire les tours de garde de moitié. Deux autres compagnies rôdaient encore dans les environs et, même si je doutais que quiconque nous attaque tant que notre alliance avec la Compagnie des Loups tenait, je n’allais prendre aucun risque. Pas tant que Juniper était encore dans les parages. Ma nuit fut courte : Hakram me réveilla alors que la lune brillait toujours.
« Callow, grommela-t-il. Nous avons un problème. »
Je jurai et attrapai mon ceinturon d’épée, rejetant ma couverture.
« La Compagnie des Loups ? demandai-je aussitôt. »
Sans mon Nom, je n’aurais probablement pas distingué la grimace de mon sergent.
« Je ne sais pas, reconnut-il. Ça n’en a pas l’air, mais… »
J’enfilai mes bottes et fronçai les sourcils en le regardant.
« Que s’est-il passé, Hakram ? »
« Sept de nos sentinelles ont disparu, m’apprit-il. »
La grande majorité de mon camp dormait encore et, en balayant les alentours du regard, je ne vis rien qui puisse être considéré comme une activité inhabituelle. La Compagnie des Loups ne se rassemblait pas ; elle ne semblait donc pas préparer une trahison. Pas encore, en tout cas.
« Nos munitions sont intactes ? demandai-je. »
« C’est la première chose que j’ai vérifiée, répondit le sergent. Rien à signaler. Pickler les a inspectées elle-même. »
La personne à l’origine de tout ça ne préparait donc pas une attaque. Alors pourquoi fait-elle ça ? Normalement, se débarrasser des sentinelles annonçait une attaque nocturne, mais mon adversaire ne profitait pas de son avantage.
« Juniper, compris-je soudain. »
« Alors pourquoi n’a-t-elle pas poussé le raid plus loin dans le camp ? se demanda Hakram. »
« Parce qu’elle ne cherche pas à s’emparer de nos munitions, jurai-je. Elle essaie juste de réduire nos effectifs. »
Le Limier infernal savait que j’avais un Nom, et savait de quoi les Noms étaient capables. Pour atténuer cet avantage, elle allait donc continuer à épuiser mes forces autant que possible avant de livrer bataille. À quoi bon pouvoir affronter seule un dixième de lourds si je n’avais qu’une seule ligne pour me soutenir face à toute la Première Compagnie ?
« Double la garde, ordonnai-je d’un ton las. Personne ne patrouille seul. Et préviens la capitaine Bishara que des hommes de la Première Compagnie sont dans les parages. »
Je dormis mal après ce réveil brutal, mais il n’y eut pas d’autre enlèvement cette nuit-là. De toute façon, nous n’eûmes plus le temps de nous inquiéter : à la cloche de midi, le lendemain, nous avions trouvé le camp de Snatcher.