Chapitre 147
« On raconte que le premier prince fondateur parlait de Procer comme d’une grande tour, chaque principauté étant une pierre qui l’élevait toujours plus haut. J’ai trouvé cette idée plus poétique que juste. Procer n’est pas une tour unique, mais vingt-trois, et leurs propriétaires passent leur temps à se voler leurs pierres pour s’élever aux dépens les uns des autres. »
— Extrait de « L’Empire labyrinthique, ou Brève histoire de Procer », de la princesse Eliza de Salamans
Bien que nous ayons tenu à l’écart la majeure partie de l’état-major, le pavillon était bondé. À tel point qu’il avait fallu ajouter une deuxième table au bout de la nôtre, une construction branlante que Pickler avait recouverte d’une nappe, sans tromper absolument personne. J’avais presque envie de grimacer, vu les gens assis autour. Nous avions l’air d’amateurs désorganisés aux yeux de quelques-uns des plus puissants de Callow. Au moins, ils ne pouvaient pas se plaindre du vin. Du rouge du Nord, parce que bon sang, je n’allais pas puiser dans mes propres réserves pour des gens que je ne pouvais pour la plupart pas supporter ; mais c’était un bon cru, rafraîchi par des mages. Je m’étais servi une coupe dès le début : je sentais déjà que cette conférence allait me mettre les nerfs à vif. Si rien ne gelait avant la fin, je devrais à Hakram bien plus que ce que j’aurais dû parier. J’avais dérobé un cheval — avec des ailes, en plus — à Arcadie, ainsi que des pierres précieuses et mon fauteuil préféré, mais je ne me faisais aucune illusion : Zombie le Troisième ne serait probablement plus entier quand la poussière retomberait cette année. Il me faudrait donc acheter une autre monture, et ces bêtes-là coûtaient cher.
À ma gauche était assise la duchesse Kegan Iarsmai de Daoine, qui parvenait à manifester sa désapprobation générale envers l’existence de tous les autres sans que son visage se torde en rictus. J’en étais presque admirative, malgré moi : c’était de la magie en soi. Son second avait pris une chaise pour une fois : l’homme encapuchonné et silencieux que j’avais mis bien trop longtemps à identifier comme le commandant Adair. Le chef de la Garde, même si son titre n’était qu’un titre, pas un Nom. Cela n’avait pas toujours été le cas, historiquement parlant, mais à ma connaissance, le dernier commandant avait été tué par mon propre maître, des années avant la Conquête. Des escarmouches avec les clans orques des Petites Steppes l’avaient poussé à intervenir, et cela expliquait comment Noir avait noué des liens avec des chefs influents comme Grem le Borgne et Istrid Fléau-des-Chevaliers avant la guerre civile prassienne.
À ma droite s’étaient regroupés les officiers supérieurs des Légions de la Terreur. Le maréchal Ranker était au centre, et même sa main tordue et noircie ne parvenait pas à rendre tout à fait dépourvue d’humour la vue d’une gobeline ridée de sa taille perchée sur un tabouret rembourré. Elle avait amené son propre tribun d’état-major et, de l’autre côté, siégeait le général Afolabi Magoro. Cet homme à la peau sombre ne m’avait guère appréciée, même avant que je le rabroue en public pour avoir dépassé les bornes ; depuis, il ne m’avait plus adressé un regard qui ne fût pas ce masque vide et impassible que tous les hauts-nés soninkés apprenaient à porter dès le berceau. Ce soir, pourtant, il avait l’air méfiant. L’Impératrice avait tenu parole, songeai-je. Malicia avait murmuré aux bonnes oreilles et fait comprendre que ceux qui ne se rangeaient pas derrière moi s’attiraient son mécontentement autant que le mien.
Je me dis qu’il serait bien plus facile de détester les monstres avec lesquels je travaillais s’ils n’étaient pas aussi compétents.
L’Adjoint était assis à ma gauche, par courtoisie envers Juniper, qui avait pris sa place habituelle à ma droite. Si le Limier infernal était nerveux à l’idée de s’adresser à des vétérans endurcis, dont la plupart la dépassaient en autorité officielle comme en expérience, rien ne le laissait paraître sur son large visage. Le seul verre de vin que mon général avait pris avait été dûment coupé d’eau et restait presque intact. Trois membres seulement de son état-major avaient été conviés à s’asseoir en face de nous. Ratface, bien qu’il ne fût qu’un tribun du ravitaillement, occupait la place d’honneur. Le rapport qu’il devait présenter était de loin le plus important. Le tribun d’état-major Aisha Bishara était assise à ses côtés, autant parce qu’elle connaissait les tableaux de service de la Quinzième sur le bout des doigts que parce que je comptais lui soutirer des renseignements sur les personnes présentes après la conférence. Le dernier invité était le grand maître Brandon Talbot, et il avait fallu batailler pour lui obtenir une place. Juniper avait clairement fait savoir qu’elle ne lui faisait pas confiance, commandant ou non, mais je n’avais pas cédé. Les raisons mêmes de sa méfiance justifiaient sa présence : il était une voix pour les Callowans, ce qu’aucun de mes autres officiers supérieurs ne pouvait prétendre être. Plus de la moitié de la Quinzième n’ayant jamais mis les pieds dans les Terres désolées, il fallait que quelqu’un porte cette voix. Le Limier infernal n’aimerait peut-être pas l’entendre, mais c’était la vérité.
Il y avait plus de monde que je ne l’aurais voulu pour une conférence aussi délicate, mais les circonstances l’imposaient. Les soldats rassemblés dehors formaient la plus grande armée que Callow eût vue depuis la Conquête, sans être pour autant aussi unie que les forces qui avaient combattu. Un peu moins de la moitié étaient des Déoraithes, des alliés de circonstance au mieux, et la chaîne de commandement du côté prassien était un sacré bazar. Personne ne pouvait nier que j’en occupais le sommet. Mais en dessous ? Le maréchal Ranker dépassait tous les autres en grade et en ancienneté, mais Juniper commandait de loin la plus grande légion et ne répondait qu’à moi. Afolabi n’était pas un rival dans ce domaine, mais il avait des relations dans les Terres désolées et sa Douzième avait subi les pertes les plus légères de notre expédition en Arcadie. Kegan se querellait ouvertement avec Ranker et parlait à Juniper comme à une enfant particulièrement stupide : autant dire que toutes mes tentatives précédentes pour maintenir la paix s’étaient soldées par un mal de crâne lancinant.
« Très bien, tout le monde est là, commençai-je avec éloquence. Nous partirons vers le sud demain à l’aube, mais avant cela, il est temps que tout le monde soit mis au courant des plans de campagne. »
« Voilà qui serait souhaitable, dit froidement la duchesse Kegan. »
« Peu orthodoxe, d’établir des plans sans consulter vos commandants supérieurs, ajouta le maréchal Ranker. »
Je tendis la main vers ma coupe et me rappelai que j’avais encore besoin de ces deux-là. Je ne pouvais pas les fourrer dans un sac et m’enfuir avec leurs armées pendant qu’ils se battaient à l’intérieur.
« Nos opérations dépendent de facteurs auxquels aucun de vous n’a accès, gronda Juniper. »
« Un maréchal de Praes n’y aurait pas accès ? » lança le général Afolabi.
Je me tournai vers l’Adjoint.
« Hakram, tu as vu ma pipe ? demandai-je d’un ton désinvolte. »
Le Soninké se raidit sur sa chaise.
« Dans ta tente, soupira l’orc. »
« Quel dommage », dis-je en adressant un sourire amical à Afolabi.
Je me serais bien passée du regard approbateur de Kegan — et de Talbot, d’ailleurs. Ce n’était pas parce que je m’en prenais à ce salaud que j’appréciais davantage les autres.
« Avant notre départ, il faut régler certaines questions logistiques, reprit Juniper. Notre armée compte actuellement près de quarante mille soldats. Les combats en Arcadie ont fait une proportion inhabituellement élevée de blessés, dont beaucoup souffrent de blessures que la magie ne peut guérir. Tribun du ravitaillement Bishara, votre rapport. »
Aisha inclina légèrement la tête, puis s’adressa à la table d’une voix calme, visiblement exercée.
« Comme vous le savez tous, la ville impériale la plus proche de notre camp est Vale, dit-elle. Elle n’est pas en garnison pour le moment et s’est montrée peu disposée à aider les Légions ces derniers temps, mais nous avons remédié à la situation. »
Le maréchal Ranker me dévisagea.
« Vous avez des gens dans la ville ? »
Je haussai un sourcil.
« D’une certaine façon, répondis-je. »
À vrai dire, la Voleuse avait des gens dans la ville et elle avait pris contact avec eux. Le simple fait qu’elle ait pu le faire avait des implications intéressantes. À savoir que la Guilde des Voleurs disposait d’un moyen de communication plus rapide que des cavaliers. Ce ne pouvait pas être de la clairvoyance : ils ne devraient pas avoir les mages nécessaires, et la clairvoyance était bien moins répandue que je ne l’avais cru. Les Hauts Seigneurs s’en servaient, tout comme les Légions, mais en dehors de ces cercles, elle était assez rare. Moins qu’avant ma naissance, depuis que Warlock avait publié une formule magique comparable à celles que les vieilles familles des Terres désolées gardaient pour elles, mais Callow comptait peu de mages capables de clairvoyance. C’était pareil dans la plupart des nations voisines : les praticiens les plus doués de Procer et d’ailleurs savaient peut-être s’y prendre, mais sans atteindre la maîtrise des Prassiens. Le savoir avait mis du temps à s’échapper de l’Empire, mais ce n’était qu’une question de temps. Quoi qu’il en soit, le fait que la Voleuse ait un procédé semblable était à la fois intrigant et utile. Elle avait contacté le maître de la guilde à Vale et convaincu l’homme de transmettre les messages dont j’avais besoin.
« Nous détacherons deux lignes de mages pour maintenir les blessés les plus gravement atteints dans un état stable, mais leur traitement devra être confié à des institutions extérieures, poursuivit Aisha. »
Je sentis plusieurs regards se poser sur moi. Même sans qu’elle ait prononcé le nom, aucun de ces gens n’ignorait que les « institutions extérieures » désignaient la Maison de la Lumière. Des frères et sœurs voués aux Cieux qui soigneraient des légionnaires de la Tour. Ce n’était pas sans précédent à titre individuel, comme je le savais depuis mon enfance à Laure, mais une coopération aussi ouverte l’était certainement. J’avais dû faire appel à la gouverneure générale Kendal pour amorcer les choses, car elle avait de l’influence auprès des prêtres. Ces derniers temps, je passais davantage de temps à négocier qu’à poignarder des gens qui le méritaient, ce qui ne manquait jamais de me mettre de mauvais poil, même si c’était nécessaire. Mon tribun d’état-major inclina de nouveau la tête : son rapport était terminé pour le moment. Le maréchal Ranker fut la première à prendre la parole.
« Akua Sahelian, dit-elle. A-t-on une idée de l’endroit où elle se trouve ? Je n’aime pas envoyer des blessés sans escorte tant qu’on n’est pas sûrs qu’elle ne va pas leur tendre une embuscade. »
« Rien de concret, répondis-je. À moins que la duchesse Kegan n’ait quelque chose à ajouter ? »
Dans le pavillon, tout le monde savait que les agissements de la Diaboliste avaient à voir avec ce qui donnait son pouvoir à la Garde. Elle avait peut-être un moyen de surveiller l’autre méchante, dont nous ignorions l’existence.
« Elle est toujours à Callow, répondit Kegan à contrecœur. Nous n’en savons pas davantage. »
« Jusqu’ici, la Diaboliste a évité d’affronter directement les Légions, dit l’Adjoint d’une voix rauque. Nous ne pouvons pas compter là-dessus, mais si elle cherche à frapper les forces armées de l’Empire, elle a de meilleures cibles. »
Les trois légions de Holden, sous les ordres de la mère de Juniper. On les avait averties de garder un œil sur le ciel, par précaution.
« Des légionnaires blessés et une ville civile sont des cibles faciles, dit le général Afolabi. Si elle cherche des victimes pour ses rituels, Vale est à découvert. »
« La Diaboliste peut frapper n’importe quelle ville de Callow si elle le veut, grogna Juniper. On ne peut pas faire grand-chose contre ça. Vale reste la meilleure option pour nos blessés. »
Je tapotai la table du bout des doigts.
« À ma connaissance, c’est moi qui ai le plus côtoyé Akua dans cette pièce, dis-je en laissant une seconde à qui voudrait me contredire. »
Personne ne le fit.
« D’après ce que j’ai compris d’elle, elle ne s’en prendra pas activement aux forces militaires prassiennes, à moins qu’elles ne se dressent contre elle. Peu importe ce qu’elle a mijoté à Liesse, elle aura besoin des Légions dans les années à venir. Elle veut diriger davantage qu’une ville volante, et pour cela, il lui faut des armées. »
« Vous pensez qu’elle compte renverser Sa Majesté l’Effroyable, dit le général Afolabi. »
Il n’avait pas l’air particulièrement surpris. Je ne savais pas si c’était parce qu’il le cachait bien ou parce qu’il allait de soi qu’Akua chercherait à prendre le contrôle de l’Empire.
« Il lui faudra plus que Liesse pour s’emparer de la Tour, ricana Ranker. Même si l’Impératrice ne va pas fouiller dans les choses peu recommandables des caves, la Tour reste l’endroit le mieux fortifié de Calernia. »
« De meilleurs stratèges que moi ont échoué à deviner ce que cherche la Diaboliste, dis-je sans ambages. Les conjectures ne nous mèneront nulle part, et nous avons des préoccupations plus pressantes. »
Je jetai un coup d’œil à Juniper.
« La question du ravitaillement est réglée, dit la grande orque. Tribun du ravitaillement Ratface, veuillez préciser. »
Le bâtard taghreb sourit d’un air paresseux.
« Nous avons contacté le quartier général des Légions à Ater. Ils nous envoient des vivres et des armes, mais il faudra au moins trois semaines pour tout organiser, dit-il. D’ici là, nous compterons sur de braves volontaires callowans pour nous acheminer de la nourriture par la Hwaerte. »
« Vous voulez dire des contrebandiers, dit Talbot, les lèvres pincées. »
« La nourriture, c’est la nourriture, grand maître, répliqua Ratface en faisant sonner le titre comme une insulte. À moins que vous ne préfériez mourir de faim dans le plus strict respect de la loi, bien sûr. Ça peut aussi s’arranger. »
Le tribun d’état-major de Ranker porta la main à sa bouche pour dissimuler un rire, mais son maréchal ne prit même pas la peine de cacher son sourire en coin. Bon sang, on aurait cru qu’un dieu en personne cherchait à nous tuer, et ça ne suffisait même pas à les empêcher de se lancer des piques pendant une semaine.
« Ratface, prévins-je. »
« Je n’entendais pas vous offenser, mon bon chevalier, s’excusa le Taghreb. »
Je lui lançai un regard noir, et il s’efforça de prendre un air un peu plus contrit. Nous en reparlerions plus tard ; à voir la tête de Juniper, ce serait après qu’elle se serait occupée de lui.
« Je m’attendais à ce que le fils de Warlock soit ici pour nous expliquer cela », fit remarquer la maréchale Ranker.
« Oui, la Reine, dit la duchesse Kegan. Elle a déjà montré qu’elle pouvait en anéantir des centaines en quelques instants. Comment compte-t-on s’y prendre ? »
« Je pensais que le garçon du Sorcier serait là pour nous l’expliquer, fit remarquer le maréchal Ranker. »
« Le Hiérophante prépare actuellement le terrain, mentis-je. »
Masego m’avait franchement dit qu’il préférerait s’immoler plutôt que d’assister à la conférence, et j’avais choisi de ne pas livrer cette bataille. L’équilibre était déjà assez délicat sans devoir y ajouter son absence totale de savoir-vivre. La seule pire idée qui me venait à l’esprit aurait été d’inviter Archer, qui aurait déjà dragué deux personnes et provoqué une bagarre avec une troisième.
« Nous exercerons une pression extérieure sur l’Été pendant que nous l’affronterons, dit l’Adjoint. »
Ranker plissa les yeux.
« Les Fées, dit-elle. Vous avez encore traité avec l’Hiver. »
« J’ai fait appel aux services d’une négociatrice talentueuse, cette fois, répondis-je vaguement. »
J’étais loin du compte. Je n’avais jamais vu l’Impératrice dans son élément et ce fut une expérience… révélatrice.
« Nous n’avons pas besoin d’exterminer l’armée ennemie, dit Juniper, comme si elle n’avait rien trouvé de compliqué à l’idée de tailler en pièces une bande de demi-dieux et leur armée magique presque invincible. Mais il nous faudra prendre l’avantage avant de pouvoir leur imposer nos conditions. »
« Ils ne se laisseront pas avoir deux fois par les mêmes ruses, prévint Ranker. »
« Ils ont perdu la plupart de leurs chevaliers ailés, dit le grand maître Talbot. Mais les Fées dorées se sont montrées exceptionnellement résistantes. »
Ils avaient décimé les trois quarts des troupes de Nauk tout en tenant tête à la Garde et en encaissant un déluge de coups de la part de Masego, voulait-il dire. C’étaient de sacrés durs à cuire.
« On les appelle les Immortels, dis-je. Et nous avons trouvé un point faible. »
« Leurs étendards, dit Juniper. Les leur enlever affaiblira leurs troupes. »
« Si nous voulons l’emporter, cela doit être prioritaire, dit Kegan. Je ne renverrai pas la Garde au massacre sans garanties. »
« Le Hiérophante sera occupé à s’occuper de la Reine, mais je déploierai des Nommés pour régler le problème, dis-je. »
« Vous n’avez pas encore abordé la nature de l’affrontement prévu, dit le général Afolabi. »
« Nous comptions attaquer directement Dormer, dit Juniper. »
Ranker ricana.
« Et leur offrir des murailles ? Cela doublera le nombre de morts. »
« Un terrain découvert ne nous conviendra pas, dis-je. Nous n’avons pas vingt mille Fées de l’Hiver cachées dans les bois, prêtes à surgir. Pour avoir une chance de les vaincre, il faut les empêcher de déployer toute leur force. »
« J’ai lu les comptes rendus du siège en Arcadie, dit le Limier infernal. J’ai été frappée par leur incapacité à faire face aux tactiques de siège des Légions. »
« L’Été n’a pas l’habitude de se défendre, répondis-je. Et ils n’ont jamais rien vu de semblable aux munitions gobelines ou à nos engins. »
« Nous pourrions utiliser les deux depuis une position fortifiée, fit remarquer Afolabi. »
« Les Fées seront plus faibles dans la Création, dit Kegan. On a peut-être écarté trop vite la possibilité d’une bataille en rase campagne. »
« Vos Déoraithes ne sont pas entraînés à faire face aux redéploiements rapides que le vol permet aux Fées, lui dit Juniper sans détour. Vos soldats seraient un handicap. »
La duchesse Kegan baissa les yeux vers l’orc et lui adressa un sourire moqueur.
« Peut-être qu’une voix plus expérimentée pourrait donner son avis, ma fille, dit-elle. »
La température du pavillon chuta et les yeux des Déoraithes se tournèrent vers moi.
« Le général Juniper a plus d’expérience que vous, dis-je avec un sourire radieux. Depuis qu’elle a pris la tête de la Quinzième, elle a remporté trois batailles rangées et un siège. Quelles grandes victoires avez-vous à votre actif, duchesse ? »
La satisfaction féroce de Ranker était palpable.
« Lady l’Écuyer dit vrai, déclara soudain Afolabi. L’Été a montré qu’il avait du mal à faire face aux tactiques peu orthodoxes. Je préférerais que les murailles soient à nous, mais les enfermer dans la ville les priverait de plusieurs avantages. »
Je me sentais généreuse ; je mettrais donc cela sur le compte de ses mérites, plutôt que sur celui d’une conversation avec l’Impératrice.
« Vous avez une idée en tête, dit Ranker en m’observant. Pour Dormer, je suppose. Quelque chose de plus élaboré que d’envoyer des sapeurs contre les murailles. »
Je m’adossai à ma chaise.
« L’Été maîtrise assez bien le feu, dis-je. Mais nous aussi. »
Dieux, pensai-je, ce n’est jamais bon signe quand des gobelins sourient comme ça.