Chapitre 135
« Mes chers amis, je dois vous faire une confession. Il se peut que, lors de la préparation de ce coup d’État, nous ayons quelque peu réinterprété la vérité. »
— Empereur de l’Effroi Traitorous, s’adressant à l’Ordre de l’Obsidienne impie après s’être lui-même usurpé le trône
À mon expérience, planifier la fin d’un dieu mineur exigeait trois étapes indispensables. La première était, naturellement, le mensonge. Cette fois, je n’avais trouvé aucune prophétie inventée qui m’aurait évité de finir incinérée avant même le début du combat, mais j’avais préparé quelques mauvaises surprises. À ma connaissance, la Cour d’Été ne prenait guère la peine de parler aux mortels, sauf pour leur donner des ordres, et cela allait finir par lui coûter cher. La deuxième étape consistait à savoir se battre, et quatre Nommés aguerris devraient suffire. Il n’était pas question que j’affronte seule la Princesse du Zénith. Cela nous ramènerait à la perspective de finir en cendres, ce qui, je l’avoue, ne m’enchantait pas. Archer serait moins efficace avec des poignards longs qu’avec un arc, c’était vrai, mais avec elle et l’Adjoint à mes côtés, nous pourrions peut-être distraire la princesse assez longtemps pour que l’Apprenti lui assène le grand jeu. Enfin, le jeu du Mal. Le casse-tête labyrinthique que représentait l’ajustement de mon vocabulaire depuis que je fréquentais les damnés pouvait attendre qu’il y ait moins de guerres en cours.
Avec un peu de chance, j’aurais un jour, au cours de la prochaine décennie, où personne n’essaierait activement d’envahir Callow. C’était ça, le rêve, au fond.
La troisième étape consistait à avoir un droit à la victoire. C’était différent de la fausse prophétie dont je m’étais servie pour tuer le Duc des Bourrasques Violentes. L’une relevait, comme j’aimais à le penser, du déni plausible. Elle me donnait une excuse pour gagner, si j’y parvenais. Après tout, il avait tout de même fallu que je poignarde ce salaud pour lui prendre ses affaires. Avoir un droit, c’était plutôt comme remettre les plateaux de la balance à niveau, comme le Destin le faisait pour les Héros. Cela restait loin de la providence, de cette chance dorée qui déposait les lauriers sur les genoux des favoris des Cieux, mais s’en rapprochait. Lorsque j’avais combattu l’Héritière et l’Épéiste Solitaire à Liesse, j’avais vaincu deux Nommés qui, chacun à eux seuls, m’égalaient, avant d’aller prendre l’épée dans la pierre et, avec elle, ma résurrection. Les poids de la balance penchaient alors en ma faveur. Cela ne garantissait pas la victoire, mais m’aidait à l’emporter et compliquait la tâche de mes adversaires. La chevalière avait joué le même rôle face au Duc des Bourrasques Violentes. Je l’avais « toujours eue », ce qui, du moins en Arcadie, m’avait donné droit au pouvoir des fées avant même qu’elle ne soit physiquement à mon doigt.
Trouver l’équivalent pour la Princesse du Zénith avait été la partie la plus difficile. Je ne pouvais pas me contenter de prétendre qu’elle avait envahi Callow : j’étais, même à contrecœur, en train de faire de même à l’Été. Je pariais que cela effaçait la marque des deux côtés de la balance. Il existait des dizaines de récits où de jeunes filles obstinées affrontaient des dieux pour une cause ou une autre, mais ils parlaient tous de Héros. J’avais déjà réussi à me glisser dans ce genre de Rôle, mais uniquement lorsque je défendais une cause plus grande que moi. Ce n’était pas le cas ici. La clé devait se trouver dans le fait que, même avec mes compagnons Nommés, j’étais ridiculement dépassée. C’était une vieille trame : celle de l’opprimé qui triomphe d’un adversaire invincible. J’y avais réfléchi pendant des jours, élaguant récit après récit jusqu’à revenir à l’un des plus anciens que je connaissais. Il datait d’avant la Maison de la Lumière, quand les Calerniens priaient les Dieux d’en Haut et d’en Bas, tout en veillant à faire des offrandes aux antiques créatures qui arpentaient le monde. L’Empereur de l’Effroi Sorcerous avait un jour déclaré, dans une formule célèbre, que l’usurpation était l’essence même de la sorcellerie. Cette phrase recelait une vérité plus profonde, plus vaste. La transgression était l’essence même de ce que signifiait être Nommé : enfreindre les règles pour soi-même ou pour les autres. Et parmi les transgressions les plus anciennes, il y avait la lame destinée à briser la Princesse du Zénith. Le vol du feu.
Serait-ce suffisant ? Je ne pouvais pas le savoir. Je ne le savais jamais avant que les lames ne sortent et que le chaos ne règne. Mais j’étais arrivée jusque-là en misant le tout pour le tout chaque fois que les enjeux montaient, et je ne reculerais pas aujourd’hui.
Nous quatre avions volé vers l’est, là où les fées s’affrontaient. L’Hiver ne prenait pas l’avantage. Au centre, là où combattait l’Épée du Jour déclinant, le front avait avancé. Mais les flancs s’effondraient. Les Cavaliers de l’Hôte avaient réussi à arracher un match nul âpre aux chevaliers ailés de l’Été, mais ils en étaient ressortis plus ensanglantés et contraints de battre en retraite. Sur les côtés, les troupes régulières de l’Été repoussaient pas à pas les fées de l’Hiver, dont la défaite s’annonçait déjà. Les soldats de bois mort finiraient isolés au milieu d’une mer estivale, puis s’effondreraient lorsque les chevaliers ailés reviendraient briser leurs lignes. Tandis que les fées inférieures mouraient par centaines, les têtes couronnées qui les dirigeaient n’en combattaient pas moins. Là encore, l’Hiver perdait du terrain. Le Prince du Crépuscule se tenait désormais seul face à la Princesse du Zénith et au Prince de la Sécheresse profonde ; la princesse qui l’accompagnait avait disparu. Ils se trouvaient maintenant au sol, et les armées leur laissaient à tous trois un large espace. Je n’aimais pas le prince borgne. Il avait participé au jeu de son roi, qui m’avait manipulée, et ne s’était pas privé de me menacer.
Pourtant, en le voyant affronter deux autres membres de la royauté, je ressentis une pointe d’admiration malgré moi. Je ne m’étais pas trompée en pensant qu’aucune autre fée de l’Hiver n’était aussi faite pour les conflits que lui. La Princesse du Zénith était plus puissante, et de loin. Elle avançait comme une tempête implacable, des vents hurlants se levant dans le sillage de chaque coup tandis qu’elle broyait tout sur son passage. Le Prince de la Sécheresse profonde était blessé ; l’un de ses bras ne tenait plus à son corps que par des fils rouges, mais il tissait la sorcellerie comme un artiste. Flammes, lumière et poussière se mouvaient avec la Princesse Sulia comme si elles connaissaient intimement ses gestes. Face à cette fureur se tenait un homme borgne, vêtu d’une longue tunique d’ombre et armé d’une lame fine. Le frapper revenait à essayer de saisir une ombre et, bien qu’il fût dépassé en tout, il ne reculait pas d’un seul pas. Aucun des trois ne nous accorda la moindre attention lorsque nous posâmes les chevaux ailés et mîmes pied à terre, avec plus de hâte que de grâce. Hakram était resté pâle comme un linge pendant tout le trajet et semblait visiblement soulagé de retrouver le plancher des vaches. Je jetai un coup d’œil à mes compagnons, puis me raclai la gorge. Je supposais qu’il me faudrait dire quelque chose avant de les entraîner dans la tempête.
« Bon, on va poignarder un dieu, dis-je. Enfin, on l’a déjà fait. Mais celui-là se trouve quelques échelons plus haut dans la hiérarchie des choses auxquelles il ne faut pas toucher. »
Archer ricana.
« Mais nous gagnerons parce que nous défendons une cause plus grande que nous ? tentai-je avec panache.
— C’est le cas ? demanda l’Apprenti, surpris. Laquelle ?
— La violence, proposa Archer.
— La paix, l’ordre et la voie impériale, avança Hakram, ce traître répugnant.
— Nous mentons beaucoup, songea Masego. Ce pourrait être le mensonge.
— Le mensonge et la violence ! lança fièrement Archer en levant le poing. »
L’Apprenti l’imita, apparemment persuadé que cela ferait un bon cri de guerre. Je refusai d’honorer la mutinerie d’une réponse.
« Évitez juste de vous faire tuer, soupirai-je. Je n’ai pas envie de devoir former des remplaçants. »
Les membres de la royauté féerique remarquèrent notre arrivée dans leur petite querelle. Les fées de l’Été s’écartèrent et se placèrent de manière à nous empêcher de les prendre à revers. Le prince de l’Hiver nous adressa un salut moqueur de son épée.
« Je suppose que la Princesse des Profondeurs silencieuses est morte, dis-je sans prendre la peine de saluer qui que ce soit.
— C’est en grande partie exact, répondit le Prince du Crépuscule. Pourquoi les fées auraient-elles jamais cessé d’être vagues ?
— Tu peux t’occuper du sorcier ? demandai-je en observant le Prince de la Sécheresse profonde.
— Il en est incapable, ricana le prince de l’Été.
— Oui, répondit la fée borgne avec un sourire mauvais. Tu vas danser avec Sulia ?
— C’est l’idée, dis-je. J’ai même réuni une bande de vauriens pour l’occasion. »
La princesse aux cheveux roux me dévisagea comme si j’avais laissé des traces de boue sur son tapis inestimable, ou peut-être comme si j’étais la boue.
« Ils ont fait de vous une abomination, dit-elle. Plus qu’une mortelle, moins qu’une fée. Vous détruire serait un acte de miséricorde.
— J’entends ça souvent, répondis-je avec sincérité. »
Du moins à Procer, la Maison de la Lumière m’avait apparemment déclarée anathème aux Cieux. Je le savais parce que Noir avait fait encadrer le rapport et l’avait envoyé à Marchford. Il était accroché au mur de ma chambre, en face du lit.
« On commence, Granian ? lança le Prince du Crépuscule à son reflet estival. J’ai toujours voulu voir combien de membres tu pouvais perdre avant de mourir. »
Les ailes translucides de la fée de l’Hiver jaillirent et il s’élança dans le ciel. Le Prince de la Sécheresse profonde regarda Sulia, qui hocha la tête. Il le suivit, nous laissant tous les quatre face à la plus redoutable combattante de la Cour d’Été après sa reine. Pourquoi cela m’avait-il paru être une bonne idée, déjà ?
« J’ai joué votre rôle pendant une soirée, dis-je à la princesse. C’était un peu ennuyeux. J’ai dû mettre un peu d’ambiance moi-même.
— Je ne suis pas faite pour les intrigues, dit la Princesse du Zénith. Mais pour ça ? J’étais faite pour ça. J’en suis née. C’est une erreur, duchesse. Vous essayez de vous inscrire dans un récit, mais cela ne vaut rien si vous n’avez pas le pouvoir de le mener à bien.
— Vous pensez être mon adversaire, dis-je avec un sourire glacé. Voilà une idée intéressante. Voyons où elle vous mènera. »
Trois choses se produisirent dans le battement de cœur qui suivit. Les ailes de la princesse Sulia s’animèrent. L’Adjoint et Archer chargèrent. Et je prononçai un mot.
« Prends, dis-je. »
Deux colonnes de feu jaillirent de mon dos, sans se soucier le moins du monde de ma cuirasse. Je poussai un cri rauque, mais ce sacrifice était nécessaire. Si elle s’envolait, c’en était fini de nous. Elle pourrait rester là-haut et nous bombarder jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des cendres ; essayer de la poursuivre avec les chevaux aurait été un excellent moyen de nous faire tuer. Je sentis le pouvoir de l’Hiver dans mes veines réagir violemment, plus encore que lorsque j’avais volé la sorcellerie à la Duchesse du Zéphyr agité. Ce n’étaient que des ailes, même si elles étaient faites de sorcellerie, mais leur pouvoir était tellement plus pur que tout me faisait dix fois plus mal. Je m’en débarrassai précipitamment, ouvrant ainsi les paris sur le premier coup de ce combat. Ce qui se passait lorsque je prenais quelque chose restait encore flou à bien des égards. Retrouverait-elle ses ailes même si je les relâchais ? J’espérais que non, que mon aspect coupait le lien en s’appropriant ce que je prenais. Si ce n’était pas le cas, il me faudrait tenter un coup de théâtre que j’aurais vraiment préféré garder pour plus tard. Les flammes s’éteignirent et je laissai échapper un sifflement triomphant lorsque les ailes ne reparurent pas dans le dos de la princesse. Ce n’était peut-être pas définitif, mais, pour l’instant, cela nous ouvrait une brèche.
L’Apprenti récitait une incantation, la lumière des runes scintillant sur ses lunettes. Il fallait que nous l’empêchions d’être interrompu assez longtemps pour qu’il fasse la différence. Je n’avais jamais combattu aux côtés d’Archer, pas avec ses lames, mais Hakram était devenu un membre supplémentaire depuis qu’il avait reçu le Nom d’Adjoint, et il avait l’habitude d’Archer grâce à tous leurs entraînements. Quatre lames frappèrent à l’unisson, et cela me sembla juste. Comme un retour à la maison. L’épée de la fée heurta la mienne, commençant à la trancher jusqu’à ce que la glace se forme et l’arrête. La princesse esquiva le coup de hache de l’Adjoint, me repoussa sans effort et frappa Archer au ventre d’un coup de poing. L’autre Nommée fut projetée au loin, mais elle retomba sur ses pieds et reprit le combat quelques instants plus tard. La chaleur émanait de la princesse et le froid que je dégageais vint à sa rencontre. Son pouvoir dépassait de loin le mien, mais elle ne l’emporterait pas sans opposition. Nous étions trois à maintenir la pression. Sans même avoir besoin d’un mot, nous trouvâmes notre rythme. Je forçai une parade, préparant la fée au coup de l’Adjoint, tandis qu’Archer profitait de l’ouverture pour tenter de lui faire verser son sang.
Elle nous battait tout de même. Une gerbe de flammes projeta Hakram à terre et lui carbonisa le visage. Sans lui pour distraire Archer, la princesse la saisit à la gorge. Je tissai désespérément de la glace et de l’ombre autour du poignet de la princesse ; le battement de cœur qu’il lui fallut pour s’en débarrasser suffit à ma compagne pour se dégager. Elle respirait avec peine, mais au moins son cou n’avait pas été brisé.
« Rafale, gronda l’Adjoint.
L’orc chargea de nouveau, sa peau carbonisée guérissant à vue d’œil. Chaque coup était plus fort et plus rapide que le précédent, au point que même la Princesse du Zénith dut se méfier.
— Flot, réussit à croasser Archer. »
C’était presque hypnotisant de la regarder manier ses poignards longs. Aucun coup ne se détachait des autres ; chaque attaque prolongeait la précédente en un flot ininterrompu. Elle bougeait comme lorsqu’elle tirait à l’arc, mais la comparaison revenait à opposer une bougie à un brasier. À nous trois, nous avions presque une chance. Je transformai une feinte en estoc qui aurait dû atteindre la princesse à la gorge, mais elle se déplaça avec mépris d’un pouce sur le côté et l’ignora. Je vis son épée se lever pour trancher le poignet de Hakram et claquai des doigts ; mon dernier couteau atterrit dans ma paume. Je le lançai vers sa tête et la lame tournoya gracieusement avant d’être tranchée net. La hache la frappa à la poitrine, brisant sa cotte de mailles colorée sans entamer sa peau. Un coup de botte au ventre repoussa l’orc, mais il continuait de gagner en force. Cela ne l’arrêta pas longtemps et, au moment où la princesse ne tenait plus que sur une jambe, les poignards longs d’Archer frappèrent. Les deux lames arrivèrent de directions opposées, l’une visant le genou, l’autre le cou. Sans perdre une seconde, la princesse Sulia bondit et s’allongea à l’horizontale, esquivant les coups qui passèrent au-dessus et en dessous d’elle. Elle pivota sèchement et son pied fracassa le menton d’Archer, qui s’étala au sol.
Le souffle coupé, je rectifiai la position de mon poignet et injectai tout le pouvoir de mon Nom dans mon bras. Je la frappai à hauteur des côtes ; la force du coup fit voler les anneaux de sa cotte de mailles, et elle s’écrasa au sol avec assez de violence pour enfoncer la terre. Ses yeux virèrent au rouge doré, la chaleur monta, et l’Apprenti acheva enfin son incantation. Vingt-trois runes d’un bleu lumineux apparurent au-dessus de la princesse dans un grondement sonore, qui ne parvint pourtant pas à couvrir son gémissement de douleur. L’air ondulait autour d’elle et l’une des runes éclata. J’échangeai un regard avec l’Adjoint, haletant. La peau qui avait guéri commençait à s’écailler ; les brûlures revenaient, sans être aussi graves qu’avant. Mais le pouvoir qui l’avait possédé s’était dissipé. Archer s’était remise debout, mais le bas de son visage n’était plus qu’un énorme hématome sanguinolent. Trois autres runes éclatèrent. Nous n’avions plus beaucoup de temps.
« Oh… oh, dit l’Apprenti en observant la fée qui se débattait, les yeux écarquillés. Je me trompais. J’avais fondamentalement tort. »
Putain. Ça n’annonçait rien de bon. Le mage à lunettes éclata de rire, l’air complètement fou.
« Cela ne peut pas être quantifié, marmonna-t-il. La méthode était erronée dès le départ. Tout est fait des mêmes blocs constitutifs, et ces blocs ne sont qu’une illusion. Des mystères, des miracles de fumée et de miroirs. La divinité ne se trouve pas au-delà des limites ; c’est un tour de perspective. »
Le pouvoir ondula sur son corps et ses yeux brillèrent d’une lueur qui me fit frissonner. L’une des runes se reformait, mais elle éclata quelques instants plus tard.
« Apprenti, dis-je prudemment.
— Non, non, non, rit-il en m’interrompant. Plus ça. Plus maintenant. Hiérophante. Héraut des mystères. Vivisecteur de miracles. »
Était-ce donc cela ? Une transition en cours ?
« Vous êtes un dieu, n’est-ce pas ? demanda-t-il en souriant à la Princesse du Zénith et en remontant ses lunettes. Montrez-moi donc un miracle. »
Il agita négligemment le bras et la mâchoire d’Archer se remit en place dans un craquement sonore. Les doigts refermés sur quelque chose que lui seul pouvait voir, le Hiérophante abaissa les mains. Les runes brillèrent si fort que je dus fermer les yeux, tant la lumière me faisait mal. Comme une étoile en train de naître. Pourtant, les mots qui parvinrent à mes oreilles étaient calmes.
« Tout brûle, murmura la Princesse du Zénith.
L’Arcadie se brisa. La lumière s’estompa et j’ouvris les yeux sur un monde de cendres à perte de vue. J’avais fait appel à quelque chose de la même trempe en battant le Comte du Vieux Chêne, mais cela n’avait été qu’une goutte dans cet océan. La princesse Sulia se tenait là, ses ailes restaurées, les cheveux de feu et les yeux brûlants d’autre chose, de quelque chose de plus. Le soleil flottait au-dessus de ses mains levées. La pression seule me faisait plier ; mes cheveux fumaient contre mon crâne trempé de sueur. Les lunettes de Masego éclatèrent sur ses yeux et il hurla. Hakram vacilla, puis tomba à genoux. Les brûlures qu’il avait reçues plus tôt se répandaient sur son visage. Les mains d’Archer tremblaient comme des feuilles ; elle finit par se planter un poignard long dans la jambe, la douleur l’empêchant de succomber au poids qui nous écrasait tous.
« Vous devriez vous sentir honorés, dit la princesse Sulia. Je n’ai jamais invoqué cela que pour mettre fin à l’Hiver. Vous quatre serez les premières cendres de ce champ forgé par la Création.
— Vous vous trompez, croassai-je.
— Vous allez essayer de me prendre le soleil, duchesse ? dit-elle, amusée. Vous brûlerez, d’une façon ou d’une autre. »
Elle avait raison, bien sûr. Si j’essayais d’utiliser Prends, je mourrais avant d’avoir fini de prononcer le mot. Après tout, j’étais l’Écuyer. Aucun Rôle ne se tenait derrière moi pour m’aider. Mais je ne lui avais pas menti quand je lui avais dit que je n’étais pas son adversaire.
« Pas ça, dis-je en souriant, dents découvertes et malice au cœur. Nous ne sommes pas quatre. »
Derrière la Princesse du Zénith apparut une femme aux cheveux courts et aux yeux bleu-gris. Elle portait des vêtements de cuir amples et son visage était rouge de sueur.
« Hop ! » lança la Voleuse, et elle déroba le soleil.