Chapitre 13
« À présent, agenouillez-vous, imbéciles, et assistez à mon ascension vers la DIVINITÉ ! »
— Dernières paroles de l’Impératrice de l’Effroi Sinistra IV, l’Erronée
Un battement de cœur s’écoula dans le silence, puis Tamika pencha la tête sur le côté.
« Et ton plan ? demanda-t-elle.
— Ne l’encourage pas, sacré nom ! jura l’Épéiste Solitaire.
Je souris avec condescendance et promenai mon regard autour de moi, à la recherche d’une position plus facile à défendre. Si un monologue pouvait me faire gagner le temps qu’il me fallait, j’étais tout à fait disposée à en faire des tonnes.
« Je suis ravie que tu poses la question, Tamika, annonçai-je. Tu vois, même si tout ça peut sembler être un sacré foutoir, la situation dans son ensemble est en fait… »
Le cimeterre s’arrêta à quelques centimètres de ma gorge. Je reculai en panique, frappant de mon épée la silhouette de Rashid, désormais visible.Bien sûr. Voilà pourquoi les méchants qui vivent longtemps ne font pas de discours.Le salaud portait toujours son masque et, sans un mot, il recula dans la fumée, disparaissant en un clin d’œil. Ah, ça allait être drôle, tiens. Avec une visibilité pareille, rien ne l’empêchait vraiment de recommencer son tour d’invisibilité autant de fois qu’il le voulait. Pendant que je m’efforçais de ne pas me faire trancher la gorge, la Soninké voilée et le Héros avaient apparemment rompu les négociations : l’arbalète de Tamika gisait au sol, abandonnée, tandis qu’elle tentait de repousser l’homme aux cheveux noirs avec son long poignard. Elle s’en sortait, notai-je avec une certaine satisfaction, plutôt mal. L’étrange épée lui ouvrit une longue entaille au visage, arrachant son voile noir. Elle chanta en faisant couler le sang, poussant un long cri aigu tandis que le tranchant de la lame rougeoyait. Je tressaillis au son, à quel point il sonnait faux. Cette chose était sans aucun doute enchantée, et pas de la meilleure façon. La femme à l’arbalète n’allait pas se tirer de là à coups de dagues, estimai-je. La Soninké aux longs cheveux se débrouillait plutôt bien avec son poignard — sans doute mieux que moi —, mais l’Épéiste Solitaire jouait dans une tout autre catégorie. Il bougeait davantage comme une machine que comme un homme, enfonçant calmement et méthodiquement la défense de Tamika pour lui infliger des blessures toujours plus graves.
J’envisageai de me joindre à la danse, mais ça ressemblait fort à une façon de mourir sous les coups de Rashid. Je levai mon épée, m’essuyai le front et me dirigeai vers la fonderie, à l’avant. Même si j’avais joué les méchantes tout au long de cette rencontre, entre mensonges éhontés et diversions maladroites, je n’avais aucune intention de laisser la situation dégénérer en une mêlée finale où tous mes ennemis se jetteraient dans la bataille. Pour commencer, je risquais fort de perdre. J’étais presque certaine de puiser déjà dans l’aspect Apprentissage de mon Nom — le fait de n’avoir jamais eu besoin de relire une page pour m’en souvenir parfaitement semblait l’indiquer —, mais ça ne m’avait guère aidée pour manier l’épée. Pour m’en sortir dans un combat, je n’avais que mes réflexes anormalement rapides et l’expérience du goût du sang dans ma bouche. Pas, décidai-je, de quoi remporter une victoire. Mais il y avait une autre façon de régler ce bazar : je me trouvais à moins de neuf mètres d’un four allumé, et la plupart de mes ennemis s’étaient aimablement regroupés dans un bâtiment inflammable.Alors mettons le feu à l’endroit et planquons-nous près de la sortie pour poignarder dans le dos ceux qui en sortiront.Ce n’était pas le plan le plus honorable, mais l’honneur était un luxe réservé à ceux qui avaient les moyens de se l’offrir.
Je parvins à quitter la pièce sans être interrompue par un garçon masqué, perdant de vue Tamika et son adversaire héroïque — je dus en profiter pour enjamber le cadavre de la guide qui m’avait accompagnée plus tôt. Sa gorge avait été tranchée à moitié, constatai-je avec une légère horreur.Le travail de Rashid, sans aucun doute.C’est alors que mon plan astucieux se heurta à un obstacle : près du four, Chider me regardait, le visage impénétrable.
« Alors, lançai-je en me plaçant de façon à avoir une table dans le dos, tu ne serais pas disposée à respecter la trêve, par hasard ?
Chider haussa les épaules, tendant la peau de son visage tanné.
« Ce n’est pas personnel, ma petite Callowane, répondit-elle en bas miezan. L’offre était simplement trop alléchante pour que je la refuse.
L’argent ?Qui aurait pu…
« L’Héritière, compris-je. L’Héritière vous a soudoyées, toutes les trois, pour vous débarrasser de moi.
« Je ne sais pas si elle a réussi à mettre Rashid dans sa poche, fit remarquer Chider. Mais je ne pense pas qu’elle en ait besoin. Elle a bien trouvé Tamika et moi, en tout cas. Je ne sais pas ce que tu as fait pour la mettre en rogne, mais elle est prête à dépenser une petite fortune pour te voir morte.
Je fronçai les sourcils. Je n’avais pas encore rencontré la fille en personne, et je commençais déjà à la détester de toutes mes forces.
« Tu comprends qu’elle se sert de vous tous, pas vrai ? dis-je. Elle sera en rivalité avec celui ou celle qui deviendra l’Écuyer, alors elle essaie de s’immiscer dans la course.
« C’est probablement ce qu’elle croit, acquiesça Chider. Pour une raison ou une autre, elle semble penser que tu es la plus dangereuse de nous quatre. Et qui sait ? Elle a peut-être raison. Mais ça ne me dérange pas qu’elle obtienne ce qu’elle veut, tant que j’obtiens aussi ce que je veux.
« Et tu veux mon cadavre ? grognai-je, déjà prête à me mettre à couvert quand les munitions commenceraient à voler.
« Je veux devenir l’Écuyer, rectifia sèchement Chider. Peu m’importe la façon d’y parvenir. Il n’y a jamais eu de gobelin Écuyer, ma petite Callowane. Ni de Chevalier Noir, ni d’Impératrice. Les tribus ont davantage fait pour Praes que tous les Hauts Seigneurs réunis, et pourtant, aujourd’hui encore, tout ce à quoi nous pouvons aspirer, c’est d’être des suiveurs. S’il faut tuer quelques humains pour remédier à ça, soit.
Je pouvais comprendre, vraiment. Je savais ce que c’était que de faire partie d’un système où le mieux qu’on pouvait espérer, c’était de se hisser un peu au-dessus du fond du panier. Mais sa méthode impliquait apparemment que je finisse en cadavre, et ce n’était pas un point sur lequel je pouvais transiger.
« Tu sais, on n’est pas obligées de se battre. Je suis toujours prête à faire la trêve jusqu’à ce que l’Épéiste Solitaire soit mort.
Chider sourit, montrant toutes ses dents, avec une malveillance évidente. « Pauvre petite, je ne vais pas me battre contre toi.
Elle plongea la main dans la sacoche accrochée à sa hanche et en sortit une boule d’argile de la taille de son poing. Je me jetai derrière une enclume, mais le pétard attendu n’explosa pas. Je clignai des yeux, et l’aperçu que j’avais eu de la munition remonta à la surface de mon esprit, limpide comme l’eau d’une source. C’était flippant, ça : ma mémoire n’avait jamais été aussi bonne, et je n’aurais pas dû pouvoir distinguer autant de détails. Les pétards étaient bien des boules d’argile, mais ils avaient généralement une mèche qui dépassait. Celui-là n’en avait pas. Ce n’était pas non plus un bâton-lumière. Un fumigène ? Je n’en avais jamais vu de schéma, alors j’ignorais à quoi ça ressemblait. Le rugissement du four me fournit la réponse : une explosion assourdissante retentit, accompagnée d’un éclair vert. Je risquai un coup d’œil derrière l’enclume et vis toute la façade de la fonderie en flammes. D’étranges flammes vertes s’étendaient à chaque instant, et Chider avait disparu.Le four était en feu, remarquai-je. Le four en métal était en feu.Des flammes vertes qui brûlent le métal ? Oh, putain.
« Du feu gobelin, soufflai-je dans la pièce vide en reculant à toute vitesse.
Cette boule d’argile n’était pas un fumigène, c’était du feu gobelin, nom de Dieu. La substance la plus sévèrement contrôlée de tout le territoire impérial — il suffisait d’en posséder pour être pendu — et Chider venait d’en jeter une boule nonchalamment dans un brasier. Personne, à part les gobelins, ne savait exactement ce qu’était le feu gobelin, mais la Conquête avait appris aux Callowans à craindre ses flammes vertes : il brûlait tout, l’eau comme la magie. Il brûlerait pendant sept jours et sept nuits, impossible à éteindre avant qu’il ne s’arrête de lui-même. Il restait encore des endroits de Laure où le sol n’était plus qu’une plaque de verre noirci, là où l’on avait utilisé cette substance quand les Légions avaient pris la ville. Si j’en touchais, le mieux que je puisse espérer serait de finir en carcasse calcinée pour le restant de ma misérable existence.Bon, je suppose que je ne sortirai pas par la porte d’entrée, grimaçai-je. Ce qui voulait dire retourner au cœur de la mêlée que j’avais essayé d’éviter. Nouveau plan, donc : foutre le camp d’ici avant que la Fonderie royale ne devienne ce qui se rapprochait le plus des Enfers véritables sur la Création. Je pourrais éventuellement poignarder quelqu’un si l’occasion se présentait, mais inutile de prendre des risques stupides. Passer pour une tête brûlée était utile — être une tête brûlée, c’était signer son arrêt de mort quand on était dans ma position. Naturellement, c’est au moment où je venais d’arrêter mon nouveau plan que Rashid décida de faire son apparition. Le garçon masqué sortit de l’embrasure de la porte, ses robes flottant tandis qu’il avançait vers moi. Son cimeterre était couvert de sang et de fragments d’os, mais il n’avait pas l’air moins tranchant pour autant.
« Je t’avais dit que nous avions des comptes à régler, Callowane, siffla-t-il en taghrebi. J’attendais ce moment avec impatience.
« Sérieusement, Rashid ? protestai-je. On va se livrer à un duel à mort au milieu d’une fonderie pleine de feu gobelin ? On ne pourrait pas au moins aller dans l’autre pièce ?
« Et risquer qu’une de ces misérables voilées me vole ma victoire ? ricana-t-il. Certainement pas.
Apparemment, il avait eu son compte de plaisanteries, car il frappa sans prévenir. Pas de ruse cette fois, pas de tentative pour me prendre par surprise : la lame courbe fonça vers mon cou, mais je la repoussai de mon épée avant qu’elle ne s’approche assez pour faire couler le sang. Il avait apparemment trouvé un guérisseur au cours des deux derniers jours, car la blessure que je lui avais infligée la nuit de notre première rencontre ne semblait pas le ralentir.
« Très bien, lâchai-je entre mes dents serrées en repoussant son cimeterre. Puisque tu insistes.
Je tentai de lui faucher les jambes, mais il pivota avec fluidité autour de moi, sa lame éclairant l’espace avant de me lacérer le dos, sans défense. Je sifflai de douleur et balayai l’air de mon épée pour le forcer à reculer, sentant déjà le sang perler de ma blessure.Merde. J’espère vraiment que sa lame n’était pas empoisonnée.Il bondit en arrière, choisissant soigneusement sa distance et tournant autour de moi comme un corbeau autour d’un cadavre. Du coin de l’œil, je voyais les flammes vertes continuer à se propager, engloutissant tout sur leur passage. Je levai mon épée en garde médiane, réduisant mon profil pour lui offrir moins de prise. Tout cela aurait été bien plus facile avec un bouclier, et je maudis une fois de plus le fait qu’en porter un aurait été un signe évident pour les Fils. Son appui changea imperceptiblement, mais je n’avais nullement l’intention de le laisser attaquer à nouveau : je frappai la première, la pointe dirigée vers son sternum.
Mais pas assez vite. D’un demi-pas en arrière, il sortit juste de ma portée et, quand ma lame se retira, il s’engouffra dans l’ouverture d’un seul mouvement fluide. Le cimeterre étincela de nouveau, fonçant vers mon bras armé bien plus vite que je ne l’en aurais cru capable. Je relevai la garde pour absorber l’essentiel du coup, mais le tranchant m’arracha tout de même un morceau d’avant-bras avant qu’il ne bondisse à nouveau en arrière. J’avalai un sanglot de douleur et pinçai les lèvres. Que se passait-il ? Il n’avait pas été aussi doué la dernière fois que nous nous étions battus, et, à ce que je pouvais en juger, sa technique ne s’était pas améliorée. Il était simplement meilleur.Quelque chose dans ce combat renforce l’un de ses aspects.Ce n’était pas quelque chose que je pouvais égaler, bon sang. Le seul aspect que j’avais réussi à comprendre, c’était Apprendre, et mon Nom ne semblait pas considérer les duels à mort comme des occasions d’apprendre.
« Voilà l’expression que j’attendais, ronronna Rashid. Le moment où tu comprends enfin quelle est ta place dans le monde.
Pour une fois dans ma vie, j’avais trop mal pour trouver une réplique qui tienne la route. Je frappai plutôt, visant la même épaule que la dernière fois, mais il écarta ma pointe avec un mépris désinvolte. Ma main tremblait et, après avoir été frappée deux fois, j’avais trop hésité pour m’engager vraiment dans mon attaque.
« Je pourrais peut-être simplement te laisser ici, réfléchit le garçon derrière son masque. Barrer la porte et te laisser brûler vive. On m’a dit que les flammes vertes étaient encore plus atrocement douloureuses que les flammes ordinaires.
J’essayai de prendre une grande inspiration, mais j’inhalai une partie de la fumée qui envahissait la pièce et me mis à tousser. Rashid ne daigna même pas profiter de l’ouverture ; il préféra rester là, rayonnant d’amusement. Je perdais. Je perdais et j’allais mourir.
La vérité s’imposa à moi, et toutes les couleurs du monde semblèrent s’effacer.
Je n’avais aucun tour dans mon sac, et ce n’était pas le genre d’adversaire dont je pouvais me sortir en parlant. Rashid était venu ici ce soir pour répandre mon sang sur le sol, et il ne repartirait pas avant d’avoir obtenu ce qu’il voulait. Il était plus rapide que moi, plus expérimenté dans ce genre de combat, et chaque battement de mon cœur répandait davantage de mon sang sur le sol, tandis qu’il restait indemne. À présent, l’écart entre nous ne pouvait que se creuser.Je vais mourir ici, compris-je. J’étais arrivée jusque-là, malgré toutes mes grandes ambitions, pour finir tuée dans une fonderie abandonnée par un idiot masqué qui se trouvait simplement meilleur que moi à l’épée.Quelle mort stupide. Quelle mort stupide.Par les dieux, j’étais épuisée. Deux semaines à peine s’étaient écoulées depuis mon départ de Laure, et j’avais l’impression que cela faisait des années. La chaleur des flammes qui se propageaient me léchait la peau et une partie de moi se demanda si je ne ferais pas mieux de le laisser me transpercer. Ce serait une mort plus rapide que de le laisser me dépecer blessure après blessure, comme il en avait manifestement l’intention.
« J’avais tant de projets, tu sais, dis-je dans le silence. Pour bâtir un monde différent, un monde meilleur.
« Les délires d’une faible, répondit Rashid avec un mépris sans fard. Les cafards, c’est fait pour être écrasés. C’est tout.
Le mépris pur qui imprégnait ces mots me gifla.
« Tu n’as pas le droit de dire ça, petit con, dis-je d’une voix basse. Même si tu me bats ici, tu n’as pas le droit de dire ça.
Quelque chose remua dans mon ventre comme de vieilles braises, une chaleur sous la surface qui n’attendait que le bon combustible pour s’embraser. Peu importait qu’il me tue : plus que tout, à cet instant, je voulais que ce petit con méprisant ait tort. Peu importait que je sois dépassée, peu importait qu’il ait tous les avantages et moi aucun. J’allais le faire s’étouffer avec ses propres paroles, jusqu’à ce que son visage devienne bleu et que ses yeux lui sortent de la tête.
Même si je saignais.
Même si je brûlais.
Même si l’on arrachait la chair de mes os.
Je lutterais.
La puissance coula dans mes veines, son rythme couvrant jusqu’au rugissement des flammes. Je levai mon épée et avançai.
« Oh ? ricana Rashid. Est-ce que nous…
Je lui enfonçai le poing dans le masque, brisant l’argile comme le vulgaire accessoire qu’elle était. Le cimeterre se leva, mais je le saisis à la gorge et le projetai contre une table. Mon Nom pulsa sous ma peau comme une créature vivante, se nourrissant du combat. Le Taghrebi gronda et se remit sur ses pieds tandis que je continuais d’avancer, frappant presque trop vite pour que l’œil puisse suivre. Lent. Si lent. Comment avais-je pu le croire rapide ? Mon épée s’abattit sur son poignet, et le sang jaillit. Sa main tomba, les doigts toujours crispés sur la poignée de la lame. Je voyais à présent son visage, la peur qui s’installait dans ses yeux sombres.
« Je… » gronda-t-il, mais je le fis taire en lui enfonçant la pointe de mon épée dans la gorge.
La peur céda la place à l’incrédulité. D’un coup de poignet, je retirai ma lame. Il s’effondra.
« On l’a écrasé, achevai-je dans un murmure. Le cafard.
Je regardai la vie quitter le garçon, debout au-dessus de lui, ma lame ensanglantée à la main, tandis que les flammes répandaient leur lumière verte et infernale. Au moment où il poussa son dernier râle, je sentis quelque chose cliquer en moi, comme si une pièce supplémentaire d’un puzzle invisible venait de s’emboîter. La puissance qui coulait dans mes veines faiblit, puis disparut.La douleur que je ne remarquais plus m’assaillit de nouveau, et je serrai les dents en vacillant.Faire appel au pouvoir de mon Nom m’avait épuisée, et pas seulement parce qu’il m’avait un instant débarrassée de ma fatigue.Et je ne crois pas que cette petite poussée de puissance va se reproduire. Pas ce soir, en tout cas.Après un dernier regard au garçon que je venais de tuer, je m’enfonçai dans la fumée.
Mes yeux voulaient se fermer et mon corps voulait se recroqueviller pour dormir jusqu’à ce que tout ce bazar disparaisse et devienne le problème de quelqu’un d’autre. Je m’accordai le luxe de songer à quel point ma vie serait plus agréable si j’étais du genre à faire ça. Puis je pris une profonde inspiration et me dirigeai vers les bruits de combat, l’épée levée.Pas de repos pour les méchants.
L’Épéiste Solitaire avait deux adversaires, mais Chider n’en faisait pas partie. Tamika, le sang coulant de son menton à l’endroit où l’épée enchantée l’avait entaillée, rechargeait son arbalète tout en combattant le Héros avec sa lance. Elle portait de nouveau un voile blanc et n’était pas blessée. Je clignai des yeux, pour m’assurer que ma petite crise de Nom ne m’avait pas détraqué le cerveau : il y avait bel et bien deux Tamika. Celle qui m’avait tiré dessus plus tôt portait toujours les blessures que je l’avais vue recevoir de l’Épéiste, mais l’autre était intacte. Rashid avait parlé de misérables un peu plus tôt, me rappelai-je. J’avais cru qu’il s’était trompé, à l’époque, mais apparemment non.
Quelle que fût cette ruse liée aux Noms, elles parvenaient réellement à repousser le Héros : chaque fois que l’homme aux cheveux sombres réussissait à prendre l’avantage sur celle qui se battait à la lance, l’autre lui décochait un carreau d’arbalète. Chaque fois qu’il tentait de neutraliser celle à l’arbalète, la porteuse de lance se mettait à le presser furieusement. Leur tactique n’avait rien de particulièrement sophistiqué et l’Épéiste Solitaire ne semblait pas avoir été blessé, à part une déchirure dans son manteau de cuir révélant le maillage qui protégeait ses avant-bras, mais… Il n’avançait pas davantage. Leur coordination était trop parfaite, chaque attaque s’enchaînant à la suivante sans qu’aucune ne rate un seul temps. Aucun des trois ne m’avait encore remarquée. En silence, je me glissai derrière celle que j’appelais désormais Tamika l’Arbalétrière. Elle portait du cuir renforcé, mais pas de casque : son cou était à découvert, et j’en avais fini de jouer avec mes concurrentes. Je m’approchai à moins d’un mètre d’elle avant que Tamika la Lancière ne me voie. Ses yeux s’écarquillèrent, mais il était trop tard : je frappais déjà et… je me baissais, tandis que l’autre pivotait pour me faire face et décochait son carreau à l’endroit où je me tenais un battement plus tôt.
Elle n’aurait pas pu le savoir, encore moins viser aussi vite. Elles partageaient leur champ de vision ? Par les dieux, quel tour incroyablement utile. Tamika la Lancière s’écarta du Héros avant que je puisse réduire la distance qui me séparait de l’autre, se rapprochant juste assez pour pouvoir venir à son secours si j’intervenais pendant qu’elle rechargeait son arbalète. Bon, voilà qui était gênant.
« Épéiste Solitaire, l’interpellai-je. J’ai une question à te poser.
« Non, répondit-il aussitôt.
« Tu ne sais même pas ce que je vais demander, protestai-je. J’aurais pu vouloir me rendre.
Il plissa les yeux. « C’est le cas ?
« On verra ça plus tard, éludai-je. Manifestement, tu es du genre coriace, mais tu te situes à quel point sur l’échelle des anti-héros ?
« Aussi haut que nécessaire, répondit-il gravement.
Je réprimai l’envie de tirer une conclusion de sa réponse. Tamika l’Arbalétrière avait déjà fini de recharger, et toutes deux semblaient choisir leur prochaine cible. Je n’aimais vraiment pas la façon dont Tamika la Lancière commençait à se tourner vers moi.
« Tu es du genre coriace à travailler avec des ennemis ? insistai-je. Tu sais, pour le bien commun et tout ça.
J’avais accordé trop d’attention à la porteuse de lance : pendant ce temps, Tamika l’Arbalétrière avait tranquillement ajusté son tir et pressé la détente. Jusqu’ici, j’avais eu de la chance avec les carreaux, mais comme les derniers vestiges du pouvoir de mon Nom s’évanouissaient, je n’avais plus la vitesse nécessaire pour les esquiver à volonté : elle manqua ma poitrine, mais le projectile s’enfonça dans mon épaule avec un bruit sourd et humide. Je poussai un cri de douleur, manquant de lâcher mon épée sous le choc.
« Putain ! jurai-je.
D’une main tremblante, je tranchai la hampe du carreau, mais je devrais attendre avant de le retirer : j’étais presque certaine qu’un saignement pareil me tuerait, après tout le sang que Rashid m’avait déjà fait perdre. Le visage de l’Épéiste Solitaire était impénétrable, mais s’il ne répondait pas dans les prochains instants, j’allais devoir…
« Tu es callowane, pas vrai ? demanda-t-il.
« Née et élevée à Laure, confirmai-je.
« … seulement jusqu’à leur mort, dit-il, le dégoût évident dans la voix. Pas un instant de plus.
« Quel charmeur ! soufflai-je, en résistant à l’étrange envie de faire rouler mon épaule blessée.
Le carreau était déjà assez douloureux sans que j’aille le remuer dans ma chair.
« Elle est venue ici pour te tuer, dit soudain Tamika l’Arbalétrière d’une voix étrangement distante, en s’adressant au Héros.
« C’est ton ennemi, me dit l’autre sur le même ton.
« Vous aussi, grognai-je en me forçant à bouger.
La porteuse de lance était la plus proche de moi ; c’est donc vers elle que je me dirigeai. Sans un mot, elle se mit en mouvement, la pointe de sa lance jaillissant en un clin d’œil. J’esquivai son attaque de côté, de justesse : l’épuisement et la perte de sang commençaient à me rattraper, Nom ou pas. Je forçai mes membres fatigués à bondir et passai la pointe de sa lance, mais, sans perdre un temps, Tamika projeta le manche droit sur mon épaule blessée. Je tombai sur un genou, m’efforçant de transformer mon cri en juron, avec un succès mitigé. Je serrai les dents et me redressai, mais le manche me frappa au visage et me renversa sur le côté. Je sentis mon épée glisser de ma main, sa poignée poisseuse de sang, et alors que je m’empressais de l’attraper, Tamika posa sa botte sur mes doigts. Je sentis mes phalanges se briser dans un craquement écœurant. Je gémis et la regardai lever sa lance, la pointe dirigée vers ma gorge, avant qu’elle ne s’immobilise soudain. Sans le moindre avertissement, mon adversaire lança son arme vers l’autre duel.
J’étais désarmée, merde, et… et je ne l’étais pas.
Ma main gauche chercha le couteau que j’avais gagné en tranchant deux gorges, dont le fourreau était caché au creux de mes reins. Tamika leva la main et une fumée sombre s’y condensa, reprenant la forme d’une lance, mais elle n’avait pas tout à fait fini. Dans un cri étranglé, je me redressai, sentant ma peau se déchirer tandis que je libérais ma main de sous sa botte. Elle trébucha sous cette poussée soudaine, et mon bras décrivit un arc, le petit couteau n’étant plus qu’un flou argenté lorsque je le lui enfonçai juste sous le menton. Tamika cligna des yeux sans un mot, le sang gargouillant alors qu’elle tentait de respirer. Je tordis la lame et la retirai ; le sang jaillit de son artère sectionnée et m’éclaboussa le haut du corps. La Soninké recula d’un pas hésitant, puis d’un autre, et porta la main à sa blessure tandis que la lance, désormais matérialisée, tombait avec fracas sur le sol. De l’autre côté de la pièce, un cri horrible retentit, avant de s’interrompre net. Je jetai un coup d’œil et vis la tête de l’autre Tamika rouler sur le sol. La coupure était si nette qu’il fallut quelques battements de cœur avant que le sang ne se mette à couler. Je m’étais retrouvée à genoux, compris-je, mais mon épée était à portée de main. J’essayai de la ramasser de ma main, mais mes doigts brisés refusaient de bouger.
Je n’avais pourtant pas mal. Avais-je déjà dépassé ce stade ? Je lâchai le couteau et pris l’épée de la main gauche tandis que l’Épéiste Solitaire marchait calmement vers moi. Derrière moi, je sentais le feu gobelin commencer à envahir cette pièce et, dans un rire humide, je vis la lumière verte filtrer par l’autre sortie.Chider a mis le feu aux deux extrémités. Évidemment.Le Héros semblait indifférent en venant se planter devant moi — j’enfonçai la pointe de mon épée dans le sol pour me remettre debout. Tant pis pour l’idée d’éviter la mêlée finale. L’Épéiste Solitaire fronça les sourcils, son visage toujours agaçant de beauté. « Pas un instant de plus, me rappela-t-il.
L’épée siffla et poussa son cri terrifiant tandis qu’elle répandait mon sang sur le sol. Je sentis une traînée de feu me lacérer la poitrine et quelque chose de dur me frapper au ventre. Je tombai à la renverse. Mes membres étaient glacés. Quelqu’un s’éloignait et je savais qui, mais je ne parvenais pas à me rappeler son nom. La fumée serpentait au plafond en volutes fantasques, et je restais allongée.
Mourante.
Je ne sais pas combien de temps je restai là. J’entendais encore des choses, mais les événements me parvenaient en morceaux. Un éclair aveuglant, puis le bruit du bois qui se brisait. Trois coups de tonnerre — ou était-ce cinq ? Sous le froid qui se répandait en moi, je sentais une démangeaison exaspérante, mais je ne fis rien. C’était comme un tableau presque achevé, mais pas tout à fait. Comme s’il ne manquait qu’un dernier coup de pinceau pour que tout s’emboîte enfin. Je restai là, écoutant les flammes vertes dévorer le monde, et me grattant.
Et puis, tout s’emboîta.
La conscience m’inonda de nouveau. J’étais Catherine Foundling, fille de personne et de rien. J’avais autrefois combattu pour de l’or, mais n’avais gagné que de l’argent. J’avais pris des vies, et la justice était venue me trouver avec une épée qui pleurait comme un homme en deuil. J’étais l’apprentie d’un monstre, mais je rêvais d’un monde où ils n’existeraient pas. Traîtresse à toutes les causes sauf la mienne, mon chemin m’avait menée jusqu’ici : perdant mon sang sur le sol, cernée par les flammes.
Tous les autres candidats étaient morts, et j’étais l’Écuyer.
Mon esprit s’éclaircissait à chaque respiration. Ça ne me réconfortait pas. Le Nom tourbillonnait sous ma peau, enfin mien, mais il n’apportait aucune guérison.Le Mal ne le fait jamais.Je voulais me relever, je le devais si je ne voulais pas célébrer ma victoire en brûlant joyeusement vive, mais mon corps refusait de coopérer. J’étais plus qu’à moitié un cadavre, et l’endurance dont j’avais toujours été si fière finissait par me faire défaut. Plus qu’à moitié un cadavre, hein. L’idée prit forme dans mon esprit, absurde comme je les aimais.
« J’ai déjà vu un cadavre se relever, gloussai-je pour moi-même, dans un rire atroce.
Je plongeai sans réfléchir dans les profondeurs de mon Nom, aussi loin que possible. Cette sensation froide était toujours là, celle dont je me souvenais de ce bel après-midi où j’avais créé ma monture.Comme une eau si profonde qu’elle n’a jamais vu le soleil.Je saisis la puissance et la filai en minces fils. Lentement, soigneusement, j’en nouai autour de mes membres. Je compris que je faisais de moi-même une marionnette et laissai échapper un autre rire.Eh bien, mieux vaut que ce soit moi plutôt que quelqu’un d’autre.J’ouvris les yeux, fixai le plafond et tirai. Ma jambe gauche se souleva d’un coup — les muscles se tendirent, mais tinrent bon, et la droite la rejoignit. Mobilisant toute ma concentration, je tirai sur le fil le plus gros : mon abdomen se redressa brutalement et je me retrouvai debout.
« Et maintenant, annonçai-je à la pièce vide, pour mon prochain tour… »
Un, deux, trois, quatre, cinq. Un à un, mes doigts brisés se remirent en place dans un claquement. Je ne ressentis pas la moindre douleur, ce qui n’était probablement pas bon signe. Je fermai le poing, puis relâchai les fils : mes doigts se détendirent, toujours insensibles à mes tentatives de les faire bouger. Il faudrait s’en contenter. Telle la marionnettiste la plus démente de toute la Création, je tirai et tirai jusqu’à récupérer mon épée et rengainer mon couteau. Il y avait un trou dans le mur, remarquai-je. Apparemment, l’Épéiste Solitaire avait résolu le problème des deux sorties en flammes en s’en créant une nouvelle. L’odeur de magie qui se dégageait de ce qu’il avait utilisé pour percer le mur était puissante, mais ça ne semblait pas me faire de mal : je sortis dans la ruelle avec un haussement d’épaules indifférent. La rue était déserte, mais près de son entrée, je trouvai du sang de gobelin noir éclaboussé sur les pavés. La sacoche de Chider gisait là, abandonnée, ouverte par un coup d’épée. Elle contenait encore des munitions, constatai-je. Sans y penser, je ramassai un pétard, mais plus je le regardais, plus mon esprit s’égarait : je finis par regarder devant moi, quittai la ruelle et m’engageai dans une avenue plus large.
Je me trouvais près d’un escalier qui menait aux remparts extérieurs et, là-haut, sur le chemin de ronde, j’aperçus un manteau qui flottait avec panache.
L’Épéiste Solitaire se tenait là, perdu dans ses pensées face à la nuit, tandis que le vent ébouriffait ses boucles sombres avec malice. J’étais à mi-chemin de l’escalier quand je compris ce que je faisais ; mais il était trop tard. Manipuler son propre cadavre en sursis n’était apparemment pas très propice à la discrétion, car il se tourna vers moi bien avant que je sois à portée de poignard. Dommage : ça aurait été assez plaisant de lui planter mon épée dans le dos et de le pousser par-dessus le mur.
« Toi, fit-il en fronçant les sourcils, avant de pâlir en me détaillant. Qu’est-ce que tu t’es fait ? »
J’essayai de répondre, mais seul un gargouillis insolent sortit de ma gorge. Ah oui, je mourais toujours. C’était embêtant. Je n’étais pas vraiment d’humeur à plaisanter ; je lui lançai donc le pétard. Je le manquai et frappai le mur derrière lui, mais l’explosion le jeta tout de même à terre. C’était toujours ça de pris, supposai-je. Il me fallut deux essais pour sortir mon épée du fourreau — l’angle était difficile à visualiser —, mais lorsque le choc se dissipa, j’étais sur lui. Je tirai sur les fils, et mon bras s’abattit, ma lame frappant sa parade mal assurée.Trop brusque, notai-je en sentant les muscles de mon bras se déchirer comme du tissu bon marché. La force derrière le coup était monstrueuse, même si je remarquai avec une légère surprise que le tranchant de sa lame avait entamé la mienne. Ça se révéla finalement utile : lorsque je ramenai le bras d’une nouvelle traction, son épée s’arracha de sa main et vint avec la mienne. Je secouai le bras en tirant les fils, puis la projetai dans la rue lorsqu’elle heurta le sol dans un claquement métallique. J’essayai de reprendre la parole, mais ne parvins qu’à cracher une grosse giclée de sang. Il me regardait avec horreur en reculant. Au moins, ça m’avait dégagé la gorge.
« Je t’avais dit que mon plan fonctionnait, râpai-je.
« Tu avais prévu de devenir une abomination nécromantique ? s’exclama-t-il, consterné, tout en reculant prudemment.
Pas vraiment, mais il ne pouvait pas le prouver. Je tournai autour de lui, l’épée levée, le forçant à se tenir au bord du rempart. Les eaux sombres de la rivière Hwaerte coulaient en contrebas, une défense de plus dans l’arsenal de la Porte de l’Est.
« Tu es callowane, dit-il quand le silence devint gênant. Nous devrions combattre côte à côte, pas l’un contre l’autre. Pourquoi travailles-tu pour eux ? Comment peux-tu justifier de travailler pour ces tyrans ?
Il n’avait pas paru aussi pressé de s’allier à moi quand il était celui qui tenait l’épée, remarquai-je.
« Pour qui d’autre travailler ? parvins-je à articuler d’une voix si rauque que je peinais à la reconnaître.
Il agita passionnément le bras.
« Pour Callow ! répondit-il. Pour le Royaume et tous ceux qui y vivent.
« Callow n’existe plus, râpai-je. Le Royaume est mort il y a vingt ans. Avant notre naissance à tous les deux.
« Tant qu’une seule personne se bat sous sa bannière, le Royaume vit encore, déclara-t-il, comme s’il venait de m’enseigner une grande vérité.Les Héros.
« Un royaume réduit à une seule personne, dis-je entre deux quintes de toux. Vive le roi Swordsman, seigneur des causes stupides.
Ses yeux verts devinrent d’acier, et je tirai sur les fils pour déplacer mes pieds, à moitié convaincue qu’il allait attaquer.
« Il n’y a rien de stupide dans la liberté, siffla-t-il.
« Tu vas nous libérer, c’est ça ? ris-je. Comment ? En tuant des gouverneurs impériaux ? Personne ici n’est plus libre qu’avant ton arrivée.
« Alors je devrais m’agenouiller et lécher les bottes de l’Ennemi, comme toi ? gronda-t-il. Jamais. Je préfère mourir.
Je pouvais le tuer. Là, maintenant, je savais au plus profond de moi que je pouvais le tuer. Je n’en serais peut-être pas capable la prochaine fois que nous nous rencontrerions, mais cette fois-ci, le cours de l’histoire m’était favorable. C’était tentant, mais je distinguais un chemin à la lisière de mon esprit. Un chemin sombre, jonché de ruines et de morts innocentes. Mais n’avais-je pas cessé de prétendre être du côté des Cieux dès l’instant où j’avais pris le couteau ?
« Prouve-le, râpai-je. Si tu veux que ta voie l’emporte sur la mienne, alors reviens m’affronter. Comme il faut. Gagne ton Nom, Héros. Fuis, cache-toi et rassemble tes armées dans l’ombre. Passe des accords que tu regretteras jusqu’à n’avoir plus rien à offrir. Je t’attendrai de l’autre côté du champ de bataille.
Le visage de l’Épéiste se vida de toute expression tandis que je baissais mon épée.
« Mais souviens-toi d’une chose, dis-je. Ce soir ?J’ai gagné.
Plus vite que l’œil ne pouvait le suivre, je le poussai par-dessus le rempart. Il cria quelque chose que je ne compris pas. Il tomba dans les eaux sombres, et je reculai du bord. Je laissai ce que je venais de faire prendre toute sa mesure, les yeux clos. En épargnant une vie, je venais d’en condamner des milliers. Je venais de promettre aux villes le feu et la ruine, de semer les graines d’une rébellion qui déchirerait le pays où j’étais née — le même pays que je voulais sauver. Mais je m’étais aussi procuré la guerre dont j’avais besoin. Maudite soit ma personne, mais je m’étais procuré la guerre dont j’avais besoin. Un à un, les fils qui me maintenaient debout lâchèrent. Je m’effondrai au sol, à la lisière de l’inconscience. Il faisait bon. Frais et apaisant, après tout ce temps passé dans les flammes. J’entendis des pas sur la pierre, calmes et sans hâte.
« Soirée chargée ? murmura quelqu’un.
J’ouvris les yeux et me retrouvai face à des yeux verts inquiétants.
« Je me suis fait poignarder, marmonnai-je. Plein de fois.
« Ça arrive même aux meilleurs, Écuyer, murmura l’homme aux cheveux sombres. Je sentis sa main sur mon épaule avant que les ténèbres ne m’emportent.