Chapitre 787
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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Chapitre 787 : Réfléchir, puis réfléchir encore
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Enkrid se surprit à être secrètement d’accord avec les paroles du Balrok, tandis qu’il se repliait en lui-même pour en tirer sa Volonté. Qu’il soit d’accord ou non, s’arrêter n’était pas une option.
Il empêcha la Volonté qu’il avait déployée de s’agiter d’elle-même.
Maîtriser.
D’abord, maîtriser. Immobiliser. Puis exploser.
Il superposa à l’explosion en ligne l’éclatement ponctuel que le chef de la Maison Zaun lui avait montré. Il assimila à sa manière ces deux méthodes d’utilisation de la Volonté, puis les libéra.
Il insuffla à ce coup unique la résolution d’y laisser sa vie. La Volonté du chevalier se renforçait grâce aux vœux et aux contraintes.
Enkrid renonça à toute idée de se stabiliser et chargea. Il avait achevé ses préparatifs bien avant d’arriver ici.
Dès que son corps immobile bougea, il pénétra dans un monde silencieux. Le temps s’alourdit, l’air autour de lui s’épaississant comme de la boue qui pesait sur ses membres. Le Balrok glissa dans ce même instant sans difficulté. Enkrid s’y était attendu.
Mais le Balrok n’avait pas encore replié ses Ailes. C’était probablement pour cela qu’Enkrid avait jailli un souffle plus tôt.
L’appui de ses pieds, sa main sur la poignée, tout ne fit plus qu’un tandis que sa lame fendait l’air. Le mouvement n’était qu’une simple taille diagonale, mais elle atteignit sa cible avant que l’épée du Balrok, Urtt, ne l’atteigne, et avant que Salamandra, le serpent de feu, ne se jette sur lui.
Le timing était parfait. Son coup, un Éclair mêlé au Vortex, effleura l’un des cristaux enchâssés dans la poitrine du Balrok.
Boum. Craquement. Paf. Tintement.
Le bruit éclata avec un temps de retard, alors que le corps d’Enkrid était projeté en arrière. Le Balrok, qui se déplaçait à cette vitesse, libéra une nouvelle onde mentale.
— Endurance.
Enkrid fut emporté en arrière, roula une fois sur le sol, retrouva son équilibre et s’immobilisa. Forgecrépuscule, qu’il avait plantée dans la terre, y avait creusé une longue entaille dans un crissement strident.
« Argh ! »
À peine arrêté, il cracha du sang. Pendant l’échange, le coup de pied du Balrok l’avait atteint au ventre et avait endommagé ses organes.
Au moment précis où sa taille diagonale avait porté, le Balrok n’était pas resté sans rien faire. Plutôt que de lutter contre la résistance de ses Ailes et de l’air pour frapper de son épée, il avait utilisé son pied. Son pied droit avait frappé l’abdomen d’Enkrid à la même vitesse que son coup d’épée.
Un corps qui est une arme à lui seul.
Il le savait déjà, mais cette fois, c’était différent. La force de ce coup de pied. Sa vitesse.
Du sang rouge vif lui macula le menton et goutta sur le sol.
Un genou au sol, Enkrid prit appui sur Forgecrépuscule, toujours plantée dans la terre, et regarda devant lui.
Il réagit aux derniers mots qu’il avait entendus de la bouche du Balrok.
« Quoi ? »
Quelques gouttes de sang supplémentaires tombèrent sur la terre noire, en même temps que le mot.
L’Endurance. Tous les chevaliers l’apprenaient ; elle faisait partie du chemin menant à la maîtrise du Corps d’acier.
Au fond, c’était une technique qui permettait de supporter la douleur.
— Impressionnant.
Quoi qu’Enkrid dise, le Balrok disait ce qu’il voulait.
Enkrid observa la poitrine du Balrok. Sa lame avait bel et bien tranché l’un de ces cristaux. Pourtant, il n’y avait aucune marque dessus. Forgecrépuscule avait entaillé non pas le cristal lui-même, mais la barrière qui l’entourait.
Espèce de salaud retors.
Lors d’une précédente boucle de cette journée, le Balrok lui avait révélé son point faible : les trois cristaux enchâssés dans sa poitrine.
Mais il ne lui avait pas parlé de l’épaisse barrière magique qui les recouvrait.
Enfin, je m’attendais à quelque chose dans ce genre.
Simplement pas à une barrière aussi solide.
L’Endurance, cette Volonté née de la capacité à endurer la douleur, formait une autre armure sur le Balrok. Elle enveloppait les cristaux.
Donc, cette approche ne marchera pas si facilement non plus.
Enkrid soutint le regard des pupilles noires et jaunes du Balrok. Ses entrailles le brûlaient comme si ses organes étaient en train de bouillir.
Au dernier moment, la cape elfique s’était étirée d’elle-même pour lui enserrer le ventre. Sans elle, il n’aurait probablement pas tenu jusque-là.
— Croiser un autre humain pareil en si peu de temps. Remarquable.
Le Balrok prit la parole.
Enkrid ne comprit pas bien ce qu’il entendait par « autre », mais il n’avait pas le temps de demander.
Le serpent de feu fondit sur lui, et l’épée de flammes noires le brûla et le taillada. Le Balrok s’était désintéressé de ce jouet cassé.
Il brûla vif dans les flammes noires. Ce n’était pas la première fois, et la douleur était toujours aussi atroce.
Il avait tout de même appris quelque chose. La barrière qui entourait les cristaux était plus solide qu’il ne l’avait cru.
Si je mets plus de poids dans mon coup, je pourrais la traverser.
Il le savait d’instinct. Mais pour briser ne serait-ce qu’un cristal, il devait y laisser sa vie.
— Bon œil. Très bon.
Le Balrok continua de l’admirer, et la scène devant Enkrid changea.
Ondulation.
La Rivière Noire, le bac et le Passeur avec sa lampe violette apparurent.
« Quel spectacle pitoyable. »
Le Passeur se moquait de lui, l’invitant au désespoir et à la défaite.
À peine Enkrid eut-il cru se relever sur le bac que le Passeur le repoussa. Il se retrouva dans la réalité, au début d’une nouvelle boucle de cette journée.
Enkrid se réveilla et, avant que l’autre puisse commencer avec ses histoires d’invité par-ci, d’invité par-là, leva la paume et dit : « Attends. Un instant. » Il accompagna naturellement son geste de Pression, puis hocha lentement la tête.
Bien. Ça marche. Si cette approche échoue, je passe à la suivante.
« Tu me prends pour ton chien ? »
L’autre se débarrassa de la Pression et répliqua sèchement.
Le manieur d’épée à un seul tranchant s’énervait quand on l’ignorait. Celui-ci, lui, ouvrait toujours la bouche avant de lever la main, cherchant à déstabiliser son adversaire. Et si ça ne marchait pas, c’était lui qui perdait son calme.
Une ruse prévisible.
Il lui demandait s’il était un chien pour le pousser à réagir sans réfléchir. Son regard ne papillonnait pas, mais il devait s’activer en coulisses pour trouver un mot qui ferait baisser la garde d’Enkrid.
« Tu ne l’étais pas ? »
Enkrid répondit sans se troubler et se mit à réfléchir à une autre approche.
Le Balrok aime se battre. Comment le pousser à baisser sa garde ?
Aucune idée. Enkrid engagea le combat par la ruse et perdit encore.
S’épuiser à mener une guerre d’usure contre une Volonté inépuisable ? Cette idée avait été écrasée depuis longtemps.
Il avait appris des choses au passage, mais le Passeur se contenta de ricaner.
« Quoi, tu crois que tu serais plus heureux si tout le monde mourait ensemble ? »
Si le combat s’éternisait, les Chevaliers fous arriveraient par-derrière. Enkrid ne les avait jamais affrontés de face.
Il n’avait perçu que des voix lointaines et senti leur présence.
« Fiancé ! »
Une elfe qui criait beaucoup trop fort.
« Tu t’amuses encore sans moi ! »
« Si tu es perdu, crie. Je viendrai te chercher. »
Rem et Ragna.
« Monseigneur, le prisonnier que vous cherchez se trouve-t-il à l’intérieur ? »
« Attends, j’arrive. »
Audin et Jaxon.
C’était juste avant sa mort. Il s’était poussé jusqu’à ses limites absolues, puis n’avait pas réussi à esquiver le dernier coup du Balrok.
En mourant, Enkrid avait vu les yeux du Balrok briller. Les flammes qui tourbillonnaient dans ses pupilles bouillonnaient. Son regard semblait mêler à parts égales soif de sang et exaltation.
Il en avait tiré la conclusion suivante :
Même simplement tenir bon n’avait rien de facile quand le Balrok combattait à pleine puissance. Même en se concentrant entièrement sur la défense.
Il passa encore cette journée dans la grotte plongée dans les ténèbres.
Si je me bats sans hésiter…
Pour la suite, Enkrid se battit en sacrifiant son propre corps, déchaînant sans la moindre hésitation une violence qui le détruisait. Le Balrok lui rendit la pareille.
— Bien.
Il cria même d’exaltation. Urtt emporta le bras gauche d’Enkrid et Forgecrépuscule finit par transpercer un cristal.
Un coup porté de tout son corps. Et, dans le même temps, Enkrid sentit sa Volonté changer légèrement.
Encore différent.
Chaque fois qu’il franchissait un certain seuil, il remarquait un subtil changement dans la nature de la Volonté du Balrok. Cela rappelait ce que Ragna manifestait quand il abattait son épée de toutes ses forces.
À vrai dire, il avait aperçu quelque chose de semblable chez Rem et les autres, mais chaque fois qu’il posait la question, ils se contentaient tous de pencher la tête.
On ne peut pas observer celle des autres ; tu ne connais donc pas la différence entre la tienne et la leur.
À force de mourir encore et encore, Enkrid avait pu accumuler l’expérience d’observer sa propre Volonté et celle des autres.
Cela dit, les membres de l’Ordre des chevaliers du grand-duc d’Azpen n’avaient pas simplement laissé ses paroles leur passer au-dessus de la tête. Chacun lui avait proposé, à sa manière, de partager son expérience.
« Donc, tu veux dire que la Volonté du capitaine est plutôt quelconque, mais pas la nôtre ? »
Les mots de Rem lui revinrent en mémoire.
« J’ai toujours préféré dissimuler le tranchant sous une apparence banale. C’est une question de goût. »
Jaxon avait dit ça, lui aussi.
« J’en ajoute parce que je vais trancher. C’est tout. »
C’était la réponse de Ragna, qu’il semblait considérer comme une explication, bien que lui seul pût la comprendre. Ensuite, il avait hoché la tête pour lui-même, avec l’expression de quelqu’un qui venait de saisir quelque chose de profond, ce qui rendait la chose encore plus déroutante.
Audin avait ri et dit quelque chose sur le pouvoir divin, qui prenait à l’origine une direction un peu différente, non ?
« Tu veux que je te transmette un peu d’énergie vitale elfique ? Retrouve-moi ce soir et je m’en occuperai. »
Une plaisanterie d’elfe lui revint en mémoire et il ne put s’empêcher de rire.
Retour à la réalité.
« Tu ris ? »
L’homme qui tirait une lame de sa manche fronça les sourcils, feignant de s’indigner d’avoir été insulté.
C’était sa spécialité. C’était la soixante-seizième boucle de cette journée. Il n’avait brisé un cristal qu’une seule fois.
Enkrid retourna la ruse de l’homme contre lui et lui lança sa lame. La traînée de lumière qui jaillissait comme un Éclair ne semblerait être qu’un point lumineux à quiconque lui ferait face.
Une estocade à accélération rapide fondée sur l’éclatement ponctuel.
Elle reposait sur l’estocade qu’il avait apprise lors de la toute première boucle de cette journée, mais comparer les deux maintenant aurait presque été risible.
Il était à un instant de tuer l’homme. Celui-ci croisa ses deux épées et se laissa tomber en arrière, comme s’il s’effondrait.
Selon les calculs d’Enkrid, il aurait dû pivoter sur le côté pour esquiver et riposter.
Au lieu de ça, il se laissa tomber en arrière et décocha un coup de pied. Le mouvement tenait de la petite ruse, et des années d’entraînement transparaissaient dans chacune de ses lignes.
En équilibre sur son seul pied gauche, il tendit le droit. Une fine lame jaillit de la pointe de sa botte, visant la gorge. Enkrid ramena l’épée qu’il avait lancée en avant.
Clang.
La lame ricocha sur Forgecrépuscule et tournoya dans les airs, s’élevant au-dessus de leurs têtes.
Enkrid aurait pu mettre fin au combat avant même que cette lame ne retombe. En fait, il aurait pu se passer de la bloquer, quelques instants plus tôt.
La lame aurait effleuré ma gorge, et ça aurait été tout.
Mais il ne l’avait pas fait.
Pourquoi ? Par caprice ? Ou peut-être avait-il eu besoin de temps pour réfléchir.
Cette fois, il n’avait pas écrasé l’homme sous sa Pression.
Non.
L’attaque que l’homme venait de lui montrer était inattendue et ressemblait beaucoup au coup de pied du Balrok.
L’homme se rétablit sur son pied gauche, reposa son pied tendu sur le sol, se redressa, dégaina deux Épées courtes et les croisa devant son visage. Il observa Enkrid à travers l’espace oblique entre les deux lames.
Il étudia cet invité qui venait d’arriver. Le mouvement qu’il avait gardé en réserve était son véritable atout, et il avait été bloqué. Ses mains et ses pieds s’étaient figés.
Qu’est-ce qui se passe ?
Il le dévisagea, mais l’homme aux yeux bleus fixait l’air d’un regard absent.
Il feint une ouverture ?
C’était une ruse qu’il employait lui-même souvent. Les combattants qui se fiaient à une lame trompeuse étaient naturellement méfiants. Lui aussi.
D’où sort celui-là ?
Surpris, il continua de l’observer. Puis le regard vide reprit lentement vie.
Il était vraiment perdu dans ses pensées ?
Quel genre de taré était-ce ?
« Nous ne nous sommes même pas présentés. Enfin, les noms n’ont pas grande importance, je suppose. Tu as appris les bases avec l’Épée de mercenaire du Style de Vallen ? Continuons. »
Rino, l’adversaire d’Enkrid, se couvrit la bouche et la gorge de ses deux lames pour qu’Enkrid ne puisse pas le voir, puis déglutit discrètement.
Ce type qui venait d’entrer était complètement fou.
« Je m’appelle Rino. »
« Tu viens de dire que les noms n’avaient pas d’importance. »
Enkrid le dit et abattit sa lame. Rino se repoussa par réflexe contre les épées croisées, utilisant le frottement de deux lames qui s’entrechoquaient pour attaquer. Au même instant, des étincelles jaillirent des lames, forgées avec un alliage spécial.
Elles ne produisaient pas de flammes durables, mais une gerbe d’étincelles instantanée, pareille à un éclair.
Une technique destinée à aveugler l’adversaire le temps d’un battement de cœur. Bien sûr, chez un chevalier, les cinq sens étaient si aiguisés que lui masquer la vue suffisait rarement à décider de l’issue du combat.
Pourtant, quand deux lames s’entrechoquaient à toute vitesse et que la vue s’éteignait soudain, on hésitait, ne serait-ce qu’une fraction de seconde. Ces deux épées à étincelles étaient conçues pour créer exactement ce genre d’ouverture. Et Enkrid, de fait, fut surpris.
Ces lames…
Il n’avait pas remarqué qu’elles pouvaient faire ça.
Jusqu’ici, Enkrid avait abattu Rino et continué sa route trop vite pour les observer de près.
Ça me rappelle le coup de pied du Balrok.
Cette pensée lui traversa l’esprit.
Le mouvement de tout à l’heure, lorsqu’il s’était laissé tomber en arrière pour décocher un coup de pied, lui avait fait le même effet. La force, le résultat et le mouvement différaient, mais la méthode était semblable.
Le Balrok, lui aussi, recourt à la ruse.
Il ferait n’importe quoi pour gagner. Enkrid était exactement pareil. Et il venait de comprendre une autre chose.
« Même un paysan qui a passé sa vie à travailler la terre a quelque chose à t’apprendre. »
C’étaient les paroles de l’instructeur qui lui avait appris les bases, il y a très longtemps.
« Tu as probablement appris quelque chose en regardant Aetri travailler le métal, même s’il ne sait pas se battre. »
La voix de Ruagarne se superposa à celle-ci.
Tu es une bonne enseignante, Rua.
Une Grenouille remarquable.
Elle faisait tout pour satisfaire ses propres désirs. Enseigner à Enkrid en faisait partie. Ses leçons s’étaient gravées dans ses os.
Je me suis reposé sur mes lauriers.
Il était temps de réfléchir. À l’adversaire qui se tenait devant lui, à Donapha, au manieur d’épée à un seul tranchant. À tous, sans exception.
Ces chevaliers étaient prisonniers du Labyrinthe de Balrok. Chacun d’eux avait quelque chose à lui apprendre. Il avait ignoré toutes ces occasions et était passé son chemin.
J’étais trop grisé.
Était-il simplement si exalté de rencontrer enfin quelqu’un qui le surpassait, pour la première fois depuis une éternité ?
Avait-il inconsciemment, sans même s’en rendre compte, considéré chaque boucle de cette journée comme quelque chose qu’il pouvait se permettre de gaspiller ?
Même en se répétant qu’il ne gâcherait pas une seule boucle de cette journée ?
Réfléchir, puis réfléchir encore.
« D’accord. »
De tout son cœur, il observa les techniques de son adversaire et s’appropria tout ce qu’il pouvait en apprendre. Enkrid considéra avec la plus grande sincérité l’homme qui lui faisait face comme un maître.
« C’est bien. Tu as autre chose ? »
Enkrid prononça ces mots, et Rino s’exclama de nouveau, incrédule :
« T’es complètement cinglé, espèce de salaud ? »
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