Chapitre 782
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 782 : Une personne différente, hier et aujourd’hui
──────
La pire agonie fut brève, mais lui parut interminable. Il ouvrit les yeux, encore hanté par les derniers vestiges de la douleur. Deux respirations lui suffirent pour reprendre le contrôle de son souffle saccadé. S’attarder sur la douleur ne ferait que l’aggraver, jusqu’à le rendre fou. Quoi qu’il fasse, elle ne disparaîtrait jamais d’un seul coup. Il en avait toujours été ainsi.
Ça fait mal.
Il ne s’était jamais habitué à cette douleur qui persistait jusqu’à l’instant précédant la mort.
Mais était-ce important ?
Plusieurs pensées se poursuivirent dans son esprit tandis qu’il endurait la douleur résiduelle qui lui parcourait le corps, comme une image rémanente.
Enkrid regarda devant lui, bercé par les vagues. Le passeur se tenait immobile sur le bac. La lampe qu’il tenait ne vacillait pas malgré le roulis de l’embarcation, comme dans une nature morte.
« Alors, c’est ça, la fin dont tu parlais ? Se battre et mourir, puis recommencer ? La douleur finira par te faire fondre le cerveau. »
Sur ces mots, le passeur agita la main qui ne tenait pas la lampe. À ce geste, Enkrid sentit son corps rejeté brusquement en arrière. Le passeur avait l’air étrangement boudeur, mais ce n’était sans doute que son imagination.
Quand il rouvrit les yeux, il se rendit compte qu’il se tenait immobile. Le bac du passeur et la rivière avaient disparu. C’était la réalité, pas un rêve.
Il avait revécu cette journée jusqu’à en être écœuré. Enkrid observa les alentours et l’état de son corps pour déterminer à quel moment de la journée il se trouvait.
Est-ce le début de la journée ?
La limite qui marquait le commencement d’une journée s’était brouillée depuis que le Balrok avait créé le Labyrinthe grâce à son pouvoir divin. Pourtant, s’il y avait une fin, il devait bien y avoir un début.
Le passeur avait fixé ce début juste avant qu’Enkrid ne s’engage dans le passage du Labyrinthe et ne rencontre son premier adversaire.
Autrement dit, au moment où il rencontrait le premier ennemi.
« Oh, un invité ? »
Son adversaire prit la parole. Enkrid le regarda sans émotion, mais son esprit était ailleurs.
Si le passeur lui avait laissé un peu de temps, il aurait peut-être pu mettre de l’ordre dans ses pensées. Au lieu de ça, il l’avait renvoyé aussitôt.
Il avait l’impression d’être déconnecté de la réalité. Ne venait-il pas de serrer les dents en combattant le Balrok ?
La douleur résiduelle ne s’était pas encore dissipée, et l’odeur de brûlé de ses entrailles carbonisées lui emplissait toujours les narines.
Enfin, ce n’est pas grave.
Enkrid avait vécu cette situation d’innombrables fois. Il savait sur quoi se concentrer dans ces moments-là.
L’épée, le flux, le Transfert de Volonté, le fruit de son entraînement, les mouvements de son corps et le déroulement du combat.
Alors, il s’y mit.
Il dirigea le fil de ses pensées dans une seule et même direction. C’était une façon de chasser et de surmonter la douleur persistante : se concentrer sur ce qui le faisait vibrer.
L’épée enveloppée de flammes noires brûle même si elle ne fait que vous effleurer.
Le fouet de flammes se mouvait de lui-même, comme s’il possédait une volonté propre.
Et puis…
La bénédiction du passeur fonctionne toujours.
Le passeur lui-même demanderait probablement en quoi cela pouvait bien constituer une bénédiction.
Il avait affronté le pouvoir divin d’un démon, mais Enkrid n’avait pas changé. Il était le même qu’au moment où il avait péri sous le premier coup d’estoc.
La seule différence, c’était qu’autrefois, il s’était accroché au Cœur de la Bête pour franchir un obstacle, tandis qu’à présent, il se raccrochait à quelque chose qui n’avait pas encore pris forme.
« Quoi ? Tu es muet ? »
L’adversaire s’approcha en posant sa question. C’était le genre d’homme qui dissimulait quantité d’armes dans ses manches flottant dans l’obscurité.
Il porta les mains aux deux épées à sa taille, puis les laissa retomber sans dégainer. Il avait jugé qu’il serait plus avantageux de s’approcher sans armes que de tirer ses épées et d’éveiller la méfiance d’Enkrid.
Enkrid semblait regarder l’homme, mais, à y regarder de plus près, son regard était flou. Ses yeux paraissaient fixés au loin plutôt que sur celui qui se tenait devant lui. Il était évident qu’il était perdu dans ses pensées.
Pour un chevalier aux sens aiguisés, c’était une ouverture à ne pas manquer. L’adversaire la remarqua. Malgré tout, Enkrid poursuivit simplement sa réflexion.
L’escrime est un outil.
Que se passerait-il si l’on combinait ces outils ?
Quand je suis passé du rang de chevalier junior à celui de chevalier, j’ai naturellement commencé à utiliser la Volonté. Au niveau chevaleresque, je lui donne une intention, je la condense et je m’en sers.
Il avait même façonné des lames à partir de sa Volonté. Le Balrok en était capable aussi.
Les pensées d’Enkrid s’enfoncèrent en lui. Il avait encore tant à apprendre et à entraîner, à l’extérieur comme au-dedans, tant de choses à comprendre.
Voilà donc ce qu’il faisait.
Quand toute la douleur résiduelle de la précédente itération de cette journée eut disparu, l’homme qui s’approchait cligna des yeux et marmonna :
« Bon sang. Si tu t’es trompé de chemin, pars discrètement. »
Sa voix manquait d’entrain. Ses paroles semblaient assez douces, mais ses actes disaient tout autre chose.
Il plissa ses yeux qui clignaient, reporta son poids vers l’arrière comme s’il allait reculer, puis bondit soudain en avant.
Une image rémanente suivit son corps tandis qu’il traçait une ligne dans les airs. Enkrid le suivit des yeux. Ce n’était pas particulièrement difficile. L’homme était rapide, mais pas assez pour échapper à son regard.
Enkrid ne ressentit guère de danger.
Son adversaire lui avait toujours été inférieur en maîtrise, et Enkrid venait tout juste de s’acharner pour réussir à porter ne serait-ce qu’un coup au Balrok. La douleur résiduelle s’était dissipée, mais les sensations du combat, elles, demeuraient.
Enkrid réagit aussitôt.
Ce ne fut tout simplement pas un coup d’épée ordinaire.
Son idée de contrer son adversaire avec son propre atout était la même que lorsqu’il l’avait vu pour la première fois.
La tromperie.
Enkrid avait confiance en lui dans ce domaine aussi.
Il avait regardé son adversaire d’un air absent, puis écarquilla brusquement les yeux, feignant l’alarme, comme s’il venait seulement de remarquer l’attaque.
L’adversaire crut que son attaque avait réussi. Enkrid joua la comédie à merveille : il garda un air effaré tout en bougeant les mains et les pieds selon une trajectoire et à une vitesse qui ne correspondaient absolument pas à son expression.
Il tendit la main gauche, saisit le poignet de l’homme, le tira à lui et le tordit.
Il n’avait jamais cessé de s’entraîner pour gagner en force, même avant de rencontrer Audin. Il avait donc toujours été plus fort que les autres mercenaires.
À cela s’était ajoutée la Technique d’isolement d’Audin, et désormais, il utilisait aussi la Volonté. D’une simple torsion suivie d’une traction du poignet, Enkrid obtint le résultat voulu.
Crac !
Le poignet qui tenait le poignard se brisa comme une brindille. Au même instant, Enkrid tira de toutes ses forces et projeta son adversaire vers lui.
L’épéiste, spécialiste de la tromperie, réussit à faire pivoter son autre poignet et à saisir un nouveau poignard, mais il n’eut jamais l’occasion de s’en servir.
Enkrid courut en le tirant vers lui. Il avança d’un pas et réduisit la distance, puis ramena la tête en arrière au-dessus de son pied d’appui avant de la projeter en avant.
Aussi rapides que fussent ses mains, elles ne pouvaient dépasser un coup de front porté à une si courte distance.
Il lui fracassa le front entre le nez et la lèvre supérieure.
Bang !
On aurait dit une pierre qui en frappait une autre.
« Argh. »
Une brume noire s’échappa du visage de l’homme au lieu du sang, et plusieurs dents de devant tombèrent.
Ces dents ébréchées avaient entaillé le front d’Enkrid, mais il l’avait voulu ainsi.
Le sang qui lui barbouillait le front fut projeté vers l’arrière.
Il avait continué à bouger après le coup de tête, ne laissant pas au sang le temps de couler.
Enkrid tordait déjà le poignet de son adversaire tout en dégainant et en balançant son épée de sa main libre.
Chaque mouvement entrait dans ses calculs. Dire qu’il avait dépassé la Toile d’Aker ne serait pas exagéré.
C’était l’harmonie de la tromperie et de l’Épée correcte.
L’homme qui avait tenté de le berner s’était fait duper à son tour avant même d’avoir pu se remettre de quoi que ce soit.
« … ! »
Il n’eut même pas le temps de reculer, stupéfait. Les yeux écarquillés, la bouche entrouverte, il laissa une brume noire s’amasser dans sa gorge et gicler comme du sang. Mais avant qu’elle n’atteigne le sol, Forgecrépuscule lui trancha le cou.
Enkrid observa le visage de l’homme après que sa tête eut été tranchée. Comparée à l’expression alarmée qu’Enkrid avait feinte, celle-ci était bien plus sincère.
Évidemment. Enkrid avait agi ainsi pour tromper son adversaire, tandis que l’homme dont l’épée venait de trancher le cou avait réellement été pris au dépourvu.
Il y a tant à apprendre.
Il ne faisait pas seulement allusion à l’expression du mort. Cette pensée lui était venue tandis qu’il prolongeait son mouvement d’épée.
Même dans ce simple coup, son épée avait jailli naturellement comme le Golem éclair, mêlée à l’Épée de la Chance et imprégnée du principe du Vortex.
Surtout, je l’ai devancé dans le calcul.
Même sans parvenir à saisir l’intention de son adversaire, il avait riposté avec l’Épée de la Chance et fait décrire à son épée une trajectoire calculée au mieux.
Qu’est-ce que je pourrais encore y mêler ?
La sensation était vague, mais cette incertitude ne lui paraissait plus si intimidante. L’Enkrid mort sous le premier coup d’estoc et celui d’aujourd’hui étaient deux personnes différentes. Désormais, il pouvait tirer une leçon d’un seul combat.
Son combat contre le Balrok avait été du même ordre.
« Bien. »
Enkrid marmonna pour lui-même. Il le faisait rarement. Il fallait qu’il soit vraiment exalté pour cela.
Le Balrok n’était pas le seul à manifester exaltation, joie et ravissement.
Dans son monde intérieur, le passeur se contenta de claquer la langue et de le traiter de taré.
* * *
En matière de chronologie, le jour d’Enkrid commençait au moment même où s’achevaient tous les combats, celui de Rem compris.
Ainsi, à peu près au moment où Enkrid repartait à l’assaut du Balrok, les Chevaliers fous profitaient d’un bref instant pour reprendre leur souffle.
Ils restaient néanmoins attentifs aux silhouettes qui émergeaient peu à peu d’une direction.
On voyait bien qu’ils étaient nombreux à se rassembler au loin. Il y en avait tant qu’il serait fastidieux de les compter.
Ils n’étaient pas tous comme l’ennemi qu’avait affronté Rem ou celui qu’Audin avait réduit en morceaux. La plupart de ceux que le Labyrinthe avait gardés longtemps en son sein avaient perdu jusqu’à leur raison ; les yeux d’un noir absolu, ils ne faisaient que brandir leurs épées.
Bien sûr, même un coup porté à l’aveuglette par l’un d’eux suffisait à tuer quelqu’un. Ils ne représentaient donc pas une menace négligeable.
« Ils sont nombreux. Ce frère-là dort toujours ? »
Audin posa la question en serrant puis desserrant le poing. Teresa se tenait à ses côtés, un bouclier dans la main gauche et une épée dans la droite. Elle jeta un regard par-dessus son épaule vers la personne dont Audin parlait.
Après avoir fracassé le crâne d’un ennemi qui s’était rué sur lui, Rem arriva et laissa tomber le fardeau qu’il portait sur l’épaule. Romen rattrapa Ragna par réflexe.
Il installa Ragna derrière lui, où celui-ci dormait à présent à poings fermés.
Plusieurs habitants du coin s’étaient rassemblés sur le côté et observaient la scène avec nervosité, tandis que Ropord et Fell gardaient les yeux rivés devant eux.
« Ils continuent d’arriver ? »
« Exactement. »
« C’est pour ça que ce salaud ne peut pas devenir vice-capitaine. Il se la coule douce même dans un moment pareil. »
Rem répondit en sentant ses muscles raides.
« Ha ha. »
Audin laissa échapper un rire, tandis que Ruagarne, debout sur une jambe après avoir perdu l’autre, s’affairait à évaluer la situation.
« Ce doit être le Balrok, alors ? »
Ses lèvres remuèrent, mais aucune réponse ne vint. Tout le monde semblait le supposer. Était-ce le moment où l’angoisse allait les submerger ?
C’est ce que pensa Romen. Prétendre qu’il n’avait pas peur aurait été mentir. Le nombre et le mélange des Chevaliers spectres qui s’amassaient devant eux lui donnaient presque envie de déglutir de travers.
Mais les autres n’étaient pas comme lui. Ils semblaient avoir complètement oublié la peur. Du moins, c’était ainsi que Romen les voyait.
« Je ne vois pas mon fiancé. »
Sinar parla calmement en portant son regard au loin. Enkrid, qui aurait dû débouler en courant et se lancer dans la mêlée même à moitié endormi, la bave aux lèvres, n’était nulle part en vue. Il devait forcément se battre ailleurs.
Après cela, elle reprit la parole comme si la situation n’avait rien à voir avec elle.
Cette elfe possédait une beauté qui dépassait toute mesure humaine, et sa façon de parler allait bien au-delà de ce qu’un humain pouvait imaginer.
« Alors, tenez cet endroit. Je vais là où je dois être. »
Autrement dit, ils pouvaient se débrouiller ici pendant qu’elle s’occupait de ses propres affaires.
Cela revenait presque à dire exactement cela.
À ces mots, tous froncèrent les sourcils, à l’exception de Romen. Il avait placé Ragna derrière lui et montait la garde.
Pour un blessé qui boitait sur une seule jambe et le combattant le plus faible du groupe, c’était tout ce qu’il pouvait faire pour l’instant.
Décider de ne pas abandonner ni de se laisser briser ne signifiait pas qu’il fallait se battre là où la mort était certaine. Seuls les imbéciles faisaient ça. Il avait décidé de tenir bon, voilà pourquoi il se tenait là.
Devant eux, les créatures qui étaient des spectres, ou Dieu savait quoi, continuaient d’approcher. Chacune déployait une force de niveau chevaleresque.
Bien sûr, ce n’étaient pas de véritables chevaliers. Il l’avait compris en regardant les autres les combattre et, s’il s’y appliquait, il pourrait probablement en affronter un ou deux lui-même.
Mais ils ne se valent pas tous.
Parmi eux, certains avaient une maîtrise si terrifiante que les regarder suffisait à lui donner le vertige.
Audin, l’Homme-bête ours, avait écrasé la tête de l’un d’eux ; Rem, ce salaud, en avait tué un autre.
Au milieu des pensées décousues qui lui traversaient l’esprit, Romen entendit une réponse aux paroles de Sinar.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
Rem se gratta l’oreille.
« Ma grande sœur, où comptes-tu filer toute seule en douce ? »
Audin joignit les mains en prière.
« Grande ? »
Bien qu’elle fût une elfe, Sinar apprenait à exprimer ses émotions. Elle répéta les paroles de l’Homme-bête ours, qui avaient heurté sa sensibilité.
« Qui traites-tu de vieille ? »
Audin se contenta de sourire, tandis que les yeux verts de Sinar se faisaient glacials. Rem s’interposa entre eux.
« Le fainéant dort, et si vous voulez vous chamailler, restez ici et occupez-vous de ces trucs. Moi, le vice-capitaine, je prends le chat sauvage et je pars devant. »
Cette fois, Audin et Sinar tournèrent tous deux les yeux vers Rem.
« Ce n’est pas parce que tu parles que tu dis quelque chose d’intelligent. »
« Je te l’ai déjà dit. Le poste de vice-capitaine devrait revenir à mon partenaire. »
Tandis qu’ils se chamaillaient, les Chevaliers spectres se rapprochèrent. Parmi eux se trouvaient des Chevaliers de la mort, ainsi que trois ou quatre Dullahans montés qui portaient leur tête sous le bras, et même le Minotaure qu’Enkrid avait tué.
Romen cligna des yeux. Toutes sortes de pensées lui traversaient l’esprit, mais quand il les regardait, il avait l’impression de n’avoir plus aucune raison d’avoir peur. Ces gens ne semblaient pas éprouver la moindre urgence.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre serveur Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>